‹ Observations critiques et archéologiques sur l'objet des représentations zodiacales, qui nous restent de l'antiquitéChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Astrologie chez les Egyptiens. — Bas-reliefs dans les tombeaux des rois.

Il est certain d’abord que l’astrologie n’est pas d’origine grecque ni romaine. Toutes les traditions de l’antiquité 10 en placent le berceau dans la Chaldée et dans l’Egypte. Qu’il nous suffise d’observer ici que son existence dans ce dernier pays, à des époques très reculées, est attestée par un texte formel de Cicéron (î) , et, au temps d’Hérodote, par un passage de cet auteur t3) : d’ailleurs, depuis le moment où

(>> Je ne compte pas celle qui en attribuait l’invention aux Cariens ( Ap. Clera. Alex., Slrom. I, p. 36 1 . — Tatian. , Adv. Grœc. , p. 3.).

Cicer. , de Divinal. I, i. Qua in nalione Chaldœi , non ex artis , sed ex gentis vocabulo nominati, diuturna observalione siderum , scienliam putanlur effecisse , ut prœdici posset quid cuique eventurum , et quo quisque falo natus essct. Eamdem artem etinm Ægyptii longinquilate temporum innumerabilibus pene seculis consecuti putanlur. — Cf. Diod., I. 8i; ibi , Wessel.

(s) Herod. II, 8a. « Les Egyptiens sont les auteurs de plu- » sieurs inventions , telle que celle de désignera quel dieu » chaque mois et chaque jour est consacré, et de déterminer, » d’après le jour où un homme est né, quels événemens il » rencontrera dans sa vie, comment il mourra, et quels seront » son caractère et son esprit : les poètes, parmi les Grecs, ont » fait usage de cette invention. » Cette dernière phrase montrerait que les poètes Grecs antérieurs à Hérodote avaient fait quelque usage de semblables pronostics ; mais il est plus que

les Grecs et les Romains ont commence à parler . d’astrologie, nous les voyons citer uniquement, outre les Chaldéens, les deux Egyptiens Pétosiris et JYécepsos , dont les ouvrages contenaient la méthode astrologique égyptienne <0 , différente sans doute, en quelques points, de celle des Chaldéens, comme on peut le conclure de la différence que les auteurs anciens paraissent mettre entre ratio Æ gyptiorum et ratio Chaldœorum. On voit même, par un vers de Ju vénal (2) , que le nom du premier servait à désigner, en général, un astrologue. L’époque de ces astrologues est tout-à-fait incertaine, et Marsh am n’a pu réussir à la déterminer <3) . Levers d’Ausone, qui place l’un d’eux au temps de Sésostris t4) , ne saurait faire autorité ; quant au vers isolé d’Aristophane, cité par Athénée <5) , et dans lequel Daléchamp , Marsham, Fabricius l6) et d’autres critiques voient le nom de Pétosiris, le sens en est fort douteux, selon la remarque teès juste de M. Caussin (7) .

probable que l’historien a confondu la doctrine égyptienne, dont il n’avait qu’une idée confuse , avec les pronostics tire's de l’influence de la lune, qu’on trouve jusque dans Hésiode.

(1) Ægyptio ratio , quant Pétosiris et Necepsos ostendere

( Plia. Il, 23; p. 87, 1. i5) — Durât et ea ratio, quam Petosiris et Necepsos tradiderunt ( Id. VII , i P- 4°4 • 1* 1 3 ).

Juvenal. , VI, 58 1 ; ibique Rupcrti.

® Canon, chronic. , p. 477‘47^‘ ,

w Auson., Epist. XIX.

<5) Ap. Athen. III, p. n4, C. ; ibique Schweigh.

(6) Fabric. , Bibl. Grœc. IV, p. 1 38 et 166, ed. Harles.

<7) Dans une note lue sur ce sujet à l’Académie.

Le titre de roi 10 que Galien, Vettius Valens (,) ,Firmicus Maternus, etc., donnent à Nécepsos, ne prouve rien non plus, et tient sans doute à la conformité du nom de cet astrologue avec celui de Ne'cepsos, roi de la u6 e dynastie Saïtique, dans les listes de Manéthon. Tout ce qu’on sait de positif, c’est que Ptolémée et Proclus regardaient ces deux astrologues comme anciens, en les qualifiant itakouoi ou àpyaîoi , et que Pline et tous les autres auteurs grecs et latins n’ont pas mis en doute l’authenticité des écrits attribués à ces Egyptiens -, ce qui ne permet guère de contester l’origine égyptienne soit de ces écrits soit de la doctrine qu’ils renfermaient , quelque opinion qu’on se fasse d’ailleurs sur leur ancienneté, et quand même on les croirait pseudonymes (3) . Or, les citations diverses que les auteurs anciens, et surtout Julius Firmicus Maternus, ont faites de ces ouvrages, montrent qu’ils contenaient le thème natal du monde et la théorie des Décans.

Au reste, la croyance à l’influence des astres, et l’art des pronostics tirés des circonstances de la nativité, ne supposent pas nécessairement l’usage de procédés très compliquéspour fixer les époques généthliaques , ni celui de figurer les thèmes dans les monumens : il faut donc des indications précises pour établir l’existence de ces usages ; ce qui nous amène à discuter le sujet de quelques représenta-

w Cf. Marsham, Canon Chronic., p. 478.

05 Vett. Valent. Anthol., f° i 5 , R“. Cod. Jieg. n° 94.

® Tiedemann , de art. magie, orig. , p. 27.

( fil )

lions égyptiennes dont l’époque , antérieure à la domination grecque, ne parait pas douteuse.

Les savans français out découvert , dans une des lombes royales de Thèbcs, un plafond sculpté (,) où l’on aperçoit les figures d’un taureau, d’un lion, d’un crocodile et d’un scorpion , liées avec d’autres figures symboliques, dont la signification est inconnue, mais qui se rapportent évidemment à la célébration de cérémonies funèbres. On n’a point hésité à regarder ce taureau, ce lion et ce scorpion comme étant des signes du zodiaque ; hypothèse d’autant moins sûre , que les deux premiers de ces animaux , ayant une pose entièrement différente de celle qu’ils ont dans les zodiaques égyptiens, paraissent être bien plutôt des images symboliques que des constellations zodiacales. En conséquence de cette attribution toute hypothétique , on a prétendu déterminer l’époque du tableau, en admettant, par une autre conjecture gratuite , qu’il exprime la position des équinoxes dans le taureau et le scorpion. Accordons pour un moment l’hypothèse qu’on a faite sur l’attribution de ces figures à des signes du zodiaque. Dans ce cas-là même, le tableau ne pourrait être qu’astrologique et religieux -, cela résulterait du plus léger examen de l’ensemble des figures qui le composent. Ce caractère se montrerait aussi dans un plafond semblable qui décore le tombeau découvert par M. Belzoni, où l’on voit également un

{l> Description de l'Egypte, Antiq. H, pl. 82.

taureau, deux lions, deux crocodiles et une multitude d’autres figures. Cette destination ressortirait avec évidence de la nature même de ces tableaux et de la place qu’ils occupent ; car on peut être certain , à priori, d’après la seule considération du génie égyptien , que ces sortes de tableaux doivent se rapporter à la vie du mort ; et, même dans l’hypothèse que nous avons consenti à admettre, ils n’auront pu avoir pour objet que de marquer l’influence céleste sous laquelle il s’était trouvé au moment de sa naissance. Rien de moins égyptien, je dirai même de moins conforme à l’esprit général de l’antiquité , que l’idée de placer, dans un tombeau souterrain, un tableau astronomique dont le but aurait été seulement de marquer l’état du ciel à l’époque de la mort d’un homme, sans rapport immédiat avec la vie de cet individu.

D’ailleurs , veut-on une preuve décisive que les anciens Egyptiens n’ont jamais mis à exécution une telle idée, ni dans les tombeaux, ni dans leurs temples? onia trouvera dans un fait, historiquement prouvé, c’est l’ignorance où ils ont toujours été de la précession des équinoxes.

On sait que les astronomes de l’école d’Alexandrie ne s’en sont nullement doutés. Eratosthène, dont les travaux furent considérables , n’en a pas eu le moindre soupçon j et néanmoins, en sa qualité de bibliothécaire d’Alexandrie, il avait à sa disposition (1) tous ceux des livres égyptiens que Ptolémée Phila- »

W Strab. II , p. 69. — Trad.fr . , T. 1 , p. 179.

delphe avait fait rassembler et traduire (1) . Hipparquc est le premier qui s’en soit aperçu, en comparant, avec ses propres observations , celles d’Aristylle et de Timocharis, qui ne datoient que de 160 ans. Avant d’avoir fait cette comparaison , il était loin de soupçonner le mouvement des fixes : Ptolémée, qui avait sous les yeux le traité de ce grand astronome sur le déplacement des points équinoxiaux, est formel à cet égard w) ; et lui-même , pour s’assurer de l’existence et de la quotité de ce mouvement , il ne s’appuie sur aucune autre observation que sur celles d’Hipparque; nulle part il ne va chercher, comme pour ses autres calculs, des observations chaldéennes dont la comparaison lui aurait fourni des termes plus éloignés et plus certains ; il ajoute même : nous sommes sûrs de ce mouvement , autant du moins qu'il est possible de l'être , d’après le temps qui s'est écoulé depuis ces observations <3) : expressions bien remarquables ! Or , si les Egyptiens , de temps immémorial, eussent placé, dans les tombeaux de leurs rois et surtout dans les pronaos de leurs temples , des thèmes astronomiques présentant , comme on l’a dit , l'image de l’année naturelle divisée selon l’ordre des signes que le soleil doit parcourir , la connaissance de la précession en serait résultée nécessairement ; cette précession serait

w Id. XVII , p. 80 6.— Trad.fr. , T. V , p. 390.

Ptol. Almag. VII , 2. — Cf. Delainbre , Hist. de V Astron. anc. , T. I, p. 4 a 5 .

® zat xxOouov yc b tovovto; xpivoç ÙTroêàXXstv Jùvotrstt.

l’tolcm. VII , 4 -

devenue un fait patent à tous les yeux, et l’un de ceux qui passent le plus rapidement dans la circulation des idées vulgaires : Hipparque qui , selon les paroles de Ptolémée, n’épargnait aucune recherche pour parvenir à la vérité Cl) , n’aurait pas été réduit à le soupçonner, seulement d’après des observations faites si peu de temps avant lui. C’est une considération qui s’applique également aux Chaldéens, dont Hipparque et Ptolémée ont eu sous les yeux les observations authentiques, sans en avoir pu tirer le moindre indice de la précession -, et surtout aux Chinois qui , dès une époque très reculée , avaient reconnu la durée de l’année solaire de 365 jours et environ l , possédaient une période lunaire, exactementla meme que celle de Callippe, mesuraient le temps par des clepsydres, déterminaient la position de la lune par rapport aux étoiles dans les éclipses, évaluaient avec une exactitude remarquable les ombres méridiennes du gnomon , construisaient même des instrumens propres à mesurer les distances angulaires des astres m , conséquemment avaient fait, en astronomie, des pas plus avancés qu’on n’eu peut attribuer aux Egyptiens et aux Clialdéens; et chez, qui, cependant, la précession des équinoxes n’a été connue que dans le cinquième siècle de notre ère l3> .

Toute l’histoire de l’esprit humain est là pour at-

^ F toi., Almag. lit , 2 . . . . ccvop'i <ft\onivo) xai fûdkriOn. . . .

® Laplace, Exposition du Système du Monde , II , p. 254, 5c éilit.

<3) Delambre, Hist. de V Astron. anc . , T. I , p. 363.

tester que des découvertes, ratio nelleiucut très voisines les unes des autres, ont été séparées, dans l’ordre des temps, par de longs intervalles. Aussi, à combien d’erreurs on s’expose quand on veut conclure de ce qu’un peuple aurait du avoir telle connaissance, qu’il l’a réellement possédée! C’est cependant là tout le raisonnement de ceux qui ont prêté aux Egyptiens celle du mouvement des fixes : je me trompe; ils se sont encore fondés sur le but astronomique qu’ils ont supposé aux représentations zodiacales qui existent dans les monumens ; c’est-à-dire , qu’ils ont posé en fait précisément ce qui était en question; aussi la conséquence qu’ils ont tirée de ce raisonnement vicieux , est-elle contraire à toutes les indications historiques (1> . Il faut donc retourner leur raisonnement; et, partant du fait historiquement prouvé, dire : les Egyptiens n’out^ pas connu la précession des équinoxes; or, ils n’auraient pu l’ignorer, si les représentations zodiacales de leurs monumens eussent eu le but astronomique qu’on leur suppose ; donc ces représentations ont eu un autre objet qui, dans ce cas*' ne saurait être qu’astrologico-religieux.

Ces considérations, nous le verrons bientôt, vont se trouver appuyées par des faits d’un ordre différent. Dès à présent , leur évidence doit frapper quiconque a réfléchi sur l’esprit de l’antiquité ; elles suffiraient pour établir, comme un fait, que

(1> Cf. Biot , Recherches sur quelques points de V aslron. égypt., p. i64 et suiv.

ccs tableaux, prétendus astronomiques , sont purement symboliques et religieux, ou bien de simples horoscopes, s’il est vrai que les figures d’animaux qu’on y a peintes sont des signes du zodiaque ; ce qui, encore une fois, est une pure hypothèse, très peu probable en elle-même.

Mais, dira-t-on, des tableaux astrologiques sont en même temps astronomiques : sans doute, puisqu’ils contiennent des signes célestes; mais aussi, comme l’astrologie avait un but qui lui était propre, le caractère chronologique qui se trouve indiqué dans les monumens de cette prétendue science, tient toujours à une combinaison particulière des signes astronomiques , sur la nature de laquelle il faut ^’tre fixé avant tout, sous peine de s’exposer à de graves mécomptes.

Par exemple,. dans plusieurs Mémoires de la Commission d’Egypte u> , on a fixé la date d’un de ces tableaux au moins à 1923 ans, et, en terme moyen, à 3 ooo ans avant l’ère chrétienne (î) . Mais si, comme tout le prouve, les figures du taureau, du scorpion et du lion , qu’on prétend être zodiacales , coordonnées avec des images symboliques dont personne, quant à présent, ne peut dire la significa-

O) Jomard, Description d’ Hermonlhis , p. n. — Jollois et Devilliers , Recherches sur les bas-reliefs astronomiques , etc. , p. i5, 55. — Descript. générale de Th'ebes , p. 4io.

M Jomard , Essai d’cxplic. d’un bas-relief aslron., p. 6 et 7 .

lion, ne sont là que pour indiquer une représentation symbolique ou astrologique en rapport avec la vie du personnage dont le tombeau renferme le corps, que deviennent et ce prétendu caractère astronomique, et cette date si précise qu’on en veut conclure avec tant d’assurance?

Autre exemple: en expliquant ce bas-relief, les auteurs des Mémoires cités essaient de ramener à leur système des monumens , où ils voient l’expression du solstice d’été. Telle est une pierre que Bruce a vue et dessinée à Axum (1) . Ils nous assurent « que ce monument et ceux qui lui ressemblent in- » diquentle solstice à l’époque où il était dans le lion, » époque à laquelle , en effet, lorsque le lion était au » zénith , on voyait en même temps , à l’horizon » oriental, le scorpion, le serpent du serpentaire , » la tête du dragon et le lièvre Cî> . » Un d’entr’eux va plus loin et donne une date précise. « La date de » cette pierre, dit-il, est bien caractérisée; elle doit » remonter au moins à 3863 ans avant J . C. C3) » Quel dommage que l’auteur se soit arrêté en si beau chemin , et ne nous ait pas aussi donné le mois, le jour et Y heure! Mais on peut apprécier la justesse d’une époque si précise quand on sait que la pierre d’ Axum, que Bruce appelle ridiculement un thot, et qu’il croit être un almanach, n’est autre chose qu’un de ces petits bas-reliefs si communs dans les cabinets,

Voyage en Abyssinie, T. I, pi. 7 et 8 .

(s) Jollois et Devilliers, ouvrage cité , p. 56.

<5> Joraard, ouvrage cité, p. 6 .

tantôt en bois de sycomore , comme l’un de ceux du cabinet du Roi (1> , tantôt en métal, en serpentine, ou même en pâte de verre, les plus grands d’environ un pied de haut, les plus petits sous forme d’amulettes Ils représentent une figure d’Horus toute nue, debout sur un ou deux crocodiles, la tête surmontée d’une autre tête monstrueuse , les bras à demi étendus, et tenant de chaque main un scorpion , un ou deux serpens , avec un lion , une chèvre ou un lièvre, quelques emblèmes et hiéroglyphes égyptiens. Tous (mais avec de grandes différences dans l’exécution, étant les uns d’un travail ancien , les autres d’un style des bas temps , maladroitement mélangé de grec ) offrent exactement la même représentation , sauf de très légères nuances. Ces faits posés , et aucun antiquaire n’en contestera l’exactitude, voici quelques objections au système dont je viens de parler: N’y a-t-il pas quelque difficulté à toir la représentation du solstice d'été, dans ces petits monumens qui offrent tous les mêmes circonstances? Si leur objet eût été purement astronomique , pourquoi offriraient-ils toujours la même scène? Pourquoi pas aussi les deux équinoxes ou l’autre solstice? Cette identité constante de représentation n’annonce-t-elle pas clairement qu’il s’agit d 'emblèmes religieux qui tiennent à un culte positif, et représentent , par

W La figure que MM. Jollois et Devilliers en ont donne'e est extrêmement inexacte. ( PI. B. )

<» Caylus, Rec. iTAntiq. T. IV, pl. XV; T. III , pi. IV, n. 5. T. VII , pl. VI , n. I.

exemple, le triomphe d’Horussur les animaux typlioniens? C’est alors seulement que l’on comprend pourquoi ils sont tous de si petite dimension , afin de pouvoir être transportés en tous lieux , suspendus dans les maisons, et même portés au cou. Mais qu’on se figure un peu le sohtice porté en amulette! Comme cela est conforme à l’esprit des anciens peuples, à la nature de leurs religions !

2° Ces bas-reliefs, que l’on fait remonter à 3 ou 4.000 ans avant notre ère, sont presque tous d’une époque très postérieure à cette ère; cela est évident pour quiconque les a seulement regardés. En vain dira-t-on qu’on n’a pas prétendu affirmer que ces bas-reliefs ont été sculptés à cette époque reculée, et qu’on n’a voulu parler que de leur date astronomique : on demandera toujours comment la même date de 4°°° ans a été placée sur des monumens qui sont, pour la plupart, postérieurs au second siècle de notre ère.

3 ° Enfin, et ceci est plus fort, la plupart de ces prétendus bas-reliefs astronomiques, d’une date si récente, sont des représentations du genre des Abraxas , qui offrent presque tous , comme on sait , le caractère du style égyptien mélangé. Le P. Montfaucon (I> et Caylus w> n’ont laissé aucun doute làdessus : les scorpions, le lion , les serpens , la chèvre , le lièvre, les crocodiles et autres symboles, qui ont été métamorphosés en signes du zodiaque et en

(1> Antiq. expliq. L. III , c. VII, § I, et pl. CLXVII.

w Rec. d’Anliq. T. VII, p. i4. — ïl. VI, n. i.

constellations, se retrouvent, soit isolément, soit deux à deux, soit tous à la fois, sur presque tous les Ab vaxas ; ce sont des emblèmes d’Horus , adoptés par ces sectes extravagantes , dont les superstitions mélangées d’égyptianisme, de magisme,et surtout d’astrologie, ne s’introduisirent qu’aprèsle règne d’Adrien, et furent si répandues en Egypte et jusqu’en Ethiopie, dans les 3 e et 4 e siècles de notre ère.

V oilà donc les monumens qu’on fait remonter à 38G3 ans avant notre ère! Or, dans le cas même où ces figures symboliques seraient réellement des signes du zodiaque, on ne pourrait y voir ni des solstices ni des équinoxes, pas plus que sur les bas-reliefs représentant des sacrifices Mithriaques, où les mêmes auteurs n’ont pas manqué d’en voir également (1> ; pas plus que dans les statues de Sérapis environnées d’un serpent W) , entre les replis duquel se voit la série des douze signes du zodiaque, en commençant par le bélier et en finissant par les poissons. Ce n’est, et ce ne peut être autre chose, que l’expression symbolique du temps, ou bien de la course annuelle du soleil dont ces statues offrent la représentation; et elles sont entièrement analogues, dans leur objet, soitavec les médailles de JNicée en Bithynie, frappées sous Marc-Aurèlc ® , et de Sidon, frappées sous Antonin U) , où nous voyons le char du soleil environné des douze signes du zodia-

ll> Rech. sur les bas-reliefs astronom. , p. 56.

® Les memes , au même endroit.

(5) Rasch., Lexic. Rei Numm. T. III, col. i38/j.

(4> Id. T. IV , col. 954 .

que, soit avec celles de Périntlie,du temps d’Alexandre Sévère, qui nous montrent la statue de Jupiter entourée du zodiaque, comme symbole du temps, et de quatre figures , au nombre desquelles sont le , soleil et la lune sur un cbar {l) ; soit enfin avec des pierres gravées qui offrent les mêmes images W) .

Il serait bien temps de renoncer à vouloir trouver partout le taureau équinoxial et le lion solsticial, conformément à l’hypotlièse si peu vraisemblable des levers du soir, proposée par Dupuis a) , et adoptée après coup pour retrancher commodément environ i 3 ,ooo ans sur les 17,000 qu’on avait d’abord trop libéralement assignés à l’antiquité du zodiaque <4) . Je pourrais citer d’autres exemples des erreurs dans lesquelles on a été entraîné par l’influence des idées de Dupuis, dont l’ouvrage, très savant, mais faux presque entièrement d’un bout à l’autre, était, par malheur, il y a vingt-cinq ans, l’oracle de tous ceux qui voulaient passer pour érudits et philosophes, sans avoir ni philosophie ni érudition. Mais il me suffit de montrer combien il importe de déterminer l'objet de semblables monumens avant d’en rien conclure, et de 11 ’y appliquer le compas de l’astronome qu’après les avoir regardés avec l’œil de l’antiquaire. Je rentre dans le sujet qui m’occupe.

t,) Eckhell, Doctr. Numm. II , 4o.

01 Gori, Thesaur. gemm. pi. XVII.

(s) Dupuis, Origine de tous les Cultes, T. VI, p. 438.

w Biot, Recherches sur quelques points de l'astronomie égyptienne , avant-propos , p. xvj.

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