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Observations critiques [microforme]

Dans le cours de l’année académique actuelle, M. l'abbé Benjamin Pâquei, docteur en théologie et professeur do théologie à l'Université Laval, a donné à la même Uni:

versité, des leçons sur le libéralisme. Cette question, si pleine d'actualité et toute pleine d'intérêt, a été traitée par le savant professeur en cinq leçons qui, imprimées, forment un opuscule d’une centais de pages.

Après l'avoir lu et relu, médité même, je viens vous demander la permission d’en faire la critique. Comme de raison, je serai loyal : tout écrivain qui n’a d'autre but que de servir la vérité doit l'être. Ecrire pour écrire est une sotte besogne que je méprise ; écrire pour défigurer la vérité ou calomnier le prochain est un vilain et fort coupable métier que j'abhorre profondément.

J'approuverai, je louerai sans restriction quand il y aura lieu ; je blâmerai quand il le faudra, sans user de ces palliatifs qui déguisent plus ou moins ce que l'on pense.

Toute dissimulation est indig» d'un honnête homme.

J'ose espérer et croire que lu. l'abbé Pâquet ne se méprendra pas sur mes intentions.

Je veux remplir un devoir, servirla bonne cause, rien de plus, rien de moins. Je mets sa personne absolument hors de cause ; je ne m'occupe que de sa doctrine. Si j'estime devoir décerner des éloges à son œuvre, je le ferai, mais non pour flatter , de même, s’il m'arrive d'y trouver à reprendre,je censurerai uniquement en vue d’être utile et non pour mortifier.

M. l'abbé Pâquet ne devra pas s'étonner non plus que je prenne la liberté de m'occuper de son œuvre, car par là même qu’il l'a rendue publique, il a donné à un chacun 1e dr”it de dire tout haut oe qu'il en pen-

se, de ia juger,

| que la raison

Ceci étant dit, j'entrerai tout de suite en matière.

L'opuscule de M. Pâqueta pour titre Le Libéralisme, Rien que ce titre,;m'impres* sionna on ne peut plusagréableient. Voilà, me dis-je, qui est fameux, qui est magnifique ! Une brochure dirigée directement contre le libéralisms ! et cette brochure vient de Québec! ce qui est bien mieux encore, de l’Université Laval même ! Beni soit le ciel uui multiplie ainsi les amis de la vérité et les adversaires de l’erreur.

Je ne m'étais pas trompé; cette brochure est bien réellement dirigée contre le libéralisme, Mais il y a deux espèces de libéralisme : l’un que professe les irapies déclarés et auquel on donne le nom d’'indifférentisme, de naturalisme ; l'autre, que professent ou qu'ont professé grand nombre de catholiques, même pieux, et qu'on nomme le «libéralisme catholique».

Or, de ces deux espèces de libéralisme, M. l'abbé Pâquet n'en combat qu’une, le libéralisme impie. Dans un style clair, concis, pas plus orné qu’il ne faut, le savant professeur établit victorieusement que la liberté n'est pasla licence ; qu’au contraire, c'est, comme parle si magnifiquemeni et en même temps si exactement le P. Félix, un muuvement sans entraves dans le bien. Il démontre que nous avons, il est vrai, le pouvoir de faire le mal, mais que jamais nous n’en saurions avoir le droit ; que nous sommes nécessairement sous la dépendance de Dieu, parce qu’il est rotre Créateur ; qu’une loi, dérivant de sa divine sagesse, doit par conséquent nous diriger, et que cette loi est l’amie et la protectrice de notre liberté. Rien de pe rigoureuscement vra:, et aussi, RPpUy sur ces principes incontestab!es, M. l'abbé Pâquet fait-il

nne justice de ce que certains hommes appellent liberté de conscience, expression fabriquée par les artisans de l’erreur,et qui, sous des dehors décents, abrite une monstrueuse impiété, c'est-à-dire la liberté de penser et de croire ce que l’on voudra.

Il fait remarquer à ce propos qu'une fois

ue la humaine a constaté l'exis-

tence de la révélation divine par des preu-

ves extrinsèques, elle n’a plus le droit, ni par conséquent la liberté de refuser d’accepter les enseignements ot les préceptes qui lui sont manifestés par cette révéla tion.

De là il conclut que les hommes sont strictement obligés d'embrasser et de professer la vraie religion, lorsqu'elle leur est suffisamment connue, que l'indifférentisme absolu, qui consiste à dire que l’homme est libre de croire ou de ne pas croire, est faux et impie, et que l’indifférentisme relatif, qui prétend que l’homme peut choisir par différentes religions est également faux et impie.

M. l'abbé Pâquet en. vient ensuite à parler de la liberté des cultes. Par une argumentation toujours extrêmement faciie et limpide, il prouve qu’admettre en principe qu'un gouvernement peut ou doit regarder toutes les religions du même œilest une impiété, car les gouvernements comme les individus ont l'obligation de se conformer aux lois divines.

L'erreur, comme telle, doit toujours être condamnée etelle ne saurait acquérir de droits. Cependant il reconnaît, comme le reconnaissent d'ailleurs tousles théologiens, qu’il peut parfois se rencontrer des circonstances tellement graves qu’elles forcent un gouvernement catholique à permettre l'exercice public des différents cultes, c’està-dire, à pratiquer la tolérance civile. Mais il a soin d'ajouter ue les chefs des peuples, tout en accordant ia liberté civile des

aux cultes, pour éviter de grands malheurs, ont toujours, à l'égard de Dieu et de la s0ciété, l'obligation de promouvoir le vérita ble culte dans les limites de leurs pouvoirs et de leurs attributions.

Il complète sa thèse en développant cette grande et importante vérité : que la seule profession de] religion catholique assure le bonheur des peuples, la stabilité des gouvernements ; et qu'un gouvernement catholique, lorsque les circonstances no l’exigent pas, ne peut, saus renier sa foi, proclamer la liberté civile des faux cultes.

La derniére question que traite M l’abbé Pâquet est celle du progrès. I fait voir, en s'appuyant sur les paroles de Pie IX, que le vrai progrès, comme la vraie civilisation, repose sur les principes immuables de la vérité et de la justice, sur le respect dû à l'Eglise et au Siége apostolique. Quant au progrès matériel, il démontre, par l’autorit6 de St. Thomas en particulier, qu’il est licite lorsqu'il est contenu dans les justes limites, et que l'Eglise, loin d’être son ennemie, sait l’apprécier et même : encourager quand il est bien entendu. Il terminè en indiquant quel est le moyen d’échap-

er à l'empire du mirage trompeur de ce

ibéralisme funeste qui conduit à l’abime, c'est de se tenir étroitement attaché à l’en-

À | tetime aire:

seignement de l'Eglise et de ses pasteurs ; c'est de leur obéir en tout avec la plus scrupuleuse exactitude.

Je viens d’esquisser à grands traits la majeure partie de l’opuscule de M. l'abbé Pâquet. Je le répète, tout dans cette partie est bien ordonné, clairement exposé, brièvement et élégamment exprimé. Les arguments y sont bien agencés et tout-àfait inattaquables. La doctrine, seule chose d'après laquelle on juge du mérite réel d'un écrit, ne laisse rien à désirer : elle est on ne peut plus sûre,d'une pureté parfaite.

En résumé, les pages que je viens d’ana:

lyser, et elles sont de beaucoup les plus nombreuses de l’opuscule, rendent à la vérité ua important et précieux hommage; elles brillent d'une beauté sévère, mâle et vigoureuse, ce qui n’est pas peu dire.

Quelques détails, de minime importance au fond, les déparent un peu cependant, M. l'abbé Pâquet affime qu'il y a des défenseurs nuisibles de la vérité, lesquels disent anathôême aux chemins de fer et à toute espèce de progrès matériel. Je sais Les top quels sont ceux dont M. l’ab-

6 Paquet veut parler; mais je sais aussi qu’il leur prête des idées qu’ils n’ont pas, qu'ils n’ont jamais eues.

Sans dire anathème aux chemins de ‘er et à toute espèce de progrès matériel, on peut bien tenter de faire voir aux hommes de notre temps, trop exclusivement occupés de la matière, s’y enfonçant même plus qu’il ne convient, que ies chemins de fer et autres inventions de notre siècle, sont des biens relatifs, qu'on estime trop en eux-mêmes, et qu’il én est d’auures, qu’on néglige et qu'en va jusqu'à mépriser, qui leur sont infiniment supérieurs. Voilà en somme ce que prétendent les défenseurs nuisibles de la vérité en Europe .et en Canada, pas autre chose. En démontrant que le progrès matériel doit être subordonné au progrès moral et contenu dans de justes limites, M. l'abbé Pâquet a affirmé ni plus ni moins ce qu'ont affirmé les hommes qu’il signale comme nuisibles. Mais un petit grain d'amertume et ds mauvaise humeur l'a empêché de s'apercevoir qu’il dit au fond exactement la même chose que ceux qu’il croit combattre.

La manière de dire de M. Pâquet et de M. Veuillot est différente, Pidée qu'ils ont à cœur de faire prévaloir est identique.

A propos de tolérance, M. l'abbé Pâquet, ayant dit et démontré que la tolérance dogmatique et doctrinale n’est pas chose possible, mais que cependant la ‘‘berté civile des cultes peut être tolérée, quand les circonstances sont assez impérieuses pour l'exiger,ajoute ce qui suit: « Mais j'entends «les descendants des Jansénistes se récrier ce n'est pas là la nure doc- «trine, la saine théologie ; c'est la théologie « des compromis, la théologie modernisée.

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