A PAVIE CHEZ FUSI ET COMP.E , LIBRAIRES
D les sciences d’ observation, telles que l’anatomie comparée, il arrive assez souvent, que de faits erronés sont reçus comme des vérités, et se soutiennent ensuite pendant un temps plus, ou moins long, suivant la renommée de celui qui les a publiés pour la première fois, ou selon, qu’il est plus ou moins difficile de se procurer les moyens de vérifier les nouveaux faits publiés, et d’en rectifier les erreurs. A l’appui de cette assertion, je citerai un exemple, qui m’est fourni par un ouvrage classique le Règne animal de Cuvier.
Dans cet ouvrage, il est dit que les larves de batraciens respirent à la fois par leurs branchies et leurs poumons ; que leur circulation, d’abord semblable à celle des poissons, se métamorphose par la suite en une circulation de reptile; que le protée est pourvu de branchies et de poumons, en un mot, qu’il est pareil aux larves de batraciens, avec cette différence, que l’organisation des larves est transitoire, tandis que celle du protée est permanente; enfin, on y trouve ce reptile placé sur la même ligne que la sirène, qui, d’après Cuvier, a la circulation double des poissons, et la circulation simple des reptiles, et respire pendant tout le temps de sa vie, Pair élastique en nature, aussi bien que celui mélangé avec l’eau.
Dans mon mémoire sur les organes circulatoires des larves de salamandres aquatiques, j’ai prouvé jusqu’à la dernière évidence, que les larves de batraciens ont la circulation de leur classe, et non celle des poissons; de plus j’ai démontré par des expériences sans réplique, qu’elles respirent seulement par les branchies, et que leurs poumons n’entrent en fonction qu’à l’époque de leur métamorphose. Dans la Monographie du protée anguin publiée par Configliachi et moi, j’ai en outre prouvé contre l’opinion de Cuvier, que ce reptile a la circulation simple, et que sa respiration est purement aquatique, car les deux vésicules dont il est pourvu, et qu’on avoit regardées comme un organe respiratoire, ne sont point deux poumons; et jai conclu qu’il ne doit pas éprouver de changement, parce que, s’il perdoit ses branchies à l’instar des larves, il se trouveroit privé d’organes propres à décarboniser le sang.
Ayant été conduit à la découverte de tous ces faits par des dissections et par des expériences faites sur des tétards, etsur des prolées vivants, je devois naturellement croire, que les faits que j’avois publiés étoient admis, ou bien réfutés par d’autres faits puisés de même dans Panatomie, et étayés par des expériences positives; mais chose surprenante! il n’en a point été ainsi; toutes leserreurs, que je viens de signaler, ont été répétées par Cuvier dans les deux éditions de son Règne animal; et qui plus est, elles ont trouvé des échos parmi les auteurs de sa Nation.
Ayant eu l’occasion de disséquer une sirène, que je dois à l’extrème obligeance de Mr le Prince de Musignano (*), je
(x) Ce célèbre Naturaliste contribue doublement aux progrés de la science, par
ses propres travaux, et par les moyens qu’il procure à ses confrères de faire de nouvelles observations. Puisse cet exemple noble et généreux, trouver par tout
des imitateurs !
reviens sur ce sujet, et je me propose ici de comparer le protée avec les sirènes et les larves de salamandres, aimant à croire que les vérités qui découleront de cet examen comparatif, appelleront tôt ou tard l’attention des naturalistes consciencieux et impartiaux.
Avant d’entrer en matière, je dois poser en principe que le protée est un animal parfait. Pour ceux qui pourroient encore avoir des doutes à cet égard, je dirai que j’ai gardé vivant un de ces reptiles pendant vingt trois mois; et quoiqu'il fut le plus gros de tous ceux que j’ai eu à ma disposition (et même un peu plus gros que celui représenté dans la première planche ), il n’a cependant jamais changé de forme; je dirai en outre que dans un protée femelle (pl. V fig. 1), j’ai trouvé les ovaires parfaitement semblables à ceux des salamandres terrestres, au moins quant à la grosseur des oeufs, de manière que nous pouvons conjecturer, presque sans crainte de nous tromper, que ce reptile est ovo-vivipare.
Au premier aspect ou trouve que les sirènes ont beaucoup de ressemblance avec les larves de salamandres, et on comprend qu’on ait pu les regarder comme des larves permanentes; mais en les examinant attentivement, on ne tarde pas à s’apercevoir que cette ressemblance n’est pas aussi grande qu’elle avoit paru d’abord. Nous voyons en effet, que les sirènes, de même que le protée, manquent de ce repli transversal de la peau, formant sous la gorge des larves une espèce d’opercule membraneux, qui à l’époque de la métamorphose, se soude avec la peau de la poitrine et disparoît. Personne, que je sache, n’a fait cette remarque, elle est cependant de quelque importance; car cette analogie entre le protée et les sirènes, nous porte déjà à présumer que ces dernières sont des animaux parfaits, et cela d’autant plus que ces reptiles
ont, relativement au volume de leur corps, la tête beaucoup plus petite que celle des larves. Au reste, comme l’anatomie doit nous révéler les analogies et les dissemblances les plus importantes, nous passerons de suite à l’examen de leur orgauisation intime, sous le double rapport des organes de la circulation et de la respiration.
Le coeur des sirènes est situé au-dessus des deux cartilages qui tiennent lieu du sternum, sa pointe dépasse même en arrière ces deux cartilages. Dans le protée et dans les larves de batraciens anoures et urodèles, cet organe occupe l’espace triangulaire borné par les arcs branchiaux (pl.1Vet VIfig. 6.) par conséquent il est placé beaucoup plus en avant chez les tétards et le protée, que dans les sirènes: Cette différence tient au tronc de l'aorte ( pl. VI fig. 6. r), qui chez les dernières, est beaucoup plus long que dans le protée et les larves.
Dans les larves de salamandres aquatiques et terrestres, le tronc de l'aorte, qui naît de la base du coeur, se divise bientôt en huit branches, dont six, trois de chaque côté, vont aux branchies, et deux aux poumons, les premières, que je désigne sous le nom d’artères branchiales, donnent dars leur trajet plusieurs rameaux (pl. VIfig. 1 1.8), qui détournentune partie du sang destiné aux branchies, et le conduisent directement dans les veines branchiales, à leur sortie des houppes, c’est-à-dire avant qu’elles se soient réunies pour former l'aorte descendante. 11 résulte de cette disposition, que le sang détourné par les rameaux susdits, et celui qui est charrié par les artères pulmonaires, ne traverse pas les branchies, et que la petite portion du sang qui a éprouvé l’effet de la respiration dans les houppes branchiales, se mêle avec celui qui étant venu directement du cocur, n’a pas été exposé à l’action de l’air contenu dans l’eau, ou en d’autres termes,
il suit de cette disposition , que sous le rapport des organes circulatoires, les larves de batraciens ne sont jamais semblables aux poissons, puisque le sang qui va circuler dans les diverses parties de leur corps, est toujours un mélange de sang artériel et veineux: Ce ci réfute complétement l’assertion de M. Martin Saint- Ange, qui a partagé à ce sujet l’opinion de Cuvier. (*)
(*) J’ai lu avec plaisir les éloges, que M. Geoffroy-Saint-Hilaire a donnés à M. Martin Saint- Ange dans son rapport à l’Institut au sujet du tableau de la circulation publié par ce dernier, Certes on ne sauroit assez louer la beauté des dessins, leur disposition, la concision et la clarté du texte explicatif, enfin la belle découverte que lAuteur du tableau a faite relativement au coeur du crocodile, mais parmi les détails précieux qu’on trouve dans ce tableau, il sy est glissé une erreur, que lillustre Auteur du rapport auroit dû relever: il y est dit que le têtard véritable poisson, sous le rapport de sa circulation branchiale, devient ensuite reptile: M. Geoffroy pouvoit-il ignorer que les batraciens, même dans l’état de larves, ont toujours la circulation de leur classe? J’ai fait connoître cette vérité, et jen ai donné des preuves irrécusables dans ma dissertation sur les organes circulatoires des larves de salamandres, publiée en 1817 où j'ai rectifié l'erreur dans laquelle étoit tombé Cuvier, lorsqu’il avance, dans son mémoire sur les reptiles douteux, Que dans le tètard, le poumon reçoit du sang qui a déjà été exposé à l’action de l'eau, et que cette petite partie du sang de l'animal respire réellement deux fois: mais la grande masse de ce fluide ne respire qu’une fois et d’une respiralion aguatique ou semblable à celle des poissons. D’où vient donc le silence, que M. Geoffroy a gardé dans cette occasion? ma découverte lui étoit-elle inconnue? je ne le crois pas. On peut ignorer une vérité de détail; mais refuser d’admettere un principe dont on a donné toutes les preuves, que la raison et la prudence peuvent exiger, cela est inconcevable! L’artère qui naît de la base du coeur chez les poissons (Fig. 29 du tableau ) se distribue entièrement aux branchies, la même artère chez les téêtards (Fig. 25 du tableau ), se divise en huit branches, dont six seulement vont aux branchies, et les deux autres aux poumons, ainsi la simple inspection des dessins auroit dû faire connoître à M. Geoffroy, que les têtards, sous le rapport de la circulation, ne sont jamais semblables aux poissons; un simple coup d'oeil attentif eût suffi pour lui prouver, que la figure 25 du tableau est en désaccord tranché avec le texte explicatif, et que ma découverte se trouve même confirmée, en partie du moins, par les dessins qu’a publiés |’ Auteur du tableau: il m'est vraiment pénible de faire ces observations, aussi je proteste que je ne les laisse échapper de ma plume qu’à regret, et seulement dans l’intérêt de la science.
- Dans le protée le tronc qui naît de la base du coeur se ; divise en quatre branches, deux de chaque côté (pl.IV fig.
Poebo) Ua première, qui est la carotide, une fois arrivée à L extrémité de son arc, donne l’artère pour la première houp-
pe, et produit peu après l'artère hyoïdienne; ensuite elle abandonne son arc, et se porte en dedans et en haut, passe au-dessus de la fenêtre ovale, et entre enfin dans la cavité du crâne, mais avant de quitter son arc, elle reçoit la veine brauchiale, laquelle lui rapporte le sang qui a circulé dans la première houppe. La seconde branche qui est plus grosse que celle dont nous venons de parler, donne daus son trajet les artères pour les deux autres houppes, ensuite elle quitte son arc, se replie en dedans, s’approche de l’épine du dos et s’ unit avec sa congénère du côté opposé pour former l’aorte descendante, mais avant elle recoit les veines, de la seconde et troisième houppe, réunies en un seul tronc, ce qui établit le mélange des sangs: le protée a donc, comme on voit, la circulation des reptiles, et ne diffère des larves que par l’absence des artères pulmonaires.
Les sirènes, sous ce rapport se rapprochent-elles des larves de salamandres, ou bien sont-elles semblables au protée ? Avant de répondre à cette question, je rapporterai ici textuellement la description que Cuvier nous à donnée des organes circulatoires de Ja sirène dans sou mémoire sur les reptiles douteux, et je prierai le lecteur de vouloir bien me permettre d’entrer dans quelques détails qui se rattachent à ce sujet = le tronc de l’aorte, ou plutôt de ce que dans les poissons on nomme l'artère branchiale, est muni de parois charnues et fort épaisses; trois fortes valvules en garnissent la base; il se divise de chaque côté en trois branches pour les trois houppes branchiales, et aucun rameau n’en sort
R 1 Lai As à ! Ù } |
pour d’autres parties... Une fois sorties des houppes, les veines branchiales prennent le tissu artériel, et vont se réunir vers l’épine du dos pour former l’aorte descendante; mais elles donnent, avant leur réunion, les branches qui appartiennent dans les autres animaux à l'aorte ascendante, et notamment les carotides, les artères des bras et celles du poumon: celles-ci sortent en particulier de la troisième de ces veines branchiales devenues artérielles — Aïnsi, d’après Cuvier, la sirène auroit la circulation double des poissons, en même temps que la circulation simple des reptiles, et son sang, après avoir cn totalité subi l’influence de la respiration dans les branchies, iroit de nouveau, en partie, subir cette influence dans les poumons.
Quand je disséquai pour la première fois les larves de salamarvdres aquatiques, je fus d’abord frappé de la ressemblance qui existe entr’ elles et la sirène, sous le rapport de appareil branchial; de sorte que, voyant chez les lurves, et dans la sirène quatre arceaux cartilagineux et dentelés, je conjecturai de suite que cette dernière devoit ressembler aux larves, même sous le rapport de ces organes circulatoires, et que son tronc aortique devoit par conséquent se diviser en huit branches, quatre de chaque côté, dont trois pour les houppes, et une pour le poumon; ma conjecture me parut tellement fondée, que, dans ma dissertation publiée en 1817,jene pus m'empécher de fairesentir à Cuvier, que les lois de l’analogie me portoient à soupçonner qu’il s’étoit trompé en décrivant les organes cireulatoires de la sirène, et que la quatrième branche, qui glisse sous le quatrième arc, et se jette sur le poumon, lui étoit vraisemblablement échappée. Cette quatrième branche étoit pour moi d’une haute importance, vu qu’elle établissoit une différence bien
tranchée entre le protée et la sirène, et rapprochoit de plus en plus cette dernière des larves de salamandres,
Après la publication de mon prémier mémoire, J'ai essayé de mille moyens pour me procurer une sirène, maïs toutes mes tentatives n’eurent aucun succès; malgré cela, dans La Monographie du protée, je suis revenu sur cette matière, et fort des observations que j’avois faites sur ce reptile, dont l'appareil branchial n’offre que trois arceaux de chaque côté, et autant de vaisseaux, J’ai soutenu de nouveau, que si l'appareil branchial de la sirène est semblable en tout point à celui des larves de salamandres, et si ces dernières ont quatre vaisseaux de chaque côté, partant du tronc artériel qui naît de la base du coeur, il étoit à présumer que la sirène en eut aussi quatre. JE
Je tenois beaucoup à cette circonstance, car mon opinion sur ce reptile, que je regardois comme une larve, étoit fondée 1.°sur la difficulté qu’il doit avoir de respirer l’air atmosphérique, vu que ses narines simplement creusées sur les côtés du museau, ne pénètrent point dans la bouche{*) 2.° sur la ressemblance de son appareil branchial avec celui des larves de salamandres, ressemblance, qui suivant, moi devoit en entrainer une autre dans les organes circulatoires. Dans mon Mémoire sur les amours des salamandres, que je publiaitroisans après la Monographie du protée j'ai ajouté, à l’appui de mon opinion, un fait qui m'a été communiqué par un de mes amis, lequel a cru avoir trouvé dans le Muséum des Chirurgiens de Londres une sirène à quatre pates et sans branchies.
Depuis l’impression de ce dernier mémoire, Cuvier s’est procuré d’autres sirènes, dans le but, comme il le dit iui
(*) Cuvier. Recherches sur les reptiles douteux. pag. 167.
IT
même, de déterminer les diverses pièces dont la têle de ce reptile se compose,et revenant sur ce sujet dans son ouvrage sur les ossemens fossiles, réfuta victorieusement, etsans peine, comme un habile tactitien qui découvre an premier coup d’oeil le côté foible de son adversaire, réfuta, dis-je, le fait qui m’avoit été communiqué, répondit à mon premier argument par une hypothèse, et se tut à l’égard du second. On ne peut douter qu’il n’ait cherché à vérifier sur les sirènes qu’il s’étoit procurées, si les doutes que j’avois élevés, au sujet de la description qu’il a donnée de leurs organes circnlatoires, étoient fondés ou non, ou pour dire la même chose en d’autres mots, on conçoit bien qu’il n’aura pas manqué d’examiner si la quatrième branche, qui chez les larves marche le long du bord convexedu quatrième arc, et se rend au poumon du même côté, existe également dans les sirènes. Pourquoi donc a-t-il gardé le silence sur un point qui étoit l’objet principal de la controverse? IL avoit bien fait de relever la méprise dans laquelle est tombé l’ami qui m’a écrit de Londres, il avoit raison de me critiquer pour m'être appuyé trop légèrement d’un fait inexact, mais il eut été encore plus à désirer, dans l’intérêt de la science, qu’il nous eût fait connoître les resultats de ses observations. On devoit présumer que tôt ou tard j’aurois l’occasion de disséquer une sirène : cette occasion favorable et tant désirée s’est enfin présentée, et j’ai reconnu que Cuvier est tombé dans la même erreur, à l’égard de ce reptile, que pour les larves de salamandres et de grenouilles, auxquelles il a attribué, en méme temps, la circulation double des poissons, et la circulation simple des reptiles, en un mot, je me suis assuré, que la circulation branchiale de la sirène, n’est qu’une fraction de la grande circulation, et que sous le rapport des organes
circulatoires, ce reptile est organisé comme les larves de salamandres à de légères différences près; passons maintenant à l’examen des poumons.
Ces organes se développent de fort bonne heure. Dans les larves de salamandres aquatiques et terrestres, les premiers rudiments des poumons paroïissent avant que le canal alimentaire se soit développé; et dès qu’on les apperçoit, on les trouve déjà gorgés d’air: chez les embryons de la salamandre terrestre, qui comme on sait se développent dans les oviductes, on les trouve remplis d’air à une époque bien éloignée de celle de leur naissance: dans les tétards de grenouilles, crapauds, et rainettes, ils se forment un peu moins vite; malgré cela, on peut établir en principe, que chez les larves de batraciens, les poumons et les branchies existent simultanément.
Les poumons du tétard de la salamandre aquatique sont deux simples sacs presqne cylindriques, qui s’étendent en arrière jusqu” au bassin, ceux du tétard de la salamandre terrestre,et de la grenouille sont ovoïdes, celluleux, et s’étendent de mème jusqu” au fond de la cavité abdominale. Dans toutes Ces larves, ils sont entièrement libres en arrière, et tiennent en avant à l’arrière bouche, à laquelle ils communiquent par une très-petite fente, qui est le larynx dans son état rudimentaire
L’artère pulmonaire provient directement, ou du tronc aortique, naissant de la base du coeur, ou de la branche qui est collée le long du bord convexedu troisième arc. Elle est très-petite: aussi n’est-elle pas la seule qui apporte du sang au poumon. Le tronc q. (pl. VIfig. 11) formé par les deux veines branchiales h° h°, ibid. produit l'artère 1. qui par une marche rétrograde se porte sur le poumon de son
côté, mais avant d’attcindre cet organe, elle recoit l’artère pulmonaire o. ibid. laquelle grossit promptement à mesure que la larve se développe, et grossit au point, qu’au moment de la métamorphose elle surpasse presque en volume l'artère 1. ibid.; celle-ci cesse alors d’apporter du sang au poumon et devient la branche anastomotique L (pl. VI fig. 12 et 13) qui dans les salamandres adultes établit une communication, entre l’artère pulmonaire et les troncs qui vont former sous l’épine du dos l’aorte descendante et servira peutêtre à détourner le sang du poumon quand l’animal est obligé de suspendre la respiration.
Revenant à la marche que suit la circulation, nous trouvons que le sang, après avoir circulé dans les poumons, est repris par les veines pulmonaires, qui le conduisent directement dans une sorte de sinus veineux (*), où viennent aussi aboutir la veine cave inférieure et les deux supérieures: les poumons chez les batraciens ont donc, comme on voit, un système de vaisseaux qui leur est propre.
Quant au protée, j'ai dit plus haut qu’il n’a pas de poumons, les faits suivants prouveront cette vérité d’une manière incontestable. Dans tous les batraciens la sirène exceptée, les poumons sont entièrement libres et leur dilatation n’est limitée que par les parois abdominales, les vésicules du protée, au contraire sont enveloppées avec les organes de
(*) Le coeur des salamandres n’a qu’ une seule oreillette, laquelle est étranglée et présente, par cette raison, deux cavités bien distinctes, l’une grande et antérieure, l’autre petite et postérieure, cette dernière est celle que je désigne par le nom de sinus veineux. M. Martin Saint-Ange (Tableau de la circulation) la considére comme une seconde oreillette, mais à mon avis, avec peu de raison. car elle ne s’ouvre pa directement dans le coeur, et d’ailleurs on ne peut la regarder comme une oreillette pulmonique, puisqu” elle est l’aboutissant de toutes les veines du corps.
la génération par un repli du péritoine, qui les assujéttit à l’épine du dos; en outre l’artère, qui se rend aux vési- “ cules, loin de former sur leurs paroïs ce réseau vasculaire, qui est propre aux organes respiratoires, y fournit seulement quelque branches, et passe ensuite à l’appareil générateur, enfin le sang qui a circulé dans la vésicule est repris par une veine, qui dans son trajet s’unit à celle de l’appareil générateur de son côté; le tronc qui en resulte s’ouvre dans la veine cave au-dessous des reins ( pl. 11 au trait fig. 3. u): ainsi donc les vésicules du protèe n’ont pas un système de vaisseaux qui leur appartienne exclusivement: ces faits anatomiques, que j'ai déjà publiéset appuyésmême sur des expériences, auroient dû suffire, ce me semble, pour convaincre que les vésicules du protée ont tout autre usage que celui de décarboniser le sang; venons à présent aux poumons de la sirène.
Les poumons de ce reptile sont cylindriques, un peu cel- Iuleux et très-Jongs (pl VI fig. 2.0 ); c’est à tort que Cuvier dit qu’ils sont de simples sacs membraneux, car leurs cellules sont bien évidentes; aussi n’ont-elles pas échappé à M. Meckel ni à M. Owen, qui les a fidèlement représentées dans ses planches (*); ils sont en outre enveloppés par un repli du péritoine, qui les lie, presque d’un bout à lPautre à l’épine du dos; sous ce rapport, la sirène diffère des larves de salamandres et même des autres batraciens, et le fait que je viens de citer est peut-être le seul connu dans cette famille; aussi, je suis très-étonné que Cuvier n’en ait pas fait Ja remarque dans son mémoire sur les reptiles douteux.
Nous avons vu plus haut que les larves de batraciens sont
(*) Transactions of the Zoological Society of London Vol. I p. 3.
pourvues de fort bonne heure de branchies et de poumons; mais l’on se tromperoit fort si l’on croyoit, avec Cuvier, qu'elles respirent à la fois l’air élastique en nature, et celui que contient l’eau; les observations et les expériences que j'ai faites à ce sujet, m'ont prouvé clairement que leurs poumons ne commencent à exercer leurs fonctions que lorsque leurs branchies se sont presque oblitérées (*). Nous voyons, il est vrai, les larves de grenouilles, et surtout celles du crapaud brun, venir de temps en temps à la surface de l’eau et replonger de suite; mais ce n’est pas pour respirer qu’elles agissent aiusi: elles viennent à la surface parce qu’ elles y sont forcées à cause de l’air qui se dégage dans leur estomac, et les rend spécifiquement moins pesantes que l’eau; aussi ne replongent-elles qu'après avoir rendu une certaine quantité d’air par la bouche. Par fois la quantité d’air qui se dégage dans leurs intestins est si considérable, qu’il leur est impossible de replonger, et mème dans quelque cas, elles sont non seulement forcées de rester à la surface de l’eau, mais de nager le ventre en-dessus. (**)
(*) Dans mon mémoire sur les amours des salamandres aquatiques, ÿ ai précisé
l’époque à laquelle les larves de ces reptiles commencent à faire usage de leurs poumons, et dans un article inséré dans les Annales de médecine publiées à Milan, où j’ai parlé des changemens qu’éprouvent au moment de la métamorphose les diverses pièces dont la tête osseuse du têtard de la grenouille se compose , j'ai indiqué l'instant où ce têtard cesse d’être un animal à respiration aquatique, et devient un animal à respiration aérienne. Il paroit que M. Dugè n’a pas eu connaissance de cet article; car s’il l’eût connu, il se fût peut-être épargné la peine d’ajouter une nouvelle planche à son ouvrage sur l” Ostéologie et Myologie des batraciens, afin de remplir une lacune, ou pour dire mieux, de nous faire connoître un fait que j’avois publié long-temps avant lui, savoir, qu’au moment de la métamorphose du têtard, l’os tympanique se détache du rocher.
(*) M. Carus en parlant des organes des sens (Traité élémentaire d° Anat. Comp.) dit dans une note ce qui suit — les têtards de grenouilles et de salamandres, quand ils commencent à respirer l'air, l’hument d’abord par la bouche
mme cédé 2
Ps
On pourra facilement s’assurer que les larves de batraciens ne respirent qu’ avec leurs branchies, en répétant l’expérience que j'ai faite, et dont J’ai donné les détails dans ma dissertation sur les organes circulatoires des larves de salamandres, laquelle consiste à faire développer des têtards après les avoir renfermés dans une cage placée au fond d’un ruisseau. (*)
Les sirènes se trouvent-elles sous ce rapport dans les mémes conditions que les larves de salamandres, ou bien respirent-elles en même temps avec leurs branchies et leurs poumons, quoique l’organisation de leurs narines ne soit guères favorable à la respiration de l’air libre? Si l’on en croit Cuvier, cette question est décidée, c’est lui-même qui a résolu le problème = les opercules membraneux, dit-il, de leurs branchies (de la sirène et du protée) sont musculaires intérieurement, et capables d'en fermer hermétiquement les ouvertures; alors il est bien aisé, en dilatant leur gorge,
sous la forme de petites bulles — j'avoue que j'ai beaucoup de peine à débrouiller le sens de cette note: si l’on suppose que les tètards hument l'air. il faudra toujours admettre que pour respirer ils seront obligés de venir à la surface de l’eau, et de mettre leur bouche en contact avec l'air atmosphérique, mais en ce cas comment pourroit-on voir les petites bulles, qui ne se rendent sensibles, que lorsqu’ elles traversent un liquide? Quand les têtards sont entrafnés vers la surface de l’eau, en conséquence de l’air qui se dégage dans leur estomac, il arrive assez souvent, qu’ils rendent l’air avant d’avoir atteint la surface, et c’est alors qu’on apercoit les bulles d'air, mais c’est le tètard, je le répéte, qui les fait échapper par la bouche,
(*) Dans ma dissertation, j'ai dit, mais par erreur, que pour faire cette expérience je m'étois servi des télards du crapaud commun; c’étoient des têtards du crapaud brun, j'ai préféré ceux-ci à tous les autres, parce qu’on peut facilement les nourrir avec de la laitue préalablement macérée. J° ai répété depuis peu cette expérience, mais d’une autre manière, sur les larves de la salamandre terrestre et je donnerai les détails de cette seconde expérience en publiant les observations que j'ai faites sur ces reptiles, dont je m'occupe actuellement,
d'introduire de l’air dans la bouche, et de le forcer ensuite, en la contractant, à entrer dans leur larynx. A défaut de narines, ils pourroient produire le même effet en entr’ouvrant un peu leurs lèvres, et j’applique cette théorie au protée comme à la sirène (#).
C’est avec cette hypothèse que Cuvier, répondant à mes objections, dont j’ai parlé ci-dessus, veut nous faire admettre un fait qui n’a pas d'exemple connu dans tout le régne animal; c’est avec cette théorie, et non avec des preuves irrécusables, qu’il veut nous persuader, que parmi les reptiles, dont la quantité de respiration est comparativement très-petite, il se trouve quelques individus qui, faisant exception à cette règle génèrale, ont la quantité de respiration départie aux poissons, en même temps que celle, qui est propre aux reptiles, ou en d’autres termes, quelques individus dont le sang, après avoir respiré en totalité dans les branchies, va de nouveau respirer en partie dans les poumons; mais je suis fâché de le dire, son hypothèse ne supporte pas le plus léger examen, et si j’en parle, si je vais la discuter, c’est par ce sentiment de respect, que tout amateur de la science doit porter aux mânes de ce grand Naturaliste, dont nous regretterons toujours la perte.
Pour éclaircir cette question, savoir, Si la sirène respire à la fois avec ses branchies et avec ses poumons, nous devons consulter les lois de l’ analogie; ainsi avant d’entrer dans cette discussion, voyons quel est Le mécanisme de la respiration chez les batraciens — 11 est bien constaté à présent (Cuvier Lecons d’ Anatomie Comparée), que c’est en avalant Pair, que les batraciens introduisent ce fluide dans leurs
(*) Recherches sur les ossemens fossiles. Nouvelle édition. T. V. IL. partie p+ 420.
poumons. Voici comment cela a lieu: ils ferment la bouche, dilatent leur gorge et y produisent un vide, qui oblige l’air extérieur de s’ y précipiter par les narines. Alors ils contractent la même partie, ce qui s’opère particulièrement par les muscles qui agissent sur l’os hyoïde, et ferment en mêmetemps leur pharynx. L'air, chassé de la gorge, ne peut plus ressortir par les narines, où il existe, sans doute, une soupape qui ne permet que son entrée ; il n’a d’autre issue que celle de la glotte, il s’y introduit, et passe dans les poumons — À cette explication, que nous devons à M. Townson, j’ajouterai, que les salamandres, en avalant l’air, dilatent tellement leur gorge, que le plancher de leur bouche prend presque la forme d’une poche (pl. VIfig.9.). Dans les intervalles, c’est-à-dire, entre une dilatation et l’autre (car les dilatations sont intermittentes) les constricteurs et les dilatateurs de la gorge sont presque toujours en action, ce qui fait que lorsque l’animal se tient à la surface, ou hors de l’eau, cette partie présente presque continuellement des battements très-fréqueuts, semblables à ceux du coeur.
D’après mes observations, la dilatation de la gorge, chez les salamandres du moins, s’opère principalement par lintermède des muscles sterno-hyoïdiens, dont la fonction est de porter l’os hyoïde en arrière et en bas; ils sont aidés dans leur action par deux autres muscles, qui s’étendent sur les cornes postérieures de ce même os; ces derniers, en se contractant, font baisser l’extrémité libre des cornes, auxquelles ils se fixent, et contribuent puissamment à la dilatation de la cavité buccale, Je les désigne par le nom de dilatateurs de la gorge (hyo-préstyloïdiens. Dugè) (cerato-glosses internes. Funk ), ils existent aussi chez les larves, mais dans un état rudimentaire, La compression de la gorge s’opère
par les muscles mylo-hyoïdiens, qui semblables à une large sangle, allant d’une branche à l’autre de la mâchoire inférieure, constituent le plancher de la bouche. Examinons maintenant la tête osseuse du tétard de la salamandre aquatique, qui a taut de rapport avec celle de la sirène.
Les narines internes chez cette larve sont situées à côté du bord externe des vomers hérissés de dents faissant la carde (pl. Vifig.10p.p) (*), par conséquent elles ne s’ouvrent pas directement dans la bouche, Mais quand la métamorphose s’accomplit, les rudiments des os maxillaires (e, e. ibid.) prennent de l’accroissement, s’allongent en arrière, vont à
(*) Si nous jetons les yeux sur cette figure, qui, à quelque légère différence près, est une copie de celle, que j’ai publiée dans mon mémoire sur les amours des salamandres, nous voyons d’abord que la narine interne ne s’ouvre pas directement dans la bouche; cependant M. Dugé dans son ouvrage sur | Ostéologie et la Myologie des batraciens, réfute cette assertion, et m’apprend que chez les larves, la narine est aussi en dedans de la bouche que chez la salamandre adulte. On a peine à concevoir que ce Zootomiste n’ait pas compris, malgré mes dessins, qui devoient lui facilitér l’intelligence du texte, qu’en disant, les narines ne donnent pas dans la bouche, je voulois dire, qu’elles ne s’ ouvrent pas dans la cavité buccale, considerée comme étant circonscrite seulement par le bord dentaire, et non par les lèvres. En effet si nous envisageons la chose de cette manière, les narines internes, chez les larves, ne sont-elles pas situées en dehors de ce bord? et dans la salamandre adulte, ne se trouvent-elles pas en dedans, par suite du développement des maxillaires ? Au reste M. Dugé a tort de dire, que les narines postérieures s'ouvrent entre l’intermaxillaire et Le vomer, en dedans même de l'extrémité externe du premier. Cette erreur nous prouve, qu'il n’a pas suivi le développement des larves, ou du moins, qu’il n’a pas observé attentivement le sujet dont il est ici question, car s’il y eüt donné quelque attention, il n’eût pas manqué de voir que la narine interne chez les larves est située à peu près dans la même place, que chez les salamandres adultes, et que la différence qu’il y a, entre les premières et les secondes, se limite presque entiérement aux pièces osseuses qui cloisonnent cette ouverture. Dans les larves fort jeunes la narine interne est située entre la lèvre supérieure et le vomer, mais à mesure qu’ elles prennent de l'accroissement, le rudiment du maxillaire paraît, et la narine se trouve alors entre ce dernier, et le vomer: Ayant ainsi répondu aux objections, peu judicieuses, faites par M. Dugé, j’observerai-ici à mon tour, que les trois dessins annexés
la rencontre des lames ptérygoïdiennes, auxquelles ils s’unissent au moyen d’un ligament, et par suite de leur développement (g.ibid.), les deux narines internes se trouvent renfermées dans la cavité buccale, ainsi que j’ai déjà dit dans mon mémoire sur les amours des salamandres.
Après avoir jeté ce coup d’oeil rapide sur la tête osseuse du tétard de la salamandre aquatique, je dois faire remarquer que tous les tétards de batraciens, ainsi que la sirène et le protée, sont pourvus de muscles, au moyen desquels ils peuvent ouvrir et fermer les ouvertures branchiales , lorsqu’ ils les ferment, les pointes coniques dont sont garnis les arcs branchiaux, s engrènent, et leur engrenage rend la fermeture des arcs plus solide. Si Cuvier eût examiné appareil branchial de la sirène sous le rapport des forces musculaires destinées à le mettre en jeu, il n’eüt pas manqué de voir les muscles dont je parle, et n’eût jamais songé, pour soutenir sa théorie, à doter de fibres musculaires les opercules en forme de croissant, qui sont purement membraneux.
C’est un fait incontestable, que la sirène, le protée ct les larves de salamandres, peuvent fermer hermétiquement leurs ouvertures branchiales; j'ai suivi mainte et mainte fois le développement de ces dernières, je les ai étudiées dans toutes les phases de leur évolution, et j'ai vu qu’elles ferment les fentes branchiales toutes les fois qu’elles attrapent
à son ouvrage cité ci-dessus, et qui représentent la tête osseuse de la salamandre marbrée en état de larve et dans son état adulte, sont très-inexacts, car sans compter les pièces qui ont été omises, les os tympaniques sont fort mal dessinés et leur envergure est telle, que si l’on tracoit tout au tour de ces trois dessins une ligne, représentant les téguments, comme celle que j’ai tracée au tour de la fig. ro. pl. VI les têtes, qui en résulteraient, au lieu d’être oblongues seroient semblables à celle du crapaud.
leur proie, et pendant la déglutition, Quand un insecte aquatique, une puce d’eau, par exemple, est à leur portée, elles ferment les ouvertures branchiales, ouvrent en même temps la bouche, et y produisent un vuide; à l’instant l’eau se précipite dans la cavité buccale et entraîne avec elle le petit insecte, les larves ferment alors leur bouche, et en la fermant, rejettent nécessairement l’eau, elles rejetteroient aussi insecte, si celui-ci n’étoit retenu, par les dents dont les vomers sont hérissés; d’aatre part, l’eau s'échappe toujours par la bouche, jamais par les ouvertures branchiales, car l’on conçoit bien, que si les fentes étoient ouvertes au momeut de la déglutition, l’insecte que l’eau a amené dans la cavité buccale, pourroit s’échapper par les fentes branchiales, où pour le moins s’y engager. Ces ouvertures ne sauroient donc empécher les larves de respirer l’air en nature; mais si tout nous atteste, qu’elles ouvrent et ferment à volonté leurs arcs branchiaux, ce n’est pas une raison de croire, qu’elles respirent l’air atmosphérique, ainsi que l’a fait un zootomiste en dépit de mes expériences, dont les résultats devoient lui être connus; Mais sans divaguer, conünuons à consulter les lois de l’analogie.
J’ai dit plus haut, que j’ai fait développer des larves dans une cage placée au fond d’un ruisseau; je vais parler maintenant d’une autre expérience qui à quelques égards est l'inverse de celle-ci; elle consiste à interdire aux larves la respiration aquatique, et à les forcer de faire usage de leurs poumons. Dans cette vue, je sortis de l’eau une larve de salamandre, qui d’après ses couleurs et l4 largeur de sa queue, sans toucher encore à sa métamorphose, n’en étoit pas bien éloignée, et l’ayant mise dans une bouteille carrée en cristal très-transparent, je plaçai la bouteille sur une table assez
haute, et je l’observai attentivement, et toujours de côté elle se traîna pendant une minute ou deux au fond de la bouteille; puis élevant la tête, ouvrit la bouche de toute sa largeur; quelques minutes après, je commençai à voir à sa gorge de légers battements intermittents; elle ouvrit ensuite de nouveau la bouche, on eût dit qu’elle bâilloit: les battements parurent de rechef; enfin après bien des essais, elle parvint à dilater sa gorge, et à avaler de l'air. Six heures après les battements de cette partie étoient plus réguliers; l’animal n’ouvroit plus la bouche, et les dilatations de la cavité buccale étoient devenues plus fréquentes. Pendant ce temps aussi les branchies s’étoient collées le long des épaules, et la peau s’étoit notablement desséchée, de sorte que, pour prévenir un plus grand desséchement, qui l’eût fait périr, je crus nécessaire de l’arroser de quelques gouttes d’eau.
Le lendemain, elle avaloit l’air presque aussi bien qu’une salamandre adulte, à cette différence près, que les dilatations de la gorge étoient beaucoup moins considérables, que celles des salamandres,dans leur état parfait; son corps s’étoit presque desséché, ses couleurs étoient devenues ternes, et son ventre sembloit collé au fond de la bouteille. Croyant en avoir vu assez pour mon instruction, et jugeant inutile de prolonger l’expérience, je remplis d’eau à moitié la bouteille, afin de permettre au petit animal de jouir de nouveau de la respiration aquatique; mais je n’eus pas plutôt versé l’eau dans la bouteille, que je fus frappé de voir que le têtard au lieu de rester au fond de l’eau, comme il étoit habitué de faire avant d’être soumis à mon expérience, se tenoit immobile à la surface. Curieux de savoir la cause de ce phénomène, et craiguant qu’il ne fut mort, je le poussai avec
le bout d’une baguette et le forçai à rester pendant un instant, au dessous de la surface de l’eau; il rendit alors de l'air par la bouche, alla au fond et s’y tint fort tranquille. Peu après ses branchies se relevèrent et s’élargirent, mais quel fut mon étonnement lorsque je vis, que leurs extrémités s’éloient raccornies, et qu’elles commencçoient à disparaître. Ce fait me donna l’idée de vider de suite la bouteille et de laisser la larve presque à sec; quatre jours après sa métamorphose étoit complète.
De cette expérience, que je n’ai pas manqué de répéter, il résulte, que les Zarves de salamandres, pourvu que leur développement soit assez avancé, peuvent, étant sorties de l’eau, avaler de l’air malgré l’appareil branchial, et quoique leurs narines internes ne s’ouvrent pas directement dans la bouche; mais alors elles sont dans un état de gène, et par cette raison elles passent à l’état parfait avant l’époque ordinaire. Il suit en outre de cette expérience, que les larves de salamandres, que nous forçons ainsi à faire usage de leurs poumons avant le temps, avalent l’air d’une manière incomplète et jamais en entrouvrant les lèvres. Dans les premiers essais, qu'elles font pour respirer, elles ouvrent, il est vrai, de temps en temps la bouche de toute sa largeur; mais cela tient à ce qu’elles n’ont pas encore appris à opposer, aux muscles abaïsseurs de l’os hyoiïde, une force suffisante pour empêcher la mâchoire inférieure de suivre le mouvement de cet os, dont l’abaissement est nécessaire à la dilatation de la gorge.
En résumé, il découle de tous ces faits, que les larves de batraciens, quoique pourvues de fort bonne heure de poumons et de branchies, ne respirent cependant qu'avec ces. dernières, et que leurs poumons n’entrent en fonction, que
lorsque les branchies s’oblitèrent, soit que leur absorption ait été amenée par des causes naturelles, soit qu’elle l'ait été par des causes artificielles. Ainsi les lois de l’analogie repoussent l’opinion admise par Cuvier, savoir, que la sirène respire à la fois par les branchies et par les poumons. Cependant ce célèbre Naturaliste, dans la seconde édition de son Règne Animal a encore étayé son opinion d’un argument nouveau — l’existence, dit-il, et l’action simultanée des houppes branchiales et des poumons dans ces animaux, (la sirène et le protée), ne peut pas plus être contestée que les faits les plus certains de l’histoire naturelle. J’ai sous les yeux les poumons d’une sirène de trois pieds de lonsueur, où l’appareil vasculaire est aussi développé, et aussi compliqué que dans aucun reptile, et néanmoins cette sirène avoit ses branchies aussi complètes que les autres — Nous avons peine à concevoir, que ce Zootomiste ait mis tant d’importance à ce fait, qui est le moins concluant du monde, et qu’un Naturaliste de sa trempe, critique si judicieux, ait fait aussi peu d’attention à ce qu’il avoit sous les yeux, Dans toutes les larves de batraciens, chez lesquelles l’action simultanée des houppes branchiales, et des poumons n’a certainement pas lieu, on trouve l’appareil vasculaire très-développé. J’ai injecté mainte et mainte fois le système artériel des larves de bratraciens, particuliérement de celles du crapaud brun, et j’ai toujours observé, sur leurs poumons le même nombre de vaisseaux, et les mémes diramations que dans les batraciens adultes. Jai injecté des têtards qui avoient été élevés dans une cage placée au fond d’un ruisseau, et J'ai trouvé l'appareil vasculaire de leurs poumons aussi développé que dans ceux qui n’avoient pas été soumis à cette expérience, Il y a sans doute une différence entre les larves
et les animaux parfaits, sous le rapport des vaisseaux qui se rendent aux poumons, mais elle n’a pas été aperçue par Cuvier, et c’est par cette raison, que pour soutenir son opinion, il s’est appuyé d’un fait très-insignifiant.
Chez les larves, le sang qui se porte aux poumons vient de deux sources; la première, qui est aussi la plus forte, est l’artère qui naît des veines branchiales, seconde et troisième, à peine sorties des houppes (pl. Vifig. 11.1); la seconde source est la petite branche, qui longe le bord convexe du quatrième arc (0o.ibid.), celle-ci se joint à la première, et de leur réunion résulte l'artère pulmonaire (£.ibid. ), ainsi que je lai dit plus haut.
Dans les batraciens adultes, au contraire, le sang, qui se rend aux poumons, vient d’une seule source, le tronc de l'aorte sortant de la base du coeur: Or si le sang, qui se porte aux poumons, chez les larves et chez la sirène dérive de deux sources, doit-on s’étonner, si Cuvier a trouvé dans cette dernière l’appareil vasculaire aussi développé et aussi compliqué que dans aucun reptile? Le fait qu’il a observé, ne prouve donc rien en faveur de son opinion; il sert seulement à montrer, et d’une manière bien évidente, que ce grand Naturaliste, au milieu de ses immenses occupations, n’a jamais eu Le temps d’approfondir l’organisation des larves; c’est sans doute par ce motif, que dans le petit nombre de ses observations relatives à leur anatomie, et à leur métamorphose, nous rencontrons de graves erreurs (*) qu’il eût
(*) J’ai déjà donné des preuves de cette vérité, je vais maintenant en donner une autre. — Dans les espèces, (Cuvier. Règne Animal tom. 2) qui perdent leurs branchies, les rameaux qui s’y rendent s’oblitèrent, excepté deux, qui se réupissent en une artère dorsale, et qui donnent chacun une petite branche au poumon. C’est une circulation de poisson métamorphosée en une circulation de reptile = Cette description des changements, qui ont lieu dans les vaisseaux san-
pu facilement éviter, s’il eüt donné quelque attention aux écrits publiés par ceux, qui se sont presque exclusivement occupés de ce sujet.
Si le nouvel argument, dont Cuvier a étayé son opinion, n’est pas concluant à l'égard de la sirène, que dire lorsqu'il s’agit du protée, qui n’a pas de poumons, et qui, sorti de l’eau, meurt presqu'aussi vite qu’un poisson? Le premier protée, qui a été le sujet de mes observations anatomiques, fut sorti de l’eau à onze heures du matin par mon Collègue le Professeur Configliachi; placé sur une table couverte d’un linge, il ne donnoit plus aucun signe de vie trois heures et demie après, quoique mon Collègue, et le Professeur Volta, qui se trouvoit par hasard présent à cette expérience, eussent cherché à l’exciter tour à tour avec un petit appareil électrique: J’ai répété ensuite cette expérience, et j’ai trouvé que les anguilles, hors de l’eau, ont, en hiver du moins, la vie plus dure queles protées, et je me suis assuré que ces derniers, hors de leur élément, meurent plus ou moins vite, selon
guins du têtard de la grenouille au moment de la métamorphose est entièrement fausse; je dirai même qu’il étoit difficile d’entasser un plus grand nombre d’erreurs en si peu de mots. Aucun des rameaux, qui donnent naissance aux branchies, ne s’oblitère : les deux premiers sont les carotides, lesquelles avant d’entrer dans la cavité du crâne, envoient chacune une branche, qui se distribue au cartilage hyoïdien et à ses dépendances; les seconds se contournent sur l’estomac, et vont se réunir sous l’épine du dos, produisant tout de suite après l’artère mésentérique:; les troisièmes se portent vers l’articulation de la mâchoire inférieure, fournissent des ramuscules au muscle digastrique et aux parties voisines. puis passant derrière l'oreille deviennent cutanés, et se divisent en deux branches: une d’elles passe par-dessus l’omoplate, se replie en arrière, et va se ramifier sur la peau du dos, l’autre se contourne sur l'articulation de l’épaule, et se distribue aux muscles obliques descendants; les quatrièmes sont les deux artères pulmonaires; elles viennent des troisièmes rameaux. Ce n’est donc pas une circulation de poisson qui se transforme en une circulation de reptile, mais bien une circulation de reptile, qui se modifie selon les nouvelles exigences de l’animal.
fl
la chaleur de la saison, et même selon qu’ils ont mangé depuis peu, ou depuis long-temps, car la nécessité de respirer, pour les reptiles, est proportionée à la quantité de nouriture qu’ils prennent. On trouvera donc bien étrange, Je pense, que Cuvier, en dépit de tous ces faits, que j’ai publiés depuis longtemps, ait avancé, que le protée respire simultanément par ses branchies et par ses poumons, et qu’il ait dit, pour toute preuve de ce fait, avoir observé une sirène de trois pieds de longueur où l’appareil vasculaire étoit aussi développé, et aussi compliqué que dans aucun reptile. 11 me semble, que dans cette circonstance il a fait trop de fond sur l’influence que son autorité exerce, à Juste titre, sur nos esprits.
Au reste je suis fort étonné, que ce célèbre Naturaliste n’ait pas remarqué, que, chez tous les reptiles, sans exception, en état de larve, ou dans leur état adulte, le sang qui va aux poumons, est un mélange de sang artériel et veineux, et que par conséquent la sirène, d’après la manière, dont il l’a façgonnée, s’écarteroit de tous les animaux de sa classe, non seulement, comme jouissant à la fois de la respiration aquatique et aérienne, mais comme ayant des poumons, qui recevroient un sang purement artériel, puisque, d’après lui, les seuls vaisseaux, qui portent le sang à cet organe, naissent des veines branchiales à peine sorties des houppes; et je suis aussi très-surpris, qu’il ait voulu nous faire admettre, que le sang oxydé dans les branchies, dût passer ensuite dans les poumons, pour s’y oxyder une seconde fois, sans s’apercevoir, qu’une anomalie pareille, qui choque un peu, à mon avis, les idées physiologiques généralement reçues, ne peut avoir pour appui que des faits bien constatés. Mais, dira-t-on, si vous n’admettez pas chez la sirène, ni dans les larves Vaction simultanée des poumons et des brauchies, que pensez
————— “hr
vous de ce reptile? le regardez-vous comme un animal parfait, ou bien comme un être qui doit prendre de nouvelles formes? Voici ma réponse. Si d’un côté je fais attention à sa tête osseuse, ainsi qu’ à son appareil branchial, qui a tant d’analogie avec celui des larves, et que je remarque une ressemblance presque parfaite entre ces dernières, et les sirènes sous le rapport des organes de la circnlation; quand j examine attentivement son coeur, muni de deux oreillettes (*) et je considère, que la quatrième branche, qui longe le quatrième arc est très-petite, ce qui me porte à croire, qu un jour ses poumons seront appelés à entrer en fonction, je me seus inclin à rayer la sirène de la liste des animaux parfaits; mais d’un autre côté, quand je remarque, que ce reptile, ainsi que le protée, manque du repli transversal de la peau, qui forme au dessous de la gorge des larves une sorte d’opercule, et que je pense à ce, qu’en ont dit les naturalistes américains, en un mot, lorsqu'on m’annonce formellement qu’il rend ses ocufs pour peu qu’on lui presse l’abdomen, je change tout de suite d’avis, et j’admets, que la sirène est un animal parfait.
IL est vrai que nos salamandres aquatiques, tirées de l’eau au mois de mai, ne rendent pas leurs oeufs quand on exerce
(*) Cuvier n’a vu dans le coeur de la sirène qu’une seule oreillette; mais M. Owen, qui s’est occupé tout récemment de l’anatomie de ce reptile, en a reconnu deux, dont il a donné un fort beau dessin ( Transactions of the Zoological Society of London. V. I). J’ai vérifié son observation, et je voudrois bien pouvoir en dire autant à l'égard du protée, qui, d’après lui, auroit aussi deux oreillettes. En cousidération de ce savant et infatigable Anatomiste, à qui la science est redevable de plusieurs faits fort intéressans, je me suis procuré d’autres protées, je les ai examinés de nouveau et attentivement, mais je n°’ai trouvé qu’une seule oreillette. Le sang. qui circule sur les paroïs des vésicules de ce batracien, passe, je le répète, dans la veine cave avec celui, qui revient des organes de la génération: Voilà ce que m’ont appris les injections.
LE, une légère pression sur leur ventre, et la raison en est simple; les oeufs de ces reptiles sont disposés en chapelet le long des oviductes, qui sont sinueux, repliés sur eux-mémes, et débonchent dans le rectum; toutes ces circonstances mettent, comme on voit, quelque empêchement à la sortie des oeufs. Il n’en est pas de mème des poissons, ceux-ci, à l’époque du frai, rendent leurs oeufs très-facilement, et il est aisé de se rendre compte de ce fait, quand on considère leurs ovaires, qui sont deux sacs s’ouvrant immédiatement derrière Panus. Les oviductes de la sirène ne sont pas à beaucoup près aussi longs que ceux des salamandres, ils débouchent cependant dans le rectum, et, quoiqu’ils ne soient pas flexueux, on remarque néanmoius, sous ce rapport, une grande différence entre ce reptile et les poissons. Mais que sont des raisonnements là, où les faits prédominent! Cuvier nous dit, que le Docteur Mitchill de New-York rapporte, dans une note adressée au Muséum de Paris, que les sirènes rendent leurs oeufs pour peu qu’on leur presse l’abdomen; comment ne pas se rendre à un pareil témoignage! IL est surprenant sans doute, que parmi les sirènes de toute taille envoyées en Europe, il ne s’en soit pas trouvé jusqu’à présent une seule, qui n’eût pas les organes de la génération dans un état rudimentaire, et comme on les trouve dans les larves; mais cette réflexion est futile, en présence d’un fait qui tranche Ja question.
Ici une idée viendra vraisemblablement frapper l'esprit du lecteur, et le portera à me demander, qu’elle est la cause, qui empêche la métamorphose de la sirène, dont la tête osseuse a tant de rapport avec celle des Larves de salamandres ? Pour ce, qui regarde Le protée, cette cause est très-évidente, il n’a pas de poumons, et par conséquent 1l ne peut
‘changer de forme, mais à l’égard de la sirène, nous ne sau-
rions former que des conjectures.
Ses narines postérieures font naître d’abord quelques légers soupçons, VU, qu’elles ne sont pas situées, comme chez les larves entre le vomer et le rudiment de l’os maxillaire, mais plutôt auprès de la commissure des lèvres, c’est-à-dire, entre la lèvre supérieure et la plaque palatine hérissée de dents; circonstance, qui met peut-être la sirène dans l’impossibilité d’avaler de l’air (*) en outre ses poumons très-étroits et semblables à deux canaux cylindriques (pl. VI. fig. 2. d) sont enveloppés par un repli du péritoine et liés presque d’un bout à l’autre à l’épine du dos, or cette particularité, qu’on ne rencontre, que je sache, dans aucun reptile de la famille des batraciens, empêche peut-être la sirène de faire usage de ses poumons, et en voici la raison.
Dans tous les batraciens les organes de la respiration s’appuyent sur les paroïs du bas ventre, de manière que, lorsqu’ils sont remplis d’air, ils relèvent en bosse les aisselles, et même un peu de la partie dorsale de l’animal, comme on peut le voir facilement dans les grenouilles. Quand les batraciens veulent chasser l'air de leurs poumons, ils contractent leurs muscles abdominaux, les deux organes se vident alors par la compression qu’exercent sur eux ces muscles, et peut-être aussi par la contraction de leurs propres parois.
Ce mécanisme ne peut vraisemblablement pas avoir lieu chez la sirène, par la raison que ses poumons, étant liés à l’épine du dos, et leur dilatation étant limitée par l’enve-
(”) Cuvier dans sa description anatomique de la sirène parle d’un véritable larynx, mais j’ayoue n’avoir trouvé qu’un rudiment de cet organe. Carus a
fait la même observation que moi. Voyez sont excellent traité d’ Anatomie Comparée.
loppe du péritoine, ils ne peuvent s appuyer contre les parois du bas ventre. Mais, je le répète, ce ne sont là que des foibles conjectures, auxquelles je n’attache pas la moindre importance. Ceux qui auront le bonheur de posséder une sirène vivante pourront facilement nous éclairer sur ce point douteux (*). Au reste quelle que soit la cause, qui empèche la sirène de se métamorphoser, ses poumons doivent lui être fort utiles; car, selon moi, ils doivent servir à balancer la partie postérieure de son corps, la tenir presque suspendue, et donner ainsi à l’animal la facilité de marcher sur la vase, sans être obligé de faire usage, dans sa progression, d’un double mécanisme, de celui, qui est propre des animaux bipèdes, et de celui des serpents. Maintenant je vais me résumer.
1. C’est à tort que Cuvier a dit, que les larves de batraciens ont la circulation double comme les poissons. Les batraciens, à l’état de larves, ou d'animaux parfaits onttoujours une circulation simple, celle de leur classe.
2. Cuvier s'est étrangement mépris, lorqu il a avancé, que la métamorphose des Zarves est une circulation de poisson, qui se transforme en une circulation de reptile. Les observations anatomiques nous prouvent jusqu’à la dernière évidence, que c’est une circulation de reptile, qui se modifie selon les nouvelles exigences de l'animal.
3. L'action simultanée des branchies et des poumons chez les larves, proclamée par Cuvier, est une fable.
(*) Ayant appris par feu le Docteur Wishart, que M. Niell Secrétaire de la Société
d’Horticulture d’Edimbourg, avoit possédé pendant plusieurs années une sirène vivante, (who had kept one alive for some years) je m° étois empressé de lui écrire en le priant de vouloir bien répondre à mes questions, touchant les habitudes de ce reptile. M. Niell a eu la complaisance de me faire une réponse, mais malheureusement pour la science, son écrit s’est perdu.
Te,
Re.‘
4° Le protée n’a pas de véritables poumons, ses deux vésicules peuvent être comparées aux doubles vessies de certains poissons, ainsi les caractères assignés par Cuvier au genre protée, portent à faux.
5° Le protée diffère des larves et de la sirène, sous le rapport de son appareil branchial; il en diffère aussi à d’autres égards, puisqu” il manque de l’artère pulmonaire proprement dite, et nous ne trouvons pas à sa mâchoire supérieure les plaques palatines, ou les vomers hérissés de dents faisant la carde, qu’on observe chez les sirènes et les larves.
6. Le protéc est un reptile ovo-vivipare, du moins la grosseur de ses oeufs nous conduit à cette conclusion.
7 L'opinion émise et soutenue par Cuvier, que la sirène respire simultanément par ses branchies, et ses poumons, est une opinion hasardée, qui n’est appuyée d’aucun fait, et que les loix de l’analogie repoussent entièrement.
8° La sirène n’a qu’un vestige de larynx et non un vé-
ritable larynx; c’est done à tort, que Cuvier, a voulu tirer,
de l’organisation de ce reptile, considérée sous ce rapport, un argument contre les nouvelles idées d’anatomie philosophique (*).
9. La sirène a la circulation simple comme tous les animaux de sa classe.
10.° J’admets sur la foi des naturalistes américains, que la sirène est un animal parfait, mais, je le répète, c’est uniquement sur leur témoignage que je me fonderai, car si
(*) D’après cette observation, le lecteur sera vraisemblablement porté à croire que je suis un partisan de l’anatomie transcendante, mais je le prie de ne pas tomber dans cette méprise. L’anatomie, dont je suis un partisan zélé, est celle, qui s’aide seulement du scalpel anatomique, et qui s’arrête dans ses investigations dès que cet instrument ne lui est plus d’ aucun secours.