I. La spécificité des causes
J. La spécificité du traitement.
4“ L’hyperémie est-elle le résultat d’une irritation ? Si par irritation on entend le phénomène initial de l’inflammation, j’ai répondu à la question ; si on entend un phénomène purement nerveux, la théorie devient inattaquable, mais aussi elle cesse de s’appuyer sur des faits matériels et saisissables.
5° L’hyperémie est-elle une congestion? La solution de cette question est difficile et la difficulté tient à ce que, dans l’état actuel de la science, on ne sait au juste à quelle altération matérielle donner le nom de congestion ; mais si on veut entendre par là l’imprégnation parle sang du tissu même de l’organe, il n’est pas douteux que la rate, le poumon, ne soient congestionnés, (je crois, même que la congestion de ce dernier organe joue un très-grand rôle dans le mécanisme de la mértjpar fièvre pernicieuse), et qu’ils ne le soient pendant la maladie ; les altérations que ces deux viscères subissent consécutivement en sont la preuve, et elles tiennent indubitablement à leur texture. Lorsqu’un individu meurt après des fièvres intermittentes répétées, on trouve presque toujours un œdème du poumon ou une sorte de carnification sans granulations du même organe (observation 10).
5° Enfin je crois que les congestions (en prenant ce mot dans son acception la plus large) qu’on trouve après la mort par fièvre comateuse ont la plus grande analogie, si ce n’est une parfaite identité, avec celles qu’on trouve après la mort par asphyxie et je dirai des unes etdes autres, que très souvent les congestions trouvées sur le cadavre n’ont aucun rapport avec les symptômes observés pendant la vie; que chez un individu jeune et fort, frappé de mort dans la plénitude de la santé et sans hémorrhagie, il faut bien que le sang se trouve quelque part, et qu’il n’est pas étonnant qu’il soit dans les gros vaisseaux veineux ; que dans les deux cas, le sang subit une altération qui le rend plus noir et plus épais, et que cette circonstance me paraît avoir exagéré, aux yeux de beaucoup d’observateurs, l’intensité de
rhvDerémie ; que la multiplicité de congestions prouve qu-ellcs sont le Résultat d'un trouble général de la circulaUon et non le résultat d'une altération propre à l'organe congestionné
Je crois devoir rapprocher de ces considérations le résultat de l'examen de la rate chez quinse individus, ayant per, de mort violente ou ayant succombé à une affection autre que les maladies a
''To'üîlot, constitution forte, vingt-sept ans, soldat au 43' de ligne, trois ans de séjour d'Afrique; submersion; rate pesant 430 gr.
Mohammed-ben-Abdallah, indigène, vingt-cinq a vingt-huit ans, conslilution assez forte; assassinat (section de la moelle epiniere par une balle) ; rate de 750 gr. .
X sujet robuste, vingt-cinq ans, soldat au 2 de ligne, trois ans de séjour d’Afrique, deux ou trois entrées à l’hôpital pour la fièvre intermittente ; suicide (coup de feu à la tête) ; rate ramollie,
constitution forte, vingt-quatre ans, huit jours d’Afrique; écrasement du côté gauche de la poitrine (poumon dilacere) ; rate de 110 er, ; pas de fièvre antérieure.
Lavaud, constitution forte, vingt-trois ans, 43'’ de ligne, six mois d’Afrique sans maladie, submersion ; rate de 150 gr.
La femme Robert, constitution moyenne, trente-neuf ans, deux mois d’Afrique ; assassinat (balle ayant traversé le cœur et le foie), jamais de fièvre intermittente; rate de 170 gr.
Delabarre, constitution forte, vingt-quatre ans, ouvrier d administralion, séjour de dix-h„ic mois en Afrique, en France pendant dlx-hnil mois, nouvelle année d’Afrique ; fracture du crâne ; rate de 2i)0 er. environ.
X. ., indigène, constitution robuste, trente ou trente-cinq ans, hémorrhagie par écrasement du rein gauche; rate de 170 gr. ^
Moutoire, robuste, vingt-six à vingt-huit ans, sergent du genie, deux mois d’Afrique; fracture comminutive de la cuisse par une balle, mort un mois après d'infection purulente; rate de 450 gr.
X.... sujet maigre, mais fort et bien musclé, quarante-cinq ans,, vingt-trois ans de service, train d’artillerie, cinq ans d’Afrique, suicide (coup de feu à la tête) ; rate ramollie, diffluente, peu adhérente, de 400 gr.
Gourbâud, vingt-huit ans, 43® de ligne, un an d’Afrique ; variole ; rate adhérente, de 250 gr.
Lécuyer, constitution faible, sept à huit ans, douze à quinze mois d’Afrique, a pris du sulfate de quinine chez ses parents, suivant son dire ; tumeur blanche de l’articulation coxo-fémorale ; rate assez ferme , friable, de 320 gr.
Chaaban-ben-Jahaïa, faible, anémique, très-maigre, vingt-trois à vingt-cinq ans, n’aurait jamais eu la fièvre, bien qu’habitant une tribu voisine d’El-Arrouch ; mort d’anémie croissante et d’ulcère atonique à la jambe droite ; rate adhérente à enveloppe épaisse, cartilagineuse à sa face externe, à tissu violacé, friable, comme carnifiée, de 500 gr.
Marlignan, grand, de constitution moyenne, vingt-six ans, 3® chasseurs d’Afrique, près de six ans de séjour, a eu les fièvres à Sétif et à Philippéville ; gangrène à la verge; suite de phimosis vénérien, diarrhée; rate assez ferme, un peu adhérente, de 350 gr.
Foucard, constitution moyenne, trente-quatre ans, 3® chasseurs d’Afrique, cinq ans de .séjour, n’a jamais eu la fièvre; extirpation d’une tumeur fibreuse peu considérable, située sur le grand trochanter, hémorrhagies consécutives, ascite; rate non adhérente, très-ferme, comme racornie, enveloppe d’un blanc mat, adhérente au tissu propre, celui-ci très-dense, non friable, exsangue, comme carnifiée, 120 gr., foie de 1,000 gr.
Des recherches, portant sur un chiffre aussi peu élevé, ne peuvent sans doute pas avoir une grande valeur, cependant on remarquera que chez tous les individus examinés, à l’exception du dernier, qui avait une ascite, le poids de la rate a été trouvé à peu près proportionnel à la durée du séjour d’Afrique.
Nota. L’abréviation suif, quin., ou s. q., souvent employée dans les observations, signifie sulfate de quinine, et s. q. op ., sulfate de quinine opiacé, c’est-à-dire contenant par gramme 5 décigrammes de teinture d’opium. Les lettres jo., m., q. signifient portion, demiportion, etc., des hôpitaux militaires.