M. LE MARÉCHAL. GOUVERNEUR-GENERAL
M. le général De La Moricière a exposé dans le courant de celle année , un sysième de colonisalion qui a reçu une cerlaine publicilé. Un journal surtout en a parlé comme d'une idée propre à résoudre la grande question de la colonisalion en Algérie,
Ne partageant pas celte opinion , et craignant qu'elle ne fasse quelques progrès dans le monde politique, a cause de la séduction de la théorie du bon marché, je cois qu'il est d'une haute utilité de distribuer aux deux chambres un contre-mémoire, que je niets dans la même brochure en regard de l'ouvrage de M. De La Moricière.
On jugera avec connaissance de cause, puisqu'on giura sous les yeux tous les élémeus de cette discussion.
Le plan de colonisation que nous allons examiner a été préparé et rédigé par trois officiers : MM. De Crény , De Martimprey et D'Uliers. Chacun ayant été chargé d'une partie différente , il en est résulté trois mémoires. Celui qui porte le n» 1 , expose plus particulièrement le système.
M. le Général De La Moricière s'en est fait l'éditeur responsable , parce qu'il contient des propositions officielles. Ajoutons, qu'il est l'expression des idées, que nous lui avons entendu émettre fort souvent dans ses conversations.
Ce système séduira au premier abord les gens du monde, qui n'ont fait qu'entrevoir théoriquement la grande et difficile question de la colonisalion de l'Algérie. On est bien sur d'obtenir leur suffrage, quand on leur présente l'apparence d'une colonisation à bon marché et qui, en outre, semble décharger le Gouvernement de la plus grafide partie des embarras auxquels il est assujéli par les différens modes qui ont été essayés depuis bientôt quatre ans (1).
Mais les hommes pratiques ne sont pas aussi faciles à entraîner. Ils ne seront pas même séduits par la première lecture ; «Iplus ils creuseront le plan proposé, plus ils reconnaîtront que dans son ensemble et dans ses détails, il ne peut répondre au
(1) M. De La Moricière par.iit croire, que le {^ouvernenient après avoir livré le terrain des communes à l'entrepreneur <-t exécuté les él)au('lies de travaux puljlics au moyen des 126 fr. par famille , n'aura plus k s'occuper de ces populations ramassées ça et là, dans tous les pays, pour les jeter sur le sol de l'Afrique. C'est une grave erre ur. On leur devra Ui prtttection et les secours que ne pourront pas ou ne voudront pas
but que nous devons nous proposer, qui est de fonder une colonisalion assez vigoureuse pour dominer le pays , assez rapide pour décharger la France, dans iO ans ou 13 ans, du fardeau qui pèse si]r sa politique en Europe.
Le bon marché est, à noire avis, une question très secondaire; s'il n'entraîne pas après lui la bonté, la solidité et la rapidité de l'œuvre. Dépourvue de ces conditions, il nous est aisé de prouver que la colonisation à bon marché , lors même qu'elle réussirait, serait en définitive la plus chère de toutes, si elle se faisait longtemps attendre; car, on attend avec 100 millions de dépense et 100,000 hommes de notre armée. Dans 20 ans on aura dépensé 2,000,000.000 pour le budget ordinaire, et si la colonisation se fait lentement et avec une faible constitution, on n'aura encore rien résolu ; car l'armée sera de plus en plus nécessaire pour protéger une population faible, éparpillée sur de grandes surfaces.
Ainsi donc, la colonisation la plus rapide et la plus fortement constituée est en définitive la plus économique, quelles que soient d'ailleurs les sommes qu'elle coûtera.
M.4is la question politi([ue domine la question financière de très haut, et c'est pur elle que nous devons nous diriger dans tous les projets de colonisation.
Nous devons donc viser, avant tout, à obtenir une colonisation rapide et fortement constituée, sans nous préoccuper beaucoup des dépenses.
Tour donner les entrepreneur*. Le gouvernement ne pont laisser souffrir et inèn;e périr des popiiîntions ou du moins Jion noml)re (rindividiis placés sous son administration. Il sera donc obligé de veiller à leur>< iiesoins etd'v satisfaire, quand il y auraurijence. ^0lIS dirons plus loin <|u'il est impossible ([ue ics entrepreneurs traitent les families avec la même paternité f[ue legouvernenicnt, parceque leur installation ayant déjà coûté des sommes énormes, qu'ils sont exposés à ne récupérer jamais , ils ne voudront pas's'engager encore d'avantage pour soulager les niiséies (|ui Aeproduxcnit. Ces misères sont nombreuses et proloni;ées , nous pouvons en juger par ce qui se passe dans les villages créés autour d'Aigtr depuis trois ans. Bon nombre de familles y sont encore incapable' de se suffire à elles-mêmes; il a fallu, cette année encore, fournir à pres<{ue toutes des semences. Beaucoup d'entr'elles (temandent de^ vivres et un grand nombre supplient encore qu'on leur donne des soldats pour défricher quelque nouvelle partie de leurs terres. A Douera même, le Colonel du 3r)«, ému de pitié pour les familles rurales , <\m mouraient de faim, leur a créé une soupe économique avec les restes de p-iin des ordinaires et les légumes des jardins du régiment, auxquels il a joint sans doute quelque argent.
On voit donc f(ue les familles (jui n'ont pas de grandes ressources par devers elles, ont bien de la peine à tirer leur subsistance de la terre pendant les premières années.
Les familles introduites par les entrepreneurs de M. De La Moricière, seront-elles plus riches et plus actives «[ue celles qui peuplent nos villages autour d'Alger ? Il est présumabie qu'elles seront encore moins bien choisies , car 1" concessionnaire n'aura jias au bon choix le même iiitéré: que le gouvernement. Il n'aura pas surtout les mêmes moyens, Jii la même puissance morale pour attirer la bonne population agricole :
Mais, esl-il vrai, (|iicce nouveau plan boil réolleiuciil ocoiioniuiuo comme il cii a la iHélentioii ? M. De La Moricièro tio deiiiatide qu'un crédit do 200,000 fr. pour élahiir 14 commi.ncs , coujposees de 2,332 familles ; ce serait admirable ! Mais tout (mi repoussant d'une manière absolue la perfeclion ruineuse des villages faits par l'État , il met plus loin à la ( liarpe de celui-ci . sans traduire la cliose en chiiïres, l'obligalion de pourvoir plus tard , aux besoins généraux , c'est-à-dire de construire les routes, les églises, les prcsbylèrcs, les maisons d'école , les casernes de gendarmerie, les mairios et tous les travaux de haut intérêt (jue pourraient réclamer les localités. Eulin il veiil payer une prime en argent pour la coiistruclion des maisons et le defrichemenl des terres , si quelque difficulté locale devait rendre l exécution de ces travaux difficile et dispendieuse.
En un mot, il propose de faire après, ce qu'aujourd'hui on iail avant. ^ ■•
Ah ! si la dépense doit être la même , il vaut mille fois mieux le faire avant qii'apiès. L'église, la maison d'école, le presbytère, attuent et retiennent les familles, qui y trouvent des consolations pour les aidera supporter les misères qui accompagnent les premiers pas. Les roules facilitent leur installation. On ne saurait donc troj) accélérer des créations si productives. Et n'estce pas ainsi que Ion raisonne même chez les peuples dès longtemps constitués ? Ne voyons-nous pas presque tous nos dépa'rtemens s'imi)oser des centimes additionnels, qui équivalent pres-
ponr remplir ses oI»;igations clans le temps donné, il prendra ce «ni se présentera. '"
. <^n?.«'t parce simple aperçu . que M. De La iMoricièrc se fait une Mngijliere i liis.oi.., en pensant (ju'il suffit dp jeter une population telle <]u elle sur le sol pour «pi'elle vive et qu'on n'ait plu-^ be.soin de s'occu- I)er d elle. Le village du Sig aurait dû cependant le désabuser sur phisieiirs points. Selon lui ce village devrait se faire sans aucuns frais poin- 1 état II avait plus de familles aisées qu'il n'en fallait pour le peupler Cependant, commencé dans l'automne de 1845 , il ne c^omplait en juin 184C que omz familles, dont les maisons avaient été bâties en trésgrancJc partie par la gro.sse garnison, cpi'on avait été obligé d'v lais-er pour les protéger pendant toute la dun'-e de rinsurrection J'inspectai .soigneusement c-es familh.s, ainsi que 22 antres cpii arrivèrent pen<laiii que ) étais la. Deux ou trois seulement avaient quelques moyens pécuniaires, les autres étaient miscTables. Comprenant qu'il était impos- Mble quelles s'établissent sans être largement aidées, je leur lis délivrer des bestiaux pn'-lcvés sur les gliazia du Colonel Renault ; i'oi- «onnai qu il leur serait f( m rni des ouvriers militaires et je leur li^ «lonner une sul)vention de GOO fr. chacune en maicrifiiix.
Depuis, ce village a pris deres.sor; 42 maisons sont construites, 20 <l qiielcjues sont en construction. Mais ces résultats ne pouvaient être obtenus sans la subvention et le secours des bras de l'armée.
J'ai la conviction qu'il faudra encore secourir ce village. On vient de ini prêter des .semences et, sans nul doute, il faudra aider les semailles par <les charrues arabes.
Les ccimpagnies f(!ront-ellcs cela pour les familles ? Je n'hésite pas a répondre non ; il laiidra donc que l'administraticm le fa.s.se sous peint de les voir périr ou s'en aller.
«fuc aa principal, cl se livrer à des emprunta pour accélérer lu jouissance de leurs roules départementales ? ils lèguent ainsi une partie delà dépense à la génération qui suit; mais comme celle-ci hérite de la génération (jui précède, elle se trouve avoir acquis par avance et par droit de succession les moyens de s'acquitter.
Il esl vrai que M. De La Moricière n'est pas toujours fidèle à son principe de faire après , puisqu'il dit :
«Les coramunicationssecondaires, que nous ne .saurions mieux comparer qu'à nos roules départementales de France, sont celles quil in)porte d'ouvrir le plus lût possible pour faciliter et hàler le peuplement de nos communes. Noiis pensons que le Gouvernement devrait les faire ouvrir immédiatemeni et se charger de leur confection : ce serait la meilleure prime d'encouragement à donner à ceux qui nous apporleronl leurs capitaux.»
Je suis ici de son avis, mais j'ajoute que l'église, le presbytère, la maison d'école sont encore plus encourageants, car on y voit l'image de la patrie et l'on y trouve la satisfaction de l'àme.
M. De La Moricière aurait dû chiffrer la dépense de ces routes qu'il veut immédiatement ; car il ne faut pas présenter des illusions de bon marché.
Une autre illusion esl de croire que 3,000 familles de cultivateurs ou 25,000 âmes enviion, sont capables de nourrir avec lexcédant de leurs produi'.s 2o,000 habitans des villes, 23,000 hommes de troupes et 8,000 chevaux ou mulets.
Sans examiner les calculs auxquels on se livre pour le démontrer, nous pourrions répondre par un seul fait de la statistique de la France. On sait qu'elle ne produit qu'à peu près sa consommation en grains puisqu'elle en exporte moins par les départements de 1 Ouest, quelle n'eu importe par ceux du Midi. On élève généralement le chiffre des cultivateurs à 21,000,000 et à 9 ou 10 millions les habitans des villes ou les artisans de tout genre qui ne cultivent pas. Ainsi les cultivateurs de la France sont à peu de chose près trois fois aussi nombreux ({ue les non cullivaleurs, qu'ils sont chargés de nourrir. Dans le calcul de M. De La Moricière, au contraire, les cultivateurs ne forment que le tiers de la population totale.
Il faudrait pour obtenir un pareil résultat que les terres de l'Algérie fussent deux ou trois fois plus productives que celles de France, et nous sommes loin de le penser. Il y a sans doute de très bonnes terres en Afrique , mais la climatureel une foule d'autres circonstances ne perraetlent pas de leur donner les mêmes soins qu'en France.
Examinons quelques-uns des calculs du projet pour faire voir combien il est important, pour bien juger les (jueslions de colonisation, d'être un peu versé dans la pratique de l'agriculture.
On prétend qu'une famille de 3 à 6 personnes peut semer eu réréales chaque année huit hectares, ce qui comporte 16 hectolitres de semences. Un tel ensemencement ne peut avoir lieu que dans la grande culture , sur de très bonnes terres, où l'on emî)ioi« les moyens abréviatcurs. Mais dans la petite culture., par
familles on par niélairies, qui est celle tics 2;3 de la Fiance et celle qu'il nous faut en Afric^ue pour avoir de la population, ce qui est la première nécessite , les familles composées de 6 à 8 personnes ne sèment, au maximum, que 10 hectolitres de grain. Comment la famille de 5 à 6 personnes on sèmerait-elle davantage en Afrique, dans de bonnes conditions de culture, lorsque les longues sécheresses du printemps et de l'été, depuis les grandes pluies qui commencent à la fin de l'automne , ne laissent souvent que 5 à 6 semaines pour préparer et ensemencer les terres ?
On suppose encore que la production sera de 8 pour \. Nous ne pensons pas que la production moyenne de l'Algérie s'élève aussi haut, et pour la calculer ainsi, il faut supposer qu'il n'y aura ni semences tardives, ni sécheresse prolongée , ni brouillards, ni sauterelles, ni oiseaux destructeurs, ni beaucoup d'autres accidens.
La production moyenne de la France n'est guère que de 5 à 6 pour 1 , et cependant le climat permet de donner aux terres des soins beaucoup plus perfectionnés qu'en Afrique.
Pour trouver dans chaque famille un excédant de 20 quintaux de blé et de 20 quintaux d'orge qui doivent suffire à nourrir les 50,000 parasites et les 8,000 chevaux ou mulets., on calcule que chaque individu ne consomme que 2 quintaux de blé, et que les animaux de la ferme, moitié chevaux et moitié bœufs , ne consomment que 12 quintaux d'orge.
Or en France , la nourriture de chaque cultivateur est portée à 4 liectolitres parpersonne, soit 24 hectolitres pour une famille de 6 personnes. L'hectolitre pesant en moyenne 70 kilogrammes, cela fait 19 quintaux, ou 7 de plus que l'évaluation du projet.
Le même calcul, ou à peu près, doit s'appliquer aux parasites, d'où l'on voit que l'excédant est moindre d'un tiers.
Le calcul n'est pas plus juste pour la consommation des animaux de la ferme. On ne la porte qu'à 12 quintaux d'orge; c'est ce qu'il faut, au petit pied, pour un seul cheval. Or, on doit supposer que sur un espace de 16 hectares, on nourrira au minimum 4 chevaux ou juments et 8 bœufs ou vaches. Mais les bêtes à cornes consomment rarement de l'orge. Il ne faut donc compter que les bêtes chevalines, et Ion ne peut évaluer la consommation à moins de 2 kilogrammes par jour , l'une portant l'autre. Il faut donc plus que doubler l'évaluation du projet.
On voit par ce simple aperçu que tous ces calculs de production et de consommation sont erronés. Mais, nous attachons j)eu de prix à la question de savoir, si la population agricole européenne sera exactement capable de nourrir l'armée et la population des villes ; heureusement, il y a la production des Arahes et les arrivages du dehors, qui, avec un peu de prévoyance , fourniront un large complément.
En temps de guerre, les arrivages ne cesseront pas complètement, pas plus que la vente des Arabes, et, comme nous devons toujours nous lemr en mesure de faire une guerre oirensive , nous jirondrons dans les silos et dans les récoltes des Indigènes.
Mais ce qui nous préoccupe beaucoup, c'esl la mulliplicalion iU\ la population sur une surface donnée cl la (lualilé do cdlo population. Car la question de force a bien plus d'importance à nos yeux que celle de la production : c'est de quoi le projet s'occupe fort peu, puisqu'il abandonne la nioilié des terres à l'entrepreneur de colonisation, comme indemnité des dépenses qu'il aurait faites pour Tinstallation des familles. Sans doute, M. De La Moricière suppose que ces terres se peupleront facilement à cause du voisinage des communes créées. Mais comment se peupleront-elles ? Sera-ce avec des propriétaires ou avec des prolétaires ? Peut-être est-il dans lapensée deM. De LaMoriciére que l'entrepreneur ne pourra ventire les terres qu'aux 5,000 familles qu'il serait chargé d'établir. On peut le penser ainsi puisqu'il fait son calcul de production sur 16 hectares par famille, ce qui fait bien 80,000 hectares. Mais, dans ce cas , notre objection sur la umltiplication de la population sur une surface donnée, n'en a que plus de force, car on peut avoir 10,000 familles sur 80,000 hectares, à 8 hectares chacune. Dans le nombre de ces familles se trouveraient bon nombre d'artisans, qui se contenteraient de deux ou trois hectares, et les lots étant varié.s suivant la force et les facultés pécuniaires des familles, il y aurait réellement assez de terres. Le projet ne dit rien de la qualité de la population que doit importer l'entrepreneur sur les terres qui demeurent sa propriété. Examinons ce qu'il lui sera !)0ssible de faire.
L'entrepreneur ne peut faire des propriétaires qu'en vendant les terres qui lui sont abandonnées , car, sans cela, il perdrai! l'objet qui représente les capitaux employés à la colonisation dont il a fait les frais. Mais, nous douions beaucoup qu'il trouve des acheteurs. Les petites familles qui auraient de quoi acheter préféreront, en général, rester en France ; elles ne se décideront à venir qu'à la longue et lorsque le pays sera dans un état de prospérité et de sécurité qui puisse tenter le pubUc européen. L'entrepreneur créera-t-il des fermes et des métairies, c'est-àdire, des prolétaires cultivant les terres d'autrui ? Ce n'est pas ce qu'il faut à l'État, qui a le plus grand intérêt à avoir des propriétaires attachés au sol pour toujours et vivement intéressés à le défendre.
Nous ajoutons, parce que nous connaissons les mœurs du peuple de nos campagnes, que l'on ne trouvera que des métayers et des fermiers de la dernière espèce, c'est-à-dire, de ceux qui , par leur paresse ou leur inconduite, ne parviennent pas à se placer en France. Comment les bons fermiers et les bons métayers viendraient-ils en Afrique, puisqu'ils sont si recherchés en France ? Quand un bon fermier ou un bon métayer veut changer de place, les propriétaires sele disputent ; on le suborne même pour l'enlever à son voisin.
On vient en Afrique par l'attrait de la propriété , quand ou ne peut pas devenir piopriélaire en France. Mais les bons cultivateurs ne voudront pas bravercn Afrique le climat cl les Arabepour se faire prolétaires.
Ainsi donc, sur la moitié des terres disponibles pour la colonisation, on ne verra arriver des propriétaires que dans un long espace do temps ; et s'il y vient des fermiers et des métayers, ils seront pris , à très peu d'exception près, dans la lie delà poptdation agricole de l'Europe.
Est-ce là ce qu'il nous faut, pour fonder rapidement le peuple dominateur des Arabes?
Los rétlexions qui précèdent nous conduisent naturellement à examiner ce que pourra être la population que les entrepreneurs établiront dans les communes , et quel est le sort qui iui sera réservé. Il faut bien le faire puisque le projet ne s'en préoccupe pas le moins du monde.
Jusqu'ici, le gouvernement et l'administration locale ont altacbé une grande importance à la qualité de la population qu'on veut introduire. Us ont pensé aussi qu'ils ne devaicQt pas la livrer à l'avidité des entrepreneurs ou des capitalistes et qu'il était de leur devoir d'exercer à son égard une tutelle aclire et clairvoyante.
Le projet livre les familles pieds et poings liés , aux entrepreneurs decolofiisation. Il ne stipule rien pour elles; il leur laisse le soin de s'arranger avec le spéculateur ; elles n'entreront en possession définitive de leurs 4 hectares que lorsqu'elles auront rempli envers lui les obligations contractées.
Nous sommes dans la partie la plus épineuse et la plus importante de la question. En examinant le sort qui est réservé à ces familles, nous trouverons qu'il n'est pas de nature à produire l'émigration de la bonne population agricole; or, encore un coup, c'est celle-là qu'il nous faut, puisque nous avons la prétention de dominer et de civiliser les Arabes.
Le dominateur doit être plus fort, plus moral, plus actif, plus habile que le peuple à dominer. Or, nous savons que les Arabes sont très guerriers et très attachés à leur civilisation qu'ils jugent fort supérieure à la nôtre. Pour les dominer et les modifier, nous sommes donc dans l'impérieuse nécessité, de poser devant eux, au milieu deux, l'élite de notre population. Voyons si le projet nous amènera nécessairement cette élite.
Poar bien juger, il faut creuser la question.
Pour installer une famille européenne de manière à ce qu'elle puisse exister, il ne fautpas moins de 5 à 6,000 francs, pour peu qu'on s'éloigne de la côte; nous calculons au minimun, comme il suit, en ne donnant que le strict nécessaire.
Maison et liangars cxcciitis par des l)ras civils. . 3,000
i\ bœufs de labour pris dans le pays 400
'X voitures à b(rufs 300