‹ Observations de l'évêque de Perpignan au sujet des attentats dirigés contreChapitre 2 sur 3 · LETTRE DE MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE D'ARRAS · texte numérisé non relu

LETTRE DE MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE D'ARRAS

Pierre-Louis Parisis, par la miséricorde divîue et la grâce du Saint- Siège apostolique Évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer, au clergé et aux fidèles de notre diocèse , salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus -Christ.

Nous devons avant tout, Nos Très-Chers Frères , vous expliquer comment nous ne promulguons qu^aujourd'hui ces paroles solennelles du Prince visible des Pasteurs , destinées par leur nature à être connues de tous les enfants de la sainte Église de Dieu.

C'est à 'Paris, où nous avait appelé la session du Conseil impérial de l'instruction publique, que nous avions préparé le Mandement qui devait accompagner cette promulgation prescrite, et comme l'impression de toutes nos communications au diocèse se fait dans notre ville épiscopale , il eu est résulté des retards durant lesquels furent annoncés d'abord l'armistice, puis la paix , et l'on jugea que ces événements subits , en changeant la situation des choses , étaient toute opportunité au Mandement et même à l'Encyclique.

On pouvait croire , en effet , que les désordres, dont le Saint-Père se plaignait à si juste titre, étaient occasionnés uniquement par l'efTervescence que communique toujours une grande guerre aux pays qui en sont le théâ* tre, et même aux contrées voisines. Cette circonstance semblait tout ex^ pliquer, et il nous était facile de comprendre qu'au milieu des innombrables préoccupations qu'exige le commandement en chef d'une grande armée conduite si rapidement à des batailles effroyables et à des victoires gigantesques, on ne pouvait pas , de quelque génie que l'on fût doué , toujours tout prévoir ni tout contenir au loin. Yoilà ce nous aimions à nous dire.

La guerre étant donc terminée, et le résultat ordinaire de la paix étant de tout faire rentrer dans Tordre , puisque le désordre , c'est encore la guerrci nous devions croire que les provinces soulevées contre l'autorité temporelle du Souverain-Pontife reviendraient à l'obéissance qu'elles lui doivent, que la puissance à laquelle le Saint-Père attribue surtout ces agitations serait obligée de suivre une autre voie, et qu'ainsi, les plaintes exprimées dans les Lettres encycliques du IS juin n'ayant plus d'objet, il n'y aurait plus, lieu d'ordonner à cette occasion des prières spéciales. Voilà pourquoi nous avions attendu.

Mais, à notre grande douleur , des espérances si naturelles et si fondées se trouvent déçues. Loin de se calmer, l'insurrection de ces provinces, dé-

pendantes de Fantorité pontificale, continne, s'accroit et comble la mesure. A la révolte ou ajoute l'outrage; on cherche à couvrir l'ingratitude par les accusations les plus injustes et par les plus odieux oieusonges ; on Représente comme tyrannique et comme incapable le gouvernement le plus sage et le plus paternel, et dans des assemblées dont il est impossible, sous aucun rapport, de reconnaître ni la compétence ni la légitimité, on pousse l'audace jusqu'à prononcer la déchéance de la puissance souveraine la plus ancienne et la plus sainte qu'il y ait an monde.

Or, remarquez-le bien, N. T.-C. F., ce qu'il y a de plus triste dans ces coupables égarements, ce ne sont même pas les atteintes portées aux droits temporels du Saint-Siège, quelque criminelles et maudites qu'elles soient ; ce sont les pensées malveillantes, ce sont les sentiments hostiles répandus, fomentés, et, pour ainsi dire, naturalisés pour la première fois, dans ces populations chrétiennes , contre le Chef de l'Eglise, qu'elles étaient habituées à vénérer non-seulement comme la plus haute puissance humaine , mais comme le dépositaire auguste et suprême de la puissance de Dieu.

On se demande avec effroi ce que pourront respecter des peuples catholiques qui auront été dressés à braver et à bafouer un tel Souverain , et comment il sera jamais possible d'établir un gouvernement quelconque dans ces belles provinces de Tltalie , quand on les aura enivrées de toutes les folies de l'insubordination, de toutes les passions de la haine et de toutes les joies iufernares du sacrilège.

Ce qui ajoute encore à notre tristesse et à nos alarmes à la vue de la décomposition sociale qui s'opère en ce moment dans ces contrées si comblées des bienfaits du Ciel , c'est que, par une coïncidence malheureuse, elle se rattache malgré nous à la gloire de nos armes, puisqu'une guerre entreprise avec un noble désintéressement , pour donner à cette brillante partie de l'Europe une organisation plus en japport avec certaines idées modernes, n'y aurait produit jusqu'à cette heure qu'une désorganisation on tous les calculs se perdent, et puisqu'une paix, qui, par une de ses clauses fondamentales, tendait à mettre comme un rayon de plus sur le diadème pontifical, a été suivie d'un redoublement d'outrages , de trahison et de blasphèmes précisément contre cette couronne trois fois bénie.

Assurément, nous n'eu croyons pas moins à la droiture des intentions et à la sincérité des paroles ; aujourd'hui , comme il y a quatre mois, nous sommes bien sûr que la France n'est pas allée en Italie pour fomenter le désordre, ni pour ébranler le pouvoir du Saint-Pere^ quelle avait replacé sur son trône (I), et nous espérons toujours fermement que cette parole souveraine triomphera tôt ou tard des obstacles qui s'opposent à son entier accomplissement.

Mais enfin ces obstacles subsistent, puisque les affaires ont marché dans un sens tout contraire et que la sagesse humaine est aux abois. Or, tant qu'ils subsistent, le mal se fait, les esprits se pervertissent, le respect de

(i) Proclamation du 3 mai.

toute aatorité se perd, des ambitions insensées se généralisent, et, ce qui est plus déplorable encore à nos yeux, les saintes croyances de la foi s'altèrent, la simplicité des mœurs chrétiennes disparait, le règne de Dieu eufin, que nous avons mission de propager et de défendre, ce règne, sans contredit le plus légitime et le plus inviolable de tous, dépérit dans les âmes et dans les habitudes publiques , sous l'influence continue des déclamations impies, des publications licencieuses et des exemples scandaleux.

Voilà, N. T.-C. F., pourquoi nous venons vous demander des prières plus ferventes et plus unanimes, car 'quand Fhornme est impuissant pour détourner des fléaux, à qui recourir, si ce n'est à Celui qui seul domine toute puissance ?

Nous prierons donc tous, N. T.-C. F., pour que le cœur si généreux et si sensible de notre Souverain-Pontife et père soit consolé, que tous ses sujets reconnaissent ses bienfaits et se soumettent à ses douces lois, que les peuples soient désabusés des enchantements qui les égarent et des haines qui les corrompent; qu'ils se séparent des factieux et des anarchistes, enfin qu'ils comprennent cette grande et étemelle parole des saintes Écritures : que c'est la justice qui, seule, fait grandes les nations , et que c'est le péché qui les rend malheureuses (i). Alors tout rentrera dans l'ordre, les amertumes de l'Église seront adoucies , la société européenne reprendra le cours de ses pacifiques prospérités, et les magnanimes promesses de l'Empereur étant remplies, attireront sur sa personne sacrée et sur la France l'abondance des bénédictions divines.

A ces causes^ nous avons ordonné et ordonnons :

Art. 1 . A tous les saints du Très- Saint-Sacrement, on chantera trois fois l'antienne Parce Domine avant le Tantum ergo, et l'on dira l'oraison JEcclesiœ tuœ après l'oraison ordinaire.

Art. 2, Tous les prêtres diront à la sainte messe les trois oraisons Pro papa.

Art. 3. Nous exhortons les fidèles à faire en leur particulier d'autres prières aux intentions susdites et d'y appliquer de temps en temps le fruit de leurs communions et autres bonnes œuvres.

Et sera notre présent mandement, ensemble les Lettres apostoliques, lus au prône le dimanche qui suivra leur réception.

Donné à Arras, en la fête de Notre-Dame des Sept-Douleurs, le 1 8 sep« tembre 1859.

f Pierre-Louis, Évéque d^Arras^ de Boulogne et de Saint'Omef,

(i) Justitia clcvat gcntcs, niiseros antem facit populos pcccatam. (Prov., XIV, 34.)

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