‹ Observations cliniques de la taille et des membres ... accompagnées d'un atlasChapitre 57 sur 107 · ER · texte numérisé non relu

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(215 ) au-dessous de ce point, ayant des directions variées et bien différentes de celle-là.

Mais , en outre , il faut examiner les choses de plus près, pour savoir pourquoi les déformations de l’épine sont si communes dans les maisons d'éducation et particulièrement dans

certaines.

S.IV. Dangereux effets de la masturbation.

On doit, sans doute, faire une grande part au défaut d'air et de lumière, au mauvais régime , aux mauvaises méthodes d'enseignement qui fatiguent l'esprit et n'exercent pas le corps; mais , il est douloureux de le dire, la corruption prématurée des mœurs est la principale de toutes les raisons. La surveillance n'est pas suflisante ; les domestiques qu'on y emploie ne méritent pas la confiance qu’on leur donne. Ce que nous disons ici est fondé sur une expérience déjà longue , par le besoin où nous nous sommes trouvés d'exercer la plus grande surveillance pour surprendre celles que nous soupconnions, et sur les aveux que nous en avons obtenus.

Nous connaissons une maison où, sur quatrevingts pensionnaires , plus de trente, dans la

même année , avaient élé rendues à leurs pa rens , pour cause de difformités de l’épine.

Mais là aussi elles jouissaient d'une liberté parfaite: des livres infâmes leur étaient offerts et vendus , et la dépravation des mœurs y était épidémique. Nous allons citer ici un exemple qui donnera clairement à comprendre quelle influence une pareille cause {la masturbation ) exerce sur les moyens articulaires de l'épine, et combien l’art lutte vainement contre les déformations de cette espèce, lorsque Ja cause continue d'agir.

OBSERVATION XXXVIII, { Planches XXIV et XXV.)

Uxe enfant , âgée de 9 ans, née de parens sains et robustes, n'ayant jamais éprouvé de maladie , fut placée dans un pensionnat nombreux. Dès son entrée dans la maison, elle fut corrompue par ses compagnes et se livra à la masturbation. Au bout d’un an , elle eut des migraines violentes , de la fièvre , et elle se dégoûta de son habitude. Trois mois après étant rétablie, les railleries de ses compagnes J'entraînèrent encore ; elle se livra alors à de grands excès. Il s’ensuivit des vomissemens assez fréquens.

À l'âge de 12 ans, ses compagnes s'aper-

curent que l’une de ses épaules devenait sail- Jante. A 15 ans , les menstrues parurent, mais pâles et médiocres. La jeune personne maigrit beaucoup alors. À 1/4 ans, les contours que son épine contractait, devinrent évidens. Elle fut rendue à sa famille. Nous la vimes alors. Trois contours alternatifs existaient dans la longueur de la colonne vertébrale ; ils caractérisaient l’incurvation latérale à un seul foyer. La jeune personne était maigre, pâle , faible et dégoûtée. Il fut impossible d'obtenir aucun renseignement sur les commencemens, la marche et les causes probables de la défornation. 1 n’y avait pas de douleurs dans l'épine. On pouvait comprimer toutes les vertèbres successivement sans provoquer la moindre sensibilité. Les battemens du cœur se faisaient sentir fortement à l'extérieur , mais seulement parce que les côtes correspondantes avaient subi un grand affaissement.

Pendant les trois premiers mois de traitement, que nous exposerons plus loin, on obtint des changemens très-avantageux : la santé s'améliorait ; les muscles et les forces se prononcaient ; les courbures subsidiaires supérieure et inférieure s'effaçaient ; la moyenne même avait sensiblement cédé. Pendant tout

ce temps, la jeune personne se voyant l’objet de grands soins, s'était abstenue de son habitude. |

Mais , le mois d'après , elle succomba , et aussitôt sa santé se dérangea. Nous l'ignorions et notre attention se portait sur d'autres objets. Des vomissemens se déclarèrent ; ils étaient accompagnés et précédés de douleurs à l'épigastre, aux lombes, à l'hypogastre, de diarrhée , et suivis de lipothymies et de soubresauts des tendons , quelquefois de crampes douloureuses et de spasmes convulsifs généraux. L'inutilité complète de toutes les médications nous donna enfin des soupcons , surtout parce que la déviation de l'épine s'aggravait depuis que les accidens avaient éclaté, quoique l'on ne perdit pas un moment pour poursuivre le traitement au moindre répit que l'on obtenait, et que la malade n’eût pas cessé la pratique de la gymnastique la plus active. Il était évident qu’une force puissante écrasait la colonne vertébrale, tandis que nous nous efforcions de la relever, ei en y employant des forces qui réussissaient auparavant. L'embonpoint se perdait de nouveau ; mais les muscles se conservaient , probablement à cause des exercices.

La malade fut surveillée avec beaucoup de soin et surprise. Âlors elle avoua tout ce qui avait précédé, et convint que ses plus grandes souffrances avaient répondu aux jours de ses plus grands excès. Elle fut séquestrée , gardée à vue et liée pour s'assurer de sa personne. I fallut lier les bras , fixer le bassin, le rendre complétement immobile, fixer les deux pieds dans un grand degré d'écartement , armer les deux cuisses d'un plastron garni de pointes. À force de soins , on parvint peu à peu à la corriger complélement ; mais , toutes les fois qu'elle parvenait à tromper la vigilance dont elle était l'objet, il ÿ paraissait aux cardialgies , aux vomissemens et à moins de souplesse dans l'épine. Au contraire , lorsqu'elle avait pu s'abstenir ou être préservéecomplétement pendantune semaine, l'amélioration de la gibbosité était sensible. Cette alternative et ses conséquences sur J'épine ont été on ne peut pas plus marquées.

Rendue à ses parens dans un état d'amélioration très-prononcé , elle a continué les mémes soins dans sa famille et ils ont eu le

même succès.

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— Voilà donc un fait qui démontre fort clairement , que la masturbation peut agir sur la colonne vertébrale pour la déformer, en déterminant l'infiltration , l’engorgement pâteux des fibro-cartilages inter-vertébraux. Tel est le mode de l’action de cette funeste habitude. Les écrivains avaient bien annoncé que la gibbosité pouvait en être la conséquence ; mais, qui pouvait dire de quelle nature étaient les faits qu'on avait dû observer sur ce point, lorsque les diverses lésions dont l’épine est susceptible n'étaient pas connues , et que les observateurs eux-mêmes ne pouvaient indiquer rien de précis à cet égard ? Le fait que nous venons de raconter est instructif, non-seulement en ce qu'il démontre le mode particulier d'action de la cause , mais encore son intensité. On n'avait pas cessé d'agir sur la colonne vertébrale ; les mêmes forces lui étaient appliquées, et cependant l'épine semblait être emportée retirée sur elle-même avec une force plus grande encore. C'est que l'ancienneté de la déformation avait changé les formes du corps de quelques-unes des vertèbres engagées dans Ja courbure primitive , comme nous l’avions pensé dès le premier moment , et que l'en.

(224 ) gorgement des fibro-cartilages s'interposant entre des surfaces obliques , ne pouvait s'accroître sans augmenter le déversement. Au reste , rien n’a été plus démonstratif, d'après les aveux de la malade elle-même, que Îles alternatives de son état et de sa cause. On n’en sera nullement étonné , si l’on considère que l'acte vénérien se passe principalement dans la moelle-épinière et présente les plus grands rapports avec l'épilepsie et le tétanos. La répétition fréquente d'un acte pareil, surtout dans un corps jeune et dont le développement n’est pas achevé, peut altérer les parties environnantes , les méninges , les vertebres ou leurs articulations par des stases sansuines , des phlegmasies , etc., tout comme il en résulte quelquefois des convulsions, l'épilepsie ou l’apoplexie. Ce que nous avons pu observer dans ce fait , entr'autres, nous a fait unesi vive impression, que nous croyons devoir recommander bien vivement aux praticiens les recherches de cette espèce , dans les cas où les causes de la déformation de l'épine ne

sont pas connues.

(295 ) S. V. Influence de la force démesurée d’un bras.

Ox a parlé de la force du bras droit supérieure à celle du bras gauche, qui, élevant fréquemment l'épaule correspondante, finirait par la laisser placée au-dessus de l’autre, ou bien , lui donnerait plus de volume, à force d'en exercer les muscles. Si cette circonstance pouvait agir ainsi, il faudrait .la considérer comme une cause occasionelle, capable de déterminer l’incurvation d’une épine dont les fibro-cartilages seraient altérés. C'est ici le lieu d'examiner cette question.

Les mouvemens variés d’un bras nécessitent des déplacemens semblables de la part de l'épaule , et celle-ci est pourvue d'un appareil musculaire convenable. Tout l'effort exercé par un bras vient aboutir , en dernier résultat , par l’épine à la résistance opposée par le sol; ce qui nécessite de la part de l'épine diverses inflexions passagères, pour redresser, autant qu'il se peut , la ligne par laquelle l'effort se propage. Mais, les inflexions de l'épine et le point où elles se forment, sont variés comme la direction de l’effort auquel il s'agit de résister. Or, cette ex-

plication a été destinée à donner la raison de l'incurvation inter-scapulaire de l’épine. Nous croyons en avoir assigné une plus positive et plus vraie , et l’une et l’autre sont inséparables de Flidée d’une altération préexistante dans les fibro-cartilages inter-vertébraux : ce que nous avons dit des professions, le prouve surabondamment.

Quant à la force que l'épaule acquerrait par l'exercice plus fréquent du bras correspondant , ceci ne pourrait influer que sur les muscles , et l’on sait qu'il s'agit d'autre chose.

S. VI. Influence de l'inégalité native des deux moîtiés du corps.

Une considération plus utile et qui doit se retrouver ici, est celle de l'inégalité native des deux moitiés du corps, que nous avons déjà indiquée précédemment. Un membre inférieur plus court déverse le bassin de son côté, fournit à la colonne vertébrale une base inclinée, et oblige les muscles du côté opposé à l’incurver pour le ramener dans la ligne médiane. Cet état habituel ( ceci est tres-remarquable )} ne suflil pas seul pour amener une gibbosité. Dans un fort grand nombre

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de sujets, il subsiste toute la vie pendant l'attitude debout , et s’efface complétement dans l'attitude horizontale, Mais, si les moyens articulaires des vertèbres deviennent malades, l’inflexion habituelle de l'épine se conserve et devient une difformité. Il arrive même quelquefois , chez des femmes nées de la sorte , que la première déformation de l'épine ne survient qu'a l’âge de 14, 15, 16 ans , à propos de l'établissement de la menstruation ; que la difformité s'arrête etse mainlient à un degré léger , l'épine ayant recouvré toute sa solidité , et que, dix ans après ef même plus , à propos d'une grossesse, d’un accouchement, d’un allaitement pénible, elle s'aggrave plus ou moins, où méme qu'elle devient extrême.

OBSERVATION XXXIX. (Planches VHiet IX .) qu

UxE jeune personne, née de parens chéfs et irritables , ayant eu elle-même une enfance très-pénible , fut atteinte , à l’âge de 9 ans , d'une légère déviation de l'épine dans la région lombaire, qui en portait les quatre dernières pièces à droite. Des douleurs dans celle partie , un dérangement notable de la santé ct une attitude qui faisait pencher la

tète et les épaules à gauche, furent les remarques qui fixèrent l'attention des parens. Quelques soins généraux parurent améliorer l'état de l'enfant, sans effacer l'état difforme de l'épine ; mais, la jeune malade avait recouvré ses forces.

On eut de nouvelles inquiétudes à 16 aus, époque à laquelle les règles s'établirent assez facilement.

Cinq ans plus tard , la jeune personne est mariée. Dans le cours d’une grossesse qui survient tout aussitôt , les lombes deviennent douloureuses ; les douleurs se propagent dans toute l’épine ; elles semblent se prolonger le Jong des côtes jusque vers le haut du sternum, où elles sont les plus fatigantes. Après l'accouchement, et l'allaitement ayant été impossible, les souffrances de la malade devinrent beaucoup plus fâcheuses. Elles se compliquèrent d’une menace d'hystérie qui n'allait pas jusqu à des attaques formelles , mais qui se prononçait par l'impotence qu'elle ressentait et la contrainte qu'elle était obligée de s'imposer.

Deux ans plus tard , nous examinâmes celte dame. Les quatre dernières vertèbres lombaires formaient une saillie très-remar-

quable en arrière et à droite ; le reste de l'épine jusqu’au-dessus destrois dernières veriebres cervicales, formait une longue courbe de gauche à droite et d’arrière en avant , qui avait ramené imparfaitement le fardeau supérieur dans la ligne médiane. La voussure de toute la région dorsale et du bas de la cervicale ne permettait à la malade qu'une pose génée dans l'attitude debout ; le renversement de la tête se faisait sur les premières vertébres cervicales ; le bassin se portait en devant , les genoux étaient habituellement fléchis et les pieds écartés. La marche était pénible, quoique la respiration fût libre. Les douleurs de l’épine subsistaient aussi bien que celles de la poitrine; mais, la malade se plaignait bien davantage de ces dernières , qui lui inspiraient des craintes exagérées.

Nous fûmes frappés du surbaissement de la hanche droite : un examen attentif fut nécessaire pour constater que los coxal n'avait pas éprouvé de déplacement , et qu'il sagissait de l'inclinaison du bassin entier.

Alors, la comparaison des membres fit reconnaître que ceux du côté droit étaient nés plus courts que ceux du côté gauche.

Des moxa furent appliqués sur les côtés

de la région lombaire et réitérés deux fois.

Chaque application ôta quelque chose à la déviation lombaire , aux douleurs de l’épine, et surtout à celles de la poitrine, qui faisaient le désespoir de la malade. Le decubitus sur un plan dur et horizontal , la gymnastique et la nage ont entièrement dégagé l’épine, rétabli méme la mobitité du point 1ombaire incurvé depuis si long-temps. Mais, pour rétablir entierement les formes nalurelles , il a fallu placer dans la chaussure une lame de liége de quatre lignes d'épaisseur, qui égalisät la longueur des deux membres inférieurs : il a suffi de ce dernier soin, pour faire effacer presque complétement toute trace de difformité , et, nous croyons aussi, pour faire cesser une cause provocatrice , qui aurait pu ramener les mêmes embarras.

ARTICLE DEUXIÈME

Du Rhumatisme.

CETTE cause est peut-être la plus commune de toutes celles qui peuvent déformer l'épine chez les adultes ; elle est au moins la mieux connue etla mieux constatée, du moins

(251) parmi les praticiens anglais , que leur climat a rendus peut-être plus familiers dans les observations de cette espèce. Nous en avons cité un exemple remarquable dans l’observation XXV. Le fait suivant n’est pas moins

instructif.

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