DISPONIBLES AUX DIVERS TITRES DE POSSESSION
Territoire civil 26,0ÛO
rciTJtolre d'Arzew (caviron) 1,000
Terres du Hevlik 2,365
Terrains Melk (tribus et particuliers ) .. 11,400
Tc-ritoires Sabega 56.000
Terrain désigaé par la note supplémentaire 8,000
Total.. . 93,765 hectares.
Ce (jui excède l'esliuiation provisoire préalable la plus élevée de prés de 4,000 hectares.
Telle est la statistique souunaire de la propriété, des populations et des cultures dans la zone qu'on se propose de coloniser autour d'Oran.
La facilité avec laquelle les limites territoriales ont été précisées sur tous les points, répond sufïisamment à ces préoccupations souvent exprimées du besoin de régler la propriété du sol
chez les Arabes. Lorsque par exception, les conditions de possession do tel ou tel lieu ont pu présenter de l'incertitude, c'est (pie les détenteurs étaient intéressés à faire perdre la trace de (luelquo usurpation sur le domaine de l'État.
En examinant le territoire de chaque tribu, on a pu apprécier le degré d'abandon dans lequel il se trouve; les voies de communications principales ne sont que des sentiers étroits, résultant seulement du parcours, souvent obstrués de broussailles ou interceptés par des ravines. Les sources accessibles aux bestiaux sont des bourbiers. L'eau des puits est corrompue par tout ce que l'incurie des Arabes y laisse tomber et séjourner. Autour de la plupart de ces puits, des trous en terre servent d'auge pour abreuver les troupeaux. Ces trous finissent par former des mares infectes, dont les infiltrations délayent la terre ou la maçonnerie de la paroi intérieure du puits, jusqu'à ce qu'un éboulement s'en suive. Ces accideus d'ailleurs ne déterminent pas le douar ou la tribu à entreprendre quelques réparations; elle ira plutôt à 3 Moues plus loin chercher l'eau qui lui est nécessaire.
Dans le centre de la zéne, les Oulad-Sidi-Manfour ont un pays aciuellemeut sans eau. Cette circonstance les gène beaucoup pour cultiver leurs terres qui entourent Télamine. Ils savent cependant qu'un ruisseau souterrain passe à 12 métrés au plus au-dessous de la surface du sol ; que jadis, il a même donné, au moyen de norias, des irrigations importantes. Voici d'ailleurs quel est l'état des lieux: en un endroit dit Assi-Chefafra, à l'est de Télamine, dans un affaissement de terrain cylindrique de 6 mètres de profondeur et de 1 0 mètres de diamètre à son orifice, il existe un trou par lequel un homme peut se glisser: par là, à 2 mètres plus bas, il arrive au bord d'un conduit naturel de \ mètre de largeur, profond de deux mètres , au fond duquel 1 eau coule avec bruit du sud au nord. Elle a une salure franche, mais qui n'empêche pas de la boire: la preuve c'est qu'à ii;rande peine on y vient remplir quelques outres. Cependant les Oulad-Sidi-Mansour n'ont point trouvé entreux l'accord, la direction et l'énergie nécessaire pour entreprendre les travaux à faire pour bénéficier d'une si précieuse ressource. Cette inertie, cette incapacité est générale dans la race Arabe de toute la province. Il lui reste encore pour les irrigations un peu de ces instincts qui lui acquirent une véritable célébrité. Mais même dans ce genre, elle ne saurait entreprendre actuellement un travail tant soit peu considérable, moins encore en régler les effets.
Si l'on jette les yeux sur les cultures, on voit combien la terre offre de facilités au travail de l'homme et combien celui-ci, trop clair semé sur sa surface, la néglige. Disposant do grands espaces, il choisit les plus favorables et se retire avec insouciance devant l'invasion des bois sur le sol destiné à la charrue ; chaque jour les friches augmentent. Cependant le nombre de troupeaux de la tribu ne permet pas que la terre devienne une forêt ; les incendies en font justice, et la vaine pâture achève de réduire à l'étal de broussailles toute la végétation.
Telle osl la situation : il était important de la constater surtout au point de vue des désintéressemcns à donner aux 616raens de la population indigène , lorsqu'on devra les déplacer. Ces dcplacemens ne dateront pas certainement du môme jour, il est de notre intérêt de les rendre successifs au fur et à mesure des besoins : agir autrement, serait rendre complet cet état d'abandon du sol déjà si avancé et dont nous venons de constater les funestes effets. Toutefois, tandis que ce mouvement d'évacuation graduelle s'opérera , la Colonie aura déjà marqué ses progrès d'invasion; les travaux que l'État entreprendra pour faciliter le développement de celle-ci , les routes, la multiplication des puits , l'aménagement des fontaines, les travaux d'irrigation , les dessèchemens , etc., auront renouvelle la face du pays et donné à distance une augmentation de valeur à la terre. Celte augmentation serait-elle la base sur laquelle on devrait traiter ultérieurement de la cession du territoire avec les détenteurs actuels? Ce serait assurément les faire bénéficier d'améliorations auxquelles ils n'auront pas concouru. Il rentre donc dans les règles exactes de la justice de baser les compensations à donner à l'avenir sur l'état actuel, qui ne changerait pas si le pays restait livré aux mains dont nous le reprenons.
La condition des déplacemens successifs a été invoquée comme nécessaire pour empêcher le sol de tomber entièrement en friche ; il est un autre motif pour qu'il en soit ainsi : celui de conserver sur la terre, jusqu'à ce qu'on l'occupe , une population qui assume la responsabilité des évènemens , meurtres ou vols, qui pourraient s'y produire. Le vide , à cet égard , est la pire de toutes les situations ; car dès lors la répression devient presque impossible : du reste, il ne faut pas le méconnaître, dans la transition de l'état actuel à l'état indiqué, le voisinage des tribus est une chose à rechercher : leurs bestiaux, leurs transports , leurs produits divers, nous seront long-tems d'une utilité incontestable. Il faut s'en assurer la disposition , et pour cela , apporter la plus grande attention à ce que nos progrès soient réguliers, à ce qu'ils ne désorganisent pas l'élément indigène. Le maintien do sa constitution rendra d'ailleurs plus facile la surveillance que nous devons exercer sur ses dispositions dont nous ne pouvons méconnaître rhoslililé et contre lesquelles il faut toujours être en garde. D'autre part, il n'y a pas à craindre la gêne de son rapprochement : il ne passera pas certaines limites : l'expérience ne nous montre-t-ellc pas partout les tribus faisant retraite devant la Colonie. La fusion entre le chrétien et le musulman n'arrivera jamais. Il faudrait de la part de celui-ci une abjuration impossible. Il ne peut être que dominé ou révolté.