‹ Objectivité de la perception des sens externesChapitre 10 sur 15 · ET LES THÉORIES MODERNES · texte numérisé non relu

ET LES THÉORIES MODERNES

qaestioD.

La question derobjectivité des sens externes ou de imporla valeur de leurs perceptions a de tout temps vive- deh ment préoccupé les philosophes de toutes les écoles. C'est en effet l'existence du monde extérieur et la possibilité de le connaître qui sont en jeu dans ce redoutable problème, et par conséquent l'existence même et le fondement de toute science expérimentale.

Mais pour nous, philosophes scolastiques, cette importance est encore plus grande. S'il est vrai, comme nous le croyons, que l'intelligence ne fait que porter à un degré supérieur, en les transformant, les données sensibles, il est clair que la valeur des notions intellectuelles dépend en grande partie de la valeur de ces premières données. Si le monde des corps n'est plus qu'une illusion, le monde des idées pures risque fort d'être pareillement illusoire. Aussi devons-nous prendre soin, avant d'édifier le second étage de la connaissance humaine, de ne pas démolir le premier, et d'en vérifier au besoin, pour les raffermir, les profondes assises.

Et cependant que de nuages amoncelés autour de son ce grave problème par nos savants modernes ! Les philosophes, ne sachant plus comment expliquer Fé-

obscuiilé.

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nigme de la perception externe dont ils semblent avoir perdu le secret, ont trouvé plus commode de la nier, en la réduisant à une perception interne ; les physiologistes de leur côté, poussés par cette manie de simplification à outrance qui cherche l'unité des choses dans leur identité, ont méconnu le double jeu si différent de nos organes des sens externes, celui de la perception objective, et celui de la perception subjective ; ils les ont confondus et identifiés par la plus déplorable méprise.

Grâce à cette nouvelle « simplification > le problème, déjà si difficile de l'objectivité, a été embrouillé comme à plaisir ; il est devenu plus obscur et plus mystérieux que jamais, au point de décourager les meilleurs esprits qui se laissent entraîner, chaque jour plus nombreux, sur les pentes de l'idéalisme et du scepticisme.

NooTeiie G'est à Cette obscurité, en même temps qu'à cette importance capitale du sujet, nous n'en saurions douter, que nous devons l'accueil bienveillant fait à la première édition de cette étude, malgré ses imperfections trop évidentes. Elle était en effet bien moins un petit traité en raccourci de l'objectivité, — comme nous l'aurions désiré, — qu'un recueil de fragments détachés à la hâte pour une Revue philosophique. Cependant deux tirages ont été épuisés en quelques mois, et les nouvelles demandes s'étant multipliées, nous nous sommes vu lorcé de reprendre notre œuvre, de la compléter, de la refondre à peu près entièrement, et même de F < illustrer » par des figures qui sont indispensables à l'intelligence complète des illusions d'optique.

Notre idéal n'est pas encore atteint, sans doute, mais nous aimons à compter de nouveau sur l'indulgence de nos confrères dont les conseils judicieux

éUiiion .

nous ont déjà permis et nous permettront encore d'améliorer notre œuvre.

Voici le plan de cet ouvrage. piande

r^ • • 1 il / l'ouvrage.

Dans une première partie, nous exposerons la théorie de la perception immédiate des sens externes, d'après Aristote et S. Thomas, et nous la mettrons en parallèle avec les théories modernes.

Dans la deuxième et la troisième parties, nous traiterons deux questions accessoires, librement controversées dans l'École, et dont les développements exigeaient d'ailleurs une place à part : le siège de nos seiisations daTis les organes périphériques, et V objectivité des sons et des couleurs. Nous verrons que les solutions proposées sur ces deux points par Aristote et S. Thomas complètent à merveille leur théorie de la perception externe, et achèvent de la mettre en pleine lumière.

Cette étude sur l'objectivité qui a paru la première reprendra désormais sa place logique dans la série de nos Études, immédiatement après le Cerveau, Vâme et les facultés, dont elle développe un des chapitres.

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