OBSERVATION LXIX
Baupriërp (1) raconte l’histoire d’une fille, âgée de 19 ans, qui, ayant supprimé par des injections d'alun une gonorrhée récente, éprouva les symptômes de la myélite la plus aiguë , avec déformation symptomatique de l'épine et du thorax. Un traitement antiphlogistique des plus énergiques sauva cette mal-
(1) Ouvw. cit. ; pag. 367.
heureuse fille, et la préserva tout à la fois des infirmités qui auraient été son partage , si
elle eût conservé les déformations qui résultèrent d’abord de son accident (1). On trouve dans le même auteur des cas d’une issue moins heureuse, qui démontrent combien il importe d'agir d'abord avec une grande
énergie.
__ Quant aux suites éloignées des accidens de cette espèce , elles appartiennent au genre des contractures et doivent être traitées de la même manière ; c'est-à-dire , par les topiques stimulans ou toniques , par les mouvemens communiqués el par la gymnastique ; mais la source du vice est différente. Ce sont les nerfs et non pas les vaisseaux capillaires seulement : il s’agit d'impuissance, de rela-
tions affaiblies avec les centres nerveux, et
(1) Personne ne sera tenté de chercher dans ce fait, rien de relatif à la spécificité de la phlegmasie qui fut l'origine de ce grave accident: dans l’état actuel de la science , on ne peut voir là que l’extension sympathique d’une inflammation accompagnée d'un flux humoral et brusquement supprimée Rien ne porte à croire jusqu'ici que la syphilis influe d’une manière quelconque sur les déformations de l'epine.
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nofñ pas seulement de torpeur dans les fonctions, d'imperfection dans la nutrition des organes. Aussi le succès est-il toujours trèsimparfait et quelquefois entièrement nul. Ce résultat ordinaire n’est pas le seul inconvénient des méthodes de traitement que lon puisse employer ; les efforts infructueux que l'on exerce sur les nerfs et les muscles aboutissent souvent , en pareil cas , à l’accroissement de l'impuissance des organes intéressés. Cette observation importante est de nature à inspirer une certaine réserve dans les efforts que l’on peut tenter en pareil cas, pour rétablir l'utilité des membres ou les formes naturelles du corps. Nous croyons qu'il faut prendre en grande considération alors l’état de l'intelligence et la température des membres malades ; que si les facultés intellectuelles ne sont pas entièrement libres et si les membres roides sont en même temps notablement froids, il faut s'abstenir de toute tentalive , ou du moins n’y pas insister : car alors il est probable que la lésion cérébrospinale est grave , et qu’on risquerait de l'accroître par des médications intempestives inutiles et qui ne sont pas assez exemptes de viplence,
- Nous n'aurions pas complété cet article , si nous n y Joignions quelques mots touchant les contractures articulaires qui succèdent aux lésions organiques. Si ces dernières sont guéries , elles peuvent avoir déterminé un tel raccourcissement des ligamens que les mouvemens en soient impossibles ou très-obscurs, ou bien des adhérences intérieures entre ses surfaces articulaires qui aboutissent au même résultat. On a trop inspiré de respect pour ces adhérences appelées fausses-ankyloses , etque l'on a regardées presque comme l'unique voie de guérison. Des observations authentiques démontrent suffisamment aujourd'hui , que l’on peut ,’avec de la prudence, travailler à rétablir la liberté de ces articulations et y réussir. [l va sans dire que le mouvement des impulsions extérieures et la gymnastique peuvent seuls en venir à bout. Il est bien entendu aussi, que des douleurs qui subsisteraient après la séance des mouvemens communiqués ou de gymnastique, devraient faire abandonner l'entreprise ; car, faut bien se garder de risquer de renouveler l'inflammation et avec elle lalésion organique déjà términée : et ce symptôme est un indice assez sûr et que l'on peut prendre pour règle.
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S. Y. Traitement des difformités de l’épine et des membres produites par le rachitisme.
Nous avons déjà démontré , en traitant du rachitisme comme cause de difformités et de son mode d'influence sur les os et sur tous les systèmes , qu’il n’est guère possible d’employer des moyens mécaniques à la restitution des formes normales.
Pendant la durée de la maladie , le repos et le decubilus constant peuvent sauver quelques-unes des déformations , surtout de l'épine , du thorax et du bassin. Cet avantage en vaudrait bien la peine, s’il devait être entier ; mais, d’un côté , il s'en faut de beaucoup que l'on puisse espérer d'éviter, en effet, la totalité des déformations. Il n’est que trop vrai que le bassin et les côtes sont ordinairement les points les plus altérés par le seul poids des membres inférieurs et supérieurs. D'un autre côté , la débilitation souvent irrémédiable qui en résulte, doit faire réduire à l'indispensable nécessité la durée de la cessation totale des mouvemens.
La maladie étant entièrement terminée , peut-on espérer de réparer quelques-unes des déformations qui en sont résultées ?
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Celles qui ont licu dans les membres dépendent toujours d'une incurvation dans les os , et l'impossibilité d'agir sur eux est, nous croyons, une vérité bien établie. On ne peut pas se méprendre à cet égard , par exemple, à propos de la déviation externe des jambes : ce phénomène dépend le plus souvent du relâchement de l'articulation du genou , et alors le succès est facile et sûr. Mais, si les os euxmêmes ont subi une incurvation, les efforts de l’art sont inutiles : si ces os sont encore mous , Jl’'on ne peut manquer de renouveler ou d’aggraver la maladie essentielle et ses conséquences ; enfin , si les os ont recouvré leur solidité, alors tous les efforts sont vains. |
L'épine est rarement atteinte gravement par le rachitisme ; mais, lorsqu'elle l'est , ïl est presque impossible que la forme des os eux-mêmes ne soit pas altérée. Pour cette méine raison , la puissance de l'art est bornée et ne peut guère être appliquée au traitement de ces difformités.
La gymnastique peut être appliquée avec quelque avantage au rétablissement de la ca-
pacité naturelle du thorax. Cette cavité peut être réduite de deux manières bien différentes.
( 405 ) indépendamment des inflexions de la colonne vertébrale , les côtes peuvent être déprimées par une véritable inflexion rentrante, opérée par la pression des bras sur leur convexité latérale. Leurs articulations peuvent être singulièrement relâchées et les os déprimés par une rotation qui les maintient abaissés. Dans les cas de la dernière espèce, l’action des muscles pectoraux, grand dentelé et grand dorsal, peut , en soutenant le poids du corps suspendu par les bras, ramener les côtes à leur situation naturelle et raffermir les articulations en même temps que les os sont replacés. Dans les cas de la première espèce, on peut moins espérer sans doute : cependant, les côtes ont peu de volume , et l'application constante ou fréquente d'efforts musculaires capables de les rappeler fortement en haut et en dehors, peut enfin changer quelque chose à leurs formes viciées.
Dans tous les cas et quelles que soient les conséquences du rachitisme , il laisse au moins, dans sa convalescence, une débilité profonde de tous les organes, plus sensible dans les muscles à cause de la nature de leurs fonctions, et qu'il est important de réparer, Nous ne nous serions pas arrêtés à cette
circonstance, qui peut, en effet, paraître étrangère à notre sujet , si.nous n'avions pas constaté que la gymnastique est un des plus puissans moyens de rétablir les forces et d’activer la nutrition. L'usage des substances alimenlaires ou médicamenteuses azotées, est bien indiqué sans doute; mais , pour prospérer, leurs principes ont besoin d'être assimilés : et si le concours des organes et de leurs forces n’est pas assuré , l'assimilation n'a point lieu , et les agens le plus judicieusement choisis deviennent des corps étrangers.
La gymnastique ne procède ainsi , qu'en provoquant l’action des muscles , et par des artifices qui ne permettent à aucun de demeurer oisif: elle établit d'abord la nécessité de combinaisons chimiques , celles qui président à la contraction, lesquelles ne peuvent mauquer d'en entraîner d’autres qui en sont la conséquence nécessaire. C'est ainsi que l'on peut comprendre comment , du moment que la possibilité de certains mouvemesns, de certains efforts est établie, l'appétit s’accroît et avec lui le besoin impérieux de prendre des alimens succulens et la possibilité de les digérer.
Les contractures des muscles , phénomène
douloureux qui accompagne si fidèlement la déformation des os par le rachitisme, qui accomplit cette même déformation et qui la rend si cruelle , est heureusement un symptôme sympathique qui ne survit pas à la ma- Jadie de l'organe médullaire qui amène le ramollissement. La nutrition des os étant rétablie , la contracture convulsive des muscles disparaît , il n'en reste pas de trace , et l’art n'a point à la combattre.
S. VE Traitement des difformités du tronc causées par des cicatrices de l’intérieur de la poitrine, ou par {a briéveté d’un membre inférieur.
AUTANT il est démontré aujourd'hui que toute cicatrice amène un raccourcissement du tissu qui la forme , autant il est prouvé aussi que ce même tissu est inextensible. Il s’ensuit que lorsqu'un foyer d’inflammation grave sest établi entre les deux feuillets d’une plévre, dans le tissu pulmonaire , de manière à donner lieu définitivement à l’organisation spéciale qui constitue les cicatrices, il doit y avoir nécessairement et définitivement déformation extérieure , soit aux côtes , soit au sternum , soit à l'épine. Ces déformations ne
( 408 ) - Sont pas du domaine de l'art, comme nous À l'avons établi ci-dessus ; mais , le déverse-
ment qu'elles imposent à l'épine , lorsque celle-ci y est intéressée , en entraîne d’autres seulement pour les besoins de l'équilibre :
or , ce sont ces conséquences qu'il importe de surveiller et de borner. Il s'ensuit nécessairement un relâchement des articulations , entre les vertèbres qui ont cédé et fornré par là les incurvations subsidiaires : c’est une occasion très-favorable pour l’accomplissement de l'affection essentielle des fibro-cartilages inter-vertébraux ; et l’on peut voir ainsi des inflexions d’abord légères et proportionnécs au besoin , dépasser plus ou moins cette proportion et constituer à leur tour des déformations essentielles. Les ressources de Ja médecine peuvent , sans doute, être invo-
quées dans la vue d'arrêter les déformations essentielles , et de corriger les conditions vicieuses de la constitution qui exposent à un semblable danger. Mais , un moyen mécanique fort simple peut apporter un secours important, et mérite de n'être pas négligé.
Nous avons déjà dit que l’un des membres inférieurs peut être trop court; ce défaut , en opérant un déversement de l’épine, en né-
cessite d’autres et peut transformer ces derniers en vices essentiels ; et que l'unique moyen par lequel on puisse prévenir un semblable accident est l’interposition d’une lame de liége d’une hauteur convenable entre le talon et la chaussure. Ce même moyen peut être employé dans le cas d'empyème guéri de caverne pulmonaire oblitérée avec déformation sensible de l'épine. Si on alonge artificiel lement la longueur d'un membre pelvien , si Jon exhausse par cela même la portée de un des côtés du bassin , celui du sinus que l’épine a formé par l'accident, on peut arriver jusqu'au point de rendre inutile la courbure de balancement. On peut donc éviter ainsi l’alongement forcé des ligamens des articulations vertébrales au-dessus et au-dessous de l'inflexion primitive, et l’occasion la plus favorable de toutes de l’accomplissement des déformations secondaires.
S. VIT. Traitement des déformations anguteuses de l’épine.
Les secours mécaniques sont indispensables au traitement d’une maladie de l’épine qui en a détruit la continuité; mais, dans les
(410 ) cas de cette espèce , c'est.le repos le plus complet qu'il faut s’efforcer de procurer aux fragmens osseux que la maladie a séparés; circonstance malheureuse , et qui fait qu'il ne peut y avoir de guérison que pour ceux qui sont assez fortement constitués pour résister à une épreuve aussi destructive des forces dans tous les appareils d'organes. C’est assez faire pressentir combien sont graves les conséquences d'une maladie pareille.
Des difficultés immenses d'exécution ajoutent encore à celles qui découlent de la ma- Jadie elle-même. Car , quels moyens peuvent promettre assez de solidité pour fixer les deux moitiés du corps au milieu de toutes les
occasions inévitables du mouvement, lorsque
l'expérience démontre l'impossibilité absolue du repos entre les fragmens des fractures du fémur ? Eh ! cependant, après l'accomplissement d'une véritable section dans l’épine par Ja formation et la déliquescence des masses tuberculeuses, le moindre mouvement doit amener des frottemens destructifs entre les.
surfaces osseuses. | Que l'on se fasse l'idée du fardeau porté par une épine divisée en deux parties dans un point de Ja longueur des lombes ou seule-
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ment du dos, des balancemens inévitables du corps en mouvement , des efforts infiniment fréquens que la tête et les bras exercent nécessairement sur la portion supérieure , et l'on concevra combien il est aisé que la destruction Ja plus étendue s'y consomme même assez rapidement. Si quelque chose doit.paraître étrange dans un semblable état , c’est qu'il n'arrive pas plus souvent des désordres graves , des compressions, des déchirures soudaines de la moelle-épinière et de ses nerfs. La chose peut se concevoir par le grand nombre et la solidité des faisceaux fibreux qui enveloppent les surfaces libres du corps des vertébres , et dont l'épaisseur est accrue par le travail morbide qui s’accomplit au milieu d'eux. Si l'inflammation qui ne manque jamais de surgir dans le cours de la lésion organique était aiguë , ou bien si elle s’étendait à la fois sur tout le pourtour de la maladie , cette enceinte ligamenteuse y perdrait sa densité partout à Ja fois , et il y aurait un moment , dans ces maladies , où le moindre mouvement menacerait de tout rompre: un grand nombre de malades périraient soudainement à celte époque. Or, la chosen’est pas sans exemple. Nous en avons cité un dans
le cours de ce travail : mais elle est remarquablement rare. Cette observation est fondée sur ce que la déliquescence des tubercules :st progressive ; qu'elle n’atteint que successivement tous les points de la véritable enceinte fibreuse dans laquelle ce travail s’accomplit ; et que chaque point atteint a le temps de recouvrer sa solidité, d’en acquérir même une plus grande, avant que d’autres soient entamés. Les ostéides qui servent à raflermir une épine en cet état, lorsque la maladie guérit, naissent , On le sait bien , en l'état de lame cartilagincuse sous les couches fibreuses dont il s’agit.
Ce dernier travail et la solidité qu'il acquiert lorsque de grandes perturbations n’en entravent pas la marche , est ce qui rend explicable la guérison d’une maladie aussi grave, non-seulement pendant l'action de soins toujours fort imparfaits ; mais même au milieu de l’incurie la plus complète. Des enfans que l’on porte sur les bras, dans une attitude tordue, gênante, qu’on remue brusquement sans la moindre précaution , que Yon soulève par les aisselles ou que l'on tire par les bras ; des hommes adultes qui marchent, qui portent des fardeaux, des pOs=
tions qui fournissent leur course : des malheureux déjà frappés de paraplégie qui se traînent sur des béquilles, subsistent, se livrent à de grands efforts, ne meurent pas soudainement , jouissent même d’une santé passable , étonnante ; tandis que la saillie de deux ou trois apophyses épineuses , leur mobilité , la crépitation qui accompagne la plupart des mouvemens , attestent évidemment que les corps de deux ou trois vertèbres sont détruits , que les restes frottent à nu réciproquement el s’usent incessamment ! Beaucoup de sujets guérissent même dans des conditions aussi défavorables. Il y aurait de quoi confondre , Si l'observation anatomique n'avait constaté ce travail réparateur.
Cependant , compter sur son secours au point de négliger les ressources conseillées par la sagesse et l'expérience, serait bien imprudent. Si ce travail a pu rendre d'aussi grands services, même dans l'attitude debout et sans cesser de vaquer à tous les besoins de la vie, il a souvent été interrompu , détruit par les efforts du corps debout , etc. Il n’est pas douteux que les grands abcès froids qui se forment au sein de ces lésions et qui les rendent le plus souvent mortelles, ne soient
fréquemment déterminées par les violences attachées à la liberté des mouvemens , tandis que l’épine est véritablement rompue. Il est arrivé souvent, en effet, que des soins méthodiques ont arrêlé la maladie au point de la saillie d'une ou deux apophyses épineuses, el qu'il n'y a pas eu d'abcés froid , que les restes des vertèbres se sont raffermis , enfin que la guérison a été complète, sans aucune élimination sensible des produits.
On peut donc se promettre de grands résultats de l'application empressée et assidue des moyens propres à ménager les conditions es plus convenables. Le repos est la plus urgente de toutes, mais elle est la plus difficile à obtenir. Même dans l'attitude couché, on ne peut nuilement espérer de tenir immobiles les pièces osseuses que l'on a un si grand intérêt à conserver. Mais , deux considérations doivent soutenir le zèle : la première est que si la guérison a pu être obtenue , le malade étant debout et totalement en liberté, à fortiori peut-on espérer d'influer sur le sort de la maladie , le malade étant dans Île repos ; la seconde est que si le malade est tenu couché constamment sur un plan horizontal et dur, cette attitude
place un intervalle nécessaire entre les deux côtés de la destruction; celle-ci fait donc que les surfaces osseuses libres ne peuvent s’entretoucher , s'user el aggraver ainsi la maladie, L’enceinte fibreuse qui fournit les matériaux d'une gaine osseuse réparatrice, est souvent troublée dans son travail ; mais, de belles pièces d'anatomie morbide prouvent que toutes ces interruptions n'empêchent pas toujours le travail de s'accomplir , en changeant seulement les formes , sans lui faire rien perdre de son utilité. #'antzel à cité des études fort importantes sur ce point ; le professeur Delpech en a publié d'autres bien encourageantes. En nous fondant sur ces données, nous .avous pu entreprendre avec confiance des traitemens dont l'issue à été heureuse.