DISCOURS DE M. DE BOURMONT
Messieurs ,
Des voix plus autorisées viennent de saluer l'homme éminent que nous pleurons : permettez à un écolier de dire adieu à son maître.
Sous un aspect austère, M. Quicherat cachait un cœur droit, loyal et dévoué, qui se révélait avec toutes ses richesses exquises quand on avait su le conquérir. Travailleur, il n'appréciait que les travailleurs et s'entendait à les guider. Sous sa direction, bien des maîtres se sont formés, et la gloire de notre École a reçu son meilleur développement. Ne s'arrachant jamais à la peine , partout et toujours il nous a donné l'exemple. Il est mort sur le champ de bataille, en Français, combattant jusqu'à son dernier soupir. Ne travaillait-il pas encore la veille de sa
mort, et de cette tombe, à nous, les derniers ûls de sa chère École, ne nous jette-t-il pas un cri, vivante expression de toute sa vie: « En avant! »
C'est que nul mieux que lui ne savait lancer le jeune homme au devant du labeur, nul ne savait mieux le soutenir aux jours de faiblesse, nul ne savait mieux avoir cette parole tantôt grave et bienveillante , tantôt rieuse et enjouée, vibrante comme un coup de clairon, ou douce comme la voix d'un père.
Notre génération n*a pu écouter ses leçons, mais nos maîtres , ses émules ou ses élèves, nous en ont fait profiter. En archéologie , en histoire, en philologie, partout il avait été sur la brèche ; partout il avait tracé le chemin, s'il n'avait pas complètement frayé la route. Et si je parle ainsi, messieurs, je ne fais que répéter ce que j'ai entendu dire vingt fois dans ces cours où nos professeurs nous ont inculqué , avec l'amour de l'histoire du pays , un affectueux et reconnaissant respect pour notre regretté directeur.
C'est qu'il était vraiment l'image vivante de l'École et il l'aimait tellement qu'il n'eut pas , pour ainsi parler, d'autre affection, a Pour elle, rien que pour elle », telle fut sa devise.
Aussi ce n'est pas un adieu qu'aujourd'hui nous voulons lui dire, mais un « au revoir » plein d'espérance et mêlé de regrets. Nous aurions tant voulu le garder toujours parmi nous pour guider nos cadets, comme il nous avait conduits nous-mêmes. Dieu ne l'a pas voulu ; c'est pour nous un pénible sacrifice de nous séparer de lui, et ce sera pour l'École une perte cruelle et irréparable.
Mais cependant votre souffle, cher maître, continuera de nous animer, vous nous avez légué votre amour du travail, nous recueillons ce legs au bord de cette tombe, nous travaillerons jusqu'à notre dernier soupir pour la gloire et l'honneur de votre École, de la nôtre.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie G. Daupeley-Gouvernedr.
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