CHAPITRE SECOND
Astrologie chez les Grecs. — Chez les Romains. — Médailles astrologiques frappées en Egypte.
Des considérations précédemment indiquées, il résulte que les anciens Egyptiens ont connu l’astrologie; mais qu’on ne peut donner, quant à présent, aucune preuve certaine qu’ils en aient fait des applications sur les monumens, au moyen d’horoscopes figurés.
D’un autre côté, il est de fait que rien de pareil n’existe dans la multitude de tombes qui ont été ouvertes , de caisses de momies qu’on a rapportées d’Egypte, et même dans les temples d’une époque ancienne , comme on le verra bientôt. Il faut descendre jusqu’au temps des empereurs, pour trouver des thèmes astrologiques représentés sur le coffre des momies d’une famille grecque, et sur des édifices élevés ou décorés à cette époque.
De là nous tirons cette autre conséquence, rigoureuse d’après les faits qui nous sont connus, c’est que l’usage des thèmes astrologiques, dans les monumens sépulcraux, s’est introduit, seulement depuis l’époque de la domination romaine; ce qui tiendra sans doute à ce que l’astrologie ayant pris, dès cette époque, une extension plus grande, cette science mensongère sera devenue un besoin de toutes les
classes de la société , et ses pronostics auront trouvé leur expression sur les monumens religieux ou sépulcraux.
Or, cette conséquence, qui se tire de l’inspection seule des monumens, peut être appuyée de considérations historiques propres à jeter un jour tout nouveau sur cette discussion, et servir à en rassembler en un seul corps de preuves tous les élémens divers.
On ne saurait douter d’abord, ce me semble, que l’astrologie n’a jamais jeté de profondes racines chez les Grecs. On ne trouverait peut-être pas, avant Alexandre , de traces certaines de ce genre de divination parmi tous ceux dont ils faisaient usage. Eschyle, en faisant énumérer à Prométhée les diverses espèces de divination dont se servaient les Grecs , et qu’il leur avait fait connaître, ne parle point de la divination par le moyen des astres ll) ; de même, Cicéron, dans la revue détaillée qu’il donne de ces divers genres usités parmi les nations helléniques, ne leur attribue en aucune manière l’astrologie; et, quand il arrive à cette dernière, il ne la désigne que par ces termes : nions tra Chaldœorum (2) . Eudoxe , qui voyagea en Egypte, et peut-être à Babylone, y prit connaissance de la doctrine astrologique; mais, en l’exposant aux Grecs dans un de ses ouvrages, il eut soin d’avertir qu’elle ne méritait au-
Æscliyl. , Prom. vinct. \. 4 7 7 "49 a •
® Cicer., de Divincit. Il, 4^.
cune confiance ll> . Platon, qui l’avait accompagné en Egypte , et qui puisa, dans le commerce des prêtres de ce pays, beaucoup de rêveries métaphysiques, des traditions fabuleuses ou confuses, et pas un fuit positif que les Grecs ne connussent auparavant , n’a laissé dans ses ouvrages aucun indice d’astrologie ; et cependant, il y a vingt endroits dans scs ouvrages, où il n’aurait pu manquer d’en laisser apercevoir la notion, si une telle doctrine fût entrée le moins du monde dans le cercle des opinions de la Grèce ; tels sont plusieurs passages des Lois C2) , notamment celui où l’auteur parle de l’utilité de la connaissance des astres pour les affaires de la vie (3> , et cet autre de la République , où il énumère les avantages qui en résultent pour l’agriculture, la navigation et l’art militaire l4) . L’auteur de YEpinornide , qui aurait eu plus d’une occasion d’en parler (5> , garde également le silence à ce sujet. J’en dirai autant d’Aristote , dans les écrits duquel je n’aperçois que la doctrine de l’influence météorologique de la lune lc) . On chercherait en vain de l’astrologie parmi toutes les opinions que Plutarque
(1) Cic.,l. , ... Sic opinatur, id quod scriptum reliquit « Cfial- » dans in prœdiclione et in notalione cujusquœ vitœ ex nalali a minime esse credendum. »
w Plat. , Legg., MI, p. 821 B. — XII, p. 9G7 A.
® ld. VII , p. 809 C. D.
W ld. , Republ. A II , p. 52 ^ D ; 528 D E ; 629 A.
® Pseudo-Plat. , Epinom. p. 984 seq.
W Arist. , De générât, anim. II . 4 , p. 63 1 B. C.
et Diogène de Laerte ont prêtées aux anciens philosophes. Vitruve appuie, confirme et explique ce fait négatif par une assertion formelle, quand, après avoir parlé de l’astrologie, qu’il dit propre aux Chaldeens, il indique, par opposition, la méthode des pronostics tirés des phénomènes naturels , pratiquée parThalès, Anaxagore , Pythagore , Xenophane, Déinocrite d’Abdère, et les autres. En suivant leur doctrine, ajoute-t-il, Eudoxe, Euctémon, Gallippe , Méton , Philippe, Hipparque, Aratus, etc., trouvèrent, par des observations, l’influence que le lever et le coucher des astres exerçaient sur les changcmens de l’atmosphère et des saisons, et transmirent à la postérité le résultat de ces observations au moyen des Parapegmes 0> . Remarquons que les élémens de cette doctrine, que Vitruve fait remonter à Thalès, d’après laquelle étaient dressés ces catalogues de phénomènes naturels nommés parapegmes , existent déjà dans Hésiode, qui enseigne l’influence de tel ou tel jour de la lune sur les travaux de l’agriculture , et sur quelques opérations de la vie W) , doctrine ancienne, répandue, admise même par Aristote ; c’est-là ce que Virgile a imité dans les Ge'orgiques , et ce qu’Hérodote paraît avoir confondu avec l’astrologie égyptienne u> , qui était une chose
w> Vitruv. , de A relût. IX , 6 , a et 3 ; ed. SchneiJ.
0> Hesiod. i Op. et Dier. , v. 763 - 825 . — Cf. Lanzi, Note ail & op. et gior . , p. 257.
Virg. , Georg. , I, 276. seq.
w> Suprà, p. 5 g.
toute différente. Voilà le sens dans lequel Callima- ' que disait qu’Aratus avoit imité Hésiode (1) ; et, en effet , les pronostics ' d’Aratus semblent n’étre qu’un développement des soixante derniers vers des T ravaux et des Jours. L’antiquité a même attribué à Hésiode unpoëme astronomique , qui , à en juger par les fragmens que cite Athénée l2> et par un texte de Pline (3) , devait avoir le même sujet que celui d’Aratus. Ce qui nous explique le passage où l’auteur de YEpinomide distingue ceux qui connaissent vraiment l’astronomie, de ceux qui la savent seulement à la manière d’Hésiode, ne s’occupant que des levers et des couchers des astres. (4)
(1) Callitn. , Epigr. 29. — Cf. Jacobs, in Anthol. grœc. , VII ,
(2> Athen., XI, p. 491 C. lbique Casaub. — Cf. Fabr., Bill, grœc . , I , p. 5 gi stf. ed. Marks.
<3> Plin., XVIII, a 5 ; p. 139 , 1 . a 5 .
* 4> ÀyvoeÏTS , Ôti (XoywTctTov àvocyxr, tov à"A r,0ü; àçpovôpov elvat prj xa 0 ’ HutoJov àçpovoiioûvra xai iravraç roiç toiovtouj, oTov S-japài ts xal àvaroXàç sizsaxipptévov. Pseudo-Plat. , in Epinom. , p. 990 , A. — Je ne sais pas si l’on a remarqué que le fameux cercle d’or du tombeau d’Osytnandyas , invention des prêtres égyptiens postérieure à Alexandre ( V. mon Mém. sur le tombeau Osymandyas , p. 22. ) , nous représente un parapegme. Il avait , selon Diodore , 365 coudées de tour , chacune desquelles était rapportée à un jour de l’année; on y avait marqué le lever et le coucher des astres , et les phénomènes atmosphériques qu’ils annonçaient pour chaque jour ( ïlapay sypappévtkiv tüv xarà fia iv yivoptévcov roïç a- pou; àvazo Xûv Te xai âùaecov, xai tmv <ki Taùraç ÈîrtTeioujiÉvwv èntanpao'ièiv. Diod. Sic., I, t^gjin. ).
Ou s'étonne d'autant moins de voir ainsi Vitruve exclure, en général, les astronomes Grecs et Hipparque, entre autres, du nombre de ceux qui firent usage de l’astrologie, que les Grecs même postérieurement à Alexandre, donnèrent fort peu dans les
C’est là tout justement un parapegme grec. Il y a cependant cette petite difficulté , que le cercle d’or , avec sa division en 365 jours, ne pouvait représenter qu’une anne'e vague , tandis que les pronostics atmosphc'riques résultant du lever et du coucher des astres, pour chaque jour, ne peuvent avoir d’application constante que dans uue année fixe , solaire ou luni-solaire , comme celle des Grecs. Voilà ce dont les prêtres ne se sont pas aperçus, en voulant allier ainsi un usage égyptien avec une idée grecque pour se l’approprier. Ces prêtres , dans leur manie de s’attribuer toujours l’origine des inventions qui existaient ailleurs , ont fait ici une singulière méprise , qui décèle à la fois leur ignorance et leur mensonge; et les voyageurs grecs nous l’ont rapportée bien fidèlement, comme faut d’autres faussetés qui leur ont été débitées en Egypte. J.e très savant professeur Creuzer , en rendant compte , dans les Annales littéraires de Heidelberg ( février i8a3 ) , de mon Mémoire sur le tombeau d’Osymandyas, propose de regarderie cercle d'or comme une allégorie semblable à la chaîne d’or de Jupiter ; je doute qu’une pareille interprétation fasse beaucoup de partisans parmi ceux qui prendront la peine d’examiner le. récit tout historique de Diodore et les circonstances positives qui l'accompagnent ; elle tient au système d’après lequel ce savant explique la mythologie ancienne ; mais, tout en rendant hommage à l’érudition immense, à la vive imagination et à l’extrême sagacité de M. Creuzer, on peut trouver qu’il abuse quelquefois de V interprétation , et qu’il trouve des allégories où les auteurs anciens ne permettent guère de voir autre chose que des faits historiques. Ce célèbre professeur, dans l’article cité, nous dit : «Les annales des Pharaons sont
extravagances de l’astrologiç judiciaire : du moins , pendant tout le temps de leur domination en Egypte, on n’entend parler ni de thème natal , ni de rien de pareil, dressé en l’honneur des Ptolémées. Cependant les écrits des astrologues égyptiens avaient dû être transportés dans la bibliothèque d’Alexandrie, dès le règne de Ptolémée Pliiladclplic, avec les autres livres égyptiens que ce prince y avait rassemblés, en les faisant traduire, et les Grecs purent de bonne heure en prendre connaissance. Mais on dirait qu’ils ont alors repoussé ces superstitions orientales: d’ailleurs la direction sévère qu’avait prise, dès l’origine, l’école d’Alexandrie, devaitêtrepeu favorable à leur propagation. Aussi, dans ce qui nous reste des travaux de celte école célèbre, jusqu’à l’époque romaine, jen’aperçois nulle trace d’astrologie : cette prétendue science ne se montre dans aucun des ouvrages d’Eraloslliène, dont nous avons des fragmens ; les Catastérismes, „ attribués à cet astronome, mais qui paraissent n’ètre qu’un abrégé d’un de ses ouvrages (l) , présentent
» en grande partie des traditions épiques , qui appartiennent à » un monde héroïque. Ici la finesse et la sagacité' du critique » doivent l’égarer ; il faut que son esprit saisisse les idées , la » poésie et le style de l’Orient , dans un monde primitif. » J’avoue que mon esprit ne saurait atteindre à cette manière si haute de considérer l’histoire des anciens peuples; j’aperçois, dans tout cela, de grands mots qui se prêtent merveilleusement à l’arrangement d’un système , d’ailleurs fort ingénieux, mais qui ne sont peut-être l’expression d’aucune réalité.
w Valcken., Opuscul. Il, p. 69. — M. Godefroi Bernhardy ( Eratosthenica , p. 129, sq. ) croit que l’auteur des Catasté-
seulement le double caractère astronomique et mythologique qui tient aux études des Alexandrins, partagées entre les recherches scientifiques et la lecture des poètes et des mythographes : ce double caractère se retrouve dans les Phénomènes d’Aratus, où l’astronomie et la mythologie grecque sont confondues, sans mélange d’astrologie ; et, ce qui est plus remarquable, son poëme des Pronostics, où, certes l’astrologie pouvait jouer un grand rôle, n’en offre aucun vestige; tous les pronostics s’y rapportent à la météorologie et à l’agriculture, comme ceux qu’avaient recueillis Aristote, dans scs Météorologiques, et Théophraste dans ses traités descente, et des signes des pluies , ouvrages où l’on ne voit percer aucune indication astrologique. On doit en dire autant des poètes Callimaque, Théocrite, Apollonius de Rhodes , Nicandre, etc. La même observation s’applique encore aux écrits d’Hipparque (,) qui nous restent, au commentaire de Géminus, aux
rismes a emprunté à Hygin le sujet de son ouvrage. On pourrait aussi présumer que les Cataslérismes et le Poelicon aslronomicon sont des abrégés ou des extraits du même ouvrage original.
ll) Scaliger {ad Manil.,p. 343, ed. i5go) cite Hipparque à l’occasion de l’influence que les astres exerçaient sur tel ou tel pays,' ce qui était une des folies astrologiques des anciens. Il a tiré ce passage d’un manuscrit de la bibliothèque de Leyde , contenant des extraits astrologiques dont l’auteur attribuait quelques uns à Hipparque (v. Harles, ad Fabr. Bibl. Græc. IV, p. 3i ) : mais le nom de cet astronome s’est trouvé mis là, comme à la tête d’autres fragmens auxquels il n’a jamais eu part.
fragmens de Posidonius, enfin à tout ce qui nous est parvenu des e'erits des Alexandrins avant l’époque romaine.
Ainsi l’assertion de Vitruve est entièrement conforme aux faits qui nous sont connus. Au reste, je ne prétends pas dire que tous les G l'ecs, jusqu’à l’époque romaine, soient restés à l’abri des préjugés astrologiques: il est assez difficile que de leur mélange avec lesChaldéens et les Egyptiens il ne soit pas résulté que quelques individus y auront ajouté foi. Séleucus Nicator, lors de la fondation de Séleucie du Tigre, paraît avoir attendu quelque temps , le jour et l’heure fixés par les Chaldéens (l) : mais plus anciennement, ils n’avaient pas compté sur l’effet de leur art, lorsqu’ils essayèrent d’empêcher Alexandre d’entrer à Babylone; car ils firent parler l’oracle de Bélus <2> . Vitruve nous apprend que l’astrologue Bérose, qu’il ne faut pas confondre avec l’historien C3) , et qui lui est bien postérieur, vint ouvrir à Cos une école d’astrologie (4) ; et, sinousen croyons Pline, les Athéniens, en reconnaissance de prédictions qui leur étaient relatives, lui firent élever une statue dont la langue était dorée C5) . Vers le premier siècle , le stoïcien Panétius , Archélaüs , Cassandre et Scylax d’Halicarnasse , savaus astronomes de cette époque, écrivirent contre les prin-
(l> Appian. , Jiell. Syr. § 58 .
Arrian. , Anab. VII , 1 6 , 9.
Delambre, dans la Biographie universelle , T. IV , p. 335 . w Vitruv. , de dre hit. IX, 6, 1 . cil. Schncid. w) Vlin. , VII , 37 , p. 3 g 5 , 10.
eipes de cette science (,) , ce qui donne lieu de supposer qu’elle commençait alors à se répandre parmi les sectes philosophiques. On peut en dire presque autant du magisme, doctrine religieuse desPerses et des Mèdes, dont les Grecs ont commencé à avoir quelque connaissance dès l’époque de l’expédition de Xcrxès l2> . Depuis lors, des mages vinrent fréquemment visiter la Grèce; il s’en trouvait à Athènes, au moment où Platon mourut, qui regardèrent ce philophe comme un être plus qu’humain, et lui firent des sacrifices, parce qu’il était mort à quatre-vingt-un ans tout juste, nombre le plus parfait à leurs yeux, étant le produit de 9 par 9 <3> . Démocrite s’était instruit dans les principes du magisme (4) ; et même Aristote (selon d’autres, Antisthène ou Rhodon) avait écrit un livre sur ce sujet, intitulé Maytxôv (5) . 11 est donc vraisemblable quele magismeavait trouvé en Grèce quelques partisans; mais personne, sans doute, n’en voudrait conclure qu’il se fût introduit dans le cercle des opinions et même des superstitions répandues chez les Grecs. On reconnaît qu’il en fut de même de l’astrologie, lorsqu’après s’être pénétré de l’esprit de cette époque, ou le compare avec ce que l’histoire nous montre par la suite; et l’on doit regarder comme certain que l’astrologie n’avait pénétré ni daus la religion ni dans les usages de la Grèce
(1) Cic. , de Divinat. Il , 4 a.
(î) Flin., XXX, 1 ; p. 5 a 3 , 12.
^ Senec. , Epistol. LVIII , 28 ; ubi vide Ruhkopf.
W Plin., I. I. — Diogen. Laert., IX, r jl\.
( > Diogen. Laert., I, I ; ibiq. Casauli. — Suid. , voce ÀvtioOiv.
libre, et qu’elle y fut toujours une croyance bornée à un petit nombre d’individus.
C’est avec l’époque romaine que commence, pour ainsi dire, une nouvelle ère pour l’astrologie; à peine les Romains sont-ils en contact avec l’Orient ; à peine mettent-ils le pied en Egypte , long-temps avant la conquête de ce pays, qu’elle se répand en Italie avec rapidité, et devient bientôt une opinion populaire (1> : c’est ce qui explique pourquoi, dans l’ouvrage de Lydus tt) , tous les pronostics tirés des anciens auteurs , soit étrusques soit rdmains, se rapportent aux auspices, à la météorologie ou à la doctrine fulgurale des Etrusques, tandis que l’astrologie se montre seulement dans les citations tirées des écrivains postérieurs. Les nombreux fragmens qui nous restent des ouvrages de ÎNigidius Figulus, attestent que ce Romain illustre, l’ami de Cicéron, et néanmoins fort adonné à l’art divinatoire, croyait à la possibilité de prédire l’avenir par l’observation des météores, ou par l’inspection des entrailles des victimes. Tout ce qu’il dit à ce sujet décèle encore une origine purement étrusque, ou du moins italique; de même que, dans ses observations sur la sphère et sur les constellations, il ne suit que les traditions my thologiques desGrecs. Rien n’y a rapport à l’astrologie proprement dite ; mais ou voit des Romains distingués, ses contcm-
Eunius , Ap. Cic., de Divin, 1 , 58. — Cato , de Me rust.X, l\ . Propert. , IV , Eleg. I, 79 . Seq.
® Lydus, de Osteniis , ed. C. B. Hase. Farisiis, 1 8a3.
poraius , s’empresser d’approfondir les secrets de cet art trompeur. Lucius Tarutius, egalement l’ami de Cicéron cn , en fait une étude spéciale : et Varron demande à ce Tarutius le thème natal de Rome: celui-ci en calcule l’année, le mois, le jour et l’heure tt> : et, ce que cet horoscope présente de plus curieux, c’cst que la date y est énoncée selon le calendrier égyptien , preuve nouvelle, mais surabondante, de la source où Tarutius avait puisé sa prétendue science.
Malgré les raisonnemens de Cicéron t3 >, l’astrologie ne fit pas moins les progrès les plus rapides. Agrippa ne put remédier à ses progrès et à tous les désordres qu’entraînaient les prédictions de ses fauteurs, qu’en les expulsant de Rome et de l’Italie u> . Ces expulsions furent souvent renouvelées par les empereurs (5) ; mais l’astrologie avait jeté de trop profondes racines dans l’esprit du peuple pour qu’elle ne reparût pas aussitôt après qu’on l’avait proscrite. Et, dans le fait, quel, résultat pouvaient avoir de telles mesures, quand les princes euxmêmes donnaient l’exemple d’une croyance sans bornes à cet art mensonger? Marc-Antoine n’avait-il pas auprès de lui un astrologue égyptien auquel Cléopâtre avait le soin de faire dire tout ce qu’elle voulait <6) ?
(l) Cicer. , de Divinal. II , 47 .
® Vlutarcü. , in Romul. § 1 1 .
l3) De Divinal. Il, 42-47.
w Dio Cassius , XLIX, 43.
W L>ps. , Excurs. G. ad Tacit. Annal. II , 3a.
Vlutarch. , in Anton. jj 54-
Auguste , qui défendit aux astrologues de tirer l’horoscope des particuliers ct) , ne fit-il pas dresser, par le devin Théogène , son thème natal qu’il rendit public, et fit même placer sur ses monnaies <2) . Tibère passait pour très fort en astrologie , science qu’il tenait de Thrasyllus (3> . JNéron y avait aussi la plus grande confiance (4) . L’astrologue Ptolémée , en dressant le thème natal d’Othon , lui avait prédit qu’il serait empereur un jour w : c’est là ce que l’on appelait genesis ou genitura imperatoria : et il est arrivé que ceux qu’on soupçonnait d’avoir reçu des astrologues de pareils thèmes furent mis à mort par les empereurs intéressés à faire manquer la prophétie : tel fut le sort de Métius Pomposianus sous Domitien (6> . Vespasien, qui fit chasser de Rome les astrologues, tenait cependant auprès de lui Séleucus , dont les prédictions lui servaient à régler ses entreprises iT> ; il avait aussi la plus
W Dio Cassius, LVI, a5.
CO Sueton., instug.Çgi. Ce signe est celui du capricorne, qui est le Çû&ov enoptpov d’Auguste, c’est-à-dire, le signe sous lequel il avait été conçu ( Scaliger , ad Manilium, p. 1 48 , > 49 ) > selon les principes de l’astrologue Achinapolus dont Vitruve dit : qui etiam non e nascentia, sed e conceptione rationes explicatas reliquit ( Archit. 1 X, 6,1 ;ed. Schneid. ) .
CS Tacit., Ann. VI, 2 o.— Sueton., in lïb . , § 1 4- —Dio Cass.,