C. Fractures du fémur
I y a un grand nombre d'exemples de fractures du fémur réunies dans une disposilion vicieuse des fragmens : les espèces de ces difformités peuvent être prévues d'après le siége de la fracture et son aspect. Mais,
nous ne connaissons pas d'exemples incon-—
testables de guérison de ces difformités par les procédés de Fart. En outre des dangers
qu'il faudrait courir pour agir avec la force nécessaire , nous sommes autorisés à croire que l'impossibilité de garder le malade dans le repos, cause très-commune de ces difformités elles-mémes , est aussi un grand obstacle, le plus grand de tous peut-être, au succès de toute entreprise de ce genre.
D. Fractures de la jambe.
Les mêmes causes que nous venons de signaler dans la structure de l’avant-bras , produisent souvent l'inclinaison des fragmens des fractures de la jambe ; c’est surtout en devant , vers la face interne du tibia, que le principal fragment de celui-ci se porte d'ordinaire , et lorsque le déplacement est grand , il entraîne le plus souvent la partie inférieure de la jambe en dehors et en arrière. La plus simple réflexion sur la distribution des muscles dans la circonférence de ce membre, suffit pour faire sentir les raisons de ce phénomène. Ces difformités, une fois consommées , peuvent-elles être effacées par les procédés de l'art? Les faits que nous avons eu l'occasion d'observer , ne nous ont laissé guère de confiance. Nous développe-
(174) rons plus tard une pensée qui pourra paraître étrange, mais que nous croyons fondée sur de bons motifs, fournis par l'anatomie morbide et par l'expérience. Il n'est guère possible de remédier à ces difformités, qu'en s'efforcant de produire une difformité nouvelle.
S. II. Des Contractures.
L’usace a prévalu de désigner sous cette.
dénomination , le raccourcissement morbide decertains organes, particulièrement des muscles; par extension , on l’a employée aussi pour désigner la même altération dans les ligamens.
A. Contractures musculaires.
L’ogservarion en fait distinguer deux sortes: les unes sont le résultat de l’inflammation du tissu musculaire ou de la trame celluleuse ; les autres succèdent aux altérations cérébrales et servent à les signaler.
1.0 À l’occasion des panaris , par exemple, Jorsque l’inflammation s'est propagée jusque dans les loges fibreuses particulières à chaque muscle de l’avant-bras, il survient des abcès,
dont chacun intéresse les muscles correspondans. Il arrive le plus souvent , après la guérison, que Îa rétraction du tissu cellulaire propre aux muscles les a rendus plus courts , ou que la perte du tissu cellulaire formant la gaine du muscle, le laisse fixé dans un espace devenu plus court et plus étroit, ou que les muscles intéressés sont demeurés adhérens à la peau correspondante et même aux os voisins. Ces altérations frapperaient de nullité une main tout entière ; car les muscles altérés de la sorte ne peuvent ni s'étendre, ni se raccourcir : leur action, leur jeu sont nuls , et Ja main et les doigts sont immobiles. Le résultat est le même, soit qu'il s'agisse des muscles exlenseurs , soit qu'il s'agisse des fléchisseurs ; la contraction des uns suppose la libre extension des autres.
I ne faut pas confondre avec les déformations provenant de cette cause, celles qui leur ressemblent, mais qui sont essentiellement différentes et qui proviennent des érysipèles phlegmoneux ou gangréneux , et des destructions qu'ils opérent : il n'y a pas seu- Jement , dans ces derniers Cas , contracture avec ou sans adhérences , mais bien aussi Perte d'une certaine quantité du corps mus-
culaire , aussi bien que du tissu cellulaire et de la peau , ce qui fait une totale différence.
Dans les cas de la première espèce , que l'on peut aisément distinguer par l'aspect des cicatrices , les procédés de l'art peuvent réussir complétement , mais pourvu qu'on ne se hâte pas trop et qu'on n'en ajourne pas trop l'emploi. Dans ceux de la seconde espèce , rien ne peut être changé à l'état des choses: on ne peut remplacer la partie perdue d'un muscle, et l’on s’efforcerait en vain de donner à ce qui en reste l'éteudue de la totalité. Nous donnerons ailleurs les preuves de ces assertions.
9° Qu'un point du cerveau ou de la moeileépinière soil déchiré et pénétré d'un épanchement sanguin, que le ramollissement de Ja substance qui précède si souvent les hémorrhagies apoplectiques , retranche un point important de cet organe de la communauté d'action de toutes ses parties , il y aura contracture dans les muscles dont les nerfs ont des rapports avec le point affecté : cet état des muscles est caractéristique et démonstralif.
Les procédés de l'art n’ont de puissance
sur ce symptôme et les infirmités qui en résultent, qu'autant que l’on parvient à donner une grande activité à l'absorption, à faire disparaître par elle la matière de l’'épanchement, et rétablir l'incurvation par des voies supplémentaires : sans ces conditions, les infirmités dont il s’agit sont incurables.
B. Contractures ligamentaires.
L'INFLAMMATION, particulièrement celle que le rhumatisme occasionne , opère souvent la rétraction des ligamens, et rend nuls ou trèsbornés les mouvemens des articulations affectées. Ordinairement, les parties sont fixées dans l'attitude de la flexion , parce que, dans leurs rapports , les surfaces articulaires sont pressées mutuellement avec moins de force.
Tant que les surfaces sont libres, leur jeu : peut être établi par des procédés mécaniques. Trois obstacles peuvent s'opposer au succès ou le rendre douteux.
1. La déformation des surfaces articulaires, dont le revêtement fibro-cartilagineux est altéré , devenu raboteux par l'absorption qui en a fait disparaître certains points , et
a dés
(178) par l'ossification qui a envahi les autres. Les mouvememens sont alors douloureux et crépitans. Ç
: 2° L'adhérence mutuelle des surfaces op- | posées. Cette union se fait par les feuillets de la membrane synoviale ; et quelquefois
ù les points adhérens supportent, sans inconvénient, un alongement capable de se prêter | au rétablissement des mouvemens. Un assez | grand nombre de pièces anatomiques dé- | montrent qu'ilenest quelquefois ainsi; mais, les observateurs n’ont pas tenu compte des symptômes. Si nous pouvons nous en rapporter à des inductions qui nous ont paru très-probables dans le premier moment des violences que l'on exerce sur une articulation en cet état, il y aurait des douleurs assez vives, accompagnées d'injection sensible même à l'extérieur de l'articulation; mais, ces symptômes s'effacent promptement , soit spontanément , soit par l'action de quelque topique, comme l’eau de Goutard ou sim- À plement l’eau froide. Au contraire, si des mouvemens sont possibles, en exerçant un peu de force et ayant lieu sans crépitation , sans limites insolites, mais avec des douleurs vives se conservant plusieurs jours de
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suite, on peut conclure que l’adhérence est complete ou ‘à peu près. Il est possible, même en cet état de choses, mais en y mettant de la prudence, de changer l'attitude d’un membre , de manière à le rendre utile.
3 Des productions osseuses de nouvelle formation placées sur les surfaces articulaires elles-mêmes , ou si près qu’elles génent tout autant, et qui forment un obstacle invincible et une délimitation fixe des mouvemens ; un choc sonore et le plus souvent indolent , sont les caractères qui distinguent cette espèce de difficuité , dans laquelle il faut renoncer à toute entreprise.
S. III. Des déviations des membres.
Les articulations ginglymoïdales ont lieu par des surfaces étendues et taillées en trochlée , afin que l’emboîtement réciproque empêche le glissement latéral et règle la direction précise des mouvemens. Mais, il s’ensuit la nécessité d’une coupe régulièrement perpendiculaire à l'axe , ou sous un angle déterminé, pour que les parties d’un membre qui sont articulées de la sorte , n'aient pas de direction vicieuse,
L'articulation de la jambe avec Ja cuisse présente souvent des aberrations remarquables sous ce rapport; tantôt la jambe est déviée en dehors, c’est le cas le plus ordi paire ; tantôt elle l’est en dedans: cette dernière déviation est la plus rare , et jamais elle n’atteint le même degré que l’autre.
Cette difformité dans les enfans de bas âge est accompagnée , soit d'un relâchement appréciable des ligamens , soit d'un développement insuffisant de l’un des condyles du fémur , et quelquefois de l’un et de l'autre.
Dans quelques cas, la déviation extérieure de la jambe tient à une incurvation rachitique des os. Lorsque cette dernière est portée assez loin, elle provoque en méme temps la déviation articulaire, et bientôt l’une et l'autre espèce sont réunies.
Il est démontré , par l'observation , que ja déviation articulaire s'accroît par ellemême. Les surfaces osseuses sont pressées mutuellement , plus fortement d'un côté que de l’autre. Cette pression constante est dans le cas que nous avons signalé ci-dessus , à propos des luxations non réduites. L'un des condyles du fémur supportant seul une pression égale au poids du corps, son déveiop-