M. BRETONNEAU
A M. LE D“ LODIBERT,
Médecin ordinaire de Classe, ex-Médecin en Chef de l’Hôpital militaire de Philippeville, Chevalier de la Légion d’Honneur.
Témoignage d'affection filiale et de profonde gratitude.
DE
FIÈYRE PERNICIEUSE.
« Nuila est alla pro certo noscendî via nisi quam pluruni et morborum et dissectionum hislorias, liim ahorum
se comparare. »
(Morsagni.)
des observations, employer qui décrit, et non pas celui
ei moriJuruLii ci proprias, collectas habere «
11 faut, dans la rédaction toujours le mot qui peint e
qui juge et qui décidé. ^ ^ Leçons cliniques.)
S’il est une maladie dans laquelle le médecin est l’arbitre de la vie et de la mort, c’est sans contredit la fievre
(Laüttcr.)
Les symptômes de la fièvre pernicieuse sont si varies, qu’ils forment, pour ainsi dire, un abrégé de toutes les maladies aiguës.
(J.-P. Frank.)
Une bonne histoire cliniqne des maladies à qninquma, et des fièvres pernicieoses particulièrement, offrirait, je crois, au patholostste un intérêt puissant, serait pour le praticien d’une nt.l.te incontestable, etfourniraità la plupart des questions qui s agitent va,nement aujourd’hui dans la presse médicale et devant les academies une solution précise et rigoureuse.
Malheureusement la grande généralité des observateurs qui se son. occupés du sujet n’ont point recueilli leurs histoires par iculières daiiLn but clinique; c’est ainsi que Tort,, dont pourtant les observations sont, à si juste titre, citées partout comme des modèles,
déclare !<ji-même qu’il n’a poiiK eu l’intention de donner des histoires complètes. «Neque enim hyperbolice loqui, sed fideliter morbos «describere mens est, etquidem dissimulando potins non nihil, quam
«amplificando illorum gravitatem.
«Si enim exactam ægrorum hypotyposim prosequestus essem , etc. » (T. 2, page 88.)
Il suffit d’ailleurs de lire les observations de l’illustre médecin de Môdène pour voir qu’il voulait avant tout démontrer l’efficacité du quinquina.
C’est en se préoccupant surtout d’une démonstration semblable, devenue de nouveau nécessaire par le mouvement des doctrines médicales, que M. Maillot, qui a écrit la dernière monographie sur la matière, a aussi négligé les détails dans ses observations, et a encouru le reproche qui lui en a été fait par les savants auteurs du Compendium de médecine (tome 5, page 361) ; ce reproche du reste pourrait être adressé à presque tous les auteurs qui ont traité du même sujet.
Aussi M. le professeur Bouiilaud, constatant pour ainsi dire l’état de la science, a dû écrire dans sa Nosographie médicale (1846): «Il serait bien à souhaiter que les maladies dont nous venons de rappeler la dénomination ( les fièvres pernicieuses ) fussent cliniquement étudiées sur de nouveaux frais.
Jusque-là, je ne crains pas de le répéter, tout sera confusion, chaos, dans cette importante partie de la pathologie. »
Mais je crois aussi que, vu la nature du sujet,les forces d’un seul homme ne sauraient suffire à l’édification d’une histoire générale des maladies à quinquina', et qu’il est absolument nécessaire que les éléments en soient fournis par des observateurs de différents pays.
Telles sont les considérations qui m’ont déterminé à composer ma thèse inaugurale à peu près exclusivement d’observations de fièvres pernicieuses.
Ces observations ont été recueillies à l’hôpital militaire de Phi-
lippeville (Algérie), où j’ai rempli pendant plusieurs années des fonctions analogues à celles des internes dans les hôpitaux civils. Sans me préoccuper des. nombreuses classifications proposées, je les al partagées en trois séries: dans la première, j’ai placé celles qui sont caractérisées par un trouble fonctionnel du système nerveux; dans la seconde, celles qui sont caractérisées par un trouble fonctionnel des organes de la digestion; dans la troisième, un seul cas caractérisé par une.hématurie et un ictère intense. ,
A ces observations, si ce n’esl à la dernière, je n’ai ajouté aucune réflexion, aucun commentaire; je n’aurais pu le faire sans dépasser de,beaucoup les limites qui me sont imposées; et d’ailleurs, comme cela est, je crois, suffisamment établi, ce qu’il y a de mieux à faire dans l’état présent de la science, c’est de recueillir des histoiresparticulières suffisamment détaillées, et de laisser à l’avenir le soin de les réunir et d’en tirer, lorsqu’elles seront assez nombreuses, les déductions quelles pourront comporter.
Toutefois il est un point de l’histoire des fièvres pernicieuses plus controversé que tout autre, qui a été plus que tout autre obscurci par les idées théoriques ou préconçues, et que j’ai plus particulièrement étudié : c’est l’anatomie pathologique. Je présenterai donc quelques remarques sur ce point; mais je les présenterai sous la forme de propositions, forme qui aura l’inconvénient de donner à mes idées l’apparence d’une décision qui ne s’y trouve point; mais, cette forme m’étant commandée par la nécessité d’être bref, je prie qu’on veuille bien l’excuser en cette considération.
Quelques remarques sur l’anatomie pathologique de la fièvre pernicieuse comateuse.
1" iV n’y a pas d’altération anatomo-pathologique caractéristique de la fièvre pernicieuse comateuse ;
2° Cependant, tous les observateurs et toutes les observations sont à peu près d’accord sur ce point, il existe une hyperémie de
tous les viscères , d’autant plus prononcée et plus générale, que l’individu était plus fort et plus sanguin, circonstance qui explique comment les anatomo-pathologistes, qui ont voulu assigner un siège à la fièvre intermittente : dans l’estomac ( M. Bailly, de Blois et M. Rocheh dans la rate (M. Audouard, M. Boudin), dans l’axe cérébro-spinal (M. Maillot), ont pu trouver une apparence de preuves matérielles dans les autopsies de fièvres pernicieuses. Mais quelle est la valeur de cette hyperémie ? Telle est aujourd’hui, je crois , toute la question.
3“ Cette hyperémie n’est pas une inflammation, quel que soit l’organe dans lequel on l’étudie; cette assertion est prouvée par les considérations suivantês :
À. La généralisation même de l’hyperémie.
fi. Le sang ne présente pas les caractères inflammatoires ; il n’y a pas augmentation de la fibrine. (V. Recherches sur l’état du sang dans les maladies endémiques de l’Algérie, par MM. Léonard et Foley, t. 30 des Mémoires de médecine, chirurgie et pharmacie militaire.)
La sang fourni par les saignées n’est jamais couenneux ; celui qu on trouve dans les cavités du cœur est du sang liquide, noir, poisseux, ou bien à l’état de caillots cruoriques ou gélatiniformes, mais jamais sous la forme de ces caillots denses, fermes, jaunâtres, qui font le caractère anatomo-pathologique du sang dans la diathèse inflammatoire.
C. Dans les organes hyperémiés, le sang n’est point intimement mêlé aux tissus ; on le trouve toujours dans les vaisseaux du plus gros volume, ce qui est manifeste surtout dans le cerveau, le foie , les reins : tel foie, qui parait congestionné d’abord, ne le paraît plus si on ne l’incise qu’une heure ou deux après 1 extraction ; il est, du reste, facile de s’assurer que le tissu lui-même n’est pas hyperémié, si on incise avec assez de précaution pour ne pas couper un vaisseau important; quand une muqueuse est hyperémiée, le sang disparaît par le lavage ou une macération de quelques heures.
L’hyperémie siège toujours dans les parties les plus déclives des organes: anses intestinales, poumons, cerveau, dont le pointillé est toujours plus;prononcé en arrière qu’en avant.
D. Chez les anémiques, et surtout les hydrémiques, il n’y a pas d’hyperémie (obs. 6). Dans ces cas, on trouve une quantité notable de sérosité-dans certains organes : les poumons, le tissu sousarachnoïdien, c’est dfe dernier fait que paraissent avoir voulu généraliser MM. Sonrier et Jacquot (mémoire in Gazelle-médicale, 1849) ; mais parmi leurs observations, il n’y en a que deux dans lesquelles ce caractère soit bien manifeste (obs. 2 et 7), et ce sont deux hydrémiques qui en font le sujet.
E. L’absence constante de produits inflammatoires, quelque violente et prolongée qu’ait été la maladie : quand on sait avec quelle rapidité le pus est produit dans certains cas de méningite, comment s’expliquer, la nature de la fièvre pernicieuse^tant supposée inflammatoire, qu’on ne trouvât jamais rien de pareil, même après les accès les plus prolongés, et présentant pourtant des symptômes analogues à ceux de la méningite.
F. L’absence même de toute altération de tissu dans les organes hyperémiés ; la substance cérébrale particulièrement, dont la texture est pourtant si délicalé , est presque constamment plus.ferme que d’habitude. M. Bailly (de Blois) me semble avoir noté ce caractère dans le plus grand nombre de ses observations, et je suis heureux de pouvoir dire que j’ai, il y a déjà longtemps, entendu M. Bretonneau insister beaucoup sur ce point ; cet observateur éminent attachait même à ce caractère une telle importance, qu’il le regardait comme suffisant, pour faire distinguer après la mort une fièvre pernicieuse d’une méningite , quand il n’y a pas de produits inflammatoires -, il en est de même du tissu de la moelle.
G. La marche assez souvent intermittente de la maladie.
il. La terminaison si brusque quand elle est heureuse; la convalescence si franche, si rapide chez les individus forts.
1851. —f. Petibon: ^