‹ Observations et recherches expérimentales sur la variation chez le MaïsChapitre 4 sur 5 · T. LVII. (SÉANCES · texte numérisé non relu

T. LVII. (SÉANCES

moi, sur ce point particulier, ma conviction est bien moins assurée et je considère le problème comme non encore

résolu *.

Cependant, malgré les difficultés d’empêcher la fécondation croisée, M. Blaringhem pense être arrivé à créer, après mutilations, quelques variétés et une espèce élémentaire ou jordanienne nouvelles , parfaitement stables, issues du Mais jaune

de Pensylvanie.

Je cultive ces formes depuis 1907 en me servant chaque année de graines que distribue 1 auteur par 1 intermédiaire du Muséum et qui par conséquent doivent être pures. Ce sont les variétés pseudo-androgyna et semi-præcox et l’espèce élémentaire præcox avec une variété alba. J’ajoute que j ai employé aussi, autant que la maturité me l’a permis, des graines

récoltées dans mon champ d’expériences.

Le pseudo-androgyna présente, sur un certain nombre de grains des épis femelles, des étamines plus ou moins développées. Le semi-præcox serait plus précoce de trois semaines que le type; les pieds sont plus épais, plus trapus, de taille moins élancée, les épis latéraux gros et courts. Enfin, le præcox , plante grêle, basse, à nœuds courts, est plus hâtif que les précédents, ce qui a permis son isolement avec facilité,

cette espèce élémentaire a donné une variété à grains blancs.

Faut-il considérer toutes ces formes nouvelles comme des variétés, sauf la dernière, ou bien faut-il voir dans toutes des espèces élémen taires, c’est là une affaire de point de vue qui conduirait à une diseur

sion oiseuse.

Dès 1907 j’ai observé une petite différence de taille entre le DP®

pensylvanica et les variétés pseudo-androgyna et semi-præcox, rnais

pas très marquée; par contre le præcox , jaune ou blanc, était bien nain. Les grains de semi-præcox récoltés à Grignon étaient plus arrondis, p us pleins que ceux du pseudo-androgyna de même provenance. L epseu o androgyna de Grignon avait les grains conformes au type primitif- yuan

1. M. Metchnikoff déclare qu’à côté de certains exemples de T aria ^ use provoquées par l’homme et des parasites, il en existe d autres ou a g . intime échappe complètement. Il serait intéressant, dit-il, d étu ,e . J dans ces cas, il ne s’agirait pas de parasitisme microscopique ou invisible. (Revue scientifique, 1909, 2 e semestre, p. 548.)

ED. GRIFFON. - SUR LA VARIATION CHEZ LE MAIS. 611

aux grains du præcox , ils étaient plus gros et plus uniformes comme taille que ceux du Muséum; enfin 1 q præcox alba avait des grains jaunes et des grains blancs, ce qui peut être dû soit à l’atavisme, soit au vicinisme.

En 1908 j'ai semé, comparativement, des grains venant du Muséum et des grains récoltés à Grignon en 1907. Au 30 juillet les pensylvanica, pseudo-androgyna et semi-præcox des deux provenances ne présentaient aucune différence d’aspect; même observation pour le 22 septembre. Je les ai montrés à des personnes habituées à examiner des plantes cultivées, et toutes, non prévenues de ce qu’elles avaient sous les yeux, ont conclu qu’il n’y avait là qu’une seule variété de Maïs. Quant au præcox venu de graines de Grignon, il présentait 3 pieds presque identiques au type pensylvanica dont il dérive (vicinisme ou atavisme).

Sur un certain nombre de pieds de chaque forme il y a eu, en 1907 surtout, des anomalies semblables à celles qui ont déjà été décrites, et cela quelle que soit la provenance des graines, sauf cependant sur le præcox qui n’avait d’ailleurs pas de pousses latérales.

En 1909 mêmes résultats qu’en 1910 et, comme je l’ai dit plus haut, des grains d’inflorescence femelle ramifiée de semi-præcox ont donné 7 pieds normaux sur 8.

En 1910 j’ai opéré avec des grains du Muséum exclusivement. Les différences entre pensylvanica , pseudo-androgyna et semi-præcox m'ont paru nulles; une personne non au courant de l’expérience n’aurait pas songé à en chercher. On peut donc dire que les deux secondes formes ne sont pas héréditaires et que, à Grignon tout au moins ou dans des localités productrices des semences pures, elles sont retournées au type f iui les avait engendrées. Le semi-præcox autofécondé m’a fourni des épis de 13 cm. 5 et de 14 cm. de long et, dans les mêmes conditions, les dimensions des épis du pensylvanica ont varié entre 10 et 14 cm.

En ce qui concerne le pseudo-androgyna (autofécondé ou non), je dois dire que pour la première fois, en 1910, j ai aperçu des étamines à la base des grains dans les épis femelles. Cette année, à Grignon, il y a eu beaucoup d’humidité jusqu à la fin de juillet et, à partir de cette date jusqu’à la fin de septembre, sécheresse marquée; peut-être est-ce à cette condition météorologique spéciale que nous devons une bonne maturation des épis des variétés expérimentées et le développement des étamines chez les fleurs femelles. Mais ce caractère n est pas spécial à la forme dérivée du Maïs de Pensylvanie; je l'ai retrouvé très nettement sur le pensylvanica type (autofécondé

ou non), sur le semi-præcox (non autofécondé), sur le præcox (autofécondé), sur le Maïs perle, sur le King Philip, etc. C’est même chez cette dernière variété que j’ai trouvé les étamines les plus grandes et les mieux conformées; les anthères faisaient saillie en entier et il était bien inutile d’enlever les grains pour les voir. Au reste ce phénomène de production d’étamines non seulement n’est pas spécial à une forme du Maïs de Pensylvanie, comme je viens de le montrer, mais il était connu. Penzig, dans son Pflanzentercitologie (p. 462) dit que des fleurs hermaphrodites (ovaire et 3 étamines) ont été signalées aussi bien dans l’épi femelle que dans la panicule mâle par Masters, Fermond, Kraft, Scott, IIempel. Ce doit être, en effet, très commun certaines années. Ce fait montre encore une lois combien il faut être prudent quand on parle de caractères nouveaux, de variétés nouvelles; une longue pratique des plantes cultivées est nécessaire pour être affirmatif, on ne saurait trop le répéter. Au début de l’année je tenais le caractère en question pour inexistant et maintenant j’ai la preuve

qu’il a déjà été décrit et que dans certains cas il est commun.

J’ai autofécondé cette année plusieurs pieds de præcox jaune et blanc. J’ai eu de beaux épis avec le jaune, sans xénie par le Maïs perle qui a influencé tous les épis non autofécondés de mes cultures ( pensylvanica et

ses dérivés, Ridé nain hâtif, King Philip, Auxonne, etc.). Quant au præcox blanc, 10 pieds ont été autofécondés, 2 ne Font pas été ; malheureusement les épis femelles (pour quelle cause?) n’ont pas fructifié, de sorte qu’il m’a été impossible de résoudre le problème que je m’étais pose en 1907 à son sujet, à savoir si la présence de grains jaunes au milieu des blancs était un signe de dégénérescence par retour au type ou par vici-

nisme.

J’ajoute que les Maïs précoces, et surtout la variété à grains blancs, sont des plantes naines, dégénérées, comme il en apparaît de temps à autre sans traumatismes dans bien des espèces cultivées, que ce serait une grosse erreur de les considérer comme une acquisition utile pour les agriculteurs , au moins dans la région de Grignon, même au point de vue de la production des grains. Au reste il n’est pas plus précoce en cet endroit que le quarantain, le jaune hâtif d’Auxonne, le King Philip blanc et d’autres.

ED. GRIFFON

Les recherches précédentes montrent c|ue, chez le Maïs et dans les conditions de mes cultures à l’Ecole de Grignon, il se produit sans blessures ni action parasitaire connue des anomalies d’inflorescences qui peuvent se ramener à deux types : 1° ramification des épis latéraux avec ou sans Heurs mâles; 2° transformation de Heurs mâles en Heurs femelles dans la

panicule terminale plus ou moins déformée. De très nombreux faits analogues ont été signalés bien des fois au cours du siècle dernier. Certaines variétés (King Philip notamment) ont donné en 1908 beaucoup de pieds monstrueux (10 sur 12); les monstruosités se trouvaient en majeure partie sur des talles nées naturellement. En 1909 les mêmes variétés ont porté au contraire peu de monstruosités et en 1910 le nombre de ces dernières a été parfois aussi grand sur la tige principale que sur les talles.

L’apparition d’étamines à la base des caryopses de 1 épi femelle n’est nullement une nouveauté; la forme pseudo-androgyna de M. Blaringhem est apparue à Grignon en 1910 sur plusieurs variétés; elle était du reste connue des tératologistes

(Penzig, etc.).

Les épis latéraux ramifiés sont bien différents de ceux du Zea canina Watson, hybride de Téosinte (Reana luxuriant) par Maïs, et rien n’autorise à considérer comme démontrée 1 hypothèse maintes fois formulée d’après laquelle le Maïs sciait une forme monstrueuse de Téosinte née et propagée par les soins de l’homme; on ne peut donc actuellement, pas plus qu autrefois, reconstituer avec certitude 1 évolution du genre Zea.

Les causes vraies de l’apparition des anomalies florales chez le Maïs sont loin d’être déterminées avec précision. Les troubles

de nutrition engendrés par des blessures doivent agir là comme ailleurs où c’est connu depuis longtemps; mais il y a bien d’autres causes. Des monstruosités peuvent donc se rencontrei sur des pieds blessés sans que la mutilation ait joué un rôle dans leur production. Les anomalies florales nées à la suite de traumatismes ou autrement chez le Mais ne paraissent pas héréditaires; il n’est pas encore suffisamment prouvé quelles

puissent caractériser même des variétés instables (ou eversporting de de Vries).

Quant aux variétés pseudo-androgyna et semi-præcox de M. Blaringhem, elles sont retournées au type Maïs jaune de Pensylvanie ( Zea Mays pensylvanica).

Le Maïs précoce, né lui aussi du type précédent, est une pauvre acquisition, au moins dans la région de Grignon, où cependant cette année il a très bien mûri; de plus il est peut être possible qu’on puisse le faire retourner au type par une culture appropriée et il n’est même pas démontré que ce soit une nouveauté. Le præcox alla est plus chétif encore et il semble revenir à la forme à grains jaunes qui lui a donné naissance. Mais je ne suis pas encore en mesure de donner de ces deux cas de retour une preuve formelle; il faut aussi envisager l’action

du vicinisme ou pseudo-atavisme. Les expériences continuent sur ce point.

En somme les travaux récents effectués sur le Maïs apportent un bien faible appoint à la théorie de la mutation ; ils n’ont pas fait apparaître de caractères vraiment nouveaux; ils n’ont

surtout nullement établi cà mon sens que les traumatismes soient « un facteur très important de l’évolution des formes végétales ». Il faudra donc autre chose pour renverser l’opinion que m’exprimait récemment dans une lettre un éminent horticulteur anglais, fi savoir que, selon lui et ses confrères, « tout ce qu’on peut revendiquer pour la mutation a trait aux sous-variétés et non pas aux vraies espèces, que bien des races horticoles sont nées par transformations lentes, que la mutilation, qui fait parfois

naître des monstruosités, est inapte à créer des variétés nouvelles ».

Je n ai nullement la prétention, comme je le disais au début de cette Note, de porter un jugement d’ensemble sur les théories concernant la variation et l’origine des espèces. Il faut pour cela

une longue pratique des plantes cultivées, une connaissance approfondie des formes sauvages : mon expérience personnelle est trop bornée ; mais j’ai pensé qu’autant il est absurde de rejeter dédaigneusement comme faux tout système ne cadrant pas a\ec les idées qui nous sont familières, autant il est dangereux d accepter sans les soumettre au contrôle de l’expérience, quand

M - ATJBERTOT. — sur l'anatomie des RAMEAUX POLYMORPHES. 015

on le peut, des explications nouvelles devant avoir, au dire de leurs auteurs, de grandes conséquences pour la philosophie naturelle et la culture des plantes.

M. Lutz donne lecture de la communication ci-dessous :

Sur l’anatomie comparée des rameaux polymorphes chez quelques arbustes épineux de la famille des Rosacées;

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