CHANT DOUZIEME. ÉM
dans son sein tous les feux, du désir. Que ne dit-il pas pour pénétrer jusqu'à son cœur ? Gomme il supplie I comme il se roule , comme il rampe a ses pieds I . . . Vains efforts I Ni les menaœs ni les prières ne peuvent dompter la résistance de la jeune fenmie.
• La mort lui semble préférable à oe que le sultan pro** pose. H jure avec une voix terrible, par le tombeau de Mahomet , que rien ne la sauvera si dans l'instant elle n'accepte ses offres» — Puisse Allah me maudire si je change un mot a ma résolution ! — On peut l'entendre , tant la fureur l'emporte, de la salle voisine. —Décidetoi , reprend-il : sois à moi , sinon paris dans les flammes avec le réprouvé !
.. Wé ■ ■ Elle jette sur lui un lïegard ée mépris» — Déeide-toi , répète-t-il. — Oh ! s'écrie enfin la reine des femmes , délivre-moi de ton aspect: la mort, toute hideuse qu'elle soit, m'inspire moins d'horreur. —Le regard brillant d'un éclat infernal, Âlmanzor appelle, et ^suËfoqué de rage, il donne l'ordre cruel* Le chef des noirs s'incline jusqu'à terre et fait serment de l'exécuter.
Déjà l'affreux autel est dressé pour le sacrifice ; cléjli le peuple, qui vient, avide d'émotions, chercher a c^ tristes spectacles la volupté des larmes et les jouissances de la terreur , le peuple roule a l'entour ses flots impatientés; déjà l'on attache au poteau les deux amaqts. unis pour le trépas comme ils le furent pour Ja souffrance ^ le seul couple.qu'Obéron ait trouvé pur* . ....
$M OBÉBON.
Durant la bacchanale, tes deux amants, sans rien voir autour d'eux, restent longtemps embrassés dans un muet ravissement. Leur âme peut a peine contenir tant de félicité. Le rêve pénible des épreuves s'est évanoui pour eux : il n'en subsiste plus que ce qui rehausse leur bonheur. La faute est expiée ; le destin ne leur est plus contraire : puisqu'il les a de nouveau réunis, rien désormais ne peat les séparer.
es.
Le chevalier noir, qui n'a pas quitté soii destrier et qui n'est autre que le brave Scliérasmin, prend une paît profonde ù celte scène de bonheur. C'est lui qui tout k l'heure fendait , comme la tempête , les flots du peuple, pour arracher son maître et sa compagne h ces lâches Mauresques , ou , s'il n'eût réussi , pour terminer une vie qu'il n'aurait pu sans eux supporter plus longtemps.
Il saute a bas de son cheval , et se fraye un passage k travers les danseurs. Fatmé le suit. Ils aident les amants a descendre de leur trône ; ils les reçoivent en triomphe. Combien leur joie fut grande ! Mais elle s'accrut encore quand ils virent , dans les airs , les cygnes et le char si bien connus planer, s'abaisser toujours, puis s'arrôter ilevaut eux.
Ils s'empressent d'y mouler Laissons les Maures
danser tant quObéron voudra!.... Schérasmin ne peut s'empêcher toutefois de Irouver, qu'en fait d'amusement, mieux vaudrait poUr eux ramer sur les galères..... Plus
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rapide que la pensée, plus doui(*'<qii9 le sommeil, le phaeton , dans sou vol aérien , les emporte sans secousses par dessus les mers, les îles, les continents, tandis qu'autour d'eux ne balancent, comme autant d'éventails, de légères nues d'argent.
Déjà, sur la cime des monts, le crépuscule se voilé d'une vapeur incertaine ; déjà les amants voient à leurs pieds la luneqtii se mire dans plus d'un lac, et le silence envahit peu à peu lé vaste empire des airs. En repliant leurs ailes, les cygnes s^àbattent lentement jusques h terre, lorsque tout k Coup , comme formé de la pourpre du soir, un cbéliBaU tayonnant s'offre aux regards des voyageurs. ;
Dans un parc enchanté, au milieu des rosiers qui croisr sent hauts et touffus , s'élève le palais dont l'éclat merveilleux inonde de sa luijiière tous les bois , tous les lieux d'alentour. — N'est-ce pas ici.,.,, — murmure Huou ch
frissonnant Mais, avant qu'il ait achevé, une porte
d'or s'ouvre subitemept, et vingt jeunes filles eu sortent deux par deux.
Riantes conune le printemps , les joues colorées d'une fleur éternelle , en parures éclatantes de blancheur, elles viennent au-devant de ces enfents de la terre que chérit Obéron; elles viennent en dansant; elles chantent !efe louanges de la fidélité. — Viens, — disent -elles, et des cymbale&d'or se mêlent a leurs voix mélodieuses, se mêlent
fêS OBËRON.
k leurs pas cadencés,— viens, couple constant; reçois la belle couronne que tu sus conquérir.
Les amants enivrés , ravis dans les félicités d'un autre monde, glissent a travers le double rang des nymphes , tandis que le génie lui-même , éblouissant comme l'astre qui se lève dans sa parure de flancé, apparaît devant eux. Le roi des sylphes n'est plusTenfant qu'ils virent naguères sous un aimable déguisement : c'est un .jeune homme brillant d'une beauté, d'une fraîcheur étemelles; il porte au doigt l'anneau magique.
Près de lui se tient , parée de roses , Titania y 4fm rayonne, ainsi que la lune, d'un éclat plus tûnide et piv doux. Chacun porte a sa main une guirlande de myrtes. — Reçois, disent-ils d'un air , d'un ton pleins de tendre affection ; reçois, couple Gdèle, pour prix de ta victoire , la couronne si bien méritée que t'offrent tes amis. Jamais^ tant que vous conserverez ce gage de notre faveur, la félicité du cœur ne vous abandonnera.
A peine les derniers mots sont-ils tombés des lèvres d'Obéron qu'on voit s'abaisser un nuage, et, de ce nuage, descendre au son des harpes trois sylphides, le sein orné de lis. La troisième porte dans ses bras un enfant d'une beauté merveilleuse qu'k genoux elle remet k la reine. Titania se penche vers lui , l'embrasse et le remet k sa mère.
Puis f au milieu des hymnes d'allégresse que chantient
fes nymphes , en répandant devant eux des ro^ sur leur chemin, les fortunés époux entrent, par lés portes d'or, dans le gracieux palais d'Obéron. Ce qu'ils virent, ce qu'ils entendirent dans ce séjour enchanté , leur bouche ne le raconta jamais ; seulement , lorsqu'ils se ressouvenaient, ils regardaient le ciel, et des larmes de bonheur trahissaient 1- objet de leurs pensées.
Ce rêve délicieux s'éteignit au sein duisoinni^. Quand le jour vint, ils se trouvèrent, comme renaissant à la vie, couchés sur un banc de mousse , dans les bras l'un de l'autre. Près de la , quatre chevaux magnifiques , richement enharnachés , piaffaient a l'ombre de quelques arbres , et , sur la terre tout a l'en tour , des armes , des habits, des parures, étaient réunis dans un somptueux mélange.
Sire Huon, qui ne se contient pas de joie, réveille son écuyer ; Amanda cherche son fils endormi sur le sein de Fatmé. Ils promènent leurs regards autour d'eux: quel est leur étounement l — Seigneur , dit Schérasmin ravi , dans quel pays croyez-vous être?,... Venez, prenez ma place, regardez au couchant, et dites, que voyez-vous?
Le chevalier regarde et doute de ses yeux. Lui qui eut tant d'aventures, qui fut témoin de tant de prodiges, tout habitué qu'il y puisse être, à peine croit-il h ce qu'il voit. C'est la Seine dont l'eau coule a ses pieds ; c'est Paris qui s'étend devant lui. 11 se frotte les paupières , il se frappe le front et recommence k examiner. — Est-il possible ,
%1Q OBiaON.
$'écrie-t-il a la Un, que j'aie atteint déjà le terme de mes voyages?
Il n'est pas revenu de sa surprise qu'un nouveau speo^ tacle s'offre encore k sa vue. Tout semble en mouvement autour du château ; on entend la trompette , des ebe«^ valiers galopent en troupe vers Tenceinte des jofttes, ^ les barrières en sont ouvertes. — Mon bonheur, dit Huon, passe toujours mon espérance: si rien ne m'abuse ,. un tournoi se prépare ; va, et sache oe qu'il en est, 7».
Schérasmin obéit. Dans ces entrefaites, Fatmé s'occupe d'iiabiller Amanda, car tout ce qu'il faut pour la montrer dans cette cour inconnue avec l'éclat qui convient k soq rang et à sa beauté, se trouve en profusion parmi les oIh jets entassés à leurs pieds. Le paladin de son côté, prodî-» guant maints baisers h leur fils , le berce avec tendresse sur les genoux paternels. ;
11 éprouve un plaisir secret à voir que ces parures, que cette pompe étrangère ne saurait ni rehausser, ni dimi* nuer les charmes de la jeune femme. Qu'une rose imr^ brage son sein ou qu'un bouquet de pierreries épaj^ à l'cntour d'elle son lustre élincelant , toujours belle^ïjl elle-même et respirant l'amour , elle semble n'emprunter aucun attrait a ces dernières, n'en manquer d'aucun avec la simple ûcur. \
L'écuyer est de retour : il annonce que les joutes sont ouvertes depuis trois jours déjà, -r- Charles , dit-il^ quQ
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sa colère domine eiHsore , a fait publier un toutnoi dana» tout le royaume, et devinez quelle récompense le vainqueur doit recevoir aujourd'hui?..,. Rien moins, seigneur que le flef d'Huon; car, en vérité, si l'empereur s'attend a quelque chose, ce n'est pas a votre glorieux retour de Babylone.
Vite , mes armes ! — s'écrie le paladin transporté de Joie. «-^ H n'est pas de nouvelle qld Jût*to^îifréer davaui tage. Ce que la naissance m'avait donné , ^je le gagnerai par ma valeur. Si je ne sais pas le mériter, eh bien ! que l'empereur l'accorde a qui s'en trouve digne ! — Il dit et voit Rézia l'approuver en silence par un tendre sourire. Les battements de son sein lui promettent la victoire.,... En peu d'instants , son héros est devant elle richement armé de toutes pièces.
DîHnes et guerriers sautent promptement en selle; ils chevauchent vers la ville. Partout les passants, émerveillés de leur magnificence, s'arrêtent pour les regarder, et qui n'a rien a faire court après eux. Messire Huon arrive bientôt avec Amanda près des barrières du tournoi ; il jp^d congé d'elle , la confie a la garde de Schérasmin , Mtttee ensuite sa visière et s'élance dans la lice.
Dès qu'il se montre , un cri d'admiration retentit dé tous côtés, tant il surpasse en force, en grâces, en adresse, les plus fameux de ceux qui jusqu'alors ont pris part a la joute. Vers l'autre extrémité de la carrière se tient, monté sup un superbe destrier et quelque peu jaloux de cet
flTS OBÉROlf.
accueil , le chevalier qui , durant les trois jours^ a sans cesse remporté Tavantage. Charlemagne , entouré de ses princes, est au balcon de son château, as. Suivant Tusage, Huon s'incline devant l'empereur, salue ensuite les dames et les juges du camp , il fidt caracoler son vigoureux coursier tout autour de l'aràne, pub il annonce au vainqueur qu'il vient lui disputer le prix. La règle voudrait qu'il fit d'abord connaître et son rang et son nom; mais le serment qu'il est un Franc et la richesse de son armure le dispensent de cette formalité.
On lui présente un faisceau de lances : il les pèse, choisit la plus lourde, la brandit avec facilité , et , plein de confiance, se met en place. Gomme Amanda sent battre son cœur ! Quelles ferventes prières elle adresse h Obéron, k tous les anges , lorsque le son éclatant des trompettes permet aux champions impatients de prendre enfin leur course.
Le chevalier qui précédemment a fait mordre la ppussière à tous ses rivaux, bout de colère en se voyant obligé d'exposer sa fortune et sa gloire dans un nouveau covl>at. U était Gis de Daulin de Mayence, et d'habitude *Be regardait guère a courir une lance plutôt qu'un lièvre. Tel que la foudre qui s'échappe des nuages, il fond avec fureur sur son adversaire.
Sans être ébranlé , Huon l'atteint à la poitrine , et le renverse contre les barrières avec tant de rudesse que le
Mayençais en a les reins brisés. L'envie lui passe de recommencer : quatre écuyers l'emportent évanoui de la lice. De joyeux cris de triomphe s'élèvent jusqu'aux nues; le paladin est resté seul et victorieux.
Il attend un instant pour voir si quelque autre voudra se mesurer avec lui; et, comme personne ne vient, il galope vers Amanda , qui paraît une déesse , sur sa belle baquenée. Il la conduit au château. Quand ils sont arrivés, il l'aide courtoisement a descendre de cheval, et, s'avançant au milieu des vivais, il lui prête sa main pour franchir les hauts degrés de marbre.
Amanda est enveloppée , comme d'un nuage argenté, par un voile qu'aucun regard ne peut percer. Une multitude innombrable, impatiente de savoir l'issue de l'aventure, se presse sur ses pas. Ou ouvre une vaste salle : le vieux Charles y siège sur un trône , revôtu des insignes de son rang impérial, et tout environné de son conseil de princes.
Huon ôte son casque : avec ses longs cheveux, il semble le dieu du jour. 11 entre , et chacun frémit en le reconnaissant. L'empereur croit voir le fantôme du chevalier ; mais, tenant Amanda par la main, le noble fils de Sévin s'approche respectueusement du trône , et dit : — Seigneur, me voici de retour après avoir accompli mon serment.
Avec le secours de Dieu , j'ai satisfait aux conditions
tJi OBËRON.
que tu m'avais imposées. Regarde : voici dans cette cas^ sette la barbe et les dents du calife , pour lescjuelleg, sur
ton ordre, seigneur, j'ai risqué mon corps et ma vie
Vois enûn cette belle , Tbéritière de son trône et ma femme bien-aimée. — Le voile qui cachait le visage d'Amanda tombe à ces mots, et soudain une clarté nouvelle emplit la salle entière.
La foule i>cste étonnée : on dirait un ange leur appa-* raissant dans son céleste éclat , qu'il tempère néanmoins aUn de ne pas les foudroyer. Telle est Rézia, gracieuse en mcme temps qu'imposante , avec sa fraîche guirlande de myrtes et son vêlement tissu d'argent. Invisible à tous, la reine dos fées est auprès de son amie à qui tous \g^ cœurs appartiennent bientôt.
L'empereur descend du trône ; il est heureui, prononcet-il, de la voir a sa cour. Les princes s'empressent autour d'Huon ; ils embrassent en frères le noble jeune homme qui mena si glorieusement a fin une pareille entreprise. Le ressentiment expire dans le cœur du vieux Charles ; 11 secoue affectueusement la main du héros , et lui dit : — Puisse jamais ne manquer a l'empire un prince qui t'égale en vertus !