‹ ObéronChapitre 2 sur 20 · WIELAND · texte numérisé non relu

WIELAND

Une province dont on s'égaie au-delà du Rhin , ainsi qu'on le fait chez nous des enfanls de la Champagne , une province où la langue nationale n'est pas mieux respectée, généralement, dans sa grammaire que dans sa prononciation, la Souahe , contrée l)ittoresque d'ailleurs, riante et féconde, peut s'enorgueillir d'avoir donné le jour aux deux génies, Gœthe toujours excepté, les plus charmants , les pins suaves , les plus purs que la patrie commune, l'Allemagne, ait vus naître juscpfa présent ; Jean- Frédéric Schiller et Christophe-Martin Wieland.

Ce dernier naquit le 5 septembre 1733 , à Oberholzheim , petit endroit que la ville impériale de Biberach comptait autrefois parmi ses dépendances et (ju'on a , depuis trente ou quaran(e ans, englobé comme elle dans les étals modernes du roi de Wurtemberg.

Chose singulière! le poëte des grâces et de la raison, l'écrivain enjoué, railleur, sceptique, un peu voluptueux, qu'on accusa fréquemment d'avoir continué dans sa patrie la révolution antireligieuse dont la France donna le signal au xviii« siècle, cet esprit indépendant eut pour berceau la chaire d'un ministre piétiste. Maltliieu Wieland , le père de celui qui fit Obéron, remplissait à Oberholzheim, et plus tard à Biberacli , ses fonctions évangéliques. C'était un homme intègre et bon, mais dévot et rigide. Il regarda comme un devoir d'élever son fils dans les

Till NOTICE

idées mj'Sliques où lui-môme se complaisait. Peu à pou, cepeudjiil, la lutte s'engagea, sous les auspices d'études classiques el laborieuses, entre les tendances naturelles du jeune homme el la direction qu'on avait cherche vainement à lui donner. On retrouve dans les lettres de Wieland un tableau de celte première période de sa vie.

« Dès mon enfance, écrivait-il à Bodmer le 6 mars 1752, on remarqué en moi un sérieux et une délicatesse ([ui se manifestaient même dans mes jeux. Jusqu'à ma quatorzième année j'étudiai, sous mon père et sous d'autres maîtres, le latin, le grec, l'hébreu, les malhémaliques, la logique et l'histoire.

« Dès l'âge de onze ans, j'éprouvai un penchant extrême vers la poésie. Gottsched était mon magnus Apollo et je lisais sans cesse sa Poétique; Brockes (le plus pittoresque et le plus mélodieux parmi les poêles allemands de cette époque) était mou auteur favori. Je lis une prodigieuse quantité de vers : c'étaient surtout des opéras , des cantates , des ballets , accompagnés de peintures dans le genre de cet écrivain. Pendant ma douzième année, je composai un grand nombre de vers latins et, dans la présomption de mon âge, dédaignant de petits essais, je fi* un poëme de six cents vers sur ÏEcho, dans le genre d'Anacréon, et un autre fort long en distiques sur les Pygmées (satire sur la petite femme du recteur de l'école de Biberach, lequel était maigre el long ).... Au reste, je brûlai dans le temps la plupart de ces belles choses que ma mère n'avait pas cachées soigneusement. ( Il brûla entre autres un poëme héroïque, la Destruction de Jérusalem , qu'il avait écrit dans sa treizième année.)

« J'aimais beaucoup la solitude et je passais fréquemment des journées entières el même des nuits d'été à contempler et à comprendre la belle nature. J'appris aussi à dessiner

« A quatorze ans, on m'envoya à Klosterbergen , près de Magdebourg, une des meilleures écoles d'Allemagne (célèbre surtout parmi les i)artisans, nombreux alors, du piétiste Spener). Je m'y appliquais la philologie, aux mathématiques, à la philosophie, enfin à la théologie, à laquelle on me destinait. Mais, à quinze ans, Wolf et Bayle me lirenl renoncer à tout pour m'attacher à la philosophie Je lus beaucoup de morceaux de Fontenelle , du inarquisd'Argens, deVollaire.

f« J'écrivis alors une dissertation philosophique dans le geiu'G

SI It WIKLAM». IX

du PjJijmalion de S;iiiUo-HyacinÜic , dans laquelle, luudant ciisenii)le la doctrine de Leihnilz et celle de Démocrite, j'essayai de démontrer que Vénus , sans le secours de Dieu et par l'elTet seul des lois intimes du mouvement, avait pu naître de l'écume de la mer, et j'en concluais que le monde avait pu se former sans l'iulerveulion de Dieu. Mais je prouvais en même temps que Dieu n'en existait pas moins comme âme de ce monde. Cet .écrit tomba entre les mains <le mes maîtres et m'attira beaucoup de désagréments, qui eussent été i)lus sérieux, si ma conduite, sous tous les rapports, n'eût pas été à l'abri de reproche.

« Du reste, je ne cessais de méditer; je ne croyais rien sans examen et je linis par tomber dans le doute sur l'existence de Dieu, ce qui me coûta beaucoup de larmes et me causa de longues insomnies

« Je lus également la Poétique de Breilingcr, les poésies de Ilaller, le Messie (de KIopstocK ) et une foule de morceaux de criii(|ue (dans les Braemer Beitraer/e, les Archives de Brème, jouriiiil de l'époque). A seize ans, j'avais In à peu près tous les auteurs des siècles d'or et d'argent, Tite-Live, Térence, Virgile, Horace; mais j'avais de la prédilecliou pourCicérou.

« J'allai à Erfurtli chez un de mes pareuls (le docteur Baumer. professeur de médecine) , qui m'apprit beaucoup de bon et de mauvais eu philosophie. Toulclbis je soumellais tout à l'exauK.'u et, après avoir été malérialisle pendant {pielipie temps, je nie trouvai sur la voie d'une vraie philosophie. Alors seuk'iuent je lus avec plaisir /a ThéoJicée

« Je n'avais jioint d'amis, ne trouvant personne qui eût à la fois du goût et l'amour de la vertu. A dix-sept ans, je re;ourn:!i chez mes parents à Biberach où je passai Tété de n.ïO. Pendant ce séjour, je lis connaissance avec une cousine (Sophie de Gultermann, plus tard M'''^ de La Roche) dont i'àme était tellemenl en harmonie avec la mienne, ([u'il ne lui manquait que mes défauts pour ([ue la ressemblance fût parfaite. Son amitié et le peu de temps que je passai près d'elle firent de moi un homme tout dilTérent. Le changement qui s'opéra dans Junius Brutus ne fut guère plus complet. D'inconstant et distrait que j'élais, je devins posé, tendre, généreux, ami de la vertu et de la religion.

« Je vins ensuite ici (à Tubiugue) pour étudier la jurisprudence; mais je ne pus y prendre goût et je continuai de cultiver

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