‹ Observations d'un musicien américainChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE XVII Musique et argent · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII Musique et argent

Si le public veut bien se contenter, au même prix, de dragées de plâtre, à quoi bon fabriquer des dragées de sucre? Une réflexion aussi mercantile peut se pardonner dans le commerce : en art, c'est un crime, familier hélas I à nos compositeurs, éditeurs, professeurs, exécutants, journalistes et impresaj'ii.

Les Vestales préposées à l'entretien du feu sacré abandonnent le temple pour adorer le Veau d'or.

En fait d'art le public doit être assimilé à une réunion d'enfants qui préfèrent les jouets aux

jouissances plus relevées de l'imagination. Le devoir s'impose aux artistes de raffiner le goût de leur clientèle, comme aux parents d'intéresser les enfants à autre chose qu à leurs bagatelles de prédilection.

De temps en temps au moins, que le musicien suive sa propre inspiration au lieu de chercher toujours à plaire et de vendre son taknt! La composition musicale est ravalée à une spéculation commerciale.

La cupidité de notre peuple, en subordonnant la valeur intrinsèque de nos productions artistiques à leur valeur pécuniaire, entrave toute tendance esthétique. Gagner de l'argent : tel est l'unique but de la plupart de nos artistes qui débitent au public un art inférieur. D'autres, plus scrupuleux que positifs, produisent des œuvres qui dépassent, ils le savent mieux que personne, le niveau musical de nos compatriotes.

La carrière de musicien conduit tout droit à l'indigence. A vouloir imposer son influence

civilisatrice, celui-ci perdra son temps. Il brisera ses ailes et retombera blessé dans la lice des vulgaires chercheurs de dollars.

Hélas ! nos compositeurs affamés de popularité, se condamnent à étouffer leur inspiration ! Faute de flatter le goût plébéien , ils peupleront les casiers des bibliothèques. Dans toute profession, musicale ou autre, l'exploitation de la faiblesse humaine est généralement la tactique la plus lucrative.

La perfection se trouve entre les extrêmes. Pas plus que ce tapage insipide, décoré du nom de « musique populaire », les créations compliquées de Bach ne formeront le goût musical. Cherchez le juste milieu. N'y a-t-il d'autre alternative pour les artistes que de fouiller dans nos poches ou bien de s'envoler vers les nuages ?

Pourquoi n'élèvent-ils pas le niveau de la musique dans nos écoles, nos églises, nos théâtres? Ils rehausseraient leur prestige en participant à l'éducation nationale, quand ils ne

sont aujourd'hui que des marchands de brui agréable.

Combien de tempéraments n'attendent que l'occasion pour faire fleurir Fart ! Et notre nation est à même de se procurer les meilleurs professeurs.

^ Quoi de plus grandiose au monde que nos montagnes, nos forêts et nos fleuves, ô compositeur ! Avant d'interpréter la nature sous une forme personnelle et définitive, en art, il faut d'abord l'observer et étudier ensuite l'idéale conception que l'homme s'en est faite. Le champ nous est largement ouvert, à nous Américains.

Quel dommage que la musique reste en arrière dans un pays si favorisé par la Providence et où les branches de l'activité humaine atteignent à des résultats extraordinaires !

A qui la faute? à ces musiciens qui ne convoitent que la fortune au détriment de notre progrès artistique.

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