‹ Observations cliniques de la taille et des membres ... accompagnées d'un atlasChapitre 65 sur 107 · ARTICLE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE CINQUIÈME

Des Cicatrices intérieures.

Iz est maintenant hors de doute pour Îles praticiens , que les suppurations profondes de la poitrine laissent des cavités qui ne peuvent s’oblitérer que par l’affaissement du côté correspondant du thorax. Ainsi, lempyème et les cavernes tuberculeuses du poumon ne

peuvent finir heureusement, qu'autant que

le côté correspondant de la poitrine perd une partie de son ampleur et une bonne partie de ses usages. Il s'ensuit l'inclinaison inférieure des côtes, leur rétraction à lintérieur, et une incurvation plus ou moins prononcée de l'épine. Cette dernière , dans les cas d'empyème guéri, forme une courbe prolongée et douce, à laquelle participent toutes les vertèbres dorsales. Au contraire, dans les cas de cavernes tuberculeuses oblitérées ou en voie de le devenir, un petit nombre de vertèbres, ordinairement supérieures , s'inclinent brusquement sur le côté malade, et forment un tiers ou une moitié de cercle.

On sent bien que ces déformations ne peuvent jainais devenir l'objet de l’art ; mais, elles doivent être constatées et surveillées, parce que n'ayant pu s'accomplir qu'à la faveur de violences exercées sur les articulations vertébrales , elles pourraient préparer d'autres déformations , si des prédispositions existaient. En effet, il n’est pas possible que des incurvations de balancement ne s’établissent au-dessus et au-dessous du point primitivement affecté. C'est donc une épreuve nouvelle pour les articulations de l’épine ; et cependant , sil arrive en effet quelquefois que les inflexions subsidiaires de l’épine se conservent , s'accroissent , deviennent une maladie de pius , le plus souvent aussi ces incurvations de balancement ne subsistent qu'autant que le sujet est debout , s’effacent lorsqu'il est étendu horizontalement , et demeurent ainsi transitoires pendant le cours d'une longue existence.

ARTICLE SIXIÈME

Effets des Difformités.

$. L°® Sur la circulation et la respiration.

Nous réunissons ces considérations , parce que l'inflammation que ces deux fonctions éprouvent des déformations de l'épine , découle de la même source et ne peut guère manquer d’être semblable.

Les incurvations de la région dorsale de l'épine à droite sont bien moins nuisibles aux fonctions du cœur , que celles du côté opposé. L'effet naturel de toute inflexion est d'entraîner , en bas et en dedans, les côtes correspondantes au sinus de l'épine. Ce phénomène ne peut manquer, qu'autant que les articulations spinales des côtes sont extrêmement relâchées , et qu’elles ne peuvent suivre le mouvement de l’épine. Cependant, le cœur est si mobile dans son enveloppe, l'un ou l'autre poumon , le diaphragme même, peuvent si facilement céder , qu'il est rare , malgré de grandes déformations , que les fonctions du cœur soient réellement gênées. Les côtes descendent ; elles emboîtent le cœur.

La main , l'oreille sentent partout et presque immédiatement les battemens de l'organe ; mais, ce n'est nullement là un symptôme de gène. Le passage du sang est libre , il ne sé- Journe pas dans les veines , la tête n’en est Pas surchargée , et son départ des ventricules n’est accompagné d'aucun bruit insolite. I faut d’autres conditions, pour que le cœur soit sérieusement géné.

Les poumons s’accommodent moins bien, en général , de la réduction que toute déformation de l’épine apporte dans la capacité du thorax. Une inclinaison de l’épine réduit l'arc vertical de la poitrine des deux côtés à la fois set, quoique les côtes du côté convexe soient relevées, portées plus horizontalement, et qu'elles doivent iuscrire de la sorte un plus grand cspace, la projection du point convexe de l’épine vers ce même côté, doit Jui faire perdre à peu près autant qu'il a pu gagner. D'ailleurs, quant au côté concave, les côtes descendent ensemble , elles se rap prochent également de l'arc du thorax: la projection intérieure des moyennes est plus grande que celle des extrêmes. Rien ne peut donc leur échapper dans la périphérie du poumon correspondant, lequel ne doit pas

(220) plus trouver de facilité vers le centre de Ia poitrine, où l'épine, par son incurvation , semble former une cloison d’une surface plus étendue. Aussi, en observant la marche des phénomènes, peut-on constater que , si le cœur souffre du passage et de la projection du sang, c’est secondairement et par l'effet

de la gêne et de la compression d'un poumon

ou des deux, qui se prêtent mal alors à la libre injection du ventricule droit. Cependant, il faut un grand degré de déformation pour que les effets soient portés jusque-là : le plus souvent, la seule chose qui résulte des déformations ordinaires , est un peu de fréquence dans la respiration.

Les balancemens latéraux de l'épine paraisent avoir moins d’inconvéniens pour Îles viscères du thorax, que les incurvations antéro-postérieures. Il n'est pas facile de dire pourquoi; car, on voit souvent des effets graves, dangereux, résulter de déformations antéro-postérieures de l'épine , qui ne paraissent pas avoir autant réduit l'étendue du thorax que certaines inflexions latérales. Peut-être que la tension de l’appareil ligamenteux antérieur est extréme dans un état aussi contraire aux dispositions normales, ct

(252 ) que l'irritation se propage facilement alors aux plèvres , au tissu pulmonaire et aux bronches. Il est certain , au moins, que l'on voit communément , et que nous avons vu, pour notre part , beaucoup plus d’affections péripneumoniques , à propos des incurvations antéro-postérieures , qu’à l’occasion de toute autre espèce. Nous avons cité, dans l’observation XIV: , un fait très-remarquable sous ce rapport , et la XVI: en a fourni un autre exemple d'autant plus intéresssant, que l’influence des déformations s'était étendue au cœur aussi bien qu'aux poumons , et que celte circonstance a causé une erreur qui a manqué devenir funeste.

Il n'est pas très-rare que des déformations , quelle qu'en soit l'espèce et même à des degrés médiocres , donnent lieu à de la toux accompagnée de crachats muqueux, visqueux, puüriformes , sanguinolens par intervalles , ou simplement de l'humeur bleuâtre des glandes bronchiques , devenue plus abondante et plus ou moins diffluente. L’exploration de la poitrine donne alors les symptômes de la bronchite , et , de temps en temps , d'un ou plusieurs points peu étendus de pneumonie ou de pleuro-pneumonie à l'état chronique.

(253 ) Dans ces cas, la température est habituellement élevée , surtout au creux des mains; la peau est habituellement sèche et quelquefois humide le matin; le pouls est fréquent, et souvent il survient de la fievre. Ce n'est guère qu'à la suite des accidens de cette sorte, que l'on remarque quelque chose d'insolite dans le cœur, lorsque les fonctions de celui-ci commencent à étre perturbées ; il est assez ordinaire qu'il survienne de l'oppression , de la sibilation, des râles, de la crépitation, ou un ensemble de symptômes asthmatiques, lesquels , s'ils ne sont pas accompagnés alors de fièvre et attribuables à un état pneumonique passager , indiquent une infiltration commençcante du tissu pulmonaire, symptôme de la difficulté de la circulation veineuse dans les poumons. On sent bien qu'un semblable état peut donner une grande facilité au dévelop-

pement des tubercules, pour peu que la

constitution y soit disposée. Il est donc aisé de pressentir combien un semblable état peut favoriser le développement de la phthisie pulmonaire.

Lorsque les périodes d'irritation ou d'inflammation du poumon se sont fréquemment réitérées, ces affections accidentelles s'éten-

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dent au cœur ; elles y opérent des adhérences avec Îe péricarde et du péricarde avec les poumons. Alors, commencement des difficultés sérieuses, la nécessité de grands efforts, l'hypertrophie des ventricules , l'injeclion habituelle de la tête et de la face , des hémorrhagies nasales, des vertiges, des syncopes , et tout le cortége des troubles de la circulation.

Cet enchaînement de phénomènes est si communément observé , qu'il serait de peu d'utilité de rapporter ici des exemples confirmatifs en grand nombre. Nous allons nous contenter d'en noter quelques-uns très-succinctement. } MÉDNES

OBSERVATION XLV. ( PI. XXXIV, KKKVet-XXXVE )

Uxe demoiselle, âgée de 10 ans, née dans un pays montagneux, dans une vallée profonde , douée d’une faible constitution, fut atteinte d'une pleuro-pneumonie des plus graves, qui affecta particulièrement le pouion droit. La jeune personne fut long-temps en grand danger et ne fut sauvée que par l'expectoration d’une abondante collection purulente , qui paraît avoir été formée par une inasse de tubercules fondus à loccasion de

la phlegmasie, et qui ont été heureusement expulsés par une bronche. Pendant deux ans, une expectoration abondante a confirmé ce diagnostic et complété le salut de la malade. À 1% ans, on s’aperçut que l'épaule droite s’élait singalièrement élevée et le côté gauche fort creusé ; cependant , la toux et l'expectoration étaient devenues très-rares. Six mois plus tard , la respiration devint courte ; il survint souvent de la fièvre ; les règles parurent. À 15 ans, la malade nous fut amenée et passa un an de suite sous nos yeux.

Il survenait à tout propos un peu de fièvre , de la toux, un point pleurétique pénétrant plus ou moins dans le tissu pulmonaire et finissant par résolution. Les battemens du cœur étaient étendus, sonores, et donnaient une forte impulsion. Une incurvation à gauche occupait le point correspondant aux quatrième, cinquième, sixieme et septième vertébres dorsales ; au-dessous était un retour insufhisant , quoique tout le reste de la colonne vertébrale y fût engagé. Ce balancement était fixe. Un second avait lieu supérieurement ; mais, il avait conservé sa mobilité,

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