OBSERVATION LXVI
UxE demoiselle , née dans une famille trèsnombreuse , ayant quelques parens défornés, fille d'un père et d’une mère trèslymphatiques, éprouva d’abord une suspension de développement , accompagnée d’accidens convulsifs que rien n’expliquait. Elle vomissait souvent, et l'estomac ne présentait
aucun symptôme de phlegmasie: des coliques fréquentes , de l'oppression n'étaient pas mieux expliquées par l’état des organes.
Enfin, à l’âge de 10 ans, l'épine présenta une incurvation sensible dans la région interscapulaire. Lorsque nous la vimes, quoique l'affaissement fût considérable, l’'épine pouvait recouvrer facilement ses formes. On hésita à prendre le parti convenable: un an fut employé au decubilus , seulement sur un plan horizontal et dur. Il survint alors des douleurs dans le point central du foyer de la déformation ; elle s’accrut notablement , et l'apophyse épineuse des deux vertèbres dorsoles forma une proéminence et tout à la fois un angle latéral avec celles des autres vertèbres. Nous augurâmes mal de cet incident , et dans un nouvel examen nous trouvâmes les incurvations inébranlables. Dèslors nous renonçâmes à toute entreprise et déclarâmes la malade incurable.
Peu de temps a sufli pour amener un changement capable de rendre impuissans les secours de l’art dans le cas que nous veuons de raconter. Dans celui qui va suivre, on verra, au contraire, la possibilité de la
guérison se conserver long-temps, malgré quelques probabilités contraires.
OBSERVATION LXVII. ( Planche LI bis. )
Le développement du corps fut également suspendu par les commencemens de la déformation , dans la jeune personne dont il s'agit en ce moment. Elle demeura petite ; mais elle devint fort volumineuse, en méme temps que l'épine contractait deux inflexions en sens inverse, dont une lombaire très-prononcée. Cependant , elle fut livrée à eilemême pendant trois ans, pendant lesquels la difformité s’accrut, mais sans douleurs ï du moins bien vives. Lorsque nous la vimes, l'épine présentait peu de flexibilité , aucune pièce n'avait de mobilité particulière ; mais : linclinaison des apophyses épineuses était égale et régulière ; aucune n'était angulaire ni Saillante. Nous crûmes pouvoir promettre le succès. En effet, le decubitus d'abord, ensuite la gymnastique, enfin les extensions et la nage ont tellement changé l’état des choses , dans les trois premiers mois , que le succés le plus complet est assuré.
— On voit que, dans ce cas et malgré
Cubes Ti Li: 13! PNR M SES © y EN)
quelques apparences défavorables , toutes fes
piéces étaient encore libres ; aucune n'étant déformée, et l'expérience a répondu à ce qui avait pu être annoncé.
Les inflexions de l'épine latérales ou antéropostérieures ayant plusieurs foyers d'affection essentielle des fibro-cartilages inter-vertébraux , ont peu de chose à espérer des moyens de l'art, au moins dans l'intention d’une guérison complète. On peut aisément arrêter le cours de ces déformations ; mais rarement parvient-on à effacer celles qui sont déjà consommées. D'ou vient cette différence ? Serait-ce que la maladie, bornée d'abord dans un seul point, y dégrade rapidement les formes des corps des vertèbres ; ou bien, de petites courbes multipliées ontelles plus de peine que de plus grandes à être redressées par uue tension parallèle à l'arc; ou bien:, l'extension -obtient-elle plus facilement alors l'alongement de l'épine que le redressement de ses courbes? Quoiqu'il en soit , il est certain que la tension parallele à l'axe du corps est à peu près inutile; que les pressions latérales devraient être faites sur tant de points isolés ct sur chacun d'eux avec tant d'exactitude , qu'il est vraiment impos-
Sible de ne pas en craindre plus d'inconvé-
niens qu'on ne pourrait s’en promettre d'avantage. La gymnastique dissipe bien l'infiltration et redresse ainsi considérablement J'épine; Mais , passé un certain temps , il n'y a plus rien à espérer. Néanmoins , les sujets soumis au traitement , tel que nous l'employons , en éprouvent toute l'influence. Leurs forces en sont réparées , le volume des muscles augmenté. C'est ainsi, sans doute , que la marche de la maladie est enrayée , qu’elle est méme effacée en partie ; mais , l'on promet- , Si l’on espérait effacer complétement méme des difformités médiocres. C'est celle espèce sans doute , et sa marche ordinaire qui ont fait
trait plus que l’on ne peut tenir
taut d'incrédules dans le monde. Nous pourrions citer ici un grand nombre d'exemples en preuve de ce que nous venons d'ävancer :
Ja chose serait superflue, La démonstration est dans les mains de tout le monde. Que les praliciens exarminent avec attention la nature des faits qui leur résistent ; ils vérifieront aisément qu'ils présentent, au moins Ja plupart, des inflexions nombreuses et peu étendues : que les efforts de l'art ne sont pas nuls dans les cas de cette espèce, que l’on par-
vient bien à fortifier la constitution , à raffermir la santé, à borner même les progrès des difformités ; mais qu'il est bien rare que l'on parvienne à les effacer complétement, que
quelquefois même on n'y peut rien changer.
S. IIT. Traitement des incurvations de l’épine et des déformations des membres causées par le rhumatisme.
Tanr que le rhumatisme persiste , on ne peut presque rien opposer aux déformations qu'il opère. Les douleurs et la phlogose qui les accompagne, exigent impérieusement que l'on abandonne les parties aux inflexions que l'état de souffrance détermine. Tout effort contraire ne peut manquer d'aggraver l'état actuel. Le traitement du rhumatisme luiméme est la seule chose dont on puisse s occuper alors. La maladie terminée, on peut prendre en considération les déformations qu'elle a entrainées.
Une condition fort importante pour entreprendre ces restaurations avec espérance de succès, est de changer le malade de climat :
ce besoin découle naturellement de celui de
voir cesser la maladie pour pouvoir combat-
ire ses effets. Aussi, la plupart des exemples de succès qui ont été publiés, concernentils des rhumatiques qui avaient subi de grands déplacemens. Le docteur Ward , par exemple , a publié des faits remarquables de succès obtenu sur des officiers anglais qui servaient dans l'Inde , et qui sont venus cher= cher leur guérison en Europe. |
On peut employer , sans doute , au traitement des difformités qui résultent du rhumatisme les moyens ordinaires de résolution ; comme les divers linimens émolliens , OU sédatifs, ou résolutifs ; l’action des cantharides, celle de l'ammoniaque ; les ,topiques alcalins, savonneux ; les vapeurs de toute sorte ; l'action du calorique seul ; les eaux hydrosulfurées chaudes , les eaux salines ; intérieurement , les médications empiriques, comme les purgatifs drastiques , les diurétiques actifs , etc. , etc. Mais, rien ne peut déployer une puissance égale à celle des procédés mécaniques , soit par des agens extérieurs , SOiE par l’action des muscles.
Les suites des affections rhumatiques sont toutes des contractures musculaires ou ligamenteuses. La phlegmasie mal terminée a laissé partout de l'engorgement avec rappro=
(388) chement excessif et fixe des extrémités des Organes intéressés. Le mouvement est assurément ce qui peut être le plus opposé à la tendance au repos qui résulte de l'état des choses. Que la circulation recouvre son activité, que le travail de l'échange continu des molécules se rétablisse , et le libre jeu des organes va renaître. On sait depuis long-temps , que lun des meilleurs moyens de rétablir la liberté des articulations roidies par l'inflammation, même de cause extérieure , les suttes d’une luxation, d'une entorse, est d'imprimer au membre , de vive force , mais par degrés , les mouvemens qui étaient devenus impossibles. Cet alongement forcé des ligamens et des muscles qui ont partagé les conséquences de l'inflammation, semble changer leur existence et rétablir incessamment Île mode de celle qui leur est propre : la liberté et le mouvement. On sait aussi que les malades qui ont le courage de se livrer à des mouvemens qui paraissaient interdits à leurs membres, à la suite des fractures, par exemple , sont ceux qui font les plus rapides progrès dans le retour de ces mêmes mouvemens.
Les motions extérieures el les contrac-
sions musculaires peuvent donc être consi-
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( 589 ) dérées comme deux puissans agens de résolution , notamment des engorgemens et dela
contracture qui succèdent au rhumatisme.
Nous avons dit que, dans son action sur l'épine, le rhumatisme peut produire trois effets distincts : 1.° Ja courbure prolongée et antérieure de toute la colonne vertébrale ; 2.° l'inclinaison de l’épine sur un côté ; 3. la rotation et l'inclinaison latérales combinées. Ces deux derniers effets ne sont guère praticables qu'aux régions lombaire et cervicale ; ils sont même bien plus communs dans cette dernicre. Mais il est rare que l'épine ,-dans son ensemble ou dans la plus grande partie de sa longueur , soit contracturée par le rhumatisme, sans que le même principe ait agi en même temps sur les articulations des membres et sur leurs muscles : aussi, la plupart des exemples connus de la contracture rhumatique de l’épine ont-ils présenté en méme temps la contracture des grandes articulations; c'est donc, en général, à cet ensemble d'affections que l’on a affaire. Les malades sont ordinairement contraints de garder la position assis, comme celle dans laquelle la totalité des articulations et les muscles ont obtenu le plus facilement la flexion et le re-
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(390 ) lâchement. L’attitude debout et celle couché sont impossibles.
Partir de ce point pour rétablir tous Îles mouvemens, c'est se proposer le plus diflicile de tous les problèmes : cependant , avec de la patience, et ordinairement les malades n’en manquent pas , on peut trouver une SO- Jution heureuse. Les mains d'un aide peuvent imprimer tour à tour aux divers membres les mouvemens qui sont encore possibles et en agrandir incessamment le cercle ; mais le succès , en pareil cas, dépend essentiellement de la durée des mouvemens : s'ils pouvaient être continus , ils seraient infiniment plus efficaces ; les seules bornes sont dans la douleur qui les accompagne , ct l'expérience démontre que Ja douleur elle-même se dissipe sous le charme du mouvement.
Les intermittences de repos nuisent plus qu'elles ne sont favorables à l'extinction des douleurs qui proviennent des mouvemens , à moins que ceux-ci ne provoquent une véritable phlegmasie. Îl est indubitable pour nous, d’après les essais que nous en avons faits, que des motions continues confiées à uve force mécanique extérieure, peuvent
avancer singulierement le travail du reiàche-
ment des parties privées de leur liberté par le rhumatisme ou par toute autre cause de phlogose. Une mécanique douce, graduée, lente dans son aclion, mais continue, peut donner aux membres et même au tronc des impulsions tendant à rétablir Ja liberté des mouvemens.