brcl)is et un bélier , à 6 fr. la pièce ÎJO
Cliarrues et petits outils .iratoires tels que faulx , pioches , fourches en fer , etc lâO
Mobilier de la maison 500
1 0 lieclolit rcs de semences à 1 4 fr 140
•\limcntation d'une amicc; d'avance 1,000
\ ètemers et enlrclien des outils aratoire? 300
l'OTAI 5,880
Ou VJil (|ue ilatis telle appréciation nous n'avons parlé que du strict nécessaire, puique nous n'avons donné à la famille ni bêtes chevalines, ni cochons, ni volailles, ni graines léguniicres, ni arbres pour planter.
Adinetlons pour un instant que chaque famille apportera en mobilier ou en écus ( et nous sommes loin de le penser) , environ 2,000 fr. il restera à la charge de l'entrepreneur, pour que la famille puisse exister la première année, 3,880 fr. , qu'il devra débourser immédiatement.
Comnient, et dans combien de temps, la famille pourra-l-elle lui rembourser de pareilles avances? Tous les hommes, qui se sont occupés d'agriculture, savent combien les familles agricoles qui commencent ont besoin de temps et de lal>euis pour faire quelques économies.
Les familles de M. De Lamoriciére, n'ayant que 4 hectares en jouissance personnelle, seront obligées pour vivre, de travailler à la journée. Eu supposant qu'elles trouvent toujours du travail, et en faisant la part des maladies, des chômages et des enfans qui ne travaillent pas encore, il est aisé de calculer qu'elles auront bien de la peine à gagner leur propre exislence, et que les économies n'arriveront que bien tiird, si elles arrivent.
Nous pouvons en juger par ce qui se passe en France à l'égard de nos métayers. Ils trouvent, en arrivant dans la métairie, une installation complète, qui a coûté plus de 8,000 fr. ; ils trouvent les bestiaux, les charrolles, les charrues, les pailles et les foins récoltés, les terres en culture, les prairies en bon rapport, des arbres fruitiers, et, dans certains pays, des châtaigniers, des vignes et des noyers. Et cependant, quand le propriétaire est obligé de leur avancer une année dalimenlalion, comme il arrive Irés-souvent, il leur faut plusieurs années pour se libérer et beaucoup ne se libèrent jamais. Il est vrai qu'ils n'ont, ou sont censés n'avoir pour leur salaire, que la moitié des fruits. Mais que Ion compare leur situation au début des colons de l'Algérie, où tout est à créer sous \:n climat brûlant, et l'on recoiinaitra que les colons de France, car c'est ainsi qu'on les appelle, sont dans des conditions plus avantageuses que ceux d'Afrique.
Mais nous ne connaissons pas les conventions qui seront établies entre la famille et l'entrepreneur, puisque le projet ne le stipule pas. Admettons que la famille ne sera tenue de rembourser que la moitié des avances faites pour son installation et sa nourriture pendant un an, il lui restera encore à rembourser 1,940 fr. Nous ne croyons pas qu'elle puisse se libérer en <0 ans, et, si elle le pouvait, ce ne serait qu'alors qu'elle deviendrait déQnilivement propriétaire de 4 hectares.
Nous le demandons, une telle exislence, un tel avenir, l'espoir de devenir propriétaire de 4 hectares choisis selon le libre arbitre de l'entrepreneur; est-ce là une perspective faite pour attirer les familles de bons cultivateurs? Mieux vaut, et de beaucoup, rester métayer en France.
Ainsi, la portion du territoire cpie le spéculalcur sera chargé
(le peupler, ne recevra qu'une mauvaise population, à supposer i|u'il en trouve, ce dont nous doutons fort.
Maintenant il faut voir si les conditions de l'entrepreneur sont beaucoup meilleures que celles des malheureux quil est chargé d'introduire sur le sol africain. Car s'il n'y a rien à pngner dans une entreprise si pénible, si ardue et pour laquelle il faui avancer des capitaux énormes, on pourra bien trouver d'abord queli|ues-uns de ces esprits aventureux et peu calculateurs, qui se jettent volontiers dans toutes les nouveautés ; mais s'ils se ruinent, ils n'auront pas d'imitateurs et dès-lors le système tombe à plat parce qu'il manque de base.
Nous avons admis, et nous avons été généreux, que chaque famille apporterait 2,000 fr. en mobilier ou en écus et qu'elle rembourserait la moitié des avances faites pour elle. Il restera donc à la charge de l'adjudicataire en colonisation 4,940 fr. par famille.
Les avantages faits à l'adjudicat-Tire sont très-obscurément définis. Nous allons essayer d'y porter quelque lumière.
Nous voyons dans l'article des engagemens de l'adjudicataire ou concessionnaire, qu'un quart des surfaces comprises dans les enceintes ( des villages sans doute, mais cola n'est pas dit ), serait réservé par l'État pour être concédé directement aux l'amilles, qui, dès l'origine ou postérieurement, voudront construire elles-mêmes leurs habitations. Si Ton réserve un quart des emplacemens à bâtir, il faut réserver aussi sur la surface totale des terres , 4 hectares par famille. Mais n'en parlons pas et basons nos calculs sur ce qui est un peu moins obscur. L'entrepreneur doit laisser en communal le 5» de la surface totale de 80,000 hectares qui sont disponibles dans le plan de colonisation. Il doit donner an moins { cela est bien vague ) à la famille, 4 hectares en propriété, quand elle aura satisfait aux obligations contractées envers lui pour les avances qu'il lui fera en construction ou autrement. C'est-à-dire 20,000 hectares pour 5,000 familles. Il restera donc 44,000 hectares au concessionnaire pour représenter les dépenses qui ne devront pas lui être remboursées par les familles, ainsi que nous l'avons établi plus haut. Ces dépenses, à 1,940 fr. par famille, s'élèvent à la somme de 9,700,000 fr. D'où il résulte que l'hectare lui reviendra à 220 fr. 45 c. Or, ce serait payer beaucoup trop cher les terres bonnes, incultes ou incultivables, qui se trouvent disponibles dans le triangle qui fait l'objet du plan de colonisation de M. De La Moricière, et certainement on ne trouverait pas d'acquéreurs à ce prix. La valeur entre Arabes est infiniment au-dessous. Nous savons d'ailleurs que le pays compris en're Oran, Mostaganera et Mascara, et particulièrement la partie la plus voisine de la mer, est une des plus mauvaises contrées de l'Algérie. En choisissant les 80,000 hectares , on aura encore une bonne partie de cette surface en terrains qui ne seront propres qu'au parcours des bestiaux.
Mais ce n'est pas tout, combien de tcms faudra-t-il pour que l'entrepreneur vende ou utilise d'une manière quelconque ces
44,000 hccUiivs? Pendaul la durée de l'allenlc, il faudra ajoulcr an prix des hoclares qui lui restent sur les bras, l'intérêt à 10 |). 100 du capital non encore recouvré.
Et puis combien faudra-t-il de tenis pour rentrer d.ins les avances de 1,940 fr. faites à chacune des 5,000 familles , ce (pii représente encore une somme de 9,700,000 francs? Il y aura certainement là-dessus de très c;rosses pertes. Beaucoup de familles s'en iront, soit parce qu'elles seront déboutées, soit parce ({u'clles auront perdu leur chef. D'autres, après avoir perdu les membres capables de travai'ler, resteront ne pouvant aller ailleurs, mais seront dans le marasme et ne pourront pas payer. C'est alors que le Gouvernement sera obligé de venir au secours de cette misérable colonisation, car il ne faut ])as attendre cela d'un entrepreneur qui sera déjà en avance d'une somme de 9,700,000 francs.
Mais il y a encore un gros article à ajouter au prix des 44,000 hectares qui doivent indemniser le concessionnaire ou la compagnie, des frais énormes faits pour la colonisation. C'est ce (pic coûteront les nombreux agens d'exécution de l'entreprise ; il faudra des directeurs, des sous-directeurs, des survcillans, des contre-maîtres, des comptables. Seront-ils tous actifs et probes , et la compagnie n"éprouvera-t-elle pas .souvent ce qu'éprouve l'État? Nous ne chiffrerons pas ces salaires noiiibreux et les pertes inévitables ; mais il est aisé d'apercevoir qu'ils s'élèveront très haut.
De ces calculs qui n'ont rien d'exagéré, nous en avons l'entière conviction, nous concluons que si l'on trouve d'abord quelques entrepreneurs étourdis, ils ne feront pas pour les familles ce qu'il faut jiour qu'elles s'établissent et vivent. Ils ne construiront que de misérables cabanes et ils ne feront pas d'avances en bestiaux, en semences, en mobilier agricole, en alimentation.
Les mauvaises familles qui, ne sachant que faire ailleurs, seront venues là, tomberont bientôt dans le désespoir et s'en iront. S'il en reste quelques-unes, elles végéteront dans la misère. Les entrepreneurs ruinés effraieront nécessairement ceux qui auraient été tentés avant l'expérience de se livrer à de pareilles entreprises.
On dit que cela se fait en Amérique et particulièrement au Texas, depuis deux ans, par les soins d'une grande compagnie allemande. Nous avons causé avec l'un des principaux agens d-;; celte compagnie, el de tout ce qu'il nous a dit, nous avons retenu les faits qui suivent:
1° Cette compagnie n'a pas le lucre pour objet ; son œuvre est politique et humanitaire. Ce sont des princes, des seigneurs, de grands propriétaires, qui, affligés de voir revenir d'Amérique «les populations émigrées beaucoup plus misérables qu'en partant, se sont associés pour aider ces malheureux à faire les premiers pas sur le sol américain.
2' Les habitations que la compagnie construit pour les colons, sont faites en bois brut, que l on trouve à pied d'nMivrc dans d'immenses forèls. Klles no coùlenl cpie 120 fr.
!{" Les avances faites pour aliiueiilatioii sont remboursées (lès la prtMnière année, par la recolle qui est prescjuG exclusivement en maïs, lequel réussit d'une manière admirable.
Sommes-nous dans de pareilles conditions en Afrique? Avonsnous des bois de construction à notre portée dans la zone ([u'il s'agit de coloniser? Non, il faut les faire arriver par la mer, et si l'on construit entièrement en planches, l'habitation est détestable ; on y brûle l'été, on s'y mouille l'hiver; on y prend la lièvre, on y meurt. Il faut donc construire en pierres et couvrir en tuiles; or, ù ces conditions, avec des bras civils, on ne peut pas évaluer à moins de 3,000 fr. une habitation tolérable. Et puis obtient-on en Afrique, dès la première année, des récoltes suffisantes pour rembourser les avances et pour vivre? Quant au maïs, il ne réussit qu'avec des irrigations et la plupart des localités ont à peine l'eau nécessaire pour les hommes et les animaux.
Au reste, ce mode de colonisation au Texas, par entreprise, n'a pas encore reçu la sanction du temps. Son application date de deux ans : nous voyons la chose de loin ; suspendons notre jugement.
Nous ne chicanerons pas M. De La Moricière sur les questions de détail. Ainsi: nous no trouvons pas mauvais l'engagement qu'il veut faire prendre à l'État, art. 6; d'acheter pendant 10 ans tout l'excédant des céréales produites par les colons. Nous soiumes assurés que cela ne nous obligera pas à grand chose.
Nous allons maintenant aborder le projet dans sa partie politique.
Il indique d'une manière radicale le refoulement successif des Arabes. M. De Martimprey attaque même avec rudesse les hommes qui ne partagent pas cette opinion, et nous déclarons être de ceux-là.
Nous ne connaissons rien de plus dur et de plus impolitique, que le passage suivant, qui termine le rapport de M. De Martimprey, et qui renferme un principe inséparable du système de M. De La I\Ioricière :
« La colonisation avec ses exigences, sera d'ailleurs la pierre i> de touche de la soumission réelle: elle posera enfin dans leur ') véritable position respective, le peuple conquérantetle peuple; ') vaincu. Par une aberration sans exera])le, c'est des intérêts ') de ce dernier dont, jusqu'ici, se sont le plus inquiétés la plu- ') part des théoriciens de la question; sollicitude pusillanime » dont nous avons payé tous les frais; duperie compromettante » vis-ù-vis d'un ennemi queUfuefois tranquille par épuisement, ') mais qui nous garde au cœur une haine implacable. La Colo- » nie peut seule, par sa masse, le réduire à l'impuis.sance de » s'agiter.
» Ainsi donc, s'il faut rendre l'invasion de la Colonie progres- » sive, ce n'est pas pour la ralentir par quehiue arrière-pensée » tournée vers les Indigènes, mais bien pour avoir plus tôt des » centres populeux, où la société s'organise fortement, où l'e- ') change des productions de toute nature se multiplie au béné-
.. Ri^e de liiiis. C esl encore, nous le réi>eton<, puiii ue jtas faire t. It! vide entre nous et la population arabe, <pii, surveillée de » |)iès, doit fournir le tribut de son travail et de ses ressources » à la Colonie, l'environnant dans son expansion, comme fait » autour du champ défriché la haie formée avec les épines qu'on t> en a extirpées. »
Limage est poétique, mais est-elle juste? Malheureusement non. Les Arabes ne seront pas inertes, comme la haie formée avec les buissons extirpés du champ. Vous aurez devant vous une haie vive, armée de fusils, un camp ennemi qui sera appuyé sur toute la population arabe, menacée un peu plus tôt, un peu plus tard, de l'atteinte de votre colonisation progressive. On ne vous laissera ni repos, ni sécurité, el vous serez forcés ou d'exterminer cette nation par une guerre de très-longue durée, ou vous serez vous-même chassés du pays, si les circonstances européennes donnent aux Arabes des chances de succès.
Vous dites (jue les théoriciens ne se sont occupés (jue des intérêts des Arabes; quelle dérision! Où avez-vous vu qu'on ait ainsi procédé? Nulle part: vous n'avez fait (ju'un seul acte qui, dans la pensée de l'auteur, devait être favorable aux Arabes ; c'est le barrage du Sig , et l'on s'est bien vile empressé de leur en enlever tout le bénéfice, en réalité ou en projet. Serait-ce la sollicitude pour leurs intérêts, qui aurait arrêté la colonisation? Cette proposition, que l'on pourrait déduire de vos paroles, serait dénuée de tout fondement.
Jusqu'ici vous n'avez eu aucun grand système de eolonisalion. Vous n'avez disposé (pie de sommes minimes pour cet objet, et dans le peu que vous avez pu faire, vous ne vous êtes pas laissé ai rêter par les intérêts des Arabes. Vous les avez expropriés, sur une fort petite échelle, il est vrai, parce que vous n'avez encre colonisé que mesquinement.
Vous appelez pusillanimes les méuageraens que l'on propose de garder envers eux : votre système ne mérite pas ce reproche, il est vrai , mais il peut être justement taxé d'imprudente barbarie. Il nous indignerait davantage, s'il était possible (ju'il reçut jamais une large application. j\lais nous avons pour garantie les mœurs de la nation , qui ne permettront jamais une pareille atrocité. Ce sentiment a été exprimé dans le rapport de la commission sur les crédits supplémentaires. Il n'a pas été combattu par la Chambre. La commission veut que les Arabes ne soient pas spoliés. Elle considère la longue possession des terres, comme équivalant au droit écrit.
Vous ue pouvez refouler les Arabes progressivement sansvous vouer à une longue guerre d'extermination, qui peut dans certaines circonstances tourner contre vous. Il faut donc vivre avec eux, vous mêler avec eux , les faire entrer dans votre société. Telle est aussi la doctrine du Conseil supérieur d'Administration, el plusieurs travaux sont déjà préparés pour entrer dans cette roie autour d'Alger.
Le Conseil veut resserrer les Arabes sur le territoire qu'ils «jccupent, afin do faire place à la colonisation européenne : mais
il iif veut pas roinnie vous , blesser en eux tous les senliments luiinaius ; il ne vent pas les enlever aux lieux qui les ont ni naître ; il ne veut pas les éloigner du louibeau do leursancèlres ; il ne vont pas, comme vous le proposez, les déplacer plusieurs fois, ceciiii les pousserait au désespoir. Il pense, que le meilleur moyen de les reridre moins belliqueux, d'adoucir leurs UKPurs, de changer leurs liabituiics agricoles, de les rendre moins prompts à la révolte ; c'est de les intercaler dans votre colonisation et de
\ les attacher au sol par l'attrait de la propriété bâtie , et par l'a-
\ mour des cultures sédentaires et soignées.
Ainsi, mêlés avec vous , construisant des villages , ayant les litres de propriétés que vous leur aurez donnés , ils compren-
1 dront peu à peu, comme des Musulmans l'ont compris ailleurs ,
f ([ue l'on peut vivre à coté des chrétiens, sous le même gouver-
{ nement, également tutéla ire pour tous.
Le système que nous venons de combattre a-t-il du moins le mérite d'une nouveauté absolue? Non , en ceci, comme en économie, il n'a que l'apparence. Il a déjà été tenté, en petit, autour d'Alger, avec cette différence, que l'on faisait au concessionnaire des conditions beaucoup plus avantageuses que celles du projet. Eh bien ! jusqu'ici ces faibles essais n'ont produit que des déceptions. Ou les familles que l'on s'était obligé d'implanter, ne sont pas venues, ou celles qui sont venues sont tombées dans la misère, et se sont en allées, parce que les entrepreneurs n'ont pas exercé envers elles cette sollicitude paternelle que les autres colons ont trouvée près de l'Administration. En le déplorant nous ne saurions nous en étonner ; l'intérêt individuel ne peut agir cotnrae le Gouvernement qui représente la société tout entière. Mais de cette observation défait , et des raisonnements qui précèdent, on doit conclure que le seul grand colonisateur en Afrique, où la colonisation est bien plus difficile que partout ailleurs, c'est l'État, parce que les Chambres peuvent mettre à sa disposition des capitaux dont il ne denaandera aux pauvres familles qu'il aidera à s'installer, ni le remboursement, ni l'intérêt, ce quelles ne pourraient payer que dans un long espace de temps.
C'est encore l'État qui peut seul débarrasser rapidement la France du fardeau financier et surtout politique qu'elle supporte et qui pèse si lourdement sur sa politique en Europe.
Le système des primes est encore moins nouveau , puisque dès le principe de la colonisation autour d'Alger, nous avons donné des primes aux colons pour les aider à construire leurs habitations. Seulement on les donnait en matériaux et M. De La Moricière , veut qu'on les donne en argent pour l'ouvrage fait. Nous ne sommes pas éloignés d'adopter ce mode.
Nous sommes encore de l'avis de M. De La Moricière, lorsqu'il s'élève contre toutes les formalités de la bureaucratie et de la centralisation excessive, qui entravent la colonisation d'une manière si déplorable. Il faut qu'on simplifie l'exécution, si l'on veut marcher. Sur tous les autres points, noiis différons radicalement de M, De La Moricière ; et, nous déclarons hauloment.
(ju Cil colonisation comme en guerre , comme en a;'riculltire. comme en toute entreprise sérieuse nous nous élevons contre les demi-moyens, contre la ruineuse économie. Nous voulons avant tout, et coule que coûte , assurer le succès , car le succès seul est écononuque et politique.
En résumé, le système proposé par M. De La Moricière, n'est économique qu'en apparence. Il ne garantit rien,.ni pour la solution de la question, iii dans rinlérêtdes familles, ni dans l'iJUtérèl des entrepreneurs. Il présente au contraire selon nous, en perspective, la ruine des uns et des autres. i'Élat a besoin avant tout d'aller vite et sûrement, dans la création d'une société assez lortement constituée pour dominer et modifier les Arabes. Le système que je combats ne peut réaliser ces vues. L'État sans abandonner ses devoirs, ne peut, comme le veut le projet, renoncer à la tutelle de cette société nouvelle, et la livrer à la spéculation. Il ne peut non plus créer un aliment puissant pour l'agiotage qui sera d'autant plus ardent que les premiers concessionnaires, s'apercevant de plus en plus que l'affaire est mauvaise, voudront s'en décharger sur la crédulité publique, en exaltant les avantages de leur entreprise pour vendre leurs actions.
Nous repoussons donc de tout notre pouvoir le projet proposé, eu tant qu'il serait considéié comme une base delà colonisation de l'Algérie. Il est tout au plus bon à employer, par exception, dans quelques localités pour remplir le cadre rigoureux créé par le Gouvernement.
Mais de même qu'en guerre, en occupation de pays, en administration des Européens et des Indigènes , nous avons été et sommes encore condamnés à passer par toutes les illusions que produit la variété de l'esprit humain, nous consentons à essayer le système sur 3 ou 4 communes de M. De La Moricière , en choisissant celles qui n'exigent pas le déplacement des Arabes.
Sans cet essai , nous serions sans cesse tourmentés par l'insistance des hommes, (jui auraient été séduits par la théorie du bon marché.
Si contre notre opinion fondée sur 1 expérience et un examen approfondi, l'essai réussissait de manière seulement à approcher des conditions que nous avons énoncées précédemment , pour atteindre le but que doit se proposer la France, nous nous empresserions de reconnaître notre erreur et nous volerions des reniercîments patriotiques à M. De La Moricière et aux officiers ijui l'ont aidé.
Nous devons dire, en terminant, que les travaux statistiques et topographiques qui accompagnent le projet , demeureront , quoiqu'il arrive, une œuvre utile pour la colonisation de la contrée qui en est l'objet , quel que soit le mode qu'on emploiera pour y introduire les familles.
Le Maréchal de France, Gouverneur-Général de l'Algérie ,
Maréchal Duc D'ISLY.
DE
ULTURE.
Je vais ici examiner une opinion très répandue , que je crois utile de combattre avant qu'elle se produise devant les Chambres.
Celte opinion est que la grande culture produit plus et surtout a plus d'excédants à vendre que la petite. On s'appuye sur l'exemple de la Beauce , de la Brie, de la Normandie, c'est-àdire, de ces belles provinces qui ont été surnommées le grenier de Paris.
La population agricole y étant plus rare, à cause des moyens abréviateurs que I'ob emploie pour la culture, et les produits étant plus considérables, dit-on, il y aurait par ces deux motifs, plus d'excédants à livrer à la consommation publique.
On en conclut qu'il faut bien se garder de faire en Afrique une population dense; car alors elle consommerait tout ce qu'elle produirait , et n'aurait rien ou presque rien à vendre pour la population des villes et pour l'armée. Examinons :
Nous dirons d'abord que les Beauce, les Brie, les Normandie ne se créent pas par un arrêté ou un système de colonisation. C'est la nature qui les a produites ; et quand elle a eu fait son œuvre, la force des choses et l'intérêt individuel ont conduit l'homme à y adopter la grande culture de préférence à la petite. La bonne qualité des terres de ces provinces, qui ont la propriété de produire très peu d'herbes parasites et surtout fort peu de chiendent, leur surface généralement plane , qui donne une grande facilité dans les transports, ont conduit naturellement les propriétaires à établir l'exploitation en grandes fermes, plutôt qu'en petites métairies. Ils ont espéré avoir par les fermages des revenus plus considérables et plus assurés. Ils ont compris aussi.
— laque dans cette métliodc il y avait moins de frais à faire pour les fonslruclions que dans celle où la propriété était divisée par familles. Ils pensaient enfin, que la fertilité du sol serait un attrait suffisant pour leur faire trouver des fermiers, ayant les avances nécessaires à l'exploitation, sans qu'il fallut leur fournir les bestiaux et les outils aratoires.
Pourquoi les propriétaires des provinces moins favorisées par la nature, n'ont-ils pas pu procéder de la même manière ? C'est qn'il n'y avait pas la même fertilité dans le sol, ni les mêmes facilités d'exploitation, et que, par suite , il ne pouvait y avoir ni le même attrait, ni le même lucre pour les fermiers. On sait que les terres légères et peu fertiles sont très productives de mauvaises herbes et particulièrement de chiendent, et que la terre ne peut être purgée de ces plantes nuisibles que par le travail à la main ; que dés lors ces terres ne peuvent être soumises au régime de la grande culture qui procède avec la charrue, la herse, l'extirpateur, te rouleau , instruments abréviateurs et économiques , mais qui ne détruisent qu'une très petite partie des chiendents. Il a donc fallu, dans les mauvaises terres, diviser les exploitations d'après la puissance de travail d'une famille , et comme par les mêmes raisons , les familles de cultivateurs de ces contrées étaient trop pauvres pour faire les avances du mobilier agricole , on leur a donné les terres à cultiver à moitié fruits, et le propriétaire a dû pourvoir chacune d'elles des édifices , des bestiaux et des principaux outils aratoires de la métairie.
Sur les terrains peu fertiles , il est très difficile d'obtenir des bénéfices en faisant cultiver à prix d'argent. On a donc été amené à payer le cultivateur avec une partie des produits , afin de le stimuler par la nécessité de nourrir et d'entretenir sa famille, au moyen des récoltes qu'il obtient. Ce stimulant pousse les hommes au travail beaucoup plus que le salaire fixe. C'est lui qui fait donner ces soins incessans, par lesquels se maintiennent la propreté et la fertilité des mauvaises terres. Dans les petites exploitations par familles, le cultivateur, pour obtenir des produits qui lui sont indispensables; ne calcule jamais la valeur de son temps ; il travaille autant qu'il le peut , et les jours fériés même, avant et après l'offioe divin ; il va dans son champ arracher de mauvaises herbes, ou bien il enlève des récoltes qu'il craint de perdre par les orages ; c'est là une nécessité de s<i situation , et ce n'est que par ce travail qu'il parvient à obtenir dans de mauvaises terres des récoltes qui quelquefois égalent celles des meilleurs sols : elles coûtent beaucoup plus cher en réalité ; mais . nous l'avons dit , le cultivateur actif ne suppute jamais le prix de son temps quand il est intéressé dans la production.
On voit par ce simple aperçu de la question , que , comme nous l'avons dit plus haut , l'adoption de la grande ou de la petite culture , n'est pas une affaire de choix , mais qu'elle dépend presque onliêreraent de la constitution du sol.
Les propriétaires des contrées riches ont-ils fait le calcul le plus avantageux pour l'économie publique, en adoptant la culture
par grosses fermes au lieu de celle par métairies ? A notre avis, non. Nous croyons, qu'ils ont fait ce qui était plus économique pour mettre leurs terres en produit, mais non pas pour obtenir la plus grande production possible. Ainsi ils n'ont eu à construire qu'un seul corps de ferme pour 4 ou îiOO hectares, pondant que pour la petite culture , il aurait fallu établir sur le même espace environ 40 métairies , ce (jui leur aurait coûté beaucoup plus cher. Ajoutons qu'ils n'auraient pas trouvé 40 familles, ayant les moyens de faire les avances du bétail et de tout le mobilier agricole, pendant que l'on peut rencontrer un fermier unique assez riche pour exploiter 4 ou 500 hectares. Ce fermier est au fond un chef de fabrique. Il y emploie un gros capital, parcequ'il trouve dans les bonnes qualités delà terre l'espérance d'un honnête bénéfice.
De ce que le fermier peut gagner et qu'il a des excédans à vendre, s'en suit-il que la surface qu'il exploite produise plus et ait plus d'excédants, que si elle était livrée à la petite culture par familles, travaillant avec leurs propres bras et intéressées dans la production ? Nous sommes loin de le penser. A égalité, dans la qualité des terres, la culture par familles produira beaucoup plus parcequ'elle sera faite avec une multitude de soins minutieux de la part de tous les individus de la famille, pendant que le fermier, qui paye presque tous les bras qu'il emploie, ne pourra cultiver avec cette perfection, il restera à peu prés dans l'ornière de l'assolement triennal, pendant que la famille, avec ses bras nombreux en raison de la petite surface qu'elle exploite, pourra se livrer .à des cultures variées qui couvriront tout son sol et multiplieront les récoltes.
Le fermier n'aura guère que deux sortes de produits : les grains et les troupeaux; la famille aura de plus les plantes légumineuses, le maïs, les racines de diverses espèces, le chanvre, le lin, enfin toutes ces petites cultures que ne peut se permettre le fermier, parcequ'elles lui coûteraient trop cher.
Pour mieux faire comprendre ma pensée, il serait bon de comparer la production connue d'une ferme de 500 hectares en Beauce , avec la production prcsumable de 40 métairies établies sur le même espace, et calculée d'après les données qu'on a sur la petite culture. Ce tableau comparatif m'eût été facile, parce que ces questions me sont familières, en raison de ma longue praticiuo. Mais il eût fallu entrer dans de grands développements et de nombreux calculs , qui eussent trop étendu cet opuscule.
Je me bornerai donc <à faire remarquer qu'il est généralement reconnu que les grandes exploitations , quelqu'habile que soit le fermier ou le propriétaire, sont toujours infiniment moins soignées que les petites ; que les cultures y sont moins variées-, que la jachère y est presque une nécessité; que c'est la variété des produits qui fait la richesse des cultivateurs, et partant celle de l'État. Les grains dans la grande culture rendent, en moyenne de 10 années, 6 ou 7 pour un. Dans la petite culture, faite par une famille active, ils rendent 40 et 42, et cette recolle est accompagnée de plu.sieurs autres, dont l'ensemble donne un
produit (l'une valeur à peu près égale à collo des grains. D'où il résullo ({ue la masse des petits excédans do chaque famille sera plus considérable que l'excédant du fermier, sur des terres de même valeur bien entendu. Si les provinces peu fertiles de la France produisent à peine leur consommation en grains, ce ^ n'est pas du tout la faute de la petite culture, c'est la faute du ', sol; et nous avons la conviction la plus complète, quedans les mêmes déparlements, la grande culture produirait encore beaucoup moins. Nous avons vu faire des essais d'introduction do la grande culture en Limousin et en Périgord ; ils ont tous échoué, après avoir amené la ruine des novateurs. C'est que la nature, la configuration des terres présentaient à ce système un obstacle insurmontable.
Revenons à présent au système de ceux qui veulent la grande culture en Afrique , afin qu'il y ait plus d'excédans à vendre [)our nourrir l'armée et la population des villes.
En admettant qu'il fut vrai que la grande culture produisit d'avantage, et surtout plus d'excédant que la petite, faudraitil l'adopter eu Afrique"? Oui , il faudrait l'adopter sur toutes les surfaces qui en seraient susceptibles, si la production était la question principale. Mais il y a une question qui domine toutes les autres , c'est celle de la force vis-à-vis des Arabes. Sans la sécurité, aucun genre de culture n'est possible. \ Il n'est pas besoin de grands raisonnements pour faire comj prendre qu'une population pressée sur le sol est plus forte |t[u'iine population clair-semée. La petite culture est donc plus forte que la grande, puisqu'elle admet sur le même e.^pace un plus grand nombre de bras.
Il est vrai que l'opinion que je combats , ne se préoccupe pas du tout de la force, mais seulement des produits et surtout des excédants à vendre. On ne songe pas non plus aux difficultés de donner protection à cette population éparpillée qui n'a que très peu de puissance par elle-même. On répond à mon argumentation sur ce point par celle-ci : « Puisque on est obligé de proléger les tribus , on protégera du même coup les grandes fermes. » A cela , je réponds : Mais ces tribus que vous voulez protéger sont elles-mêmes le danger. Souvent elles ne veulent pas être protégées puisqu'elles s'insurgent, et, comme vous les avez dans voire sein , quand elles sont en état d'insurrection vous n'avez plus à protéger (}ue les populations européennes, ce qui sera d'autant plus difficile , qu'étant très faibles, elles auront des ennemis de tous côtés.
Et [)uis, est-il vrai que nous ayons toujours protégé eflîcacement les tribus contre les entreprises d'Abd-el-Kader ? Malgré la mobilité extrême qu'elles ont et que n'auront pas vos populations sédentaires, plusieurs dans la dernière insurrection ont été razées par l'Émir; et si, dans l'ouest, il en est peu qui aient subi ces razias, c'est qu'elles ont presque toutes passé à l'ennemi. Mais dans le sud de Médéah , oh elles ont été plus fidèles, plusieurs et des plus grandes ont été ruinées.
Pour protéger avec c[uel(p]es chances de succès les populations
(lisscminces sur le sol, en verlii de la grande culluie, et de l'ou- Mi de la nécessité d'être fort, il faudra que vous mainteniez une arrnée d'autant pins nombreuse, que vous embrasserez plus d'espace avec votre grande culture. Que devient alors la solution du problème , qui consiste à libérer la France du danger politique et du fardeau financier que lui impose l'existence d'une grande armée en Afrique ?
Je ne pousserai pas plus loin cette discussion bien que les argumens abondent; je crois en avoir dit assez.
J'ajouterai seulement que s'il est bien reconnu en Europe, que c'est le cbitTre de la population (jui différencie la force des États, cette vérité est bien plus puissante en Afrique où nous sommes en présence d'un peuple belliqueux et admirablement préparé pour la guerre. Comment, sans être fort, pourrait-on spolier un tel peuple au profit des émigrants européens ? Et si vous n'êtes puissant que par l'armée, comment libérerez-vous la France ?