‹ Observations de M. le maréchal-général [Bugeaud, duc d'Isly] sur le projet de colonisation présenté pour la province d'OranChapitre 11 sur 24 · DES TERRITOIRES CIVILS · texte numérisé non relu

DES TERRITOIRES CIVILS

Oran est entouré d'un territoire civilement administré, dont l'étendue a été fixée en 1843. Sa surface est de 16 lieues carrées ou de 25,000 hectares environ.

Autour d'Arzew, la commission consultative a proposé et fait réaliser l'acquisition d'un territoire pour le centre de population déjà existant : une transaction avec un détenteur particulier a rendu cette opération sans difficultés.

Il n'y a pas à entrer dans des détails sur ces territoires acquis à la colonie, si ce n'est peut-être pour rappeler les conditions de leur constitution.

Autour d'Oran , les Turcs s'étaient réservé près d'eux des espaces où campaient des douars isolés ou appartenant à des tribus ayantcertaines attributions dans la constitution du gouvernementduBey. C'étaient par exemple les courriers, les gardiens de troupeaux, ceux qui étaient chargés de soigner les transports, de les conduire dans les expéditions , etc. La chute dos Turcs, les évènemens qui ont succédé , détruisirent celte organisation , et la terre resta libre ; c'est ainsi que nous avons trouvé la vacance des emplacemensdeSidi-Chaami, de Sidi-Marouf. Le bassin de Mers-eî-Kébir , aujourd'hui contesté , dépendait du Beylik au titre d'apanage des officiers de la milice turque qui résidaient à Mers-el-Kébir. Ailleurs , comme dans la plaine d'Andalouse , comme au Figuier et à Méserghin, c'étaient des terres réservées par l'Étal pour des cultures et qui nous sont revenues. Les espaces intermédiaires étaient remplis 1° par des propriétés collectives telle que la terre des Zmélas, qui s'étend le long du lac , entre Méserghin , le Figuier et la Sénia dont le territoire résulte même d'une acquisition faite sur cotte terre des Zmélas ; 2° des

propriétés particulières. Mais nulle part n'existait la tribu constituée , ayant ses droits d'habitation , d'usufruit , ou autres , tels qu'ils existent partout ailleurs et tels que nous les avons reconnus chaque fois que nous avons accepté une soumission , sans faire do restriction sur ce qu'avait consacré le régime turc, (pjc nous invoquions d'ailleurs comme base de départ pour un ordre régulier.

Ce qui fut donc tout simple autour d'Oran, la disposition d'un premier territoire pour l'élément colonial , devient plus compliqué , lorsqu'il réclame la place de la tribu et qu'il doit y avoir pour celle-ci selon sa densité , resserrement sur une portion de son territoire ou translation sur un territoire nouveau. Chacune de ces nécessités exige une appréciation exacte de l'état des lieux et des données sommaires de statistique qui s'y rapportent; la 2°"° appelle le choix du territoire nouveau à occuper.

On conçoit aisément que, dans une question si compliquée par les divers modes de posséder, par l'impérieuse obligation de faire à la tribu des conditions acceptables dans les déplacemens qu'elle devra subir ; il est indispensable que l'intervention de l'État ait seule accès , qu'elle exclue la spéculation particulière qui ne produirait que l'agiotage et la désorganisation des populations avec toutes ses graves conséquences. Il y a donc à observer rigoureusement ce principe , qu'en dehors des limites du territoire civil , tous les territoires destinés à la colonie devront faire retour au domaine de l'État quels que soient leurs titres , pour en être disposé par lui à un titre uniforme envers la colonie.

Ce préambule expliquera la nature minutieuse et spéciale de la reconnaissance qui va suivre.

Terres du Beyiik.

Elles proviennent généralement du Beyiik des Turcs par suite de réserves des localités arrosables ou particulièrement fertiles , faites par les Beys, qui y plaçaient leurs serviteurs, les faisaient cultiver directement , ou les donnaient comme apanages à certains dignitaires, usant ainsi du droit de possession de l'État sur le sol de la province. A ces terres se rattachent les terres confisquées et celles dont les détenteurs s'éteignent sans successeurs.

Terre des Ferragas.

Elle ne figurera ici que pour mémoire ; elle est comprise dans la circonscription civile qu'elle déborde cependant dans sa partie Est , près de Sldi Marouf et de Sidi Chami.

Terre de 8i-el-Madanî .

Elle formait le territoire d'un petit douar des Garabas , qui , ainsi que cela a lieu pour la Iribu entière, en avait l'usufruit , le fond inaliénable appartenant à l'État. Ce douar a disparu par extinctions , et l'État se trouve reprendre la disponibilité de la

lorre. Son cxirémité N. esl marquée par deux pe'ils relèvenioiis. dont Tun s'appelle Smava : à l'Kst elle louche la roule d'Oraii au TIélale : sa surface, qui a la forme d'un Irapèze , esl de 45 hectares , le sol est Iras fertile , les puits de Tnesat , dont l'eau est bonne et abondante sont à \ ,200 m. dans le S. E.

Terre du TIélate.

Elle est située au N. de la roule d'Oran à Mascara , sur la rive gauche du TIélate, au S. de la Daya des Mahmid -, elle était un des apanages du kalifa du Cheurq : actuellement elle est envahie par les fractions limitrophes des Garabas : sa surface est de GOO hectares, arrosables par le Tlék.le, au moins pendant les mois de printemps où il coule. Le terrain est excellent , la production est annuelle soit en blé , soit en orge. Le système général d'irrigation laisse peu à désirer : il faudrait y poser (juel- (jues vannes pour modérer le débit des eaux. Avant tout, il faudrait faire au TIélale un petil canal latéral sur la rive droite, à partir des deux marabouls des Sidi Larbi Berafor : il éviterait l'absorption des eaux dans le lit du ruisseau , dont le fond est mêlé de pierres et de sable.

On aurait ainsi , de quoi arroser, même pendant l'été. La localité est fiévreuse par le voisinage de 3 lacs ou bassins , dont le principal est leDayt oum el Relaz où le TIélate porte l'excédant de ses eaux , avant d'aller se déverser dans le grand lac d'Oran , qu'il n'atteint que par les grandes pluies d'hiver. L'insalubrité varie avec l'époque du dessèchement des bassins. On pourrait jeter au Grand lac toutes les eaux du TIélate pour les empêcher de remplir ces bassins ; il faudrait lui faire un lit : d'ailleurs l'insalubrité n'est pas telle , qu'elle doive faire renoncer à profiler d'un sol si riche. Il est complètement disponible.

Terre â'AIi-ben-Ferzag et de Chigr-'Bou-AIem.

Elle esl située sur la rive droite du Tlclale, à 1,000 mètres au-dessous du passage de la roule d'Oran à Mascara.

La jouissance de celle terre fut concédée, autrefois, par le Bey Hassen, à Ali ben Ferraq, qui était bach feir (chef des courriers), el à Chiqe Bou Alem , qui était kodja. Ils prirent des fermiers chez les Hadaïda ( fraction des Garabas) : ceux-ci ont continué à cultiver pour leur compte celle propriété , qui doit faire retour à l'État ; elle est limitée au N.-E. par le chemin d'Oran à Mascara, par Assi Moussa Touil ; au S. -0. elle touche la rivière. Elle forme à peu près un trapèze dont la surface est de 1 50 hectares.

Cette terre n'est arrosable que dans sa partie inférieure : Elle est dans de très bonnes conditions de production. L'usurpation faite parles Hadaïda ne leur constitue aucun droit d'indemnité.

Terre de Dayt-Turkia.

Celle terre , qui était occupée par les Razuadjas du Bey, est située sur le chemin de Sidi Chami à Bou Falis : elle touche la

roule el s" élève jusqu'aux collines du S. Elle n'est pas arrosable. Les parties inférieures en sont fertiles ; mais faute ilc culture , les broussailles et le palmier nain commencent à les envahir. Elle a près de 800 l>ectares de surface: les puits de Bon Falissont à 2,500 m. de sa partie centrale.

Terre de Toumiat.

Elle est située à l'Est de Dayt-Oum-eURelaz : sa limite Nord est marquée par le pied des grandes collines qui s'abaissent du Karkour de Sidi-Lakdar. Elle était occupée par les Ferragas et a été évacuée par eux, au moment de la chûto du pouvoir turc. Ils relournèrenl à leur tribu fixée entre le Sig et l'Ouedel-Hammam , décidés dans cette démarche par les fractions des Garahas qui les environnaient et (jui s'attribuèrent la jouisance de ce domaine. L'Émir, ([ui avait besoin des Garabas qui étaient ses avant-postes en face de nous, ne les gêna jamais dans leurs empiétements, tandis qu'il les empêchait partout ailleurs.

Le terrain à Toumiat est fertile , quelques portions en sont cultivées, mais en général les broussailles l'envahissent et on beaucoup de points, il faudra défricher pour mettre en culture. La surface de cette terre est de 120 hectares environ ; elle n'a d'eau que par une mare située f)rès de Sidi-Lakdar et qui tarit à la fin de l'été , alors il faut aller chercher de l'eau à Bon Falis ou à Assi-Moussa-Touil; 2 puitsontélé essayéssur la limite Sud de ce domaine, mais ils n'ont pas été creusés à une profondeur notable.

Terre des Sahilia.

Elle vient d'être acquise à l'Èlal par les dispositions de l'arrêté du 18 avril 18i6. C'était un Mecheta des Garabas : Ben-Yagour qui en était le détenteur, a émigré au mois d'octobre dernier , s'est rendu à la Daïra etdepuisa suivi l'Émirdans ses incursions en Algérie. Ce Mecheta se divise en deux parties \ l'une située sur la zone de colonisatiou d'Oran a pour limite au N.-E. le chemin d'Oran à Mascara par Assi-el Bied et Assi-Muussa-Touil ; Sid-Jera-Maarra en marque l'extrémité Nord. Le plan complétera cette indication ; la surface de cette première partie qui offre beaucoup de bonnes terres est de 650 hectares : l'autre limitrophe aux Oulad-Ali, en dehors de la zone proposée a une surface à peu près égale ; elle est également fertile. Elle pourra être affectée , soit à des locations, soit à des échanges sur chaque Mecheta. Il reste un douar, en totalité 40 tentes; il est indispensable qu'elles subissent les conséquences de la désertion de leur chef; autrement le but de l'arrêté serait sans elTet.

Ces 2 douars à l'avenir seront soumis pour leurs cultures à la condition naturelle de payer à l'Élat le loyer de la terre sur laquelle ils seront établis par lui, sans préjudice du paiement des autres impôts.

Les terres du Beylik de la zone coloni.sable d'Oran so résument ainsi :

Tn-re de Si-cl-Mmlani 45

— (lu TIélate 600

— (rAli-l>cn-Ferraq ctChlgr-bou-Aleni 150

— (Je Dayt-Turkia 800

— de Toiimiat 120

— des Sahilia (comprise dans la z<\nc) 650

Total . . 2305 hectares.

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