SECONDE SÉRIE
Accès pernicieux caractérisés par un trouble fonctionnel des organes de la digestion.
Observation XVI. — Accès [cholérijorme; crampes, selles ei vomissements séreux. Guérison.
Baubiac, soldat au train des équipages, brun, d’une constitution assez forte, âgé de vingt-sept ans, est apporté à l’hopital le 13 septembre 1846, à huit heures du
matin. 11 présente alors l’état suivant : teinte violacée de tout le corps , extrémités froides, face amaigrie, langue blanche, humide, froide à la pointe ; voix enrouée, cassée ; iotelligencé nette , pouls inperceptible, même sur le trajet des carotides; respiration plaintive ; 24 à 26 inspirations ; battements du cœur sourds; inspiration normale, soif; évacuations alvines fréquentes et semblables à de l’eau de riz. Le malade dit avoir éii des vomissements verdâtres avant son entrée ; il accuse des crampes dans les membres, surtout dans les jainbés ; il dit qu il est en Afrique depuis dix mois, qu’il a été à l’hôpital deux fois l’hiver dernier pour fièvre et maladie de poitrine ; il a eù souvent la fièvre au quartier. Depuis quinze jours , il avait une diarrhée légère, stercorale. Le 9, il a eu un accès de fièvre à huit heures et demie du matin avec frissons et chaleur ; l^accès se renouvela les jours suivants en retardant; les accès étaient réguliers, duraient cinq ou six heures; il a, depuis l’invasion de la fièvre, la diarrhée continue sans s’exaspérer, mais aujourd’hui, il a été pris, à six heures du matin, de frissons avec douleur épigastrique; brisement dans les tnembres ; puis apparaissent les symptômes décrits plus haut. — Infus. till. et feuilles d’orang. chaude, 2 litres, pot. éthérée, catap., sinap. aux membres, 4 vent, sur la base de la poitrine, 1 gramme de suif, de quin. à prendre de suite, 1 gramme à prendre de deux heures en deux heures, à dix heures, un autre à midi. Les ventouses produisent beaucoup d’anxiété et d’oppression; on est presque aussitôt obligé de s’en tenir à celle donnant peu de sang.
A midi. L’état est à peu près le même, le pouls est toujours insensible, les vomissements et les évacuations alvines ont continué avec le même caractère, les extrémités sont plus froides, les cataplames sinapisés ont à peine rougi la peau ; le malade s’agite dans son lit ; de temps à autre, il soupire profondément, il exprime le sentiment d’une fin prochaine.
A quatre heures du soir. La face est meilleure, mais tirée et amaigrie ; les vomissements et les selles ont continué; le pouls peut être senti au pli du bras et à la carotide, mais il disparaît, et on ne peut le compter.
Le 14 septembre, à la visite du matin. Jactitation, cessation des crampes, voix toujours altérée, extrémités moins froides, respiration suspirieuse, plaintive ; 11 inspirations; pouls petit,Arès-faible , 95 puis.; langue sèche, un peu rouge à la pointe ; soif ardente; les vomissements ont continué très-fréquents et se renouvellent chaque fois que le malade boit; ces matières alvines ressemblent à de la purée jaunâtre très-claire; le malade dit s’être levé trois ou quatre fois cette nuit, mais n’avoir eu qu’une selle; il se plaint surtout de la cuisson produite par les cataplasmes sinapisés, lesquels ont été laissés jusqu’ici. Enfin, il dit avoir vomi
chaque fois qu’il a pris du sulfate de quiniae, et l’avoir gardé quelque temps, deux ou trois fois seulement (5,0 non étendu). - D., inf. üll., feuil. d’oraug. ; chiendent, lim. cit., 2 vésic. aux cuisses, 2 vent. scar. épig., suif, quiii., 3,0 gr. pour la journée.
Cinq heures du soir. Le mieux continue, le malade soupire et s’agite moips ; 94 puis. , 15 inspir.; il a vomi après avoir pris son suif, de quin. de dix heures-, il n a pas vomi celui de midi, il vient de vomir celui de quatre heures.—Vésicatoire à l’épigastre.
Le 15. Pouls plus fort, 78 puis-, 16 inspir.; chaleur normale; disparition complète de la teinte bleuâtre de la face ; pas de vomissement depuis près de quatre hèures ; sommeil la nuit, sentiment de mieux; langue un peu sèche, soif toujours vive; une seule selle peu abondante pendant la nuit ; diarrhée stercorale un peu, épaisse. - D.,lim. citr.,lim. citr. vineuse, 2 pot. acidul.
Le soir, même état.
Le 16. Peau chaude et sèche; pouls large et plein, 72 puis.; respiration calme, 17 inspir.; langue blanche et humide; plus de vomissements, une seule selle liquide et stercorale pendant la nuit; le malade se plaint d’avoir toujours envie de dormir; il accuse de l’oppression et une sorte de douleur dans la région sternale, cependant le murmure respiratoire s’entend normal partout; il est encore très-faible; il se tient avec peine sur son séant. —D., lim. citr., 3 pot. acid.
Le 17. Face injectée, peu de sommeil, accès de hoquet, voix naturelle, pouls rebondissant, 68 puis. ; langue bumide et blanche , rouge à la pointe et sur les bords; soif toujours vive, pas d’appétit; 2 selles la nuit, peu copieuses, liquides, stercorales. — D., lim. citr., 4 pot. acid.
Le 18. Pouls forl, régulier, 60 puis.; langue humide; un peu moins de soif, peu d’appetit; 2 selles diarrhéiques; le malade est très-tourmenté par le vésicatoire ; il se plaint de n’avoir pas dormi la nuit; les cataplasmes sinapisés ont fait vésication ; les membres et la région épigastrique présentent de vastes surfaces en suppuration. — Bouillon, un peu de raisin, lim. citr., 4 pot. acid.
Le 19. Pas de selle depuis hier matin; même état, du reste. — Lait, pot. nitijée à 2 grammes. '
A partir de ce jour, Baubiac entre en convalescence, mais il reste longtemps faible ; ses véâicatoires suppurent douze ou quinze jours encore, malgré dis pansements frequents faits avec des topiques astringents ; on donne quelques toniques; on augmente graduellement le régjme; etil sort enfin le 13, octobre pour aller en France au dépôt de son corps.
Obs. XVll.
- Accès cholériforme ; crampes, selles et vomissements é Guérison.
Rousseaux , soldat au train d’équipages, employé à la forge, âgé de vingt-six ans, d’une constitution assez forte, entre à l’hôpital le 27 octobre 1847, â trois heures de l’après-midi ; nous ne sommes prévenu de son entrée qu’à six heures. Voici toutefois les renseignements que nous avons recueilli. Rousseaux est €
. il a eu des fièvres dans la saison, les deux années pré-
Afrique depuis trois ans; ii a,eu uc» , .
cédentes; cette année, il est déjà entré deux fois à l’hôpital, également ppur la fièvre intermittente; la deuxième fois, il l’avait tous les jours; il prit une dose de sulfate de quinine chaque matin, pendant huit jours (0,8, 0,6 gr ), et entre rapidement en convalescence.
Sorti le 24 de ce mois, il eut hier, 26, un accès de fièvre avec frissons, tremblement, céphalalgie et sueur ; cet accès dura environ deux heures ; ce matin à dix heures, avant d’avoir rien mangé, éprouvant des frissons, de la soif et de la faiblesse, il se coucha en ayant hu pour se désaltérer de l’eau et du sirop ;iJ fut pris de vomissements et de selles sanguinolentes; il allait, dit-il, comme une jontaine, mais sans coliques; il n’avait pas non plus de céphalalgie, mais il éprouvait dans les jambes des crampes très-douloureuses ; depuis lors, il n’a pu se réchauffer. Cet état se prolongea jusqu’au moment de l’entrée à l’hôpital ; alors, l’administration de 0,8 de suif. quin. ayant déterminé des vomissements le chirurgien de garde constata qu’ils étaient formés d’un liquide limpide, faiblement teint de sang. Dans la salle, les vomissements elles selles sanguinolentes continuent; l’infirmier qui malheureusement avait jeté les matières, compare aussi celles des vomissements à de l’eau rougie, et, du reste, de larges traces sanglantes qui existent sur les draps, attestent encore la vérité de ces rapports. L’infirmier ajoute que les matières des selles étaient beaucoup plus foncées; elles ressemblaient tout à fait à du sang liquide dans lequel il y avait une certaine quantité de
caillots. , . J
A quatre heures du soir, nouvelle administration de sulfate de quinine, nouveaux vomissements, mais non sanglants, un quart d’heure après, on fait encore prendre 0,8 de suif. quin. Ceux-ci sont gardés. - Sinap. aux cuisses.
Enfin, à six heures, nous constatons l’état suivant : face amaigrie , yeux profondément excavés , environnés d’un cercle noir; agitation, extrémités froides, pouls imperceptible, respiration suspirieuse par intervalle, à 44,pu s.; voix en ïouée, cassée, aiguë, de temps à autre; cris plaintifs qui rappellent le hurlement de certaines bêtes fauves, déterminés le plus souvent par des crampes dans les
membres inférieurs, el que le malade dit être sa plus grande ou plutôt son unique souffrance; pas de céphalalgie; intelligence intacte; langue blanche et humide, froide à la partie antérieure; grande soif (2 litres d’eau de riz ont été consommés depuis l’entrée); pas de selleS depuis environ cinq heures; pas de miction les battements du cœur sont précipités, et l’auscultation, pratiquée à la partie postérieure du côté gauche, laisse entendre le murmure respiratoire peu étendu, mais parfaitement normal.
A dix heures du soir. Décubitus dorsal, affaissement, plus d’agitation; pouls un peu sensible, respiration fréquente, yeux demi clos, voix éteinte; le froid des bras paraît, gagner la poitrine. Le malade répugne à parler ; il ditqu’il n’avaitpas aussi froid, il y a quelques heures, que maintenant; il dit aussi qu’iléprouve quelquefois de la douleur aux hypochondres en se tournant dans son lit, mais que cette douleur n’est pas augmentée par la pression. Il y a encore des crampes de temps à autre; ni selles ni vomissements depuis six heures. L’administration d’un gramme de sulfate de quinine détermine des Vomissements pénibles, anxieux, abondants (1 litre 1/2 environ), d’un liquide verdâtre porracé demi - transparent. De nouveaux sinapismes ont été placés aux mollets à huit heures du
Le 28. Face amaigrie, pommettes un peu rouges, yeux excavés, chaleur aux extrémiPés; pouls .sensible, mais fuyant sous le doigt et impossible à compter; respiration calme, 28 inspirations; voix enrouée et affaiblie ; soupirs de temps à autre ; langue blanche et humide, non froide ; ni selles ni vomissements depuis hier soir; sentiment de chaleur à la gorge. Le malade se trouve mieux ; cependant il n a pas dormi la nuit, ei il idit ressentir encore des crampes qui s’étendent des mollets jusqu’aux orteils. — Inf. de thé, 2; 1,0 de suif, de quin. est vomi immédiatement; un autre, pris un quart d’heure après, est gardé; sinap. aux genoux.
A une heure après midi. Décubitus dorsal, face moins amaigrie, calme, naturelle, un peu pâle; yeux encore excavés entourés d’un cercle noirâtre; chaleur normale sans moiteur; pouls petit, disparaissant parfois, â 108 puis.; mouvements respiratoires à peine vi.sibles, 24 à 26 insp. Plus de soupirs, plus d’agitation, voix plus ferme, plus aiguë; plus de crampes, pas de selles, pas de miction, pas de sueur, depuis le matin; vomissement il y a une heure; pas de céphalalgie.
A six heures du soir, le mieux se prononce de plus en plus ; décubitus dorsal, peau peu chaude, sans miction; figure meilleure, voix assurée; depuis le dernier examen, pas de crampes, pas de vomissements, pas de selles, pas de miction, pas de sueur, pas de céphalalgie, pas de sommeil; sentiment de mieux,
toujours de la soif; langue blanche, plate, humide, d’une rougeur normale sur les bords.
Le 29. Sommeil, chaleur douce et un peu humide de la peau ; pouls assez développé à 86; respiration calme, naturelle; voix affaiblie, encore un peu enrouee; sentiment de mieux, pas de céphalalgie, pas de crampes, pas de vomissemenis, pas de selles; langue blanche et humide. Le malade dit avoir eucore un peu de soif, avoir uriné deux fois cette nuit. — Lim. citr. gom., 2, s. q., 0,8.
Le 30. Le malade se trouve bien ; il a très-bien dormi la nuit. 11 se sent un peu d’appétit; il n’est pas étourdi quand il se lève; il ne se plaint que de ses sinapismes, qui, en effet, ont laissé des traces érysipélateuses. Face un peu rosée mais amaigrie; langue blanche et humide; ni selles ni sueur la nuit; pouls assez développé à 70. — Bouill., lim. citr., s. q., 0,8.
Le 31. Mêmes prescriptions; plus, vl., une pomme cuite.
Le 1“, le 2 et le 3 novembre- S. q., 0,6; régime graduellement augmenté jus- (|u’à la portion.
Le 17, accès de fièvre simple, 2 ; d.
Le 18 et le 19. S. q., 0,8.
Les 20, 21 et 22. S. q., 0,6.
Sortie le 29 novembre.
Obs. XVIll. — Accès cholériforme-, crampes, vomissements bilieux selles saugainoîenles. Guérison.
Ouval, soldat au 13' régiment d’artillerie, âgé de vingt-six ans, d’une constitution assez forte, est apporté à l’hôpital le 6 novembre 1847, à cinq heures du soir; nous le voyons une heure après, et nous constatons l’état suivant; Decubitus dorsal ; alternatives de calme et d’agitation; peau sèche, extrémités froides; pouls à peine sensible, à 112; respiration assez calme, plaintive ou suspirieuse de temps à autre, à 26-28 ; face pâle et amaigrie, avec teinte violacée; yeux excavés , entourés d’un cercle noir; langue blanche, plate et humide , froide à son extrémité antérieure; voix aiguë et enrouée ; soif; pas de miction depuis le ma- ,i„. pas de sensation de froid; pas de céphalalgie, bien qu’il y en eût beaucoup le matin; un peu de douleur à l’hypogastre et à l’hypochondre droiti»ion augmentée par la pression; crampes dans les mains et dans les jambes, déterminées surtout par les mouvements. Diival a toute son intelligence, mais il répond avec répugnance; cependant il nous fournit les renseignements suivants; Né à Rennes; il est depuis cinq ans au service, et en Afrique depuis trois ans ; il a toujours ete à Bone, Constantine ou Setif, et ce n’est que depuis trois mois qu’il est à Phi- 1851. — Peti/jon. ^
lippeville; il n’a jam.ais éprouve d’accidents conune.ceux d’aujourd’hui; il a.eu,la fièvre intermittente pendant un mois ou deux étant à Montfort (Ille-et-Vilaine) ; on lui a donné du sulfate de quinine, et elle s’est passée; il n’avait jamais eu la lièvre depuis qu’il est eu Afrique, quand, il y a quinze jours, il Fut pris de lièvre tierce caractérisée quelquefois par des frissons,.mais surtout par de la céphalalgie, de la courbature et des vomissements; l’administration du sulfate de quinine (au quartier) la fit cesser; mais, le 3 novembre, il fut pris, à neuf heures du matin, d’un accès semblable aux précédents. Le 4 , apyrexie complète. Le 5, nouvel accès. Enfin, ce matin 6, vers huit heures et demie , aussitôt après l'administration de-son sulfate de quinine, il a été pris de selles et de vomissements abondants tout à fait semblables à de l’eau teinte de sang; mais il n’a eu ni froid, ni frissons, ni douleur de ventre; les évacuations par hautet par bas ont continué avec le même caractère ; les selles toute la journée, le vomissement jusqu’à deux heures seulement;en tout,cinq ou six environ. Alafin,dit-il, n’ayautplus la force d’aller aux lieux, il a fait demander le médecin, qui l’a aussitôt envoyé à rhôpital.
Pendant cet examen, le malade s’est fréquemment agité en poussant des soupirs et de petits cris plaintifs; il s’est levé, a été à la selle, et a rendu, sans colique, environ 1 litre de liquide teint de sang, sans odeur, ressemblant assez à de l’eau vineuse au fond duquel nageaient .de petites pellicules blanchâtres organiques , semblables à celles qui existent dans les selles dysentériques, mais en très-petite quantité; cinq ou six minutes après , le malade a été pris de vomissements , et il a rendu par cette voie environ f litre et 1/2 d’un liquide limpide, verdâtre, couvert d’une écume très-banche, mêlée de matière grisâtre allant au fond du vase. 11 est remarquable que lorsque, les plaintes, les soupirs et le bâillements prennent plus d’intensité, ils précèdent une selle ou un vomissement. — D. rizgora. p.op., suif. quin., 0,C op. , sina|). aux jambes, catapl. laudanisé sur l’abdomen.
A neuf heures du soir; Tranquillité, demi-sommeil, un peu plus de chaleur aux extrémités; pouls imperceptible; respiration calme, régulière, à 24; pas de vomissements depuis six heures ; presque pas de crampes ; une selle de % semblable aux précédentes.
Le 7. Décubitus dorsal, tranquillité, sentiment de mieux; face rosée; peau chaude et sèche; mains chaudes ; pieds encore froids ; pouls plus fort, à 88; respiration calme, régulière, à 18; voie aiguë et enrouée; encore quelques soupirs de temps à autre; langue large et humide, un peu brune au centre, ainsi que les dents; pas de sommeil, pas de céphalalgie, pas de crampes, pas de selles, pas de vomissements, pas de miction. Le malade dit qu’il a eu très-chaud et qu’il a «ué cette, nuit ; cependant on n’a pas été obligé de le changer de linge ce matin
1«. appliqué, hier .air out é.é l.i..é.i«.qu’à ee m.meu., eepe.d.n,
ils a’ont aue rougi légèreraeat la peau. —P. mf. de lhe, s. q. 0, .
A cinq heures du soir. La face est rôsée; mais les yeux sont toujours excaves et entourés d’un cercle noir ; tranquillité; chaleur normale; respiration calme „onls petit et dur, à 90; langue humide, noirâtre au centre; soit continuelle ; a onze heures, vomissement de liquide limpide, verdâtre; pas de selles, pas
miction , pas de sueurs, pas de crampes. . , . 70 pnoore
Le 8. Face calme, ualurelle ; chaleur normale ; pouls peu for , a 70 ; vo.x encore
un peu enrouée; langue très-humide, rosée sur les borcb, blanche au centre: toujours soif; pas d’appétit, pas même envie de prendre du bouillon ; urine safraiée; pas de selles, pas de vomissements , pas de céphalalgie, pas de crampes,
î^oinmeil la nuit. — R. g., s. q. 0,8. . * , im pi,oip„r
Le 9. Le mieux se prononce de plus en pins; face rosée et naturelle; chaleur normale; respiration calme ; pouls à M , large et dur; sommeil la nuit; langue large, plate et humide, couverte au centre d’un enduit grisâtre ; pas de soif; un "peu d’appétit; pas de selles. - Même prescription.
le 10 Tl. K.,s..q.0,8, p. op. demi-lav. aniyl. op.
Le 11 Face rosée; chaleur normale ; pouls assez large, à 66 ; langue blanche et liumide; pas de selles depuis la fin de l’accès ; pas de céphalalgie; le malade ne «'est pas encore levé, parce que, dit-il, il est étourdi, et que les forces lut niantjueht. — R. g., s. q. 0,8.
Le \l' Chalèuf normale, pouls dur, assez fort, à 56; pas de céphalalgie ; pas de selles encoré ; le malade se trouve bien ; il se lève, mais il a encore peu d apnétit. — Même prescription.
A partir de ce jour, Duval entre tout à fait en convalescence; on lui donne successivement le q., Ia d: et les t. q. U n’éprouve aucune rechute, et sort le 2 décembre.
Obs. XIX. - M cholériforme; pas de crampes , vomissements séreux, selles dysentériques. Mort. Autopsie,
turière, soldat au S'' de ligne, âgé de vingt-trois ans, d’une constitution assez - forte^, est apporté, à l’hôpital le 31 août 1848, à midi. Cet homme, en Afrique depuis un an ' n'a pas eu de fièvre l’année dernière; mais celle année, api es l’ai oir eue assez forte pendant un mois, à i’hôpital de Constantine (c’est ainsi du moins qu’il caractérise sa maladie), il était envoyé en convalescence. Parti e 28, ii eut, le 29, un accès de fièvre simple, et aujourd’hui, 31, il fut pris, a que ques
lieues de Philippeville, d’évacuations sanguinolenteset muqueuses, et de vomissements d’un liquide transparent comme de l’eau. Il but alors considérablement, line heure après l’arrivée, nous constatons l’état suivant : Froid général très-intense, principalement aux extrémités; plaques violacées sur les cuisses et le tronc; face amaigrie, mais animée et sans teinte violacée bien prononcée; yeux caves ; pouls à peine perceptible et impossible à compter : voix cassée et enrouée ; respiration suspirieuse, à 36; un peu d’agitation ; connaissance parfaite; douleurs abdominales très-vives, au point qu’une pression, même légère, ne peut être supportée; loin de se trouver froid, le malade dit que le corps lui brûle, et i! est dévoré d’une soif inextinguible ; lalangue est large, plate, humide, et peu froide; il n’y a ni crampes ni céphalalgie ; les draps présentent plusieurs larges taches de sang; le pourtour de l’anus et la fesse du malade sont barbouillés d’une matière sanguinolente, mousseuse et glaireuse'; le vase de nuit contient un demilitre environ de sang d’un rouge sale, au fond duquel se trouvent des matières glaireuses.
A l’entrée, on a donné : eau gom., suif, quin., 1,0, op., pot op.
A deux heures, 6 vent, scarr. abdomen , sinap. aux avant-bras, jambes, et cuisses; lav. amyl. op., 1,0 de suif, de quin., lequel provoque immédiatement des vomissements abondants d’un liquide incolore-
A cinq heures du soir (contre-visite). Il semble y avoir un peu dé mieux; la figure est meilleure; la voix est moins rauque; la respiration n’est plus plaintive; mais le froid des extrémités est tellement intense quelles donnent la sensation du marbre; sueur générale; encore un peu d’agitation; pouls toujours imperceptible; ni selle ni vomissements; depuis deux heures, soif toujours impérieuse; l’abdomen n’est presque plus douloureux ; mais la douleur s’est concentrée à l’hypochondre droit, etelle est augmentée par les mouvements respiratoires ; aucune douleur à la pression de la région splénique.—Inf. tilleul chaude; frictionner le malade avec un lin. amm. camph., l’envelopper de couvertures de laine; placer des cruches d’eau chaude aux pieds; sinap. aux avant-bras; 4 vésic. jambes, cuisses; 1 vent. scar. 1. d.; potion éthérée; suif, quin., 1,0 op.
A neuf heures du soir, le malade est dans l'abattement ; il ne peut supporter les couvertures, il se découvre; il dit qu’il a encore eu quelques petites évacuations de même nature que les précédentes; pas de vomissements; le froid parait avoir un peu diminué au tronc, mais il est toujours très-intense aux extrémités; le pouls, très-petit, tantôt disparaissant, tantôt s’accélérant, peut être compté, mais d’une manière imparfaite; 100 puis, environ; même douleur à l’hypochondre droit.—Suif. quin. 1,0, qui est vomi aussitôt.
Le l®' septembre, décubitus latéral droit; demi-sommeil; abattement; ce[>en-
dant quand on fait parler le malade, on remarque une certaine vivacité insolite dans les paroles, mais l’inteliigence est toujours très-nette; extrémités toujours froides ; pas de sueur ; moins de coloration de la face ; yeux caves ; voix enrouee ; plaintes de temps à autre ; respiration irrégulière, suspicieuse par moment, a 26; pouls très-petit, impossible à compter; langue blanche, humide; soif toujours vive, moins qu’hier cependant. Aurière dit que, cette nuit, il n’a pas urmé, et qu'il n’a eu qu’une seule selle sanguinolente, comme les précédentes, mais volontaire (on n’a pas gardé les matières); il ajoute qu’il n’a pas dormi de la nuit; il accuse maintenant une douleur au creux épigastrique, laquelle n’est pas augmentée par la pression. — Inf. till. avec feuille d’oranger; pot. éthérée op. I[20; lav. amyl. op.; 2 vent, scarr.; rég. épigast.; lin. ammon. camphrée; suif, quinine 2,0.
L’abattement augmente; le malade tombe dans une sorte de coma; il faut l’exciter pour le faire répondre, mais alors les réponses sont justes.
ftfort à midi.
Autopsie, 20 heures après la mort.
Roideur cadavérique; sujet assez robuste, pourvu d’un certain embonpoint; teinte rosée.
Poitrine. Une cuillerée de liquide citrin transparent dans le péricarde; sang liquide, noir et épais, dans les deux ventricules; caillot gelée de groseilles dans les deux oreillettes, un peu gélatiniforme dans la droite; cœur un peu mou, pesant 200 gram.
Les poumons sont sans adhérences, rosés, très-beaux ; le droit est légèrement engoué à sa partie postérieure; le gauche l’est davantage; la membrane muqueuse des bronches est hyperémiée, surtout à gauche; la trachée l’est également; les canaux sont remplis d'une fine écume, mêlée, dans la trachée, d’un li- <4uide gris sale, qui paraît être venu de l’œsophage; ce dernier organe contient, en effet, un liquide semblable; sa membrane muqueuse est très-pâle.
Abdomen. La masse intestinale offre une teinte rouge générale; l’estomac contient un demi-litre environ de liquide brun sale, exhalant une forte odeur acide ; la muqueuse et les autres membranes sont pâles dans la moitié gauche, et semblent avoir subi un commencement de ramollissement gélatiniforme, lequel s’arrête brusquement à la partie moyenne de l’organe; à droite, les membranes reprennent leur consistance normale; la muqueuse est rosée; tout l’intestin est rempli d’un liquide rouge sale, assez semblable à de la lie de vin peu épaisse; il peut y en avoir deux litres environ ; la surface interne de l’intestin grêle est uniformément rouge violet, coloration due à une injection générale très-fine, et sur laquelle tranchent les plaques de Peyer et les follicules isolés restés pâles; les
— Si —
premières , jaunâtres , derai-ti-anspareutes , saillantes de 1 niillimèire environ , ressemblent assez à certaines plaques d’urticaire; la muqueuse intestinale n’est point ramollie, et il est facile d’en disséquer de petits lambeaux; une portion de cet intestin, très-rouge, mise dans l’eau, est décolorée en moins d’unebeure; la surface interne du gros intestin est d’un rouge moins foncé; à l’exception du sommet des valvules conniventes, elle présente des marbrures noires qui feraient penser qu’il a dû exister une diarrhée ancienne; la rougeur devient assez vive à la partie inférieure de l’intestin, dans l’étendue de 0,3 environ ; les ganglions mésentériques sont très-gros, un peu mous et un peu rouges ; la rate est ramollie, non adhérente, et pèse 500 grammes; une pression légère en exprime une bouillie lie de vin; le foie pèse 1600 grammes ; sa substance est d’un grain fin et d’un brun homogène; la vésicule biliaire est remplie d’une bile noirâtre, poisseuse; les vaisseaux qui circulent dans la substance des reins sont remplis de sang noir; ces organes ne présentent rien d’anormal, du reste; la vessie, très-rétractée, conlient une cuillerée à café de mucus ou de muco-pus blanchâtre, et pas une seule goutte d’urine; on remarque sur le col une plaque d’un rouge pointillé.
Télé. Peu de sang dans les tissus épicrâniens, rien dans la grande cavité arachnoïdienne ; peu de liquide sous-aracbnoidien ; les vaisseaux de la pie-mère sont três-gorgés, surtout les veines principales. 11 y a quelques plaques ecchymotiques à la partie inférieure des faces latérales. La substance grise est pâle, la blanche est assez fortement pointillée ; il y a dans chaque ventricule une cuillerée à café de liquide limpide; les plexus choroïdes sont peu injectés; la substance cérébrale est assez ferme, celle du cervelet offre les mêmes pariicufarités. En pratiquant une coupe transversale sur la protubérance annulaire, on remarque que lie centre de cet organe est fortement rosé, au point d’effacer la différence de coloration des stries grises et blanches ; la portion ainsi injectée a la forme d’un coin à base postérieure, à limites très-nettement arrêtées : elle n’est pas plus molle que le reste de la substance cérébrale.
Colonne vertébrale ( examinée vingt-sept heures après la mort). Le tissu cellulaire qui tapisse la face antérieure des lames est hyperémié ; les vaisseaux spinaux sont gorgés de sang noir ; la dure-mère ne présente rien à noter, de même de la cavité arachnoidienne ; quelques vaisseaux rosés serpentent sur la membrane jiropre ; la .substance blanche de la moelle est partout pâle et très-ferme, la grise est légèrement rosée à la partie supérieure ; quelques ganglions du grand sympathique, examinés, sont trèsr-durs, comme cartilagineux, un peu pointillés.
Résumé : Ramollissement de l’estomac.
Rougeurs de l’intestin.
Injection de la protubérance annulaire.
Obs. XX. — Ictère intense. hémalurie; mort. Jutopsie.
Boucrie, s&ldat au train des équipages, âgé de viogt-cinq ans, d robuste , est apporté à l’hôpital le 28 novembre . à cmq heures du sou. un e jaune pâle de la face et de tout le corps, peau chaude , pouls algie. Ce malade nous dit que la fièvre l’a pris hier mat.n a neuf heures, p dZ frissons suivis de chaleur et de sueur; que ce malm elle 1 a >;q»-.sj^on heures, et qu’il a tremblé pendant cinq heures. U ajoute a unnejiu sanp Oesnl.onIan.Jni ; ou croit que cet homme a, comme beaucoup de ^
du sang une urine très-foncée en couleur, et on tient peu compte de ses pa. oies. — E. gom., suif, quin., 1,0 op. ■ ,i
A nerf heure, du .oir, Boucrie non. fait appeler . ü .e plaint ..venierf de cep .al-
algie de faiblesse, et de gêne de la respiration. Depuis l entree il y a eu . eux r„»i...„:u.. de «adère. de I ra. (non. ‘■d-»), --'1-
n’ont commencé qu’un certain temps après l’administration du On nous montre, dans le vase de nuit, un litre et demi environ d un liquide sanguinolent très-foneé, très-épais, que le malade a rendu en urinant; ces matières n’ont pas d’odeur, elles n’ont pas même celle de l’urme ; elles sont J*
épaissL qu’on peut les comparer à de la mélasse ou a une forte décoction de ratanhia’; cependant leur coloration rouge apparait sur les bords et sur de petites bulles écumeuses ; elle devient plus évidente encore lorsqu on remue ou qu o transvase le liquide; du reste, la nature de cette évacuation est clairement démontrée par de larges taches sanglantes qui existent sur les draps, en assex grand nombre, et dont le malade explique ainsi la production : quand 1 env e d’uriner le prend, il est, dit-il, tellement pressé, que souvent 1 urine part, malg ses efforts, avant qu’il ait eu le temps de prendre le pot. Peau chaude, un peu sudorale; respiration accélérée; pouls peu développé, a 1.30; langue blanche TumS^.,baleine non fétide, peu de soif;une selle ce matin, demi-sobde; abdomen souple, non ballonné, un peu douloureux à la pression, mais pas plus dans une parue que dans une autre. L’intelligence est tout à fait normale ; .1 n y a pas de stupeur ; le malade s’inquiète au contraire très-vivement de son état, de la perte de son sang, et de sa faiblesse croissante.il nous dit que déjà une fois a Sm.ndou, et une fois à Constantiue, il a eu la fièvre avec perte de connaissance et évacuation de sang par la bouche et par le nez; mais il attribue appelle des coups de sang, à des chutes de cheval, en sorte qu d est tres-d.f c de savoir au juste de quelle maladie il a été atteint. Quoi qu i en *
jamais bien porté depuis qu’il est à Philippeville; maintenant il a la fie
nùlleale depuis cinq mois, cependant il n’est pas entré à l’hôpital. On Ini donnait du sulfate de quinine au quartier, et la fièvre disparaissait pour sept ou huit jours. — Suif, de quin., 1,0 op.
A onze heures du soir. Sommeil; peau chaude, pas de sueur; pouls fréquent, respiration moins gênée. Le malade est plus calme ; il se trouve mieux ; il a moins de céphalalgie ni miction ni vomissement depuis neuf heures
Le 29(visite du matin). En approchant du malade, on est frappé tout d’abord par l’intensité de sa coloration jaune, c’est véritablement le jaune du citron ; cette coloration était sans doute aussi prononcée hier soir, mais les premiers examens ayant eu lieu à une demi-obscurité , ou à la lumière, elle le paraissait beaucoup moins. Peau un peu chaude ; pouls à 108, assez dur, peu développé ; moins de céphalalgie; respiration à 30, suspirieuse, de temps à autre; un peu de toux avec expectoration muqueuse (Boucrie dit qu’il était enrhumé déjà depuis quelque temps). La nuit, sommeil, pas de sueur, pas de vomissement, quelques nausées seulement; uneselle diarrhéique ce matin,mais ne contenant pas de sang; quatre évacuations urinaires ayant le même caractère que la veille, moindres en quantité peut-être, mais plus foncées en couleur; la langue est blanche et humide; il y a de la soif; la tisane est trouvée froide, le ventre n’est plus douloureux au toucher, mais il y a une vive sensation de cuisson en urinant et en allant à la garderobe. Les battements du coeur sont violents et soulèvent avec force, et dans une grande étendue, les parois de la poitrine; à gauche, on entend un bruit de frottement qui accompagne le premier temps. — D. lim. cit. gom., 3, lav. émoll., suif quin., 0,8 op.
A la rédaction de cette observation, nous nous apercevons que nous avons égaré les notes qui la complétaient; notre mémoire pourra, jusqu’à un certain point, y suppléer.
Boucrie mourut le lendemain, 30 novembre, à neuf heures du soir. La prescription de ce jour futla même que celle de la veille. Jusqu’à la fin ,1a fièvre continua sans rémission appréciable, les évacuations urinaires continuèrent avec le même caractère, en devenant toutefois plus rares, moins copieuses, mais plus noires et plus épaisses; le trouble fonctionnel qui devint prédominant fut la diarrhée; très fréquente dans la journée du 29, elle le devint encore davantage dans la nuit, et le .30, le malade fut pour ainsi dire continuellement sur le pot. Les matières étaient blanches, écuraeuses, un peu troubles, semblables à de l’eau de riz, avec une teinte verdâtre; ces évacuations ne s’accompagnaient d’aucune douleur. Nous ne nous rappelons pas qu’il y ait eu des vomissements; il n’y eut point de refroidissement, point de crampes, et l’intelligence se conserva toujours parfaite. Enfin le 30, vers trois heures, Boucrie s’élait encore levé seul, et s’était mis
sur le pot ; ep se recouchant, il mourut subitement et sans prononcer une pai ole, et en serrant le bras d’un infirmier, qui était venu l’aider à se remettre au lit» avec une force telle, que celui-ci eut quelque peine à se dégager.
Autopsie, dix-sept heures après la mort..
Sujet robuste, pourvu d’un certain embonpoint ; roideur cadavérique très-prononcée; coloration jaune générale, aussi forte que pendant la maladie; peu de sugillation, quelques petites pétéchies au col, pas d’ecchymoses.
Tête. Les tissus épicraniens laissent écouler très-peu de sang. La dure-mère et la grande cavité arachnoïdienne ne présentent rien de remarquable ; il y a seulement une teinte jaune pâle générale. Le cerveau , en place > présente une pâleur notable, sur laquelle tranche la couleur bleue des plus gros vaisseaux. L’arachnoïde est légèrement distendue par de la sérosité transparente ; cette membrane, réunie à la pie-mère, se déchire, si facilement, qu’on peut à peine en enlever quelques lambeaux. La masse encéphalique est pale et ferme ; elle a une teinte plombée, gris sale, de telle;,sorte, que la coloration de la substance grise se fond d’une manière insensible avec celle de la substance blanche ; on dirait un cerveau macéré dans l’alcool. Chaque ventricule contient une cuilleree de sérosité transparente, citrine, très-foncée ; k; voûte et le septum sont intacts ; les plexus choroïdes sont pâles, grisâtres ; dans le ventricule droit, on remarque une vésicule.de la.grosseur d’une petite noisette, à paroi, transparente, remidie d’un liquide .limpide , et paraissant développée dans le plexus, mais adhérente au tiers postérieur de la couche optique. La couche optique et la couche striée ne présentent rien à noter. Il en est de même du cervelet, dont la substance a du reste le même caractère, que celle du cerveau.
Canal'rachidien. La dure-mère rachidienne est pâle et ne présente rien à noter, de même que la cavité arachnoïdienne; la moelle, enveloppée de sa membrane propre , est pâle, et présente à peine quelques vaisseaux longitudinaux ; elle est partout très-dure au toucher; la substance blanche est très-ferme, pâle et sans aucune injection ; la substance grise, pâle également, est beaucoup moins ferme; quand on tire légèrement sur la moelle dans le sens transversal, elle se déchire le long de la substance grise, laquelle s’enlève comme une bouillie par le grattage de l’ongle. (Nous avons fait subir la même épreuve à la moelle d’un homme mort récemment d’accident, et nous ayons obtenu le même résultat.) La queue de cheval a une teinte jaune très-prononcée.
Les ganglions cervicaux du grand sympathique sont très-fermes, et dun gris foncé.
Poitrine. Le péricarde contient un verre de sérosité très-jaune, et ne présente 18$1.—Pe/iion. ®
rien d’anormal; le cœur est très-volumineux, ses vaisseaux propres sont gorgés. Les diverses cavités sont examinées sur place. Une incision faite à l’aorte permet d’en retirer un caillot, long de 3 à 4 décimètres, se prolongeant dans les divisions artérielles ; on ne peut mieux comparer son aspect et sa consistance qu’à de la gélatine teinte en rouge. L’artère pulmonaire laisse échapper un jet de sang; elle contient un caillot qui va adhérer aux parois du ventricule, et qui est beaucoup moins long et moins consistant que le précédent ; la veine cave supérieure est remplie par un caillot mou ; l’oreillette droite contient du sang liquide , et un caillot assez ferme , qui va adhérer aux parois du ventricule ; de même de l’oreillette gauche. Le ventricule droit contient aussi un caillot, assez considérable, entrelacé dans les colonnes; il n’y a rien dans le ventricule gauiche. Tous ces caillots ont à peu près le même aspect; ils sont composés de deux parties, l’une cruorique, rouge foncé, semblable à delà gelée de groseille; l’autre gélatiniforme, demi-transparente , avec une teinte gris sale, ne formant souvent dans la cavité à sang noir, où la première domine, qu’une coucbe très-, mince.
Les grosses veines de toutes les parties du corps , ainsi que les sinus, sont gorgés, et contiennent du sang liquide et des caillots, qui ont le même caractère que ceux précédemment décrits; les vaisseaux d’un plus petit calibre ne contiennent que du sang liquide : celui-ci, partout on on le rencontre, a quelque analogie avec du lait tourné ; c’est de l’eau rougie par des petits grumeaùt sanguins.
Le tissu du cœur est ferme, pâle et grisâtre; l’endocarde ne présente rien d’anormal; le bord libre de la valvule mitrale est dur, très-épais, et comme cartilagineux; il en est de même des tubercules valvulaires de l’aorte, dont deux sont bifides, à 1 centimètre au dessus de ces valvules. Cette artère présente à sa face interne un noyau osseux de la grandeur d’une lentille, et des inégalités sèches, jaunâtres.
Les plèvres ne contiennent pas de liquide; celles du côté droit sont usées par des adhérences sèches, anciennes , qu’il est facile de déchirer. Le poumon de ce côté est engoué dans sa moitié postérieure, dont le parenchyme laisse à l’incision échapper de la sérosité spumeuse, et surnage incomplètement; les parties antérieure et supérieure sont saines et crépitantes; Le poumon gauche, petit et affaissé, ne contient pas non plus de tubercules; il est crépitant et présente à peine trace d’hyperémie hypostatique.
Le larynx, la trachée et les bronches, ne contiennent pas d’écume ; la membrane muqueuse de ces canaux, d’un rouge grisâtre, est couverte d’une couche
de mucus blanc; celle du pharynx est également grise ; celle de l’œsophage est très-pàle sans teinte jaune.
Abdomen. Grand épiploon très-gras et d’un beau jaune; teinte jaune et pâleur extrême de toute la masse intestinale ; absence de liquide ; séreuse comme poisseuse; l’estomac est distendu par un liquide transparent dans lequel nagent des grumeaux d’un beau vert-épinard; même liquide dans le duodénum et à la partie supérieure du jéjunum; à mesure qu’on descend l’intestin, ce lit|uide s épaissit, la muqueuse se recouvre d’une matière verte demi-concrète, qui s’enlève par le grattage; dans la moitié inférieure de l’intestin grêle, on retrouve cette même matière, mais beaucoup plus foncée et en plus petite quantité; du reste, il n’y a plus dü tout de liquide, et la membrane muqueuse est gluante et happe aux doigts, à ce point que les parois intestinales, acèolées l’une à l’autre, ne sont séparées qu’avec difficulté. Il y a des matières fécales presque moulées aux environs du cæcum ; tout le gros intestin d’une pâleur remarquable, est couvert d’une couche de mucus blanchâtre semblable à de la bouillie, qu on peut en faire sortir en pressant la partie inférieure du rectum. La muqueuse gastrique ne présente pas de plis, mais elle est semée d'une foule de petits mamelons du volume d’une grosse tête d’épingle (follicules mucipares) ; elle est très-pâle partout et ferme , moins cependant au grand cul de sac où elle s’enlève par petits lambeaux ou grattage de l’ongle; partout elle est recouverte d’une couche de mucus demi-tran.sparent, adhérent, ressemblant au mucus nasal. D’une extrémité à l’autre de l’intestin, on ne voit pas la moindre trace d’injection; la teinte jaune de la muqueuse va en augmentant de haut en bas, jusqu’à la valvule iléo-c,,.caIe, où elle est subitement remplacée par une pâleur uniforme; partout cette membrane est assez ferme; les plaques de Peyer sont saines; le mésentère est trèsgras , très-jaune, sans injections; les ganglions mésentériques sont peu volumineux, peu fermes, pâles et grisâtres. Le pancréas est volumineux et d’un blanc mat uniforme. La rate adhérente et friable se déchire à 1 extraction, la coque en est friable et présente plusieurs plaques blanchâtres irrégulières, le tissu en est mou et s’en va sous la pression en bouille lie de vin; elle pèse 700 .grammes. Le foie n’a pas d’adhérence anormales, il a une teinte jaune gris, il est ferme, non grenu et pèse 1900 grammes, son tissu n’offre rien à noter, il n’est point hyperémié, les gros vaisseaux seuls contiennent du sang ;'la vésicule est remplie d’une bile vert foncé et semblable a du résiné pour la consistance; la muqueuse est ferme, teinte par la bile et ne présente aucune rougeur.
Organes génito-urinaires. Les uretères incisés à leur partie moyenne ne laissent écouler qu’un mucus épais blanchâtres; la pression exercée de haut en bas n en fait pas sortir dé sang, mais il en sort lorsqu’on les ouvre vers leur quart infé-
rieur. Le bassinet étant ouvert avec beaucoup de précaution, on y trouve une très-petite quantité de liquide sanguinolent, trouble, que l’on voit mieux en pressant les reins ; le tissu de ces derniers organes est ferme mais fortement injecté, et surtout la substance tubuleuse, la pression en exprime du sang d’un beau rouge. La vessie est contractée et contient une cuillerée de sang également rouge, les membranes muqueuse etmusculeuse de ce réservoirsont pâles etcomplétement exsangues; le canal de l’urèthre est pâle dans son tiers postérieur, et d’une teinte grisâtre en avant; la muqueuse des uretères est également pâle.
Le tissu cellulaire et les muscles dont l’autopsie a nécessité l’incision et ceux des mollets, examinés ensuite, ne présentent aucune ecchymose.
Résumé de l’autopsie :
1'’ Les tissus blancs sont d’un jaune intense : tissu cellulaire, tissu graisseux, épiploon, mésentère, intestin grêle, ou bien excessivement pâles : cerveau, estomac, gros intestin, pancréas , vessie, uretères , partie postérieure du canal de l’urèthre.
2“ Les tissus ordinairement rosés ou rouges sont d’un gris sale ou jaunâtre, plus ou moins foncé : ganglions du grand sympathique, la muqueuse du pharynx, du larynx, de la trachée, des bronches, des tiers antérieurs de l’urèthre, les poumons , le foie, le tissu musculaire, les plexus choroïdes , la partie fibrineuse des caillots sanguins.
3“ Les séreuses sont pâles, sèches et comme gluantes.
J’cÿ ju, à rhôpital de Philippeville, deux cas tout à fait analogues au précédent, mais dont malheureusement je n’ai pu recueillir les observations, tous deux avec ictère intense. L’un des sujets eut une hémorrhagie intestinale abondante : je ne me rappelle pas quelle fut l’issue de la maladie. L’autre n’eut pas d’hémorrhagie apparente pendant la vie, mais nous trouvâmes à l’autopsie l’intestin rempli de sang liquide.
Les maladies aiguës d’une certaine gravité dans lesquelles l’ictère se présente d’ordinaire sont : le typhus amaril, la fièvre bilieuse des pays chauds, l’ictère grave essentiel ( M. Ozanam, thèse 1849), l’hépatite ou un certain degré de congestion hépatique ( M. Monneret, Recherches cliniques sur quelques maladies du foie). Rattacher à l’une de ces espèces pathologiques, dont les caractères sont encore mal arrêtés, et qu’on fera peut-être un jour rentrer les unes dans les autres, la maladie dont je viens de donner l’observation et celles que
j’ai mentionnées ensuite, serait, je crois, assez difficile. Je suis d’ailleurs très-porté à croire qu’elles n’appartiennent à aucune de ces espèces, mais que, voisines du typhus amaril. il y a entre ces deux affections le même rapport qu’entre le choléra et les accès cholériformes. Ce qui est incontestable, c’est que toutes les fois qu un individu présente en même temps de la fièvre, une teinte jaune intense, et des hémorrhagies, on a une affection qui se rapproche beaucoup de la fièvre jaune. Or, si dans les pays intertropicaux, où la lièvre jaune est endémique, il existe si constamment des fièvres intermittentes et rémittentes, que les observateurs deces'pays ont pu établir qu’il n’y avait entre ces maladies qu’une différence de degré, il faut reconnaître qu’il n’en est pas de même pour les pays tempérés , où régnent épidémiquement des fièvres intermittentés et rémittentes, et si les auteurs ont souvent mentionné une fièvre intermittente bilieuse, on ne trouve que de très-vagues indications de fièvre intermittente avec ictère intense et hémorrhagie grave. Voici toutefois ce que j’ai trouvé de plus remarquable sur ce sujet, en parcourant les principaux auteurs :
Torti, qui a cependant décrit trois formes d accès pernicieux hémorrhagiques, n’a mentionné l’ictère dans aucune d elles.
En 1825 , M. Bailly, de Blois ( Traité anatomico-patliologique des fièvres intermittentes simples et pernicieuses ) , 4® obs., Accès pernicieux comateux ictérique : « couleur jaune-citron foncée de tout le corps » ; pas d’hémorrhagie ; mort rapide. Entre autres réflexions ajoutées par l’auteur à cette observation, se frouve celle-ci : «11 y aurait de grands rapprochements à faire entre cette maladie, et la fièvre jaune, causes générales à part ; je ne fais mention ici que des résultats que ces causes amènent dans les organes. La rate était en bouillie trè.s-liquide chez notre malade. N’y aurait-il pas de grands rapports entre cet état de la rate et le vomissement noir de la fièvre jaune? Augmentant les symptômes d’activité chez notre malade, j’avoue que les phénomènes apparents ne semblent guère être différents dans les deux cas. » (P. 164.),' •
1833. Considérations générâtes smles fièorès intermittentes d’Alger, par MM. Antonini et Monard frères ( Recueil des mémoires' de médecine, chirurgie, pharmacie militaires, tome 35), on trouve p. 18 : «C’est alors (quand, pour la marche croissante de l’épidémie, la stimulation et la congestion hépatique et splénique devenaient plus considérables) que l’on a vu se développer tantôt des parotides, tantôt une teinte ictérique avec vomissements bilieux mêlés de sang noir. »
1836. Traité de fièvres où irritations cérébro-spinales intermittentes, par M. Maillot ; 45® observation, Fièvre pernicieuse ictérique, algide, pseudocontinue : «ictère très-foncé, pas d’hémorrhagie, teinte jaune des tissus à l’autopsie »; et dans les réflexions ajoutées : « Je n’omettrai pas de dire que j’ai prescrit 20 sangsues seulement à l’épigastre, le jour où le malade est entré à l’hôpital, parce c{ne,\chez les ictériques de cette sorte, l’écoulement du sang est si considérable qu’il fatit presque constamment l’arrêter par des moyens chirurgicaux.
1842. C’est en cette année que l’illustre et dévoué Chervin établit avec tant de force l’identité de nature de la fièvre jaune et des fièvres intermittentes et rémittentes des pays intertropicaux (rapport sur deux mémoires de M. le D’’ Rufz, etc. ; Bulletin de l’Académie de médecine, tome 7).
Traité des fièvres intermittentes, par M. Boudin ; on trouve à la table analytique : « Il est reconnu que l’intoxication marécageuse de l’Afrique produit souvent les phénomènes du choléra et de la fièvre jaune; » et dans le texte, ce passage seulement : « Dans une autre circonstance, unique à la vérité, j’ai observé dans les marais de Navarin , en Morée, une fièvre ictérique pernicieuse, avec yomissements de matière noire, et rappelant assez bien l’ensemble des symptômes de la fièvre jaune des Antilles » (page 155).
Dans un mémoire de MM. Sonrier et Jacquot, inséré dans la Gazette médicale de 1849, je trouve l’observation d’un cas de fièvre pernideuse qui me paraît avoir avec ceux que j’examine la plus grande analogie ; en voici l’analyse : Obs. 5. « Fièvre carotique syn-
copale ; teinte ictérique, It jours de coma; guérison ; Pointu, du 5' de ligne, âgé de vingt-cinq ans, d’un tempérament bilioso-sanguin, d’une constitution chétive, amaigrie, est apporté à l’hôpital le 19 septembre, après trois jours de céphalalgie rémittente; coma profond,
coloration ictérique très-prononcée d!un jaune-citron ; douleur à la pression dans la région du foie. Ces symptômes continuent, sans changement notable , pendant sept jours, avec une constipation qui avait commencé le 18, et qui résisté à un purgatif. ^
B Le 26. Le malade paraît sortir un peu du coma , le ventre s’assouplit, la langue est moins sèche, le pouls se relève après deux selles noires, infectes, semblant provenir d’une hémorrhagie intestinale. Ce même jour, accès de fièvre à trois heures du soir, lequel se reproduit les 27, 28 et 29, à la même hèure. Le 27, l’état a été presque dé,sespéré ; un gramme de sulfate de quinine a été donné chaque jour depuis l’entrée. Le 30 enfin, le malade se réveille commé d’un profond sommeil, dont il ne se rappelle pas le début; il dit n’avoir nullement souffert. Dès lors l’amélioration marche franchement, régime tonique. Sortie le 19 octobre.»
Enfin je noterai en terminant un Mémoire sur la maladie paludéenne, par M. A. Duchassaing, de la Guadeloupe {^Gazette medicale, 1850 ). L’auteur appfelle la fièvre jaune maladie paludéenne ictérique, et la fièvre intermittente, maladie paludéenne pyrétique. 11 donne trois observations de maladie paludéenne ictérique : dans les trois cas, les urines ont été noires , et on s’est assuré, par 1 examen microscopique , et en traitant par l’acide nitrique et la chaleur, que cette coloration tenait à du sang ; dans les trois cas aussi, la maladie a été intermittente au début.
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