‹ Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales, qui nous restent de l'antiquitéChapitre 6 sur 14 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Explication des particularités archéologiques que présente la momie. — La famille de l’étéménon était grecque et alliée à des familles égyptiennes. — Sa sépulture présente le mélange des usages des deux peuples. — Forme de la caisse. — Couronne d’olivier. — Flaques d’or sur la bouche et les yeux. — Vûtemens renfermés dans la momie.

Cette partie de mon travail n’est pas la plus facile : il s’agit d’un monument unique dans ses détails, ou, du moins, auquel on ne peut, jusqu’à présent , en comparer aucun autre. L’antiquaire est donc ici privé des points de comparaison qui le guident ordinairement, et il ne peut employer qu’avec la plus grande réserve la ressource de l’analogie, ce moyen d’interprétation si puissant dans les mains habiles. Il est, pour ainsi dire, réduit aux ressources de l’esprit d’observation et d’analyse.

Je vais tâcher de sortir le mieux qu’il me sera possible de cette situation difficile, en suivant pas à pas les indications qui naîtront de l’examen du monument.

On a vu que la momie a été retirée, ainsi que deux autres, d’un même caveau qui servait à la sépulture d’une famille : nous avons retrouvé les noms de cette famille; cinq hommes, savoir: Cornélius Pollius Soter et Ammonius ; Sôler, (ils du

premier, Pétéménon dit Ammonius, et Hèraclius Sôter ; et quatre femmes, savoir: Philout, femme de Cornélius Pollius; Cléopâtre , femme de Sôter, et fille d’ Ammonius j Sarapout , femme d’IIéraclius Sôter ; et Tphout, leur fille.

Cette nomenclature donne déjà lieu à deux remarques: i° tous les noms de femme sont égyptiens, excepté celui de Cléopâtre, dont le père a aussi le nom grec d’Ammonius; 2° au contraire, tous les noms des hommes sont grecs ; un seul a un double nom égyptien et grec , Pétéménon dit Ammonius : encore faut-il remarquer que Pétéménon a la même signification en égyptien qu’ Ammonius en grec, c’est-à-dire, qui appartient à Ammon ou Amen , et que ce nom est celui de l’aïeul maternel de ce personnage, dont le père et la mère portent d’ailleurs les noms tout grecs de Sôter et de Cléopâtre : or , d’après l’usage , commun chez les Grecs et chez les Egyptiens, de prendre le nom de l’aïeul maternel ou paternel, on voit que le vrai nom du personnage est Ammonius , et que Pétéménon n’en est que la traduction égyptienne : s’il a été mis auparavant, ce doit être par quelque motif religieux que nous ne connaissons pas.

En conséquence, nous ne pouvons guère nous empêcher de voir ici une de ces familles gréco-égyptiennes, comme il devait s’en trouver beaucoup à l’époque de l’arrivée des Romains , auxquelles ils continuèrent de confier l’administration des nomes

et des villes égyptiennes; car j’ai fait voir ailleurs que tous les stratèges ou chefs de nome , qui nous sont connus par les monumens, portent des noms grecs ou égyptiens (1> , avec ou sans prénoms romains ; et nous sommes en droit de présumer à présent qu’ils appartenaient à des familles grecques originairement, devenues égyptiennes par alliances. Ce Cornélius Pollius Sôter, en effet, avait épousé une Egyptienne, nommée Philout-, son fils Sôter, conservant le nom grec de famille, s’était marié à une femme grecque, Cléopâtre , fille du grec Ammonius, et probablement d’une mère grecque , sans quoi elle aurait sans doute un nom égyptien ; enfin son petitfils Héraclius Sôter, avait épousé une Egyptienne , Sarapout , et leur fille portait aussi un nom égyptien : d’où l’on peut induire qu’en de pareilles alliances, le fils conservait un nom grec, et la fille prenait, comme sa mère, un nom égyptien.

S’il était possible de douter que tous ces personnages , et Pétéménon entre autres , sont des Grecs alliés à des familles Egyptiennes, nous en aurions la certitude d’après plusieurs des particularités que présente la momie d’ Ammonius, notamment d’après l’écharpe qu’il avait portée pendant sa vie, et qui se trouve marquée des deux lettres grecques am initiales de son nom. Or, on conçoit bien que des Egyptiens aient fait usage à cette époque, pour un objet publie,

(1) Recherches pour servir à l' histoire de l’Egypte pétulant la domination des Grecs et des Romains , etc., p. 272.

delà langue grecque qui était la langue officielle; mais on concevrait difficilement qu’ils eussent marqué leur linge de caractères propres à cette langue. Du moins cette particularité s’explique bien mieux dans l’hypothèse qui résulte naturellement de la forme des noms de tous ces individus.

Enfin, je rapporterai une observation faite par l’auteur de la notice sur l’ouverture de cette momie , à une époque où personne assurément ne soupçonnait encore que Pe'téménon pût être de race grecque. « On remarque , dit-il, que le profil est plus droit, et » le iront moins incliné que dans les momies ordi- » naires. Les cheveux, conservés parfaitement, sont » fins et légèrement frisés. » Cette curieuse observation s’applique trop évidemment à un individu de race grecque, pour n’être pas considérée comme une confirmation très frappante des indices d’un ordre différent que je viens de signaler.

Tout se réunit donc, dès à présent, pour nous montrer que la famille des Sôter était grecque , alliée à des Egyptiens; et, d’après le mode de sépulture qu’elle avait adopté , il est évident que les membres de cette famille avaient embrassé la religion du pays. La preuve de ce fait ne résulte pas seulement de l’embaumement des corps; car on a lieu de présumer que les Grecs , en Egypte , adoptèrent l’embaumement presque dès le temps d’Alexandre (1) ; du moins est-il certain que les corps

(1) Zoëga, de usu obelisc,, p. 264. C’est un fait que je déve-

des Lagides étaient conservés au moyen de ce procédé; et il est probable que l’exemple de leurs souverains , peut-être aussi la rareté du combustible en Egypte, détermiuèrentles Grecs aies imiter : c’est sans doute par suite de la prolongation de cet usage que les premiers chrétiens en Egypte embaumèrent les morts, comme le prouvent des textes positifs d’Atliénagoras, de saint Athanase, d’Origène et de saint Augustin C1) ; mais cette adoption résulte des peintures qui recouvrent la caisse de la momie de Péléménon et de la fille d’Iléraclius Sôter. Ces peintures, comme celles des autres caisses de momie, sont symbohques et hiéroglyphiques, et se rapportent exclusivement à la religion égyptienne : elles me paraissent avoir une assez grande analogie avec les sculptures du petit temple d’Esné, qui sont du règne d’Adrien et d’Antonin w ‘ ; on y retrouve de même les figures les plus bizarres, et qui pourraient surprendre par leur étrangeté, si l’on ne savait qu’en ce genre il n’y a pas d’extravagances dont les Egyptiens n’aient été capables.

Il est naturel de présumer que des Grecs, en embrassant la religion de leur pays adoptif, ont dû

loppe dans mes Considérations historiques sur l’état des arts et des institutions de l’Egypte depuis Cambyse jusqu’aux Antonins.

W Ap. Walch. in Comment. Soc. Golling, vol. III, p. 46-68.

Voyez mes Recherches pour servir à l’histoire de F Egypte , etc., p. 458.

conserver quelques-unes des pratiques de leur propre religion, et quelques traces de leurs usages nationaux ; en sorte que, selon toute apparence, on trouvera, dans les procédés suivis pour leur sépulture, un mélange des rites propres aux deux peuples.

Souvenons-nous maintenant qu’outre les caractères qui lui sont communs avec les autres monumens de ce genre, la momie dePétéménon présente des particularités qui ne se sont jamais rencontrées ailleurs, excepté quelques-unes qu’on a retrouvées seulement dans les deux autres momies tirées du même caveau, et qui appartiennent à la même famille : il est clair que des caractères si singuliers, inconnus dans tous les autres monumens, doivent tenir à la position particulière de ces personnages, en Egypte. Cette induction , si naturelle d’ailleurs, va être confirmée par l’examen de ces particularités diverses , où nous allons reconnaître le mélange des usages grecs et égyptiens, presque dans une égale proportion.

Commençons par le coffre de la momie. On a vu que les peintures qui le recouvrent sont entièrement égyptiennes; mais il présente des traces évidentes du goût des Grecs, dans la forme qui lui a été donnée, et qui est semblable à celle des deux autres trouvés dans le même caveau.

La caisse des momies a ordinairement la forme du corps humain, et présente à l’extérieur une figure d’homme ou de femme, selon le sexe du mort, usage

dont Diodore de Sicile nous explique la cause (1) . Ces trois caisses, au contraire, ont la forme d’un carré long, terminé aux deux extrémités par deux plans rectangulaires , et à la partie supérieure par une surface arrondie: c’est assez dire que cette forme est analogue à celle d’un sarcophage grec ou romain -, et, chose singulière! en même temps que la figure générale porte ce caractère si frappant, le plan de la partie antérieure présente les détails d’une façade égyptienne, avec trois entablemens, deux globes ailés, et deux colonnes qui en soutiennent les extrémités : cette disposition raccorde au style égyptien la forme étrangère de la caisse. Les peintures qui recouvrent cette façade sont également composées d’emblèmes presque entièrement égyptiens. Il y a donc, dans cet ensemble, un arrangement assez ingénieux pour fondre ensemble des styles si différens, sans altérer d’une manière trop sensible le caractère qui leur était propre.

On doit remarquer aussi la disposition adoptée pour l’inscription grecque. Comme toute la caisse est couverte de peintures égyptiennes, excepté les espaces vides qui servent à séparer les scènes représentées, on a choisi un de ces espaces pour y placer l’inscription, dont l’objet n’a pu être que celui d’une étiquette, propre à faire distin-

tl) Diod. de Sic. I, ai. — Herod. II, 86. — Cf. Creuier, Comm. Herodot. , p. 60.

guer à quels individus appartenait chacune des caisses que contenait le caveau sépulcral de la famille : et , ce qu’il ne faut pas non plus négliger d’observer, c’est que la place choisie pour cette inscription est analogue à celle qu’on a prise pour placer, sur la façade de quelques temples égyptiens, les inscriptions grecques indiquant l’époque de leur construction totale ou partielle. On sait qu’on les a gravées sur le listel de la corniche , bande étroite, qui était la seule partie de ces édifices où l’on ne sculptait jamais d’hiéroglyphes. (,)

Mais l’association des idées religieuses et du goût des deux peuples est plus évidente encore dans les détails que présente la momie elle-même. Je vais les examiner l’un après l’autre.

Le premier et le plus frappant est la couronne qui décorait la tête de la momie, par-dessus les linges dont elle était environnée. « Cette couronne ( dit » l’auteur de la Notice ) est formée de lames de » cuivre doré, et de boutons, imitant la feuille et le » jeune fruit deTolivier.)) Que cet ornement n’ait rien d’égyptien , c’est un fait dont personne ne saurait douter j et voilà pourquoi on ne l’a jamais découvert sur aucune des momies que nous connaissons : si on le trouve sur une des momies de la famille de Sôter, c’est qu’il est entièrement grec. On voit , par un texte de la loi des xii Tables, que nous ont conservé Pline et Cicéron , que les morts , tant que duraient leurs

w V. mes Rech. pour servir à l’histoire de l'Egypte , p. 44°-

obsèques , avaient la tête décorée delà couronne qu’ils avaient gagnée 'dans les jeux publics. t0 Cet usage venait de la Grèce; mais dans ce pays, il était bien plus général. Créon , dans Euripide, parle d’un décret qui doit prononcer la condamnation à mort de quiconque serait surpris couronnant le corps dePolynice ou cherchant à l’enterrer ; h «.axotçiqtùv aXw rj yf, x«W tttwv u> ; sur quoi le scliôliaste dit : liûOam yàp (oî ÉXXriveç) çétpetv tqvç veap oûç. D’autres passages rassemblés par Kirchmann 135 concourent à prouver la généralité de cet usage; il subsistait encore dans toute sa force au temps de Lucien, qui y revient plusieurs fois dans le traité de Luctu, et de Clément d’Alexandrie 1 * * (4) . La couronne sculptée sur les sarcophages grecs ou romains, en est même une expression évidente.

Les couronnes funéraires étaient très souvent de fleurs naturelles; d’autres fois elles étaient en or, comme on le voit par plusieurs textes , et entre autres par celui-ci de Cicéron : Vellern tantum habere otii , ut possem recitare psephismata Smjrnœorum , (juœ fecerunt in Castricium morluum ; primüm ut in oppidum intvoferretur , quod aliis non conceditur : deind'e , ne ferrent Ephebi : postremo ut imponeretur aurea corona mortuo <5> . Quant à la nature du feuillage qui composait la couronne fu-

(1) Cf. Bouchaud , Comment, sur la loi des XII Tables , p . .

® Eurip . , Phœniss . , v. i6a6.

® Kirchm. , de Funer. Rom. 1 , 1 1 .

w Piedagog. II , p. ai3, 1. 1 8 , ed. Botter. w Cic. , in Placco. § 5i.

nèbre, un texte des lettres attribuées au philosophe Chion, nous apprend que c’était celui de l’olivier sauvage (xôuvog) (1) . Ce témoignage est d’autant plus à considérer, qu’il est, d’une époque postérieure à celle de notre monument, puisque les lettres, attribuées à Gliion, paraissent avoir été rédigées par un sophiste néoplatonicien du second ou du troisième siècle de notre ère. w

D’après ces rapprochemens, il n’y a aucun doute à conserver sur l’objet et l’usage de cette couronne dorée, formée des feuilles et du fruit de F olivier , qui décorait la tète de la momie. On voit encore ici une application assez adroite des rites grecs au mode de sépulture des Egyptiens. La couronne funèbre chez les Grecs décorait la tète du mort pendant tout le temps de l’exposition et jusqu’au moment où le corps était mis sur le bûcher j ensuite, on en ornait son tombeau, ou l’urne qui renfermait ses cendres (3) . Mais puisque le corps, au Heu d’étre consumé par les flammes, au «moyen de l’embaumement, devait être conservé dans sa forme naturelle, il était tout simple de placer sur la tête de la momie, l’ornement funèbre qui avait couronné le mort pendant les funérailles.

w chion > Epist. XVII, 4 , ed. Orell. if 0 Ç* y ip p 0l yuv i , Seïov t t xpipo t xâXlouç xai ptyéQovç , dvxfsïv ps xoti'vu xal Tûuvtatç.

® Hoffmann, Proleg. in Chion. Epist. in Edit. OreU., p ,40.

Tt St O Xjjcip TOÛ Tâjpou UOoç èçcfxvtouévoç ; Lucian. , de Luctu, § 19. Opp. II, p. 9 3 i.

C’est à une application de ce genre que nous devons encore deux particularités qui ne se trouvent dans aucune autre momie. Toutes celles que l’on connaît ont la bouche plus ou moins ouverte, et l’on n’aperçoit point que les embaumeurs aient voulu la tenir fermée : aussi, très souvent, la langue ressort plus ou moins. Ici, au contraire, la bouche est complètement fermée -, les lèvres sont tellement adhérentes l’une à l’autre, qu’elles font en quelque sorte corps ensemble, et qu’on aurait besoin d’un instrument tranchant, si on voulait les séparer. 11 y a là une intention formelle de la part de ceux qui ont préparé la momie ; il faut que quelque rite religieux ait prescrit de serrer les deux mâchoires, de manière que la séparation fût désormais impossible. Ce rite, qui n’existait pas en Egypte, était au contraire fort religieusement observé dans la Grèce. Lorsqu’une personne venait d’expirer , ses parens et ses amis avaient le soin de lui fermer la bouche. Nous voyons le disciple de Socrate, Criton, s’empresser de rendre à son maître ce pieux devoir, aussitôt qu’il eut rendu l’ame a> . C’est ce qu’on appelait (TuXXau&x'veiv t o <?6u.a. On allait même plus loin : en ornant le corps pour l’exposition, on serrait ses mâchoires avec des bandelettes de laine , rattachées par dessus la tête. « Par Tisiphone (dit Lucien, faisant » parler un mort à ses parens), en vous voyant dire » et faire tant de sottises à mes funérailles, j’aurais

(1) Plat., Phædon , § 66, fin.; ubi vide Wyttenb.

» éclaté de rire, si les bandelettes de laine dont » vous m’aviez si bien serré les mâchoires ne » m’en eussent empêché (1) . » Rien ne me paraît plus propre que ce passage à expliquer la circonstance qui nous occupe. C’est vraisemblablement par une sorte d’expression symbolique de ce dernier devoir rendu aux morts, qu’on avait placé, en travers de la bouche de la momie, une lame d’or qui a la forme d’une langue, et dont l’objet semble avoir été de sceller la bouche.

On en peut dire autant des yeux, qu’on a dû fermer au moment de la mort, selon L’usage grec, si religieusement observé, qui s’exprimait par xaSaipeti/ , au).?.a/jiéai/Eiv, Gwappô-cxeiv toÙç 6<p0al[xovç ou xx ë’Xécpapa. De même que la bouche avait été close par une lame d’or, les yeux ont été recouverts et scellés par deux autres petites lames de même métal représentant la figure d’un œil, ce qui rappelle l’expression remarquable sigillare oculos dans un passage de la loi Masnia l2) : on a entendu cette expression simplement de l’action de fermer les yeux, et, je crois, avec raison j mais peut-être cache-t-elle une préparation analogue à celle que nous remarquons ici. Je dois dire qu’à l’ouverture de la momie , on a trouvé les deux lames d’or, placées un peu plus bas que les

(1> Lucian., de Luclu , § ig. Opp. II, p. g3i .... ttstpptyeSst jjrijsi

àvaxayjrânai ‘ ffisxùlvïe <?è tà. tpux oîj poù rà{ atayôvstf

àitea’piy&xt.

li> Cf. Salraas., de Modo usur. p. 456.

pommettes des joues , dans une position qui n’avait rien de régulier et annonçait un dérangement. Mais l’analogie complète qui existe entre ces deux lames et celle de la bouche, offrant toutes les trois la représentation de la partie qu’elles ont été destinées à recouvrir, ne permet pas de douter que les deux lames n’aient été mises sur les jeux mêmes ; les paupières , en se retirant , auront repoussé ces lames, et, dans le transport de la momie du lieu de l’embaumement au caveau où elle devait être déposée , elles auront glissé de l’endroit où elles étaient primitivement, et se seront arrêtées sur la convexité des joues, où la pression des enveloppes de la face les aura assujéties et fixées.

Il reste une particularité à expliquer, c’est celle de l’énorme grosseur de cette momie, caractère qui lui est commun avec les deux autres qui ont été découvertes dans le même caveau; ce qu’il ne faut pas négliger de remarquer. Jusqu’à présent, dans les momies qui ont été ouvertes, on avait trouvé le corps enveloppé d’une grande quantité de bandelettes ét quelquefois de pièces de toile; mais ici, outre environ 38o mètres de ces bandelettes qui entouraient toutes les parties du corps, on a trouvé plusieurs enveloppes successives , beaucoup de linges et d’effets, « quatre serviettes ou écharpes pliées en » plusieurs doubles; quatre tuniques, quinze pièces » de toiles; une tunique contenant des marques » écrites à l’encre ; une autre raccommodée adroite-

» ment ; une belle écharpe avec des franges et un » galon , marquée des lettres initiales du nom d’Am- » moniusj. » et d’autres objets qui évidemment ont été à l’usage du mort. Comment expliquer le dépôt de tous ces objets dans l’enveloppe de la momie j et, pourquoi cette momie est-elle la seule où l’on en trouve ? La raison n’est pas difficile à deviner, d’après les observations précédentes j car on ne peut voir ici qu’un usage gree approprié à la circonstance de l’embaumement. Dans les funérailles des Grecs et des Romains , c’était une sorte de devoir de plaeer sur le bûcher quelques-uns des vêtemens et des ornemens qui avaient appartenu au mort : on les appelait mimera ou dona, et en grec düpa et èvztxfia. Quelquefois ces objets n’étaient pas consumés, mais simplement déposés dans le tombeau avec les restes mortels du personnage. Nous voyons dans Hérodote y que Mélisse, la femme de Périandre, apparaît après sa mort, et se plaint do ce qu’elle a froid., parce que les vêtemens qu’on avait enterrés avec elle ne pouvaient lui servir <0 ; car les anciens avaient l’opinion que les morts se couvraient de ces vêtemens dans les Cham ps - Elysécs. Lucien, s’en mo jue, selon, sa coutume : it Combien d’habits, » dit-il, cl d’autres ornemens n’a-t-on pas brù- » lés ou enterrés avec les morts „ comme s’ils de- » vaient s’en servir eL s’en parer dans les enfers m ! »

(l> Herod. , V, 92 , /. iî 5 , ed. Schwcigli.

® Luciau. , De luctu , § 1,4. Opp.. Il, y. 928.

Et ailleurs: « Après qu’on a lavé les corps, comme si » l’eau du lacAchérusie ne suffisait pas pour nettoyer » les gens d’ici-bas (les enfers); après les avoir frot- » tés des parfums les plus précieux afin d’en écarter la » mauvaise odeur, et les avoir couronnés de fleurs de » la saison, on les expose revêtus de beaux habits, » de peur qu’ils n’aient froid le long de la route, ou » que Cerbère ne les voie tout nus (1) . » C’est à cette idée que les morts devaient se servir de ces habits et de ces ornemens, qu’il faut attribuer les profusions auxquelles les anciens se livrèrent quelquefois dans ces sacrifices funèbres , en abandonnant aux flammes les vêtemens les plus riches, les bijoux les plus précieux dont le mort aimait à se parer pendant sa vie.

Il est clair que, pour accomplir ce pieux devoir, dans le cas d’embaumement, il n’y avait qu’un seul moyen , c’était d’enfermer sous la même enveloppe, et le mort et les objets qui devaient lui servir aux enfers ; c’est en effet là le parti que prirent les parens de Pétéménon.

Tél est l’ensemble des principales circonstances que* présente cette momie : il n’en est aucune qui ne tienne au mélange des usages des deux peuples; et cela seul nous avertirait que cette famille était grecque d’origine, quand le fait ne serait pas établi d’ailleurs par des indications positives.

^ Lucian., de Luctu, § 1 1 , p. 927.

On voit donc que, dans le cas meme où la momie de Pétéménon ne nous offrirait que ces traits particuliers, ce serait encore un monument des plus curieux, puisqu’il est jusqu’à présent le seul qui, en nous montrant le mode de sépulture suivi en Egypte par les Grecs qui avaient embrassé la religion du pays, nous fait connaître le caractère de cette singulière fusion de rites et d’usages différens.

Mais il nous offre un autre motif d’intérêt, dans la représentation du zodiaque peint à l’intérieur de la caisse. Cette circonstance si remarquable mérite que nous nous y arrêtions d’une manière spéciale; et nous ne pouvions le faire avec succès avant d’avoir établi l’époque de la caisse qui le contient , et indiqué l’origine des particularités qu’elle présente.

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