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nous dussions nous en tenir à l’analogie, qui existe entre ce batracien et les larves de salamandres, considérées sous le rapport de l'appareil branchial, et du nombre des vaisseaux, qui naïissent du tronc artériel, sortant de la base du coeur, et sous le rapport des pièces osseuses, dont se compose la mächoire supérieure, nous serions en droit de conclure, que la sirène est un être, qui doit prendre de nouvelles formes.
Ayant achevé mon examen comparatif, au risque de paroître diffus, je ne puis m'empêcher pourtant, de faire ici une récrimination contre l’auteur de l’article sirène du Dictionnaire des Sciences naturelles; la récrimination que je vais faire, sera toute dans mon intérêt personnel, cependant jaime à croire, que, sous le point de vue de l’érudition, elle ne sera pas tout-à-fait dépourvue d'intérêt, même pour le lecteur. L’ordre, et la succession des faits me forcent, en exposant mes sricfs, de prendre la chose un peu de loin.
Garden fut le premier qui, en 1785, fit connaître la sirène aux naturalistes; il en envoya un exemplaire à Linnaeus, lequel, dans sa divisiou des reptiles, en forma, non sans hésiter, un ordre particulier, sous la dénomination d’Amplhibia meantes. À peu près dans le même temps, Ellis, regardant ce reptile, comme un animal parfait, en donna une description dans les Transactions philoscphiques, en laccompagnant d’une anatomie faite par John Hunter.
L'opinion de Garden, de Linné, et d’Ellis ne fut point partagée par Pallas, Hermann et Camper; ce dernier alla jusqu’ à en faire un poisson; mais les raisons, qui le portèrent à cette idée, furent facilement réfutées par Cuvier, et ce fut en conséquence de cette réfutation, que Daudin et Latreille replacèrent la sirène dans l’ordre des batraciens établi par Brongniard, ce qui n’empêcha pas plusieurs
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naturalistes de renom, de se ranger à l’avis de Pallas, ou de Camper, ou de demeurer dans le doute, sans adopter aucune opinion.
Cuvier, désirant de dissiper les incertitudes, qui existoient à cet égard, conçut heureuse idée d’anatomiser la sirène , et déclara d’ avance, que lostéologie étoit la seule partie de l’organisation , qui pût donner quelque résultat décisif: 11 en fit donc l’anatomie, et tira de ses observations anatomiques diverses conclusions, dont, pour abréger, je ne rapporte ici que la première et la cinquième, qui est aussi la dernière = 1.° que la sirène, quels que soient les états où elle pourroit encore arriver, est un animal distinct assez différent, par tous les détails de son organisation, des salamandres, et des larves de salamandres, que nous connoissons.... 9.° Qu’ ainsi on doit réellement en faire un genre particulier de batraciens, qui conserve toujours ses doubles organes de respiration, et que l’on pourroit la considérer comme une larve permanente de cette famille. =
Quinze ans après la publication du mémoire de Cuvier, dans le premier volume du grand ouvrage de MM. Humboldt ct Bonpland, je m’occupai de l’anatomie du Protée, et en même temps de celles des larves, mettant en pratique, dans cette occasion, tous les procédés anatomiques en usage, et surtout les injections, à fin de connoître leurs organes circulatoires, dont la structure compliquée, est un peu difficile à déméler, et au fur, et à mesure que je faisois des progrès dans l'étude de leur organisation, je trouvois de plus en plus, que la première conclusion, ou le premièr corollaire établi par Cuvier, étoit en défaut, car je voyois dans la sirène et dans les larves de salamandres huit arceaux cartilagineux et dentelés, quatre de chaque côté, (pl. VI fig. 6.et 8.) je
remarquois dans la première, et dans les secondes quatre plaques palatines, deux de chaque côté, hérissées de dents faisant la carde, ( pl. VI fig. 3. 4.7. 10.) des narines internes situées en dehors du bord dentaire, et des poumons, proportion gardée, extrêmement longs: Dans le protée, au coutraire, que je regardois comme un animal parfait, je voyois seulement six arceaux, trois de chaque côté, bien ossifiés et sans dentelures, et à la mâchoire supérieure, au lieu de plaques palatines en forme de carde, un bord tout hérissé de dents, semblable en tout point à celui des autres batraciens adultes, de ceux du moins, dont la mâchoire supérieure est garnie de dents: ( pl. IV fig, 1.2. et pl. VI fig. 5.) Ainsi fort de tous ces faits anatomiques, lesquels témoignent de la ressemblance qui existe, sous certains rapports, entre la sirène et les larves, j’élevai des doutes contre l’opinion émise par Cuvier, savoir, que la sirène est nn animal parfait.
Six ans après la publication de la Monographie du protée, ce Naturaliste revint sur ce sujet dans son ouvrage sur les ossemens fossiles, et m’attaqua de la manière suivante — D’une part, on a publié à Londres, en 1821, la correspondance de Garden avec Linnaeus et avec Ellis, où l’on voit que ce médecin avoit observé des sirènes depuis la longueur de quatre pouces, jusqu’à celle de trois pieds et demi; qu’il s’étoit assuré, que dans toute la province on n’avoit, à l’exception du crocodile, aucun lacerta { ni saurien ni salamandre) qui passât six ou sept pouces, et qu’il avoit fini par se convaincre, qu’elle est ovipare, et qu’elle propage sans quitter ses branchies, D’autre part, tous les voyageurs, tous les naturalistes américains, ont conûñrmé les faits annoncés par Garden: plusieurs sirènes de toute taille on été envoyées
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en Europe, toujours avec des branchies, et sans vestiges de pieds de derrière. Tout nouvellement encore, en 1822, le docteur Mitchill de New-York, dans une note adressée à notre Muséum, en décrit une espèce beaucoup plus petite, rayée, et tachetée de blanc, et rapporte, que toutes les deux rendent leurs oeufs pour peu qu’on leur presse l’abdomen, bien que leurs branchies soient dans toute leur vigueur. Cependant M. Rusconi, médecin de Milan, dans un ouvrage sur le proteus, a encore élevé des doutes contre tous ces témoignages — contre tous ces témoignages !! mensonge! J’ai élevé des doutes contre ce qu’il a avancé dans son mémoire sur les reptiles douteux, où il n’est nullement question de la correspondance de Garden avec Linné publiée à Londres en 1821, ni d'oeufs reudus par suite d’une légère pression exercée sur l’abdomen. S’il eût été question d’un pareil fait, nous nous fussions épargné la peine, lui, de dissiper nos incertitudes, en examinant l’osteologie de la sirène, comme la seule partie de son organisation, qui püt donner des resultats décisifs, et moi, d’élever des doutes et de faire de l’opposition,
Dans l’ouvrage sur le proteus, qui parut en 1818, pouvois-je élever des doutes contre des téimoignages, qui furent publiés à Londres en 1821, et à Paris en 1824? J’ai élevé des doutes, parce que ses recherches sur l’ostéologie de la sirène n’avoient pas donné, selon moi, des résultats capables de porter la conviction dans tous les esprits, ou en d’autres termes, parce qu’ ayant approfondi l’organisation des larves, il m’étoit impossible d’admettre le principe, qu’il avoit établi dans son mémoire sur les reptiles douteux, savoir, que la sirène est un animal assez différent par tous les détails de son organisation des salumandres et des larves
ET de salamandres, principe evidemment faux (*); mais quand je l’ai vu descendre dans l'arène, armé de la correspondance de Garden, et de la note du Docteur Mitchill, j’ai déposé les armes et me suis retiré de la lutte. Je viens à présent à l’article sirène du dictionnaire des Sciences Naturelles.
L’Auteur de cet article m’attaque à son tour, tout comme l’a fait Cuvier, l’on diroit même que le grand Naturaliste a guidé sa plume, car non seulement il n’oublie rien dans sa critique, pas même l’expression grossière, dont ce dernier s’est servi pour désigner le savant Médecin de Brunswick, qui m’a écrit de Londres, mais il renchérit sur Cuvier, et à la fin de son article, m'adresse des paroles insolentes: Je vois bien, qu’il a été induit en erreur, mais il me semble, qu’il n’auroit pas dû se limiter à lire ce, que Cuvier a dit au sujet de la sirène dans son ouvrage sur les ossemens fossiles, et dans son mémoire sur les reptiles douteux, il auroit du consulter aussi mes écrits, bref il auroit dû approfondir ce sujet avant de me frapper de réprobation. Que dire d’un juge, qui prononce sa sentence sans avoir au préalable interroge les deux parties plaignantes, l’une après l’autre? Si l’ Auteur de l’article se füt donné la peine de lire les écrits, que je publiai en 1817, et 1818, où je réfute l’opinion de Cuvier, il se füt convaincu, que ma réfutation est entièrement fondée sur l’anatomie, et n’eût jamais altérée la vérité jusqu’à dire, que j’ai soutenu, que la sirène étoit une larve, purce qu’ un voyageur ma écrit avoir vu dans le Muséum des chirurgiens de Londres
(*) Cuvier, tout en réfutant mes idées, a dû cependant reconnoitre, que son principe étoit faux, aussi a-t-il changé de language ; dans son ouvrage sur les ossemens fossiles, la sirène n° est plus un animal assez différent par tous les détails de son organisation etc. etc. au contraire, c’est des salamandres qu’elle se rap-
proche encore le plus par la tête... et son os hyoïde est un os hyoïde de larve de salamandre.
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—., nn.
un de ces reptiles avec ses quatres pieds, et ne portant plus de branchies. Ce voyageur, il est vrai, a pris un amphiuma pour l’état adulte de la sirène, il est vrai aussi, que j’ai fait connaître son observation; maïs je ne l’ai publiée, que trois ans après avoir réfuté l’opinion de Cuvier.
Si l’ Auteur de l’article, après avoir consulté les écrits de Cuvier, eût consulté aussi les miens, il se füt aperçu trèsfacilement du pitoyable artifice, dont ce Naturaliste a fait usage, pour placer sous un jour défavorable une personne, qui ne s’est pas rendue docile à la voix de l’oracle, et il auroit peut-être évité d'entrer dans cette discussion, ou bien l’auroit présentée sous son véritable point de vue, Mais n’abusons point de la patience du lecteur. J’oublie les paroles insolentes, que l’auteur de l’article a lancéescontre moi, et je désire ardemment, que ce compilateur ait toujours présent à esprit, que pour écrire, ou parler pertinemment sur un sujet scientifique, il faut de la science d’abord, (*) puis de l’impartialité, et surtout de la bonne foi.
{*) Cuvier dans son mémoire sur les reptiles douteux, dit p. 158 que le nombre de quatre doigts, et non pas de cinq que Linnaeus croyoit général dans son genre lacerta, fût une des raisons, qui déterminèrent le Naturaliste suédois à ne pas regarder la sirène comme un têtard de salamandre, et à la page 164, parlant des parties externes de la sirène, il dit /4 main se divise en quatre doigts bien distincts ... c'est le pouce qui manque; ensuite dans son ouvrage sur les ossemens fossiles il nous apprend p. 425, gue les os du carpe, de la sirène restent cartilagineux, et que chacun des quatre doigts a un métacarpien et deux phalanges , cependant, malgré tout ce que Cuvier a dit à l’égard des pattes de ce reptile, son compilateur, M. Cloquet, a commencé son article sirène de la manière qui suit.
On donne ce nom à un genre de reptiles batraciens de la famille des urodèles, et reconnoissable aux caractères suivans.
Trois houppes branchiales, libres de chaque côté du cou , sans opercules, et persistant toute la vie, en même temps qu’il existe des poumons à l'intérieur; deux pieds de devant seulement divisés chacun en cing doigts, etc. etc.
Je m’abstiens de faire des reflexions sur cette bévue, car les reflexions que je pourrois faire se présenteront d'elles-mèmes à l'esprit du lecteur.