‹ Observations au sujet de la dissertation sur deux rocs branlants du NontronaisChapitre 3 sur 3 · EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EN ANGLETERRE

Comté de Lancastre.

Rocs de Warton. ( V. Planche IY, n° 2. )

A quelque distance du château de Warton, on remarque trois rocs branlants rangés en ligne droite, près d’une rivière, dans la direction du nord au sud; ils sont séparés l’un de l’autre par une distance égale de 40 pieds.

La pierre du milieu est la plus grande; elle a 8 pieds de haut et 30 pieds de circonférence.

A quelque distance, il existe une autre rangée semblable.

Quand l’une de ces pierres est poussée violemment, it reverberates for a considérable time, and beating upon the rock with its haunches , lends forth a deep and hollow sound , which may be heard at a great distance (Archeologia , t. IX, p. 217. )

Comté d’York.

1° Rocs de Brinham. (Y. Planches 2 et 3.)

« Merveilleux assemblage, est-il dit, de blocs répandus en groupe sur des landes, dans un espace d’environ 40 acres. » Les rocs branlants ( rocking stones J sont mêlés dans cette description avec des rocs d’une forme très -remarquable; mais quelque curieux que soient ceux-ci, je les passe sous silence pour ne pas sortir de notre principal sujet.

Le Mémoire donne deux figures du n° 2; l’une pour le montrer dans son développement, l’autre pour le faire paraître dans sa position en face d’un roc auquel on donne le nom de Rock-idol. Ce Rock-idol porte des traces de travail en plusieurs endroits, principalement à sa base, où le côté C est carré. A Rochidoï, R le Rocking-stone. Fig. I*>. A le Rocking-stone. Fig. 2.

N° 1, pl. ïlï. Longueur, 6 pieds sur 4 de large. Il est place auprès d’un massif de rochers sous lequel est ouvert un passage ; de chaque côté de ce passage est un trou d’environ 3 pieds de diamètre, auquel est donne le nom de Rock-bason. A 1 entrée de ce passage est une petite plateforme qui paraît avoir été travaillée de main d’homme.

A le roc branlant.

N° 1, p1-. IL Longueur 18 pieds, hauteur 6 pieds, largeur 4.

La base parait travaillée de manière à former les deux saillies sur lesquelles il se meut. The bottom of ' which evidently appears to hcive been eut away to form two knobs , on which it rests and moves with great ease.

N° 2, pl. III. Groupe extraordinaire au sommet duquel sont trois rocs branlants.

A. R. C. Le plus grand, celui du milieu, repose sur une sorte de piédestal. En examinant le roc R, il paraît qu on a taillé une petite saillie à la base pour procurer 1 oscillation ; it appeared to hâve been shaped to a small knob at the bottom, to gave it motion , though * my guide, who was 70 years old, assured me that stone had never been known to rock; however , upon my making

a trial round him when I came to the middle of one side, y found it moved with great ease.

L’auteur ajoute que la construction de cette pierre branlante ( equipoized stone ) est la plus extraordinaire qu’il ait jamais rencontrée.

M. Toland, dans un Mémoire imprimé au tome VI, expose que, dans ces rocs de Brinham, la motion est procurée par une saillie de la pierre supérieure, qui entre dans une cavité pratiquée dans la pierre inférieure. And it was discovered then that its motion was performed by a yolk exubérant in the middle of the un der surface of the upper stone , which was inserted in a cavity in the surface of the lower stone .

Most of those that 1 hâve examined hâve had their bottoms slopped off, some towards the centre of the stone, others had three sides slopped and some only two; by this art fui contrivance , the stones could only be put in motion from some particular parts.

2° Le roc sur la butte Golcar près Halifax. ( Voy. pl. I, n° 2. ) ( Cours d’antiquités monumentales; par M. de Gaumont, p. 72. )

Comté de Derby.

Roc appelé Robin-hood-mark , on Ashower common. (Voir planche IV, fig. n° 1.)

Les pierres supérieures A et B ont été taillées de manière à s’ajuster avec les deux pierres C et D sur

lesquelles elles reposent, et la cohésion entre elles est telle, que la pierre de dessous se meut avec la pierre supérieure, and so artfully contrived that the lower stone moves with the upper stone. La circonférence est d’environ 26 pieds. (Archeologia, t. IX.)

Le tableau, bien incomplet sans doute que je viens de présenter, offre cependant assez d’objets de comparaison pour que l’on puisse établir l’observation suivante :

La forme des pierres branlantes n’est pas toute dissemblable.

Il existe entre elles plusieurs variétés pour la superposition de la pierre supérieure; mais les mêmes variétés se trouvent quelquefois reproduites en des lieux différents.

Si certaines pierres branlantes sont sans aucun signe de travail extérieur, il y en a d’analogues où l’interyention de l’homme est évidente.

Ainsi, pour la forme la plus naturelle, celle où un bloc debout repose sur sa base la plus large, on la retrouve à Saint-Estèphe , à Warton, au comté de Lancastre, à Brinham au comté d’York. (Fig. n° 1, pi. 1; fig. n° 2, pi. IV.)

Les blocs de Warton ne paraissent pas moins que celui de Saint-Estèphe dans leur rudesse primitive; mais la circonstance d’être au nombre de trois, et d’être distants les uns des autres à d’égales distances, ne permet pas d’attribuer leur érection à l’effet du hasard.

La forme où le bloc supérieur repose sur sa base la plus étroite, se retrouve à Trégunc et à Perros-Guyrech, en Bretagne; à Brinham, dans le Yorkshire, n° 3 , pl. I ; nos 1 , 2 , pl. II; nos 1, 2, pl. III.

Les deux pierres bretonnes sont sans travail apparent pour favoriser le mouvement d’oscillation; ce travail est tel, au contraire, dans les pierres de Brinham, que l’archéologue anglais l’a observé et l’a décrit.

Rien, dans les figures que j’ai pu recueillir, ne présente d’identité avec la pierre de la Francherie: le nombre en est trop restreint pour rien en conclure. Cependant , on ne peut s’empêcher de noter deux points essentiels : le premier, c’est l’extrême ressemblance de la forme de ce monument avec celle des dolmens; le deuxième, c’est que le bloc sur lequel la table oscillante est posée, est séparé en deux morceaux encore juxtaposés; en sorte qu’il est manifeste que le partage a eu lieu postérieurement à sa mise en place, et probablement par écrasement sous l’énorme pesanteur du fardeau qu’il avait à supporter. Cette dernière circonstance qui, observée avec le plus grand soin sur les lieux, m’avait alors fait abandonner l’idée de reconnaître dans l’équilibre de la Francherie un équilibre posé de main d’homme, me fait incliner maintenant de nouveau, à défaut d’autres objets de comparaison , à ne voir ici peut-être qu’un dolmen primitif, avec accident postérieur d’oscillation. La prodigieuse hardiesse avec laquelle les pierres branlantes sont suspendues, témoigne suffisamment que la main de l’homme ne cherchait pas alors en tâtonnant quelque hasard heureux.

Rien d’analogue aussi à la pierre Golcar, ni surtout à la pierre du comté de Derby; celle-ci annonce une époque bien plus nouvelle pour son érection; elle appartient sans doute au temps où la pensée de l’art se substitue dans l’esprit de l’homme à la pensée de la force; et l’on doit se rappeler que les conciles, et notamment ceux d’Arles en 452, de Tours en 567, de Nantes en 700, tonnaient contre l’idolâtrie des pierres, encore subsistante à cette époque toute moderne.

Quoi qu’il en soit, au reste, de ces Rocking-stones , qui malheureusement n’ont pas été observées et décrites avec le soin et le talent qui ont été consacrés à l’explication des deux rocs branlants du Nontronais, on ne peut s’empêcher de reconnaître, par leur rapprochement, que ce sont les membres épars d’une même famille; et comme l’homme a été auteur des premiers signes de motilité dans certaines de ces pierres, incontestablement, comme la pierre de Derby, les pierres de Brinham, n° 2, p. 3, on doit en déduire qu’il en est auteur également pour toutes les autres.

Et maintenant, je pose cette question : Pourquoi faire intervenir la nature, les hasards géologiques, dans la composition de ces monuments primitifs? Pense-t-on que les hommes avaient besoin de rechercher un accident fortuit, comme un heureux secours pour suppléer à leur insuffisance et parvenir à une œuvre que seuls ils n’auraient pu entreprendre? Mais l’érection des menhirs, la superposition des tables de dolmen , souvent d’un poids et d’une dimension égaux à ces boules de granité oscillantes, sont un témoignage de la puissance qu’a l’homme, sans l’assistance de la

nature , pour gouverner et mettre en place les masses les plus lourdes. Sans attribuer aux tribus celtiques une industrie mécanique bien avancée, on pouvait, par le moyen très-simple de plans successifs formés avec des pièces de bois ou de la terre, élever graduellement. On arrivait péniblement , lentement , il est vrai , mais d’une manière certaine; puis, les pièces de bois retirées ou consumées par le feu, on abandonnait les blocs dans une condition éprouvée préalablement au dégagement complet des supports A cette époque , les chefs avaient à leur libre disposition une puissance qui ne différait de celle dont nous ordonnons, que par sa forme extérieure : pour eux, c’était le temps et la vie des esclaves; pour nous, c’est l’argent, laconique expression de bêlement antique; et, après tout, si nous l’avons largement et fastueusement dépensé pour ériger à Paris le vieil obélisque de Louqsor, cette lourde masse avait été (out aussi bien dressée dans son temps, avec la simplicité de l’ignorance.

D’ailleurs, à l’origine des sociétés, la force est là : orgueil et supériorité entre les hommes; et ceci est une loi de nécessité qui pèse sur tous comme condition de l’établissement de la nouvelle colonie au milieu d’une nature si peu faite encore pour la recevoir. La Bible parle des géants, comme la fable raconte les Titans et les Cycîopes; tout est obstacle, tout est monstre autour de l’homme. Les premiers héros sont ceux qui brisent, qui écrasent, qui domptent. Fait à ces luttes furieuses, l’homme pouvait s’en prendre aux rocs comme à tout ce que son ardent instinct le poussait à terrasser ; son bras soumettait la nature inanimée,

habitué qu’il était à soumettre les natures féroces et rugissantes; et ce ne futqu’après ce long règne d’Hercule qu’Orphée parut sur la terre, et amena les arts avec lui.

J’ajoute cette dernière considération : si l’homme a eu un but dans la création, ou dans le perfectionnement de l’oscillation de certaines roches, il a dû tout faire, il n’a dû rien emprunter à la nature; car, quel pouvait être son but? un but frivole, d’agrément, de singularité, pour avoir quelque chose comme un cassonousillou, telle qu’est la condition actuelle du monument? Assurément on ne peut le penser. Les premiers hommes apportaient une autre gravité dans les actes de leur vie; leurs œuvres avaient nne solennelle destination , et la pensée religieuse est toujours celle qui précède à l’origine des civilisations.

Or, s’il y a but religieux, si la pierre est ici une chose sacrée, pourquoi cette faculté de mouvement donnée à une pierre naturellement immobile? En opérant une transformation, en faisant passer une chose inerte en être animé, on donnait ainsi à la pierre la faculté d’avoir un sens , d’exprimer une volonté ; et cette nouvelle nature, qui n’était ni celle de la pierre, ni celle de l’homme, devenait quelque chose d’inconnu, enveloppé d’un profond mystère. Le roc se transfigurait en une tête prophétique, que l’oracle, consulté, ébranlait pour faire connaître sa réponse; et le prestige, agrandi par les illusions d’une scène nocturne , donnait foi dans le dieu et dans sa parole sacrée.

Or, le peuple se serait-il courbé tremblant devant une manifestation divine, si la cause même de cette

foi n’eût pas été née sous les toiles ténébreux qui enveloppaient jadis le culte dans les religions païennes, et qui ne se levaient que pour un petit nombre d’initiés?

Si ces hommes, les yeux encore troublés de la sainte horreur du mystère, et repassant dans leur esprit les augustes ébranlements qui faisaient leur joie ou leur douleur, eussent, en s’en retournant, aperçu, à travers leurs bruyères, des granités en boule suffisamment désagrégés pour se livrer à leur tremblement, qui se permettaient à la lumière du soleil de branler la tête à l’instar de leur dieu, qu’auraient-ils pensé? Évidemment, quelque simples qu’on les suppose, ils auraient comparé, ils auraient compris , ils auraient abandonné l’oracle.

Donc , si les pierres branlantes sont considérées comme un monument religieux (et ce nombre trininitaire, auquel a été porté le monument de Warton, et celui de Brinham, n° 2, pl. III, est une forte induction à cet égard ) , elles ne peuvent pas être le perfectionnement d’une œuvre naturelle; il faut qu’elles aient un caractère à soi , en dehors et au-dessus de l’intelligence commune. C’est à cette seule condition que la roche druidique pouvait s’attribuer ce caractère qu’Horace se donne dans son langage inspiré :

Non usitatâ, nec tenui ferar Pennâ biformis, per liquiHum æthera VatesL...

( Ode XVII. )

En résumé :

M. Des Moulins a allégué que, conformément à certaines lois géologiques, et selon l’opinion de plusieurs savants, il y avait des oscillations naturelles. J’ai répondu que le fait ne me paraissait pas justifié.

Il admet, dans l’érection des pierres branlantes, l’intervention de l’homme, mais à la suite d’un accident géologique.

Je demande pour l’homme seul, la pensée et le fardeau de ces monuments.

J’ai apporté à l’appui quelques raisons; la meilleure pour moi, c’est encore que la tradition est là. Après avoir souri de la crainte respectueuse avee laquelle on parlait, il y a quelques années encore, de ces pierres redoutables, on s’est mis à disserter, on est arrivé.... au doute. Mieux vaut s’en tenir à l’idée qui dormait doucement dans l’esprit de ces bons et vrais antiquaires du temps passé.

Planche 1.

N. Hoc branlant: de St Esteplie N°.4.Rûc branlant de kFrandierie. (Dordogne

E.3.Soc branlant iePerros Giryrecti. (Cotes duMoii).N . S . Roc branlant sur la butte Golcar. (YorkstareJ

Planclie 2

Bocs branlants pies deBirnhain (Yorkshire

Rocs branlants pies de Brinham. . ( Yorbshire

Planche 4

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