CHAPITRE III
La musique et l'économie politique.
A propos d'économie politique, cette question a été souvent posée : les moyens de transport, les professions libérales, le commerce, les services publics, la musique et autres beaux-arts, sont-ils oui ou non productifs? ou bien n'ont-ils d'autre résultat que d'entretenir un corps de parasites?
La musique est certainement un art de rapport, bien que d'une manière indirecte. Le goût musical, dans une nation, est un agent économique qui contribue à l'harmonie de la société, sans prendre ce mot dans le sens musical.
La musique rend l'homme plus heureux, clic raffine, en le soustrayant, du moins momentanément, à rinfluence des passions corruptrices. Elle fortifie sa santé et lui prépare une longue vie en développant, par le chant, les organes de la respiration. Elle est efficace contre la folie et exerce une action salutaire sur d'autres maladies. Elle entretient le courage du soldat et trompe ses fatigues, elle rehausse la solennité des cérémonies, accroît et élève nos émotions.
Source féconde de plaisirs sociaux, elle tempère les sentiments violents et brutaux de riiomme, et lui inspire le sens esthétique : bref, elle le polit et le perfectionne.
N'hésitez pas à initier vos enfants à la musique. Ils y gagneront, eux et leur entourasre. L'écolier, orné de connaissances musicales, fera toujours meilleure figure que son condisciple confiné dans l'étude de la littérature et des sciences : sa santé, sa moralité et sa bonne humeur s'en ressentiront . Or les
citoyens bien portants, honnêtes et heureux, qui assurent la paix de la nation, sont pour elle autant de coefficients de prospérité. L'ingénieur qui trace le plan d'une locomotive représente-t-il une valeur inférieure à l'ouvrier qui en ajuste les différentes parties? L'architecte qui arrête les proportions et choisit les matériaux d'un édifice est-il moins précieux que le maçon? Eh bien! ne sert-il à rien, le musicien qui relève la personnalité de l'homme et favorise la quantité et l'excellence du son travail?
Les philosophes qui nient Futilité de la musique me rappellent, par leur aveuglement et leur cynisme, ces vieux émigrants hollandais qui assimilaient Técole aux dépenses superflues et les professeurs à des sangsues. Un raisonnement sensé prouvera que la noblesse de l'homme civilisé et sa supériorité sur les animaux et les sauvages se manifestent dans son développement artistique.
L'individu produit et consomme ce oui est
indispensable à sa subsistance et conforme à ses goûts. Que tous ses besoins et ses goûts, ses goûts artistiques par exemple, ne soient pas innés, c'est possible 1 Mais le besoin du savon est-il inné, lui? U y a quelques siècles cet article de toilette était tout à fait inconnu. Une montre autrefois était un objet de luxe. Remontez un peu plus loin, et vous verrez hommes et femmes se passer de dentelles, de soieries, de bas, même de linge. Le progrès industriel et raccroissement de la fortune publique ont introduit dans la vie courante une quantité de choses auparavant réservées au luxe. Le sucre, les épices, le café, la verrerie, les tapis ne sont plus des sujets d'étonnement.
Sans doute, si l'humanité se contentait de pain, de viande, de vêtements et d'outils sommaires, on pourrait augmenter à Linfini la production de ces objets de première nécessité au détriment de l'art. Mais l'homme civilisé ne vit pas seulement de pain et de viande. Il a des
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penchants immatériels. L'intensité du désir artistique est si brûlante chez certaines natures cérébrales que l'expression « avoir soif de musique » cesse pour elles d'être une métaphore.
On peut évaluer à ses plaisirs préférés le niveau moral et intellectuel d'une nation. Plus l'homme avance dans la civilisation et plus il recherche les divertissements variés de l'esprit. En admettant que les distractions artistiques ne soient pas indispensables, au sens matériel du mot, elles n'en restent pas moins très avantageuses. La musique contribue pour une large part à l'agrément de la vie.
L'influence de l'art ne doit donc pas être méconnue en économie politique.