‹ Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales, qui nous restent de l'antiquitéChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Du Zodiaque peint dans là caisse de la momie.— Il exprime un thème natal.

En dedans de la paroi supérieure de la caisse de la momie, on a peint une grande figure de déesse, les bras élevés au-dessus de la tête*, à peu près comme les figures debout qui soutiennent le zodiaque circulaire de Dendéra u) . Le long de son corps, on a disposé onze signes du zodiaque, formant ainsi deux bandes, l’une à gauebe, Pautre à droite de la figure : à gauche, en commençant par en-haut, se voient successivement le lion, la vierge, la ba'lance, le scorpion, le sagittaire; puis, en remontant à droite, le verseau, les poissons, le bélier, le taureau , les gémeaux et le cancer. C’est précisément la disposition adoptée dans les zodiaques de Dendéra, où le premier signe est le lion, et le dernier, le cancer : il faut ajouter que la configuration des signes est tout-à-fait semblable et tient au même système de représentation. Il n’y a pas jusqu’à cette vache couchée sur un bateau ( dont les deux zodiaques de Dendéra nous présentent l’image sous le

(<> M. Cailliaud m’a assure que la caisse de la momie de Tphout, trouve'e dans le même caveau {supra, p. 21 ) , contient aussi un zodiaque.

cancer (n , on entre ce signe et les gémeaux m , et qu’on croit être un symbole de l’étoile d’Isis ou Sirius ), qui ne se voie aux pieds de la figure, en dehors de la ligne zodiacale (3> . Ainsi, l’identité de ce zodiaque et de ceux de Dendéra est aussi complète que pouvait le permettre la différence des monumens où on les a placés.

Toutefois une circonstance, toute particulière, distingue celui-ci des deux autres; c’est que le signe du capricorne manque dans la série : il en a été retiré et placé au-dessus de la tête de la figure, à côté de sa main droite, dans une position isolée , d’où il semble la dominer ; situation remarquable, qui nous amènera bientôt à des conséquences dignes d’attention.

D’après la date établie plus haut H) , il est donc prouvé que des zodiaques , tels que ceux de Dendéra , ont été sculptés ou peints sur des monumens , au moins jusqu’à l’an 116 de notre ère, et probablement aussi plus tard. A la vérité , ce n’est pas là un fait nouveau : déjà, l’examen des inscriptions grecques des temples de Dendéra et d’Esné nous avait amenés directement à la même conséquence sur l’époque des zodiaques qui y sont représentés, et

(1> Zodiaque circulaire.

w Zodiaque rectangulaire.

t3) M. Cailliaud se propose de faire graver incessamment toutes les figures qui recouvrent cette caisse de momie.

w Suprà , p. 17.

particulièrement de celui du petit temple d’Esné li K L’inscription de la momie n’est donc qu’une confirmation d’un fait établi d’une manière qui a paru certaine à d’excellens esprits 1 (2) ; mais celte confirma^ tion, apportée par une preuve du même ordre, le rend désormais indubitable. D’ailleurs , elle s’annonce avec des circonstances toutes nouvelles , que je vais signaler à mes lecteurs.

Il n’est rien de plus arbitraire, on en- convient, que les inductions qu’on a voulu tirer, pour l’époque de ces zodiaques, du signe par lequel leurs auteurs les ont commencés ; comme si le coibmencement du zodiaque à tel ou tel signe n’était pas un caractère indifférent en lui - même. Le point initial peut se placer partout ; et le choix de ce point dépend de circonstances indépendantes du zodiaque, qu’il faudrait déterminer à priori } avant de prétendre tirer de ce choix une induction quelconque. Ce qui pourrait faire de cette disposition un caractère chronologique, ce serait l’indication, précise et non contestable, de la relation des signes avec les solstices et les équinoxes , ou de la position des planètes dans les diverses parties du zodiaque; mais ce sont là des points sur lesquels les savans n’ont

(1) V. mes Recherches pour servir à l’ histoire de l’Egypte , etc.', p. 456 et suiv.

0> Silvestre de Sacy, dans le Journal des Savans, ann. i8a3, P- >99-

( Si )

jamais pu s’entendre U) : ce qui surprendra d’autant moins que, selon toute apparence, ils ont cherché l’explication de ces zodiaques, précisément où ils ne devaient pas la trouver.

Je l’ai dit ailleurs <2> ; dans cette longue discussion qui a fait perdre un temps précieux à plus d’un savant distingué , il a manqué jusqu’ici une connaissance indispensable, c’est celle du véritable but que se sont proposés les auteurs' de ces zodiaques. Evidemment, on se trouvait enfermé dans un cercle vicieux, ce qui devait peu rassurer les bons esprits sur la certitude du résultat de tant de recherches : car si, d’un côté, il semblait qu’en tâchant de deviner le sens de tous ces emblèmes, on arriverait à connaître le but des zodiaques; de l’autre, il était facile de voir qu’avant de raisonner sur les indications si incertaines qu’ils présentent, il eût été nécessaire de connaître ce but, ou tout au moins de savoir si de tels monumens sont astronomiques, ou simplement astrologiques, ou mythologiques, ou enfin composés de symboles et d’images tirées, en même temps, de l’astronomie, de l’astrologie et de la religion. Les personnes un peu versées dans l’étude de l’antiquité présumaient bien qu’on avait beaucoup exagéré l’importance de ces monumens , et que

V. les judicieuses et profondes réflexions de M. Cuvier dans le beau Discours préliminaire de ses Recherches sur les animaux fossiles , p. cxv-cxxxiv.

^ V. mes Recherches , etc., introd. , p. xv.

leur objet principal était astrologique (,) . Visconti avait même reconnu 0) , dans les deux zodiaques de Dendéra, les De'cans, ou ces personnages qui, selon les astrologues anciens , présidaient chacun à un tiers de chaque signe zodiacal; et, depuis, M. Champollion le jeune a lu, auprès de sept des figurés placées au bord du zodiaque circulaire, les noms de sept des Décaus que Firmicus place dans ces mêmes signes B) . Il est presque inutile d’insister pour prouver que la présence seule des Décans établit la nature astrologique de ces représentations zodiacales. Dans ce cas , on ne pourrait y voir que ces thèmes génétliliaques destinés à marquer , au moyen de caractères tirés de l’astrologie , l’époque de la naissance d’un grand personnage, ou même d’une divinité W) , de la fondation d’un temple ou d’une ville.

Le zodiaque peint dans la caisse de la momie change ces conjectures en certitude. En effet, la situation seule de ce zodiaque, dans un pai'eil monument, indique que son objet est astrologique; c’esfe-à-dire, qu’il doit être dans un rapport quelconque avec la vie du personnage dont la caisse a

(1) Saint-Martin , Notice sur le Zodiaque de Dendera , p. 38 ; et mes Recherches , etc., introd. , p. xvj.

® Notice sur les Zodiaques de Dendéra, dans Larcher, trad. d’Hérod. , T. II , p. 573.

® Ap. Salmas., de Ann. Cliraacter. p. 611.

Lindenbr. , ad Censor. , de Die Natali. § a.

renfermé le corps: la disposition du zodiaque autour delà figure qui occupe le fond de cotte caisse indique encore plus clairement ce rapport : or, de quelle nature pourrait-il être, sinon d’indiquer l’influence astrologique sous laquelle ce personnage s’est trouvé placé pendant sa vie ? Mais , si l’on vient à considérer ensuite qu’un des signes du zodiaque a été extrait de la série, et placé dans une position toutà-fait isolée, on conviendra qu’il est impossible d’exprimer d’une manière moins équivoque qu ePétéménon était né sous l’influence de ee même signe.

Il ne reste plus à faire qu’une vérification, qu’on peut même regarder comme surabondante ; c’est de chercher si l’époque de la naissance de cet homme correspond avec le signe retiré de la série. La vérification n’est pas difficile. On a vu que ce signe est celui du capricorne : or, Pétéménon était mort le 8 payni, 2 juin, après avoir vécu vingt-un ans, quatre mois et vingt-deux jours ; si, du 8 payni de l’an 1 16 de notre ère, nous remontons de cette quantité, nous tomberons sur le 17 tybi , qui correspond au 12 janvier de l’an 95. Ce sera le jour de la naissance de Pétéménon : et, dans ce jour, le soleil se trouve à peu prés aux deux tiers du capricorne, considéré comme signe. La différence ne sera pas très grande, pour l’époque qui nous intéresse, si on le prend comme constellation : l’étendue de la constellation du capricorne est de 23 ° 21' 17": or, en 1800, selon M. Delambre, la première étoile du capricorne avait de longitude 9® 29 0 3 g' 1 5 "; et la der-

nière (p), io s 23 ° i 17" ü> . Si, à raison de 5 o" 1 pour la précession annuelle, nous rétrogradons de 23 ° 43 4°" qui équivalent aux 1705 ans écoulés depuis l’an g 5 de notre ère jusqu’en 1800, nous trouverons qu’en cette année q 5 , la constellation du capricorne était comprise toute entière dans le signe, entre 5 ° 55 ' 35 " et 29 0 16' 52 " de ce signe : ellecommençaitdonc à 5 ° 55 ' 35 "du point solsticial d’hiver: le soleil y entrait vers le 27 décembre ; et, au 12 janvier, il était vers le 16 e degré de cette constellation.

Cette coïncidence complète la démonstration. Il est impossible de douter maintenant , i° que ce zodiaque ait eu d’autre but que de servir à l’expression d’un thème natal; 2 0 que ce thème consiste, non pas en ce que le zodiaque commence à tel ou tel signe, circonstance indifférente pour l’objet qu’on a voulu exprimer, mais en ce que le signe sous lequel était né le personnage ( signum genethliacum ou natalitium ), se trouve distingué de tous les autres, de manière à ne pouvoir être méconnu.

De-là se tire une induction bien légitime, c’est que les deux zodiaques de Dendéra, si semblables à celui de la momie par la disposition et la configuration des signes, pourraient bien avoir également un objet astrologique; ce qui entraînerait aussi les deux zodiaques d’Esné, dont le but est nécessairement analogue à celui du zodiaque rectangulaire de

(l > Note de M. Delambre insérée p. cxxxj du Discours préliminaire des Recherches sur les animaux fossiles , de M. Cuvier.

Dendéra. Chacune de ces représentations ne serait donc autre chose qu’un thème natal, exprimé au moyen des procédés dont se servaient les anciens astrologues.

Cette induction, fondée sur une analogie frappante, vient à l’appui des preuves paléographiques et archéologiques qui avaient déjà fait reconnaître les caractères de l’astrologie dans ces monumens ; et c’est ici qu’il convient de montrer que les renseignemens qui nous étaient connus, même avant l’arrivée à Paris de la momie de Pétéménon , suffisaient pour conduire directement à la même conséquence.

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