‹ Obéron; poëme hëroïqueChapitre 13 sur 18 · CHANT DOUZIEME. «HT · texte numérisé non relu

CHANT DOUZIEME. «HT

de fer s'ouvre aussitôt ; une pâle lueur éclaire les noires murailles de son cachot ; quelqu'un marche près de lui : il se soulève et voit à son côté Âlmansaris, une lampe h la main , la couronne sur sa tête et revêtue d'une.parure magnifique.

Elle tend , avec un sourire enchanteur, sa main de lis au chevalier. — Pourras-tu, lui dit-elle, me pardonner un crime, effet de la nécessité, mais dont mon cœur n'est point coupable? Ma vie, ô mon bien-aimé, ne dépend-elle pas de la tienne ? Malgré ta résistance, je viens te sous^ traire au danger, te prendre sur le bûcher dressé par uû barbare, pour t'élever jusqu'au trône, car toi seul le mérites!

L'amour t'ouvre une carrière dorée ; élance-toi : qu'elle retentisse de ta gloire! Accepte la main qui se donne à toi : je fais un signe, et ton persécuteur succombe, et son peuple fourmille à tes pieds comme une humble poussière. Aie confiance dans l'amour et, ce qu'il a commencé, que ton courage l'achève,

— Cesse, ô reine, de me presser. Tes offres ne font qu'aggraver mes peines, puisqu'il faut te refuser. Pourquoi me forcer à le dire ? Je ne puis me sauver au prix d'un crime. — Serait-ce possible? s'écrie la favorite; l'égarement peut-il aller si loin? Malheureux ! a la vue du bûcher dont les flammes te menacent, oses-tu dédaigner Almansaris avec un trône?

i» OBERON

Dis, ô reine, réplique-t*il , que mon sang peutteterfir^ ei l'empressement avec lequel je le verserai te moalran ■ Je suis un ingrat. Gomme gage de ma Feoonnaisaaiioey je puis l'offrir la vie, non Ihonneur, non la lidéUté. Ce ^pw je suis, tu rignores ; n'oublie pas ce que tu es, et ne demande point des choses qui me sont impossibles.

Excitée par rol>staclo qu'elle rencontre, Almansaris met en œuvre toute son adresse pour ébranler la vertu , pour fatiguer le courage d^Huon ; elle caresse, elle menai»! elle supplie , elle tombe h genoux , éperdue d'amour et de douleur ; mais la volonté du héros reste infie\ible, sa fidélité sans souillure.

— Meurs doue, puisque tu le veux , — s'écrie-t-elle ea suffoquant de rage. -— J'irai moi-môme repaître mesyaox avides du spectacle que promet ta torture: meurs < un insensé , mcui's victime de ton obstination ! — i la sultane. Sou regard étincelle , sa ])ouche firémît ; Mê maudit l'heure oîi , pour la 'première fois , il a firappë sa vue; elle se maudit elle-même, puis se précipite liors du cachot , et derrière elle retombe eu grinçant la porte aux ballants de fer.

Dans ces entrcfailcs, la renommée, qui se plait k répandre , même a orner les plus tristes histoires , avait l>orté jusqu'aux oreilles de Schérasmiu et de Fatmé l'aventure de leur malheureux maître. Le bel Hassan , racontait<on . nvait et' urpris par le roi tandis qu'il était seul

au bain avec Âlmansaris , et dès le lendemain on devait le livrer aux flanunea dons la grande cour du (Râlais. ^ m.

Pour eux riunoceiiee d'Huou n'était paa en qoestiiHif < Us connaissaient le véritable état des choses ; et^ djail* leurs , quand môme il eût failli, n'étaitr«il pas toi^uçs digne de compassion? La fidélité, lorsqu'elle «et de bon aloi, se manifeste en pareille occurrence. Au lieu de perdre a gémir un temps précieuxi ils résolurent de faire, pour le tirer de ce mauvais pas , tout ce qui dépendrait d'eux , et de périr avec lui s'ils ne pouvaient le sauver.

. Avant que le jour paraiase^ , Fatmé réussit , par sa vigir lance et son audace , k tromper les gardiens du sérail, et se glisse , sans qu'on puisse la reconnaître , jusqu'à l'ap*partement où Réxia sommeille en rêvant au chevalier.' Durant quelques instants, la joie de se revoir, bonheur inespéré l leur ravit a toutes deux la parde. Le premier mot que la nourrice articule à la ihi, c'est le nom d'Huon ; elle a des nouvelles de cet époux bienniimé.

— Qu'a dit la bouche d'or , ù ma chère Fatmé? — s'écrie Amanda on tombant à son cou. — Huon serait aussi près de moi ! Où est-il ? — Hélas 1 princesse , quel événement ! répond-elle d'une voix coupée par les sanglots : volez a son secours ! déchirez ses liens 1 brisex sa prison ! Par amour pour vous il va trouver la mort, une mort terrible. — La-dessus elle fait le récit de ee qui s'est passé -, elle dit la iidélité du paladin et la vengeance de h sultane. -^^-l^', » •Hv

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— Déjà le bûcher est prêt^ dit-elle, rien ne peut le sauver si Zoradine ne le protège. — Poussant un cri d'angoisse, Âmanda s'élance , comme une insensée, bon de son lit ; sans quitter le vêtement léger qu'elle avait, eu la nuit , elle jette un voile autour de sa taille et vole k pas précipités vers les appartements du roi , passant au milieu des gardes et des esclaves qui lui font place et ne cessent de la regarder avec une muette admiration.

Elle entre, sans faire attention que le jour est levé k peine , et se prosterne aux pieds du sultan , les joues pâles comme un lis , les cheveux flottant négligemment sur ses épaules: — Almanzor, ne me laisse pas t'implorer eu vain ! Jure , si tu veux conserver ma vie, que tu feras droit à ma prière : il y va de Mon repos I

Parle, ô la plus belle des belles, répond le prince; surpris , mais satisfait. Ne me laisse pas flotter plus longtemps dans cette incertitude. Te plaire est mon désir )e plus ardent ; demande avec hardiesse : mes trésors , mon trône, mes états; rien, parmi les biens dont je dispose , n'est trop précieux pour toi ; Almauzor n'en excepte qu'un seul, toi-mômc. — Tu me le jures. — Ivre d'amour, le Maure donne sa parole. — Accorde-moi donc la vie du jardinier Hassan.

Quoi! s'écrie-t-il, consterné; quelle demande, "■ittuine? El* 7"' ♦'îmnrk--''' "<** '>c/»la^c ? — Beaucoup , iimonvAT» -^i ^. ^v .^ ... ' dépend de la sienne.

CHANT DOUZIEME. fȔ

.—Est-ce la fièvre , est-ce uu rêve qui te fait parler ainsi? Pardonne, mais tu abuses du pouvoir sans limiles»que tu tiens de la beauté... La vie d'un valet ! Il doit expier son crime. — Il n'expie que sa fidélité.

Je connais son cœur : il tient a son devoir ; il est innocent : son honneur est sans tacbe... Mais, ô Almanzor, fût-il coupable , ne punis pas sa faute sur Zoradine. — Avec un regard où brille une fureur a peine contenue, le roi s'écrie : — Cruelle ! pourquoi me torturer par tes hésitations ? Quel est le mystère qui perce sous cette incompréhensible, cette odieuse énigme? Cet Hassan, qu'est* il pour toi? parle!

— Puisque la nécessité me force a le déclarer, sache-le, je suis sa femme 1 Un lien que rien ne saurait briser , un lien formé dans le ciel même attache mon sort, mon bonheur, tout mon ôtre h cet ^oux adoré. Le bras du destin nous accable aujourd'hui de ses coups les plus rudes... 11 peut bientôt s'appesantir sur toi ; songes-y... Tu vois ma misère... honore-la, toi qui es heureux... Tu le peux, sauve-moi.

— Quoi ! tu serais l'épouse d'Hassan et tu Taimerais?

— Par dessus tout. — Malheur a toi ! il t'est infidèle. — Infidèle , lui ! Son infortune n'a d'autre cause que sa Gdélité : j'en suis certaine. — Moi , je crois ce que j'ai vu.

— Alors il fut trompé le premier et toi-môme après lui.

— Ah ! crains de trop compter sur le pouvoir qu'exercent

Mi OBERUN

tes a|)|>as, i-iie le sultan, l'œil en courroux: h force d*ètfe tendu , l'arc se brise a la fin.

Hassan mourra .. et je ne puis que te plaindrez — H inouira , tyran , lui dit Rézia ; il mourra, quand un mot do ta lM)uclie peut lui donner la vie , et tu oses me le dire? — Ainsi le veut la loi qui régit le sâtiil, répond froidement le prince ; il Ta violée , il doit périr ; maiS| puisque tu Tcxiges , je remets entre tes mains la vie de Tesclave , sa vie ou sa mort.

Enseigne-moi la clémence , belle Zoradine ; rends-moi le repos que tu m'as ravi , et je dépose h tes pieds la couronno et l'empire ; donne-moi ta main et le coupable a sa grâce. Qu'il parte, comblé de mes bienfaits, et retourne auprès des siens ! INe tarde point : cette bonté que tu'Mplores, donne la première, donne-m'en l'exemple.. • un mot va décider de mon sort et du sien, «t.

— Barbare ! — répond-elle aussitôt , pleine d'une colère céleste. — Va ! l'bomme que chérit Zoradine n'achète pas si chèrement sa vie !... Me connals^tu si peu, tyran?.;. A ce prix , la dernière des femmes qui me servaient naguèrcs eût dédaigné ta personne et ton trône I... Noa jours , il est vrai , sont en ta puissance ; mais n'espère pas en tirer avantage... je puis aussi mourir. . •

Ve sultan reste interdit ; tant de courage répouvante : -ï... \mt ^che est plus touchée des bravades que des pi. ,... .. <^în naîc «f i^'^uté rallume en n)ôme temps

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