ARTICLE DEUXIEME
» Le présent acte , rédigé dans les deux langues , a été signé par le général en chef et par Sidi-Mustapha, chacun en leurs qualités précédemment exprimées, en doubleexpédition, dont l'une est restée aux mains du général en chef, et l'autre a été retenue par Sidi-Mustapha.
»> Alger, le 1 8 décembre i83o.
» Signé y comte Clauzel, Sidi-Mustapha.
• Pour copie conforme à l'original retenu par le général en chef,
»Z<? secrétaire-général da gouvernement ^
» F. Caze.
(i) Mais il était entendu que je mettrais, si je le jugeais à propos, des garnisons à Bone, à Stura et à Bougie.
» Qu'il soit bien entendu , bien compris, que le bey de Constantine, nommé par moi, tiendra ce beylick aux mêmes conditions et droits que s'il l'avait reçu du dey d'Alger, et qu'il se con-^ lormera à tout ce que je jugerai k propos de prescrire pour l'intérêt du pays en général, du beylick en particulier, surtout de la France. .
» Alger le 24 décembre i83o.
» Le général commandant en chc/', » Comte Clauzel.
» Cette note, de la main du général en chel", doit rester entre les mains de M. de Lesseps, en cas de discussion.
» Le Secrétaire-généraly
» Signé F. Caze. »
J'avais fait part de cet arrangement au ministre de la gueri'e par la dépêche suivante :
<• Alger, le 16 décembre i83o.
» Monsieur j-E Maréchal,
» Les deux dépêches que vous m'avez lait l'honneur de m'adresser les 25 et 30 novembre se trouvent en partie répondues par ma dépê-
che télégraphique du 1 3 et par ma lettre d'aujourd'hui qui en est le commentaire; il en est de même du dernier paragraphe de la dépêche du 30, ainsi que àwpost script am qui l'accompagne, auxquels surtout répond aussi clairement que vous pouvez le désirer, ma lettre déjà citée et appuyée de la copie de celle de monsieur l'Intendant.
»Ma réponse devrait se borner ici, monsieur le Maréchal; mais je prends occasion du contenu des diverses dépèches que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, pour vous donner la preuve que, malgré les assurances réitérées que j'ai reçues de votre prédécesseur, et récemment encore, dans ses dépêches des 30 octobre et 17 novembre, de l'intention positive du gouvernement français de garder définitivement et de coloniser Alger, j'ai prévu le cas où l'état des affaires en Europe forcerait la France à réduire son armée d'Afrique.
» J'ai donc du combiner les moyens de fournir h la mère patrie les secours qu'elle pourrait réclamer (sans renverser de fond en comble une création dont , je le dis dans une entière conviction , le succès est certain) avec ceux de continuer l'établissemciil d'Afrique, dut-on en
ralentir les pro(jrès , en se réservant la possibilité de leur donner un nouvel essor lorsque les circonstances le permettront.
» La régence d'Alger est fort étendue; elle se compose de trois grandes divisions qui sont à louest , le beylick d'Oran , limitrophe de l'empire de JMaroc ; au centre, le territoire d'Alger proprement dit, dans lequel se trouve la fertile plaine de la Metidja , principal but de mes projets de colonisation et d'agriculture ; à Test enfin , est la province de Constantine , limitrophe de la régence de Tunis, et dont font partie les ports de Bone, Bougie et Stora.
» Le bey d'Oran est Turc, et s'est soumis à mon prédécesseur qui lui a fait remise des contributions arriérées : la milice turque fait sa sauve-garde au milieu de la population arabe dont il est entouré. Ce bey est un homme faible , mais loyal, qui m'a plusieurs fois fait proposer d'abandonner son poste , pourvu que je lui fournisse ainsi qu'à ses Turcs des moyens de transport jusqu'à Smyrne ; j'ai cru devoir le laisser dans sa place, parce qu'il m'a donné quelques preuves de loyauté. D'ailleurs des changemens m'ont paru inopportuns dans un moment où , d'après ce qu'on m'écri-
— devait du ministère de la guerre , il convenail de faive expédier sur France des blés ([ue la province d'Oran fournit en abondance, et dont la vente aux négocians procurera , au moyen du droit d'exportation que perçoit le bey, la faculté à celui-ci de payer une parlie des contributions. D'un autre côté, une entreprise d'un paient du roi de Maroc a eu lieu contre le territoire d'Oran ; et le bey m'a demandé des secours que je lui ai accordés , tandis que je ne négligeais pas de faire faire à Maroc des déraai"ches énergiques, dont le succès me parait certain. J'ai donc ajourné tout plan ultérieur pour cette partie de nos possessions d'Alri(|ue ; et je suis en mesure de conserver l'influence française à Oran sans y laisser de garnison , excepté au fort de Mers-el-Kébir que je me propose de garder pour avoii- toujours une influence immédiate sur ce beylick ; j'espère même, avec beaucoup de fondement, que j'obtiendrai du bey le paiement régulier d'une contribution modérée.
» 11 n'en pouvait être de mêmedeConstantinc où l'autorité de la France n a jamais été reconnue, et dont la capitale, qui a donné son nom à la province , est située dans les terres h plus
de soixante lieues d'Alger. Je pouvais occuper Bone , Bougie et Stora, et retirer quelques légers produits de douane qui n'auraient pas couvert les frais de déplacement de deux régimens au moins qu'il aurait fallu y tenir, ce qui aurait diminué d'autant le nombre de ceux que j'ai toujours eu l'intention do renvoyer en France. J'étais très-indécis sur ce que je devais faire relativement au beylick de Constantine, et je pensais vaguement h en écrire h M. d Lesseps, notre consul-général à Tunis, lorsque celui-ci vint fixer mes idées, en me faisant part de celle qui lui avait été suggérée par le bey de Tunis lui-même, qui lui faisait connaître les offres , repoussées par lui , de plusieurs tribus de la province de Constantine de se soumettre à sa domination. Le bey de Tunis , dont le désir le plus ardent est de mériter la protection de la France, insinua à M. de Lesseps qu'il y aurait un moyen de soumettre cette province éloignée d'Alger , en donnant à un prince de sa maison l'investiture du beylick de Constantine, moyennant une contribution annuelle. M . de Lesseps me fit part de ces ouvertures , et me prévint que l'un des envoyés qui m'étaient adressés par le bey de Tunis,
pour rac féliciter sur mon arrivée en Afrique, était chargé de me sonder sur ce projet. En effet, cet envoyé ne tarda pas à me faire des ouvertures positives et des propositions. Les choses furent poussées au point de dresser un projet provisoire que je chargeai M . de Lesseps de discuter et de mûrir, et je l'autorisai formellement à me faire envoyer, s'il y avait lieu , un plénipotentiaire ad hoc ^ après que lui, M. de Lesseps, serait convenu des principales bases avec le bey de Tunis. Les choses se sont passées comme je l'avais prévu d'avance. Un ministre plénipotentiaire m'a été envoyé pour conclure , et aujourd'hui même nous mettons le sceau à cet arrangement en signant une convention, dont j'aurai l'honneur de vous envoyer copie , par laquelle le frère du bey de Tunis , désigné par ce prince pour recevoir la co^ïimission de bey de Constantine, s'engage, sous la garantie du bey de Tunis, à payer à la France une redevance annuelle d'un million de francs, l'éduite k huit cent mille francs pour Tannée 1 83 1 , et reçoit en échange la commission de bey de Constantine. J'ai d'ailleui-s stipulé, pour les ports de celle province ainsi que poiu' l'intérieur, tous les avantages désirables pour les
Français , comme vous le verrez par les dociuiiens que j'aurai Thonneur de vous transmettre.
» Ce n'est pas tout. J'ai laisse la porte ouverte à une négociation pareille pour Cran , si , comme je le prévois, le bey de celte province insiste prochainement pour se retirer. De cette manière , l'est et l'ouest du royaume d'Algei* seront assurés, entre les mains de princes dont l'intérêt vital est de rester unis , et de devenir, s'ils le peuvent , alliés de la France, qui, du reste, a /tout à gagner à cette alliance (1).
» Il ne reste plus donc que le territoire d'Alger, proprement dit, à occuper; et si j'insiste pour six régimens au lieu de quatre , c'est afin de ne pas suspendre la colonisation déjà commencée, et de hâter le moment où un bien moins grand nombre de troupes sera nécessaire pour permettre à des spéculateurs agricoles d'exploiter les inépuisables richesses d'un sol presque vierge , plus fertile qu'aucune des
(i) Ces vues d'alliance ne peuvent se rapporter qu'au souverain de Tunis, et non aux princes de sa maison qui devenaient sujets de la France en acceptant la commission de bey.
Àiililles, et propre à loules les productions des tropiques , le café excepté. Le commerce , attiré à Alger par de nombreux consommateurs qui y accourent de toutes parts, fait des progrès raj)ides ; le port , quoique réputé mauvais, r^' gorge de vaisseaux de toutes les nations, malgré le double droit de douane dont sont Trappes les étrangers.
«Telles sont, monsieur le Maix^chal, les mesures qu'une prévision, réalisée par les événemens, m'avait fait prendre, et auxquelles je me trouve heureux d'être à temps de pouvoir donner la dernière main, en un moment si opportun. Si vous ajoutez à cela que dans le même temps je préparais, par des négociations, avec les tribus qui habitent le pied et la première chaînede l'Atlas, le brillant et utile succèsqu'ont x>btenu au Col de Ténia les braves soldats que j'ai l'honneur de commander, succès couronné par la destruction totale du corps composé de Turcs et d'Arabes , à la lète duquel l'ex-bey de Titterie, que j'ai aujourd'hui en ma puissance, venait quelquefois inquiéter nos avant-postes et empêcher les Arabes d'approvisionner le marché d'Alger ; si, en jetant un conp-d'œil sur les caries que j'ai envoyées à l'appui de mes
rapporls, vous considérez la posilioii de Medéali (|ue je me suis mis à même d occuper ou de ne point occuper, suivant que cela conviendra aux intérêts de la France, en y plaçant un bey dévoué, dont la famille et les propriétés, situées à Alger, nie garantissent la fidélité ; si enfin vous considérez que tout en exécutant ces utiles opérations, je me proposais, sans quon me l'eût même insinué , de vous renvoyer plus de la moitié de farinée, renvoi commencé et non suspendu , comme je vous l'ai fait observer dans ma dépêche télégraphique du 1 3 ; il me sera permis d'espérer que vous jujjerez qu'arrivé en Afrique, il y a à peine trois mois , et n'y trouvant qu'une armée découragée et dégoûtée, je n'ai pas perdu mon temps.
» Après cet exposé de mes opérations et de ma conduite, il me reste, monsieur le Maréchal, à remj)lir un devoir que je crois pouvoir appeler de conscience envers la France, envers le Roi et envers nous-mêmes. L'abandon d'Alger ou, ce qui reviendrait au même, une réduction de troupes, telle qu'il fallût renoncer à continuer les travaux publics et particuliers, commencés sur la garantie que j'ai été autorisé à donner que l'occupalion définitive était décidée; l'abandon
d'Alger, dis-je , serait une faute grave dont la France demanderait un jour un compte sévère au gouvernement; Thonneur national en serait entaché , d'autant que notre retraite serait le signal du massacre de toute la population juive fort nombreuse à Alger, et d'une grande partie des Maures. Un grand nombre de maisons de commerce françaises et étrangères déjà établies dans celte ville, seraient complètement ruinées; nous laisserions en Afrique, et à juste titre, une mémoire odieuse et méprisable. Que ces expressions ne vous paraissent pas trop fortes, monsieur le Maréchal ; veuillez vous faire représenter ma correspondance officielle et particulière avec votre prédécesseur, ainsi que les réponses qui m'ont été faites , et vous jugerez si j'étais autorisé à encourager les établissemens industriels et agricoles , et à leur promettre, pour l'avenir, sûreté et protection.
j) J'ai encore un devoir à remplir avant de terminer ; et quoiqu'on le remplissant je sois obligé de vous parler de moi , il ne m'est pas permis de m'en dispenser.
» Un concours de circonstances dont j'ai été assez heureux pour savoir prohter, et peutêtre aussi un peu de bonheur, m'ont donne sur
ks habitans rëgnicoles et étrangers de la ville (l'Alger, ainsi que dans le pays et chez les princes voisins , une influence qui fait de mon nom un des principaux moyens de succès. Dans la persuasion où je suis que le gouvernement me mettra à même d'assurer notre établissement d'Afrique pour l'avenir, ce qui se réduit au fond à laisser à Alger trois mille hommes de plus , fussent-ils de nouvelles levées ou même de gardes nationales du midi de la France, où je pense qu'on trouverait facilement ce nombre qui viendrait volontairement , il est indispensable que je conserve, pendant quelques années, la direction supérieure des affaires civiles et militaires , et qu'il soit bien établi et généralement connu que je ne m'absente pas définitivement ; il faut qu'on sache que l'ofticier général, qui me remplacera momentanément, n'agit que d'après mes instructions. L'exécution de la convention avantageuse quej'ai conclue avec le bey de Tunis pour la province de Constantine, et de celle aussi profitable que je suis à même de conclure avec ce même prince pour le beylick d'Oran , tient i)eut-être à la continuation de l'autorité qui m'est déléguée par le gouvernement français dans ce pays. Au moyen
— u — 4è ces deux convenlioiis , dont je me plais h croire que la conclusion est un des plus fjrands services cpie j'aie jamais rendus à ma patrie, les vues du gouvernement seront remplies, puisqu'il sulïira de dix mille hommes , quant h prt^ sent , pour conserver notre conquête , sau ï à les reporter, quand les circonstances le permettront, au nombre de quinze à dix-sept mille hommes que j'avais demandé.
» Je me flatte , monsieur le Maréchal , que vous voudrez bien faire connaîlrc cette dépêche au Roi et au Conseil des ministres.
» J'ai l'honneur, etc. »
Occupé comme je l'étais, depuis mon arrivée à Alger, de l'idée première de fiiire jouir la France du plus précieux avantage qu'elle eût à recueilUr de sa conquête, j'avais travaillé sans relâche à coloniser ce beau pays, si près de nous •, assurer aussi la conservation des poiDl&si importans qu'il ofl^re sur la Méditerranée , devait être l'objet de mes sollicitudes.
Je recherchai avec soin, pour les employer sans relard, tous les moyens les plus propres à amener de tels résultats.
La formation d'un corps de naturels du pays et celle d'une garde urbaine, me parurent d'une utilité incontestable. C'était un moyen de remplacer une partie des troupes que je voulais rendre à la France. J'entrevis aussi, dans cette double formation, une des causes qui devaient produire peu à peu une espèce de fusion entre les indigènes et les Européens, et conduire les premiers à une participation à nos usages , à notre manière de vivre , à nos habitudes d'hygiène dont ils ne devaient pas tarder à reconnaître la supériorité ; et enfin, comme conséquence toute simple, malgré la différence de religion, produire plus de sympathie.
Il était évident que, pour des populations chez lesquelles les habitudes militaires étaient le plus en honneur, les institutions qui s'y rattachaient, tendaient vers mon but et présentaient des chances de succès. Je ne me dissimulai pourtant pas les difficultés qu'il faudrait surmonter dans l'exécution de ce projet.
La nécessité d'encadrer dans des compagnies les hommes ou , pour mieux dire, les barbares de ce pays, en leur donnant pour chefs des Français ignorant la langue arabe, ce qui devait rehdre l'émission et l'exécution des ordres Irès-
^ zc, —
difficile et irès-pénible ; celle de recrutei' et d allacher au drapeau ces nouveaux soldats » de les assujettir à une règle et à une discipline mixtes dont on ne pouvait espérer le perfectionnement qu'avec le temps , étaient bien de nature à fixer mon attention.
Je dus faire un choix scrupuleux des sujets destinés à seconder mes desseins. Il fallait des gens de caractère, propres à braver les dangers sans manquer de prudence pour les prévenir , des hommes patiens et fermes , tout à la fois capables et déterminés. Sur les nombreuses listes qui me furent soumises , je pris ce qu'il y avait de préférable. Trois officiers principaux que j'ai placés à la tête des Zouaves , ont été pris dans les armes spéciales. Plus tard j'ai eu lieu de m'applaudir des choix que j'avais faits.
Je ne crus pas devoir encourager les travaux de ce^ officiers et la mission pénible dont je les chargeais, par un supplément de solde, ainsi qu'on l'a quelquefois pratiqué. L'argent n'est point une récompense estimée dans l'armée française. Je pensai qu'il en était une plus digne d'eux, et qu'il valait mieux stimuler leur amourpropre et encourager leur ambition. Je décidai leur nomination au grade immédiatement su-
périeur, el je fixai à deux ans au moins, pour légitimer cet avancement , la durée de ces nouveaux services.
Un bataillon fut d'abord formé sous le nom de premier bataillon des Zouaves. Ce corps marcha plus tard à l'expédition de Médéah, où il se conduisit très-bien.
Un second bataillon et un escadron de chasseurs, dits algériens, furent organisés immédiatement après.
Je ne fus point assez heureux pour voir approuver, sur tous ses points, une organisation qui avait coûté tant de peines , et qui nous offrait déjà des garanties de succès. La nomination au grade supérieur que j'avais accordée aux officiers des Zouaves et leurs remplacemens dans les corps auxquels ils appartenaient, furent long-temps refusés par le ministre de la guerre, qui ne les accorda que sur de longues et pénibles instances.
Après avoir lu la dépêche de ce ministre, en date du 30 octobre 1830, et la mienne du l6 décembre suivant, on peut juger si j'ai usé ou abusé des pouvoirs que me donnait naturellement ma qualité de généial en chef; si j'ai
ménagé les inlércts de la France ; cl, en se reportant aux termes de la dépèche minislérielle du 30 octobre 1830 citée plus haut, il m'est permis de demander si je devais m'allendre au reproche d'avoir préjugé une question que cette dépèche décide de la manière la plus explicite.
Le contenu de ma lettre du 16 décembre au ministre de la guerre me dispense d'y rien ajouter, pour justifier l'opportunité et l'utilité de mes arrangement avec le bey de Tunis. Je dirai seulement que, sans la malencontreuse intervention des bureaux des alTaires étrangères , ces arrangemens , purement militaires et administratifs , je le répète , eussent reçu une pleine et entière exécution. Alger serait aujourd'hui une colonie florissante, que dix à douze mille hommes pourraient garder et étendre progressivement, et on ne verrait pas les Arabes attaquer journellement nos avant-postes et inquiéter même les habitans de la ville. Nous serions plus près, d^une année au moins, de l'époque où la nouvelle colonie pouiTa se suffire à elle-même, ce qui n'est jamais arrivé et n'arrivera pas pour nos autres colonies; et, dès celle année, le trésor public, au lieu de faire de nouvelles avances,
dont je ne prévois pas le terme, si l'on ne revient pas à mon système, eût reçu plusieurs millions dont on s'est prive, pour ainsi dire, de gaîlë de cœur.
Pour faciliter l'exécution de l'arrang^ement dont j'avais arrété les bases avec le bey de Tunis, et afin d'assurer pour toujours la tranquillité de la partie du pays dont je pensais , comme je le pense encore , que nous devons nous occuper plus immédiatement, c'est-à-dire le territoire d'Alger proprement dit et le beylick dcTitterie, je résolus d'anéanUr,par un coup porté à propos, ce qui restait de Turcs ou d'Arabes non soumis, qui étaient réunis sous le commandement de l'ex-bey deTitterie, et fournissaient aux malveillans un prétexte de nier que notre puissance fût universellement reconnue. J'exécutai l'expédition de l'Atlas, que je préparai dans le silence, par des mesures dont je m'étais réservé la direction et dont le détail n'était connu que de moi seul. Le succès le plus <x>nipk;l couronna odte opération. ILes résultats en furent immenses sous le rapport moral; et si des causes, que mallieureusement il n'a pas dépendu de moi de prévcnii', n'étaient venues diminuer le presltge créé par cette cxpé-
dition, il eût suffi de quelques bataillons pour maintenir notre domination en Afrique. Les rapports officiels de cette courte campagne ont été publiés, ils ont fait connaître que nos jeunes soldats étaient les dignes héritiers de leurs aînés , et savaient comme eux maintenir la gloire du nom français.
A mon retour à Alger, je donnai la dernière main aux arrangemens relatifs au "beylick de Constantine , dont notre récente victoire facilitait l'exécution. Je continuai, avec le concours de plus en plus utile de l'Intendant en chef ( 1 ), à organiser toutes les branches de l'administration. Je commençais à recueillir les fruits de mes travaux. Alger, où les Français accouraient en foule, se peuplait aussi d'étrangers de toutes les nations ; le port était fréquenté par de nombreux vaisseaux , et je recevais de toutes parts des demandes de personnes qui voulaient venir fonder à Alger des établissemens agricoles et industriels. J'encourageais cet élan , bien que je m'aperçusse que les dis^positions du ministère étaient devenues moins
(i) Voir n rAppendicc U-s extraits dr hi Notice rédigée* par rintcndant en chef.
favorables à la colonisation. Mais comme je ne pouvais croire qu'il eût changé d'avis à ce sujet, étant d'ailleurs à même de savoir positivement qu'aucune raison politique ne s'opposait à l'exécution de ce plan, quoi qu'on ait voulu insinuer à cet égard , j'attribuai ce refroidissement aux préoccupations graves du moment ; et, je dois ajouter aussi, à ce que la direction des affaires d'Alger était passée entre les mains de personnes moins pénétrées des avantages de la colonisation que celles qui en avaient été précédemment chargées. Je voyais d'ailleurs, mieux qu'on ne l'apercevait dans les bureaux du ministère, que la question était devenue nationale, et qu'il n'était plus possible de renoncer impunément à une possession aussi précieuse. Je bravai quelques dégoûts et je persévérai : pour mettre le sceau à mon ouvrage , je fis pour le beylick d'Oran ce que j'avais fait pour celui de Constantine ; je nommai un prince tunisien bey d'Oran. Voici le texte de ce nouvel arrangement :
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux, souverain arbitre de toutes choses;
»Les soussijjnés baron Volland, inlendanl en chef de rarniée française en Afrique, intendant du royaume d'Alger, muni des pouvoirs de M. le lieulenanl-géncral comte Clauzel, commandant en chef larmée d'Afrique; et Sidi-Herdin- Aga, nmni des pouvoirs de S. A. R. le bcy de Tunis, et d'AchmeJ, bey d'Oran, à l'effet de régler, d'un comnum accord, les conditions auxquelles ledit x\chmcd-Bey prend le gouvernement du beylick d'Oran, sont convenus de ce qui suit :
ARTICLE i*^*^.
» Achmed-Bey, prince de la maison régnante de Tunis, nomme bey d'Oran par arrêté du général en chef de l'armée, en date du 4 février courant, sera mis immédiatement en possession dudit beylick avec toutes ses dépendances, sauf le fort de Mers-el-Kcbir, que le gouvernemeni français se réserve pour l'occuper h volonté.
AKT. n.
» 11 restera , à l'égard de la domination irun- «aise dont le siège est à Algei-, dans les mêmes
lapporls de dépendance que les beys ses prédécesseurs envers la régence d'Alger. 11 est entendu que cet article ne se rapporte qu'à la souveraineté acquise à la France par droil de conquête.
ART. ni.
»I1 nesera perçu, sur les denrées et marchandises venant de France, à leur entrée dans les ports du beylick, d'autres droits que ceux auxquels elles seraient assujetties à leur entrée à Alger ; ainsi les tarifs de douane, établis ou à <'tablir à Alger, leur seront en tout applicables.