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Observations et recherches sur la folie consécutive aux maladies aiguës

A une époque où les saines méthodes d'investig*ation conduisent chaque jour à des connaissances nouvelles, il n'est pas rare de voir explorées tout à coup, dans la médecine aussi bien que dans les autres sciences, des questions sur lesquelles l'attention n'avait pas encore été éveillée.

Au nombre de celles-ci, on peut compter l'état de folie qui se développe dans la convalescence de quelques maladies aig^uës.

En effet, c'est en 1844 seulement que M. Max Simon, le premier, attirant l'attention des médecins sur un sujet qui intéresse ég-alement l'aliénation mentale et la médecine ordinaire, publia quelques observations de folie consécutive à la fièvre typhoïde.

Depuis lors, plusieurs aliénistes ont suivi son exemple, mais aucune monogTaphie, aucun travail spécial, en un mot, n'a été écrit sur cette matière jusqu'en 1863, époque à laquelle M. Mugniier soutint, devant la Faculté de médecine de Paris, une thèse inaug-urale sur la folie consécutive aux maladies aig*uës.

Ghéron. ,

C'est pendant mon internat, dans une maison d'aliénés, que j'eus plusieurs fois l'occasion d'observer des personnes devenues folles à la suite de maladies aig'uës (fièvre typhoïde, pleurésie, pneumonie, etc.). Je m'empressai d'étudier ces malades, et je ne tardai pas à m'assurer que la question était indiquée plutôt qu'étudiée.

Je réservai dès lors mes observations pour les joindre àcelles qu'il me serait possible de recueillir, résolu à en l'aire le sujet de ce petit travail.

Il ne faut point song*er à traiter la question d'historique comme il est souvent facile de le faire, en puisant dans les ouvrag-es de l'antiquité et dans ceux des deux ou trois siècles qui précèdent le notre. Il en faut chercher la raison dans l'idée qu'on se faisait de la nature des vésanies à ces deux époques.

D'après la plupart des philosophes gTCcs,^ chaque homme avait son démon particulier, personnifiant son individualité morale ; et si le démon était en fureur, il en résultait une sorte de folie, état des démoniaques ou des possédés de Dieu. Les dieux ou les démons, tels étaient les principes des désordres intellectuels et des autres troubles locaux de l'org'anisation.

Aussi chassait-on les démons par des purifications, des sacrifices et certaines formules sacramentelles, des ablutions et des fumig-ations. Une fois o^uéri, le malade consacrait une offrande aux dieux, (tlipp., Littré, VIII.)

— vu —

Ce n'est pas au temps où les dieux et les démons jouaient un aussi grand rôle dans la production de la folie, qu'on pouvait s'attendre à voir fîg'urer les maladies aig'uës dans son étiolog"ie.

Cependant, quoique les croyances dont je viens de parlei^ fussent g'énéralement accréditées, il ne faut pas croire qu'il ne se soit trouvé, comme à peu près à toutes les époques, de ces g'rands esprits qui devançant ou éclairant leur temps, tentent de dissiper les préjug^és et contribuent par leurs écrits aux progTès de la science et de la civilisation.

Hippocrate (460 ans avant J. C.) déclare à propos de l'épilepsie (mal sacré) que cette maladie reconnaît des causes purement naturelles.

Plutarque (48 ans après J. C.) nie la possession chez les fous.

Plotin (285 ans après J. C.) disserte long^uement sur la fausseté des exorciseurs, et explique la g^uérison des malades par des remèdes physiques.

Au iv^ siècle, Posidonius affirme que les démoniaques sont simplement des malades.

Au xvif siècle, P. Zacchia, faisant de l'éclectisme, admet que les possédés sont des mélancoliques dont la maladie attire les démons, mais que dans beaucoup de cas, des g-ens extravag-ants, des femmes mal régulées qu'on tenait pour possédées, n'avaient aucune communication avec l'esprit malin.

Sennert, Fr. Hoffmann, à la même époque, admettaient l'opinion de P. Zacchia.

Mais, depuis le milieu du xv" siècle, depuis Guaïnerio de Pavie, qui niait lapossession, nous voyons une réaction se produire à l'encontre de cette doctrine. Cependant, la folie n'est réellement considérée comme une maladie, et les fous ne sont traités comme des malades qu'à partir des dernières années du xviii^ siècle. La folie prend dès lors place dans le cadre nosolog-ique, Pinel, le g'rand réformateur, et Esquirol, écrivent long'uement sur la matière, et dans les écrits de ce dernier, nous voyons pour la première fois les fièvres considérées comme causes prédisposantes dans la production de la folie.

L'historique d'une semblable question ne remonte donc qu'à un petit nombre d'années, et se rapporte à un petit nombre de maladies; nous l'indiquerons en tête des observations relatives à chacune de ces dernières.

Sous la dénomination de folie, nous rang-eons tous les troubles des fonctions intellectuelles affectives et sensorielles, tous ceux qui sont compris dans la classitication d'Esquirol,lypémanie, manie, monomanie, démence, ou mieux encore dans celle qui, s' appuyant sur des considérations plus larg-es, a reconnu un certain nombre de formes, délire aigni, folie commune, folie puerpérale, folie alcoolique, folie paralytique, folie épileptique, folie hystérique.

C'est à la folie commune surtout que pourraient être rapportés un certain nombre de cas qu'on

trouvera plus loin ; cependant il me semble que la forme de la folie consécutive aux maladies aig-uës, pouvant être spécialement caractérisée par ses symptômes, par sa marche, par sa durée, par sa terminaison, et, jusqu'à un certain point, par ses lésions, il y a tout lieu d'admettre dans le cadre nosog-raphique de l'aliénation mentale, cette forme de la folie consécutive aux maladies aig-uës, et peut-être plus tard y aura-t-il lieu de la diviser en plusieurs groupes.

Dans sa thèse inaug-urale, M. Mug-nier a réuni quarante-trois observations; trente-huit sont reproduites. Pour mon compte, j'en ai réuni ving-t-cinq, parmi lesquelles treize sont absolument inédites; six de ces dernières sont dues à l'oblig-eance de M. le D' Bazin, médecin en chef de l'asile des femmes aliénées de Bordeaux, une m'a été communiquée par M. le D*" P. Delmas, six, enfin, ont été recueillies par moi.

Ces observations ont été souvent prises d'une manière très-incomplète, l'auteur n'ayant eu pour but de démontrer que l'existence du fait mis en avant; d'autres fois, il n'a été tenu compte que du caractère saillant, les causes, la forme du délire n'étant pas recherchées avec soin.

On comprend, dès lors, combien il est difficile de conclure, car pour tirer des conclusions des faits observés, il ne suffît pas d'en réunir un g-rand nombre, il faut encore que tous les caractères nécessaires à leur comparaison soient notés "l étudiés avec soin.

Quoi qu'il en soit à cet égard, nous avons fait nos efforts pour atteindre le meilleur but possible, et si nous n'avons pas complétenienl réussi, nous n'en espérons pas moins être utile à ceux qui plus tard seront désireux d'entreprendre un travail sur le même sujet.

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