M. LALLEMAND. — OBSERVATIONS
une douleur brûlante dans la direction de l’artère: comme j’étais certain de n’avoir pas compris de nerf dans la ligature , je serrai le second nœud sans m’en inquiéter : l’un des fils de la ligature fut coupé près du nœud et la plaie fut réunie par première intention : les tumeurs s’étaient affaissées , les battemens avaient cessé , l’on pouvait introduire plus facilement le doigt dans l’ouverture de l’os.
Comme le malade, naturellement fort endurant, continuait à se plaindre d’une manière extraordinaire de la même sensation , je me rappelai celles qu’il avait éprouvées dans l’artère avant l’opération; à l’épaississement de ses parois, je supposai qu’elles étaient malades et qu’il était urgent de prévenir une artérite; je fis une saignée d’une livre; dès le moment que le sang commença à couler la douleur diminua, la respiration devint plus facile; le soir une seconde saignée semblable produisit un soulagement encore plus marqué ; enfin dans la nuit la douleur finit par disparaître entièrement. Pendant le premier jour la chaleur du membre resta un peu au-dessous de l’état naturel ; mais déjà le second jour la différence n’était plus sensible au tact ; le troisième , réunion complète de toute la plaie ; pas de pus autour de la ligature; mouvemens spontanés de la jambe, plus libres , moins douloureux.
Le huitième jour, chaleur dans le genou plus grande que dans l’état naturel, augmentation des mouvemens, diminution des tumeurs. Le quinzième, mouvemens entièrement revenus, chaleur naturelle, légère suppuration autour du fil de la ligature. Le trente-deuxième jour, tentative pour l’extraire, inflammation phîegmoneuse, cataplasmes émolliens, suppuration plus abondante le long du fil. Le trente-sixième jour seulement il cède à la traction et se détache. Application autour du genou d’un bandage compressif, affaissement progressif mais lent des tumeurs, retour de l’os à son volume naturel , affaissement du tendon de la rotule , disparition de l’ouverture osseuse dans laquelle entrait l’extrémité du doigt indicateur. Diminution du gonflement variqueux des veines. Au bout de deux mois, le malade se leva, mais quand le membre était pendant, le genou se gonflait et devenait rouge, la pression exercée sur la tête du péroné déterminait encore une douleur assez vive dans la direction du nerf péronien. L’application de la glace fit disparaître ces derniers symptômes ; au bout de trois mois le malade appuyait sur sa jambe et pouvait marcher sans béquilles; il partit peu de temps après pour Bagnères, où les douches accélérèrent sa guérison.
Pour ne pas détourner l’attention de la maladie extraordinaire qui avait amené M. F. de H. à Montpellier, j’ai négligé de parler de plusieurs circonstances qui cependant méritent d’être rapportées brièvement.
J’ai dit que le malade avait eu plusieurs blennorrhagies et qu’il n’urinait qu’avec difficulté; désirant mettre à profit le temps qu’il était obligé de passer au lit, je l’ai sondé et j’ai trouvé un rétrécissement à quatre pouces, mince comme une membrane; je le cautérisai avec une sonde porte-caustique droite; malgré l’attention que j’eus de ne découvrir le nitrate d’argent que dans l’étendue de trois lignes, la cautérisation
fut très douloureuse parce qu’une partie du caustique porta derrière le rétrécissement. Pour éviter cet inconvénient , je cautérisai d’avant en arrière avec une sonde d’argent droite , dans laquelle j’introduisis une sonde armée: cette seconde cautérisation ne fut pas douloureuse et détruisit complètement le rétrécissement. Quelques lignes plus loin j’en trouvai un second tout-à-fait semblable ; je le détruisis de la même manière par deux cautérisations d’avant en arrière.
«J’ai eu l’occasion cl’observer d’autres cas semblables et je me suis convaincu que pour les rétrécissemens très minces et comme membraneux la cautérisation d’avant en arrière est préférable à celle de dedans en dehors. De quelque manière qu’on s’y prenne il est impossible quand on introduit du nitrate d’argent dans un pareil rétrécissement qu’il n’en coule pas sur les parties saines. 11 en résulte une vive irritation et une tendance du canal à se resserrer. Par l’autre procédé, l’ouverture de la sonde d’argent s’applique sur cette espèce de diaphragme, et le caustique qu’on porte dessus à l’aide d’une sonde de gomme élastique ne peut agir que contre l’obstacle. Or, comme il est membraneux, une ou deux cautérisations suffisent pour le détruire.
J’ai dit que le malade à l’âge d’environ dix ans avait eu la variole; il en était résulté plusieurs taies, l’une très petite mais épaisse comme une tête cl’épingle au centre de la cornée gauche et deux autres plus larges et plus minces au bas de la cornée droite. Ces taies rendaient la vue singulièrement confuse, incertaine, surtout quand il s’agissait de petits objets: par exemple le malade ne pouvait pas lire un demi quart-d’heure sans que les mots se confondissent complètement et il était obligé de quitter le livre. Je fis appliquer du laudanum deux fois par jour sur les cornées, et au bout de deux mois le malade pouvait soutenir la lecture pendant plusieurs heures ; les taies n’ont pas complètement disparu, mais d’après le changement que j’y ai observé, je ne doute pas qu’il ne parvienne à les détruire complètement s’il continue avec persévérance l’usage du laudanum. Certainement la disparition d’une altération organique de la cornée après trente-cinq ans d’existence est un phénomène qui n’est pas moins curieux pour l’anatomiste que pour le praticien.
Depuis vingt ansM. F. de H. éprouvait une douleur à l’épigastre à la suite d’une orgie
qui avait supprimé une blennorrhagie. Depuis lors exaspérée par des causes que
j’ai rapportées, cette affection de l’estomac avait pris un caractère grave : le malade
était miné par une fièvre presque continuelle, son teint était jaune, sa langue
sale, sa bouche amère, l’appétit était presque nul, les digestions se faisaient péniblement, produisaient beaucoup de vents, la plus légère pression à l’épigastre déterminait des douleurs aiguës, tout paraissait annoncer une altération organique de l’estomac. Pour opérer le malade , je l’avais mis à un régime sévère ; après l’opération il fut obligé de s’y soumettre encore trois mois; pendant ce temps-là les symptômes gastriques ont presque entièrement disparu; il ne reste plus qu’un peu de sensibilité à l’épigastre.