‹ Observations cliniques de la taille et des membres ... accompagnées d'un atlasChapitre 87 sur 107 · OBSERVATION LXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXIII

Daxs le second , il s’agit d’une jeune personne , ayant une déviation très-avancée de la région dorsale de l’épine , laquelle s'était prêtée rapidement à une grande extension par l’action d’un treuil : il en est résulté une paralysie complète du bras droit, correspondant à Ja convexité de la principale déviation de l'épine.

Ces mêmes cas si menaçans, si graves , à les juger par les symptômes dont il s'agit, deviennent très-simples , si l'on cède à la nécessité des premiers momens. Ce n’est pas perdre le temps, comme le croient facilement les malades ou leurs parens , que d'attendre , dans l’emploi des moyens propres à restaurer les forces et renforcer les tissus articulaires, le moment d'agir en toute sûreté sur les difformités elles-mêmes ; quand bien même il ne résulterait aucun des dangers signalés d’une extension intempestive pratiquée sur une épine trop facile à réduire, au moins en maintenant par des mouvemens anormaux un relâchement excessif des ligamens, on rendrait leur restauration impossible. Nous avons dit que le mouvement est un agent puissant de résolution de l'infiliration dont les fibro-cartilages sont pénétrés ; mais , dans le relâchement excessif, les mouvemens, au moins dans le principe , doivent étre renfermés dans de justes bornes.

Les relâchemens extrêmes des articulations spinales avec déformation , ne concernent guère que les incurvations latérales à un seul foyer: ces cas sont les seuls , en effet, où un grand nombre de vertébres puissent

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ètre engagées dans la courbe primitive et

dans les deux balancemens subsidiaires. Mais aussi , si Fon met dans le traitement de ces difformités la circonspection nécessaire , si Jon ne déploie les forces extérieures que dans la proportion de la restauration des tissus allérés, on parvient à des guérisons complètes, solides, et d’une perfection admirable. Le fait suivant en fournit un exemple trèsremarquable,

OBSERVATION LXIV. ( Planch. XXXII et XXXIII. ) # ; #}

Ux jeune homme , peu développé , ayant deux sœurs dont l'épine s’est déformée spontanément , était sujet, durant toute son enfauce, à des ophthalmies et à une phlegmasie des bronches qui duraient tout l'hiver. Dès l'âge de 7 ans , il éprouvait par intervalles et pendant un temps quelquefois assez long , de l'oppression avec sibilation, sans cause connue. Né dans un climat méridional , il fut placé au collége de Vendôme, à l’âge de 15 ans. Ses forces qui n'avaient jamais été que médiocres, y diminuèrent beaucoup. En 1629, âgé alors de 15 ans , il commença l’escrime : ce fut une occasion pour ses camarades de remarquer une saillie déjà grande

de son épaule droite : dès-lors , l'oppression et la sibilation devinrent plus fréquentes et plus prolongées , l'appétit devint nul et les forces se perdirent. Retiré par ses parens, en 1830, il nous fut présenté. Sa taille était de quatre picds cinq pouces ; l'épine présentait dans toute Ja région dorsale une courbe dont le sinus était à gauche et avait plus de trois pouces de profondeur ; la région cervicale présentait un retour insuflisant. Mais, la région lombaire avait contracté une inflexion dont le sinus était à droite et tellement profond , qu'il laissait retomber presque perpendiculairement de ce même côté la partie supérieure du tronc. La respiration et la circulation étaient extrémement génées; le malade avait les allures d’un asthmatique. Lamoindre extension diminuait considérablement cette grande difformité ; celle-ci perdait aisément les derniers progrès qu'elle avait faits, et qui avaient été grands et rapides; mais , il ne résultait aucun soulagement de cette amélioration soudaine.

Il fut soumis au traitement avec la circonspection indiquée par sa condition : d'abord, le repos sur un lit dur et horizontal, puis Ja gymnastique. Ces deux moyens ayant relevé

les forces et l'appétit, on pratiqua un léger degré d'extension : elle fut accrue insensible-

ment et portée enfin au r#naximum , lorsque les muscles eurent acquis un grand développement. Dés le premier moment , l'extension portait la taille de quatre pieds cinq pouces à six pouces sepl lignes. Au bout des vingt premiers jours , elle allait à quatre pieds sept pouces. On segarda bien de maintenir d’abord cet alongement ; mais peu à peu il fut gagné et conservé sans inconvénient. Au bout de 11 mois, Ja taille fut, le matin, au saut du lit , de quatre pieds huit pouces une ligne ; par l'extension, elle était portée à quatre pieds huit pouces dix lignes. Les difformités furent presque entièrement effacées ; les muscles acquirent un beau développement ; le malade guérit complétement.

— Les déviations latérales à un seul foyer ne présentent pas toujours l'excès de relâchement que nous venons d'exposer , ni les excès d'inflexion qui favorisent la restauration ; lorsque , d’ailleurs , elles ne sont pas très-anciennes. Elles opposent quelquefois , au contraire , une résistance qui vient de l'atrophie plus ou moins grande des fibro-cartilages, ou

(1372 ) bien d’un commencement d'ossification dans les couchés fibreuses qui enveloppent le corps des vertèbres, ou bien encore d'une intumescence plus intime , et qui, par cela même , donne aux tissus malades une bien plus grande densité. Cet état de choses rend Îa restauration des formes bien plus difficile et le traitement plus délicat.

Lorsque, par les soins préliminaires; on a assuré le rétablissement des forces, que les muscles sont devenus agiles et puissans , que la gymnastique est devenue une ressource assurée, lon peut commencer sans inconvénient de donner aux forces mécaniques une valeur considérable. L'extension peut étre élevée jusqu’à de grandes sommes exprimées en poids par le moyen de ressorts jaugés et que l’on a le soin de vérifier de temps en temps. On peut au besoin ajouter à l'extension parallèle à l'axe du corps, des tirages latéraux établis avec les conditions que nous avons indiquées dans son lieu. Deux soins nous ont paru d’une assez grande importance sur ce point, pour mériter de n'être pas négligés. Le premier consiste à w'adapter des ressorts qu'à l'extension principale ; il s'ensuit que les tirages latéraux sont des efforts

de plus à ajouter à l'extension , et que l’un et l'autre sont exprimés en somme totale par la réduction des ressorts de la tête et despieds , ce qui donne un moyen facile et simple de vérification. Le second soin consiste à connaître le poids total du corps , et à fixer une proportion de ce même poids pour la somme totale de l'extension ét des tirages latéraux; puisque, * en l'état des choses, la densité des ligamens suffit pour que l’épine porte une partie du fardeau total , on est assuré de se renfermer dans la limite de la puissance de ces mêmes | ligamens, en réduisant les efforts extérieurs qu'on leur applique, à une fraction du poids qu'ils suffisent à porter. Ainsi, en commencant, un vingtième, un dixième de la valeur totale du poids du corps est le point de départ des extensions ; mais, dans la suite , lorsque , dans les exercices de la gymnastique, Je corps entier peut être soutenu par la force des mains ; on ne court aucun danger en élevant la somme jusqu’à la moitié et même Jes deux tiers , au besoin, du poids total: la corroboration des tissus fibreux et musculaire , manifestée par la puissance de ce dernier , permet d'élever ainsi la valeur des forces extérieures qui leur sont appliquées.

Des forces élevées progressivement peuvent produire une pression mutuelle des surfaces osseuses qui s’en trouvent inclinées en sens contraire à celui de la difformité et faire disparaître par là l'infiltration , l’engorgement dense des fibro-cartilages ; ou bien alonger lentement les ligamens atrophiés et permettre aux vertèbres des rapports plus naturels ; ou bien encore , appliquer aux productions ostéides en voie de formation au pourtour des articulations vertébrales, un effort d’alongement qui leur donne une plus grande étendue, et leur fait assujettir Jes vertèbres dans une position droite ou du moins plus rapprochée de la naturelle.

On sent bien que, pour l'un de ces résultats, quel qu'il soit , il faut du temps:

on ne peut élever des forces, les porter au point nécessaire , qu'à la faveur de tâtonnemens prudens et d'une observation attentive.

Car, si l’on peut , en constatant l'innocuité de degrés inférieurs être encouragés à passer à des degrés plus élevés, il n'en faut pas moins être prêts à reculer aussitôt que le moindre symptôme vient inspirer des doutes sur l'opportunité des forces employées.

Ainsi, dans le cas de l’observ. XXXVIIL*,

la résistance opposée par des difformités qui cédaient jusque-là , leur accroissement marqué sous l’action des mêmes moyens qui en triomphaientauparavant , de manière à promettre une guérison complète et rapide , la manifestation de symptômes insolites et que rien n'expliquait , annonçaient quelque circonstance inconnue. Dès-lors, la suspension du traitement et la nécessité de recherches attentives étaient indiquées. La masturbation fut constatée , et de nouveaux progrès ne furent obtenus que lorsque l'habitude vicieuse fut vaincue. Quel bien aurait pu procurer la continuation des extensions, pendant que la persévérance de la cause reproduisait sans cesse l'engorgement des fibro-cartilages que la pression mutuelle des vertèbres tendait à détruire ? Il n'aurait pu en résulter qu’un alongement outre-mesure des ligamens , des tiraillemens dangereux de la moelle-épinière, l'accroissement des difformités par le traitement lui-même, aussi bien que par l'action de la cause. Lorsque cette dernière a été écartée, ce même traitement infructucux jusque-là est devenu utile, et la malade a recouvré la restauration complète de ses formes naturelles.

L'extension de la gangue cartilagineuse

(376 ) des ostéides ne peut étre obtenue que par quelques violences ; il peut s'y passer de véritables ruptures. Ces dernières peuvent étre innocentes jusqu'à un certain point, si l'on laisse à la substance imparfaite qui vient de se laisser entamer , le temps de réparer léraillement qu’elle a subi; mais si, au contraire, l'extension est poursuivie alors, on peut exciter une vive inflammation, la formation d’un abcès profond , les désordres les plus graves. Heureusement que des sensations douloureuses , même assez vives , ne manquent jamais d’avertir du danger et de la nécessité de s'arrêter: en prenant ces mêmes sensations pour règle , on peut donc avoir la certitude de trouver un guide sûr, et de suspendre à propos des mouvemens utiles, au point où elles deviendraient excessives.

Le danger même de la compression des perfs spinaux dans les trous conjugués par le reflux des fibro-cartilages pressés entre deux vertèbres, peut être évité et avec lui la paralysie qui en est la conséquence : celte compression esl toujours progressive , au moins quand l'extension de l'épine est élastique. Ainsi, avant que l’innervation en soit rendue impossible , elle y est d'abord génée ;

et, si l'on est attentif, on peut être averti par

des fourmillemens, un engourdissement passager , des douleurs même qui ne durent que le temps de l'extension ou les premiers momens seulement. Quelque peu marqués que soient ces phénomènes , ils méritent la plus grande considération; et, si l’on en fait le cas qu'ils méritent, que l’on suspende les efforts qui les avaient amenés, que l’on constate leurs rapports avec ces cfforis même, au bout de peu de temps on voit l'engorgement des fibro-cartilages diminuer, et avec lui le danger de la compression des nerfs spinaux , pourvu qu’on soit en voie d'amélioration. Ce n’est donc point Jà un obstacle insurmontable ; c’est une difficulté temporaire que l’on voit disparaître , en s’arrétant à propos. Mais, si la difliculté devait être insurmontable , il serait encore heureux d'en être averti par des sensations qui ne peuvent pas tromper : en effet, elles se reproduisent alors, toutes les fois que l’on reprend le traitement , et l’on est averti par là de la nécessité d'y renoncer.

OBSERVATION LXV. (Planches XIX et XX.)

Uxe demoiselle , âgée de 18 ans , nous fut confiée pour tâcher d'améliorer son sort.

Elle portait , depuis l’âge de 12 ans, des inflexions latérales de l'épine, qui, dans le cours de la dernière année, avaient fait d’énormes progrès. Ce dernier accroissement pouvait être combattu ; mais la déformation précédente ne pouvait nullement être changée.

Il fallait même apporter la plus grande circonspection dans les manœuvres auxquelles on se livrerait , parce que la santé était depuis long-temps profondément altérée , et qu il était impossible que les changemens nécessaires pour une restauration aussi élendue , fussent beaucoup moins pénibles que ne l'avaient été ceux de la déformation même. Le repos et le décubitus horizontal furent d'abord les seuls moyens employés. La gymnaslique fut essayée ensuite. Les forces augmentèrent ; l'appétit se déclara ; les règles supprimées depuis deux ans, reparurent au bout de deux mois de cette nouvelle vie ; la peau se colora. Un aussi grand changement inspira de la confiance : l'extension fut pra-

tiquée ; l'épine céda beaucoup ; elle aurait cédé bien davantage , si on l’eût voulu. Malgré la réserve que l’on y mit, il survint de l'engourdissement au bras droit, qui correspondait à la convexité de la courbure principale de l'épine : ce phénomène n'était pas permanent , mais il se renouvelait chaque fois que l'extension du corps était reprise.

On suspendit, et l’on se renferma dans la seule gymnastique pendant six semaines. Le retour de la santé fit de nouveaux progrès:

et lorsque l’on crut pouvoir reprendre l’extension, elle le fut sans le moindre inconvénient : l'engourdissement du bras ne reparut pas ; l'extension a pu être portée fort loin ; elle a pu être secondée par des tirages latéraux; ces inflexions de l’épine ont pu en être cifacées presque complétement, et une grande partie des redressemens opérés se conserver.

La restauration a été bien plus grande qu'on n'aurait osé l’espérer.

— Nous avons cité dans l'observation IX, un exemple d'altération profonde , probablement de disposition accidentelle qui exposait les nerfs diaphragmatiques à être distendus avec les redressemens de l’épine, au point de

produire des paralysies momentanées, mais très-dangereuses du diaphragme , par la suspension de la respiration qui en était la conséquence. Il est clair que, dans des cas de cette espèce, les procédés mécaniques sont inutiles et dangereux. |

Le sujet de l'observation XLV.° à présenté une autre remarque également intéressante et qui doit rentrer dans les mêmes considérations. Les incurvations de l’épine étaient Jatérales et à un seul foyer ; mais elles étätent extrémement prononcées. Cependant l'extension’, quoique pratiquée avee une grande réserve, portait le redressement extrêmement Join ; mais , pendant long-temps, une grande partie de: l'affaissement se reproduisant au moment où la malade quittait son hit, il v avait quelques minutes d'oppression extrême et qui exigeaient des soins et de l'attention.

£orsque, par la suspension momentanée sous le portique gradué , ou mieux , par l'épreuve du decubitus horizontal pendant une nuit entière, il n’a pas élé gagné une quantité notäble sur la hauteur totale du corps , quelle que soit la date d’une inflexion latérale de l’épine et le degré auquel elle est parvenue, il se présume fortement qu'une

(381) vssification complète a confondu les vertèbres déviées , et que toute entreprise est iuutile. Dans les cas aussi où les premiers degrés de la déformation de l'épine ont été longtemps douloureux, que les déformations sont devenues extrêmes , surtout lorsque, dans l'étendue d'une longue courbe spinale, on distingue une apophyse spineuse ou plusieurs saillantes et formant un angle d'un côté à l'autre , ou d'avant en arrière, avec les précédentes ou les suivantes, on peut regarder, comme fort probable, qu'une ou plusieurs vertèbres ont éprouvé dans leurs corps l’affaissement perpendiculaire et lozangcïde qui en change totalement les rapports et qui est au-dessus des ressources de l'art. Cette remarque est intéressanie, afin de s'abstenir à propos.

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