‹ Obermann;Chapitre 98 sur 121 · calme. La nuit était obscure A B · texte numérisé non relu

calme. La nuit était obscure A B

imaginons, des choses nouvelles, et qui n'ont souvent, avec ce que nous avons vu précédemment, aucun rapport que nous puissions découvrir. Quelques-uns de ces rêves

270 reviennent constamment de la même manière, et semblables dans plusieurs de leurs moindres détails, sans que nous y pensions durant l'intervalle qui s'écoule entre ces diverses époques. J'ai vu en songe des sites plus beaux que tous ceux des Alpes, plus beaux que ceux que j'au-

275 rais pu imaginer, et je les ai vus toujours les mêmes. Dès mon enfance je me suis trouvé, en rêve, auprès d'une des premières villes de l'Europe. L'aspect du pays différait essentiellement de celui des terres qui environnent réellement cette capitale, que je n'ai jamais vue ; et toutes

280 les fois que j'ai rêvé qu'étant en voyage, j'approchais de cette ville, j'ai toujours trouvé le pays tel que je l'avais rêvé la première fois, et non pas tel que je le sais être.

Douze ou quinze fois peut-être, j'ai vu en rêve un lieu de la Suisse que je connaissais déjà avant le premier de

285 ces rêves; et néanmoins, quand j'y passe ainsi en songe, je le vois très-différent de | ce qu'il est réellement, et toujours comme je l'ai rêvé la première fois.

Il y a plusieurs semaines que j'ai vu une vallée délicieuse, si parfaitement disposée selon mes goûts, que je

290 doute qu'il en existe de semblables. La nuit dernière je l'ai vue encore, et j'y ai trouvé de plus un vieillard, tout seul, qui mangeait de mauvais pain à la porte d'une petite cabane fort misérable. Je vous attendais, m'a-t-il dit; je savais que vous deviez venir ; dans quelques jours je n'y

295 serai plus, et vous trouverez ici du changement. Ensuite nous avons été sur le lac, dans un petit bateau qu'il a fait

273-274. leurs diverses A B — 275. vu (Jaute d'impression) A — 287. toujours le même que je A B.

LETTRE LXXXVI

tourner en se jetant dans l'eau. J'allai au fond; je me noyais et je m'éveillai.

Fonsalbe prétend qu'un tel rêve doit être prophétique, 300 et que je verrai un lac et une vallée semblables. Afin que le songe s'accomplisse, nous avons arrêté que si je trouve jamais un pareil lieu, j'irai sur l'eau, pourvu que le bateau soit bien construit, que le temps soit calme, et qu'il n'y ait point de vieillard.

LETTRE LXXXVI

Im., 16 novembre, IX.

Vous avez très-bien deviné ce que je n'avais fait que laisser entrevoir. Vous en concluez que déjà je me 5 regarde comme un célibataire, et j'a | voue que celui qui [472] se regarde comme destiné à l'être est bien près de s'y résoudre.

Puisque la vie se trouve sans mouvement quand on.

lui ôte ses plus honnêtes mensonges, je crois avec vous 10 que l'on peut perdre plus qu'on ne gagne à se tenir trop

sur la défensive, à se refuser à ce lien hasardeux qui

promet tant de délices, qui occasionne tant d'amertumes.

Sans lui la vie domestique est vide et froide, surtout

pour l'homme sédentaire. Heureux celui qui ne vit pas 15 seul, et qui n'a pas à gémir de ne point vivre seul.

Je ne vois rien que l'on puisse de bonne foi nier ou

combattre dans ce que vous dites en faveur du mariage.

Ce que je vous objecterai, c'est ce dont vous ne parlez

pas.

20 On doit se marier, cela est prouvé ; mais ce qui est devoir sous un rapport peut devenir folie, bêtise ou crime sous un autre. Il n'est pas si facile de concilier les divers principes de notre conduite. On sait que le célibat en général est un mal ; mais que l'on puisse en blâmer

25 tel ou tel particulier, c'est une question très-différente. Je me défends, il est vrai, et ce que je dis tend à m'excuser moi-même ; mais qu'importe que cette cause soit la mienne, si elle est bonne. Je ne veux faire en sa faveur qu'une obsei'vation dont la justesse me paraît évidente.

30 Je suis bien aise de vous la faire à vous, qui m'auriez volontiers contesté, un certain soir, l'extrême besoin d'une réforme pour mettre de l'unité, de l'accord, de la simplicité dans les règles de nos de | voirs ; à vous qui m'avez accusé d'exagération lorsque j'avançais qu'il est

35 plus difficile et plus rare d'avoir assez de discernement pour connaître le devoir que de trouver assez de forces pour le suivre. Vous aviez pour vous de grandes autorités anciennes et modernes ; j'en avais d'aussi grandes, et de très-bonnes intentions peuvent avoir trompé sur cela les

40 Solon, les Cicéron, et d'autres encore.

L'on suppose que notre code moral est fait. Il n'y a donc plus qu'à dire aux hommes : Suivez-le, si vous étiez de bonne foi, vous seriez toujours justes Mais moi, j'ai le malheur de prétendre que ce code est encore à faire ;

45 je me mets au nombre de ceux qui y voient des contradictions, principes de fréquentes incertitudes, et qui

I . C'est le sens du mot de Solon et du passage de De Officiis qui ont apparemment donné lieu de citer Cicéron et Solon .

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