ARTICLE CINQUIÈME
Des difformités des membres,
$. L® Fractures non réduites,
LA formation et la consolidation du cal sont l'œuvre des fonctions nutritives des organes rompus ; la densité de ceux qu'une fracture intéresse , ajoute beaucoup à la lenteur naturelle d’une semblable opération. La réduction exacte des fragmens est une condition importante de réunion facile et rapide , en ce sens que le périoste et l'organe médullaire sont , le plus qu'il se peut, exempts de violence , lorsque les surfaces osseuses qui résultent d’une solution de continuité , sont en contact mutuel et immédiat. En cet état, l'inflammation n’a rien de surabondant ; elle suffit seulement à l’effusion de la matière organique. Cependant , dans d’autres rapports, et même lorsqu'ils se touchent latéralement et par la médiation de leurs périostes, deux fragmens osseux peuvent se réunir. Le travail alors est bien plus lent ; et si le défaut de réduction exacte doit nuire aux fonctions
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( 169 ) du membre, l'art peut pendant long-temps exercer Sa puissance.
À. Fractures de l’humérus.
Aux membres supérieurs nous avons vu peu de difformités de l’humérus qui aient été fort nuisibles, L'’os est central , les muscles sont distribués à peu près également sur sa circonférence , et quelque défaut dans la rectitude du levier n’est pas d’une bien grande importance pour les impulsions qu'il recoit.
Les déplacemens , selon la circonférence , font seuls exception , parce qu'ils changent le port de la main. Mais, l'art ne peut rien sur des difformités de cette espèce : il serait donc superflu de s’y arréter.
B. Fractures de l’avant-bras.
À l'avant-bras les difformités sont plus fréquentes; elles exercent aussi une pius grande influence sur l'utilité de la main.
Les muscles qui font agir la main entière ou ses parties, sont distribués par couches sur les deux faces de l'avant-bras ;: mais ils ont une direction oblique, qui ne permet pas’
le moindre changement de rapports san dommage. D'un autre côté, la rupture des périostes exerce une grande influence sur le déplacement des fragmens d'une fracture ; et la situation des deux os de l'avant-bras au milieu des muscles toujours tendus , rend difficile une bonne appréciation de l’état des choses sur ce point. Îl arrive souvent, par exemple , que le périoste de la face palmaire de l’avant-bras soit rompu , en même temps que les os, par une chute sur les mains.
Alors, les fragmens conservent de la tendance à s'incliner vers la région palmaire, et ils se portent invinciblement dans cette direction , à moins de précautions particulières qu’il n’est pas nécessaire d'exposer ici. Cependant, l'interposition des fragmens à travers l'ouverture du périoste, s'oppose à la réunion sur ce point , et les muscles soulevés par le déplacement des os enflammés par l'action de ces corps durs, s'unissent solidement au périoste. Cette seule attache suffirait pour rendre nulle l'utilité des muscles qui l'ont contractée ; mais , d'ailleurs , soulevés par les os saillans , ces mêmes muscles se trouvent raccourcis et la main est frappée de nullité.
Les membres déformés de la sorte se présentent avec une cambrure répondant à un point quelconque de la longueur de l’avantbras. Il y a une saillie, quelquefois aiguë et fort douloureuse ; d’autres fois plus adoucie
et indolente , soulevant l’ensemble des muscles de la face palmaire de l’avant-bras ; certaines fois plus particuliérement selon les dispositions particulières et fortuites de la fracture. Au point correspondant de la face dorsale, il y a une dépression indiquant l'angle rentrant formé de ce côté par les fragmens inclinés du côté opposé. Les muscles y Sont tendus et forment la base du triangle avec les os déplacés. La main est inclinée dans la flexion ; la première phalange de tous les doigts est entraînée dans le sens de l’extension forcée , et toutes les phalanges suivantes sont presque fixées dans la flexion.
Cette attitude, commandée par l’'adhérence des muscles fléchisseurs sur le point de Ja fracture , résulte du balancement réciproque de tous les muscles fléchisseurs et extenseurs, qui ne peuvent se préter à aucune situation extrême. La main peut être relevée jusqu'à un certain point ; l'élongabilité des muscles fléchisseurs entre le point de leur
adhérence à la fracture et l'insertion de leurs tendons , donne et borne la mesure de ce mouvement. Il n’est permis d'ailleurs de relever ainsi la main, qu'en abandonnant les doigts à la flexion complète dans laquelle ils sont tous entraînés par le fait même de l'extension de la main. Il n’est donc pas possible d'étendre à la fois cette dernière et les doigts ; tout comme il est impossible de les fléchir l'un et l’autre en même lemps, à cause de l’adhérence et de Jimmobilité des muscles fléchisseurs fixés sur les fragmens de la fracture.
Les procédés de l'art peuvent triompher parfaitement de difformités accidentelles aussi fâcheuses , comme nous le démontrerons dans son lieu.