SUR
FIÈVRE typhoïde
. C'est la fièvre typhoïde qui fut sig-nalée la première comme exerçant une influence directe sur l'apparition de la folie.
Les auteurs qui ont écrit long*uement sur cette maladie, n'ont point manqué de l'indiquer parmi les causes physiques déterminantes de l'aliénation.
Dans son traité des maladies mentales, Esquirol sig^nale les fièvres de mauvais caractère parmi les causes physiques prédisposantes de la fièvre, et il s'exprime ainsi (1) : « Les fièvres de mauvais caractère laissent après elles un délire chronique qu'il ne faut confondre avec l'aliénation mentale, pas plus qu'il ne faut confondre les fièvres continues ou intermittentes ataxiques avec la folie à son début, et c'est ici un point de pratique très-important pour la médecine; car l'aliénation mentale, à son
(I) Dea Maladies mentales considérées sous les rapporls in}d-hyfiih}. et méd.-ltrjnK t. I. p. 73.
invasion, présente souvent presque tous les caraclères de la fièvre ataxique on des inflammations des méning-es et du cerveau, et réciproquement. Ces fièvres, ces méning-ites, ces céphalitcs, en afTaiblissant le système cérébral, prédisposent à la folie, qui éclate après quelques mois, après quelques années. «
D'après le g-rand aliéniste que nous venons de citer, le délire chronique qu'on voit apparaître pendant la convalescence de la fièvre typhoïde ne serait donc pas une des formes de l'aliénation mentale. Nous en trouvons l'explication dans ce fait, que le délire dont nous parlons ne saurait, dans le plus gTand nombre des cas, rentrer dans la classification d'Esquirol ; comme le prouveront les observations citées plus loin, il disparaît presque toujours en peu de temps lorsque, sous l'influence d'une bonne hyg-iène et d'une alimentation tonique, la constitution affaiblie répare les pertes considérables causées par la maladie.
Le délire chronique consécutif à la fièvre typhoïde n'était donc point de l'aliénation mentale pour Esquirol, parce que sa forme ne pouvait pas se soumettre aux types qu'il admettait; un seul symptôme étant souvent le seul représentant de l'affection mentale consécutive.
Il y avait donc tout lieu pour lui d'éliminer ce délire du cadre de l'aliénation, comme il y a tout lieu pour nous de le considérer comme une nouvelle forme de folie.
Louis, dans ses recherches anatomo-patholo-
g'iqiies sur la fièvre typhoïde (1), cite plusieurs cas de délire clironique observé pendant la convalescence de cette affection. Après avoir insisté sur ce fait, qu'il a toujours vu ce délire disparaître promptement, il conclut, en s'appuyant sur un g'rand nombre de faits, que le délire de l'affection typhoïde ne saurait être expliqué par une lésion appréciable du cerveau.
« Un autre accident plus gTave en apparence, dit Ghomel(2), que l'on observe quelquefois, mais plus rarement pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, c'est un dérang-ement des facultés intellectuelles qui peut consister en une espèce de manie, laquelle disparaît plus tard, quand le malade peut reprendre ses habitudes et ses distractions, mais qui peut aussi affecter un caractère plus g'rave. »
M. Forg-et (3) considère comme un accident qui disparaît toujours, l'état de délire chronique qui se développe pendant la convalescence de l'entérite folliculeuse ; s'il persiste, il le reg*arde comme résultant d'une affection encéphalique, laquelle constitue une véritable complication.
Pour M. Littré (4), ce dérang-ement des facultés mtellectuelles que l'on observe dans la convalescence des g-raves érysipèles de la face aussi bien que dans celle de la dothiénentérie, ne consiste
(1) Recherches anat.-pathol. sur la fièvre lyphoide, p. 83, 1841.
(2) Clinique médicale, t. II, p. 53.
(3) De l'Entùrile folliculeuse.
ii) Dict. en 30 vol.-, t. X, p. 434.
quelquefois qu'en une espèce de manie qui se dissipe peu à peu quand le malade est rendu à ses habitudes. D'autres fois, cette folie prend un caractère plus sérieux et nécessite un traitement particulier.
Comme je l'ai dit pl is haut, Max Simon (1), le premier, rechercha les véritables rapports de l'aliénation mentale avec le délire qu'on observe dans la convalescence de la fièvre typhoïde, et publia des observations étendues sur ce sujet. Après avoir cité les paroles d'Esquirol à propos des fièvres gTaves comme causes de délire chronique, il continue ainsi : « Il résulte de ce passag-e que l'illustre médecin de Gharentôn admet bien, avec quelques observateurs contemporains, que le délire peut survivre à tous les accidents qui constituent la fièvre grave; mais pour lui, d'un côté, ce délire n'est point l'aliénation mentale, et d'un autre, il prédispose d'une manière particulière à cette gTave affection les individus qui en ont été atteints. Dans notre façon de concevoir les choses, il y a là une erreur; c'est en effet ce que démontre clairement l'observation la plus attentive. A moins de faire de la folie une vérité à laquelle aurait beaucoup plus de part l'imag'ination que l'observation sévère des faits, si le délire chronique qui survit, dans quelques cas, aux accidents de la fièvre typhoïde, n'est point une des formes variées de l'ahénation mentale, nous ne voyons pas ce qu'il doit être, nous ne voyons pas
(1) Journal des connaissances méd -rhirtirgicales. 1S44.
quelle place il doit occuper dans un cadre nosolog^ique quelconque. »
J'ai exposé déjà les raisons qui me semblent avoir g*uidé Esquirol dans cette assertion, si vivement attaquée par Max Simon. Il suffît d'avoir vu les aliénés de près pendant quelque temps, pour être frappé du petit nombre de g'uérisons qu'on a à enreg-istrer. Les aliénistes, aussi bien que les auteurs qui ont écrit sur la fièvre typhoïde, ont remarqué combien le délire consécutif à la dothiénentérie cédait avec facilité avec le retour des forces. Il n'est donc pas étonnant que Esquirol^ sig^nalant la rareté de la g"uérison dans les formes d'aliénation mentale qu'il avait admises, ait mis hors de son cadre un délire dont la terminaison est aussi heureuse que rapide, et qui se disting'ue des autres formes de délire par un ensemble de caractères bien tranchés.
Quant au reproche de contradiction, qui est encore adressé par Max Simon à. Esquirol, lorsque ce célèbre aliéniste admet les fièvres graves parmi les causes prédisposantes de la folie , il me semble encore moins fondé que le premier, car dans biendes cas où un accès de manie, ou toute autre forme mentale, se déclare sans autre cause appréciable qu'une fièvre typhoïde, par exemple, qui s'est montrée plusieurs mois, plusieurs années auparavant, laissant après elle soit une disposition aux céphalalg-ies, soit une surdité plus ou moins prononcée, soit encore une certaine paresse intellectuelle, il semble rationnel d'admettre cette fièvre
typhoïde comme cause essentiellement prédisposante de la maladie mentale qui se déclare.
L'observation suivante, empruntée à M. le D' Morel, semble justifier cette manière de voir.
Obsekvaïion.
Morel, Traité des maladies mentales, p. 13o.)
Il s'dgit d'une femme maniaque, âgée de 36 ans, qui à l'âge de 15 ans fui affectée d'une fièvre typhoïde qui lui laissa, ainsi que cela se voit assez souvent, un affaiblissement notable des facultés intellectuelles. A l'âge de 36 ans, elle accouche, et trois jours après il se déclare une pleurésie avec complication d'un délire, un véritable accès mania([ue de longue durée. Dans la période chronique de cette situation mentale elle redevient enceinte, et la grossef^se juge l'état maniaque, la femme guérit. Quelques jours après ses nouvelles couches, cette femme fait un excès de boisson pour fêter sa délivrante; nouvel accès de manie, qui celle fois offre des péripéties diverses et des complications en rapport, d'une pari avec l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur, et de l'autre, avec une irritabilité excessive de la matrice, le tout compliqué de cliloroanémie et d'aménorrhée. Après avoir parcouru des phases diverses avec des exacerbations et des rémissions, cette femme n'entre en voie de guérison que du moment où, grâce à un régime tonique et réparateur, elle récupère toute ractivité de ses fondions nutritives.
En 1845, M. Sauvet publia plusieurs observations de folie consécutive à la fièvre typhoïde, et les fît suivre de remarques très-judicieuses sur les causes qui auraient pu ag*ir de concert avec cette maladie. Nous avons cru devoir les transcrire à la suite des observations.
M. le professeur Tardieu (1), dans son Traité de palhologie et de clinique médicale, dit que les facultés intellectuelles ne sortent pas toujours de l'état de
(1) Manuel de patli. et de clinique médicale, p. 9, 4848.
torpeur dans lequel elles sont restées, et que l'on observe dans certains cas une véritable manie, état qui, d'ailleurs, n'est jamais que passag-er.
M. Trousseau, ayant observé des cas analog^ues à ceux qui nous occupent, en relate deux observations dans sd. Clinique médicale (1).
En 1850, M. Leudet rapporte, dans les Annales méd. -psychologiques, une observation dans laquelle, après av^oir insisté sur l'examen des causes qui auraient pu occasionner l'état de folie dont il parle, il croit pouvoir attribuer cet état exclusivement à la fièvre typhoïde.
Dans un travail ayant pour objet l'étude des causes delà folie, M. Trélat sig*nale deux faits observés par lui. Dans l'un des cas, le malade eut pendant quelques jours une idée délirante fixe; dans l'autre, l'enfant qui en est le sujet resta en démence et g*âteuse.
Le D'' Schlag-er, médecin de l'asile des aliénés de Vienne, dans un travail ayant pour titre : De la double influence de la fièvre typhoïde sur l'aliénation mentale et sur sa guérison (2), dont la Gazette des hôpitaux fit une analyse succincte en 1858, a traité de l'apparition de l'aliénation mentale , par l'effet d'une disposition à des aff'ections cérébrales idiopathiques ou sympathiques, produites par une fièvre typhoïde antérieure. Le D' Schlager admet donc la proposition d'Esquirol, à savoir : que la fièvre typhoïde prédispose à des troubles intellec-
(ij Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, t. 1, p. 189; 1864. (2) Gazette des hôpitaux, 6 février, 4858.
tueis, préparés par les désordres matériels qu'elle produit.
« J'ai vu, dit M. Morel (1), des fièvres typhoïdes bien franches et indépendantes de toute autre influence causer la folie. »
C'est aussi parmi les causes occasionnelles des malad ies mentales, sous la dénomination de causes générales, que M. Marcé (2) classe la fièvre typhoïde.
M. Dag"onet raconte l'aberration intellectuelle à laquelle il fut soumis pendant la convalescence d'une semblable affection.
M. le professeur GrisoUe (3) a vu le dérang-ement des facultés intellectuelles, survenant au début ou dans le cours de la convalescence de la fièvre typhoïde, affecter une forme variable.
« Cette folie accidentelle, ajoute-t-il, se dissipe en g'énéral spontanément, à mesure que les forces reviennent; mais je l'ai vue néanmoins persister depuis quelques semaines jusqu'à plusieurs mois. »
J'ai sig-nalé déjà la thèse de M. Mug^nier (4); j'aurai occasion d'en parler de nouveau;
Sans essayer aucune subdivision, je vais tout simplement présenter au lecteur les observations que j'ai pu recueillir, après les avoir rapprochées le plus possible d'après leurs caractères communs.
Nous nous livrerons ensuite à quelques considérations à leur sujet.
(1) Traité des maladies mentales, p. 452.
(2) Traité des maladies mentales, 18(30.
(.S) Traité de path. interne, l. I, p. 39, 18(il.
(4) De la Folie consécutive aux maladies aiguës, 1865.
Observation I''^.
(ïrélat, Annales médico-physiologiques, année 1806.}
Conception délirante.
Nous connaissons un jeune homme qui, déjà rétabli de tout point d'une fièvre typlioïde, conserva pourtant quelque lenips encore une de ses conceptions délirantes. Il était persuadé qu'il avait à lire une p,Tande quantité de lettres reçues et mises avec soin dans une boîte au moment oi'i il était tombé malade ; et ce qu'il y a de piquant, c'est qu'il était parvenu, par la netteté de son assertion, à la faire accueillir autour de lui. On chercha inutilement la boîte parmi les effets installés avec lui dans le domicile temporaire où il recevait des soins, et il s'écria tout à coup, pendant qu'on faisait ces recherches : « Mais... je pourrais bien me tromper. Ces lettres dont j'ai toujours parlé pendant ma maladie, est-ce que je ne les ai pas rêvées ? »
Observation II.
(Louis, Recherches anatomiqiœs, pathologiques et thérapeutiques sur la fièvre typhoïde, t. II, p. 83.)
Dans la fièvre typhoïde, quand la fièvre avait beaucoup diminué, ou même au commencement de la convalescence, j'ai vu deux fois, dit Louis, le délire porter sur des objets fixes.
Conception délirante.
Un malade qui se trouvait dans ce dernier cas, prétendit cinq jours de suite avoir été, depuis son admission à l'hôpital, dans son vdla.cye, d'où il avait rapporté des louveteaux qu'il voulait vendre. Il ne pouvait dire comment il avait voyagé, mais quelques objections que je lui fisse, il resta pendant cinq jours dans la même Illusion, que d'ailleurs il souienail avec beaucoup de calme et ce ne fut qu'après cette époque,en revenant du jardin, qu'il ivconnut son erreur.
Observation Conceplion délirante, puis délire varié.
L'autre cas est relatif ù une jeune fille beaucoup moins avancée dans sa convalescence, d'une grande sensibilité, qui avait eu beaucoup de clia{îrin pendant le début de sa maladie. Elle soutint deux jours de suite que sa sœur, qui habitait Saïut-Germaiu, était. morte, qu'elle l'y avait vue trois jours auparavant et elle le soutenait avec l'accent de la plus profonde conviction, s'occupant de ses petites nièces, de leur deuil, et me suppliaut, d'un air profondément affligé, d'écrire à une de ses parentes à ce sujet. Ce délire eut encore cela de remarquable qu'il fut remplacé par un délire varié qui disparut après le même espace de temps.
Observation IV.
(Trélat, Annales médico-psychologiques, année 1856, p. 174.) Perte partielle de la mémoire.
Nous avons vu un jeune homme très-instruit retrouver eu se réiablissant d'une fièvre typhoïde, tout son savoir, excepté celui qu'il avait arquis immédiatement avant de devenir malade. Il s'était livré alors à des éludes archéologiques qui l'avaient vivement intéressé, et fut très-peiné, en revenant îi la vie, de n'en plus trouver le moindre vestiji^e. Il avait- bien fallu en prendre son parti, quand un beau jour et lorsqu'il allait rouvrir ses livres, tout reparut avec la rapidité d'un rideau qui se lève. Il faut dire que, jusqu'à ce moment, il avait gard.; la sensation d'une boule qui le gênait dans la tèle et qu'il pouvait, disait il, déplacer par de rapides mouvements.
Observation V.
(Chomel, Leçons de clinique médicale, t. Il, P- 33.) Agitation maniaque.
Une jeunefille, entrée en convalescence vers le vingt-sixième jour d'une fi'èvre typhoïde exlrêmemeut grave, avec délire pendant douze jours, évacuation involontaire, ulcération dans la rainure des fesses et dans la région sacrée. Après dix-huit ou vingt jours de convalescence, on remarqua, sans aucune cause appréciable et sans aurmentation de la fréquence du pouls, un changement notable daiis son caractère. Elle devint tôut à coup très-méchante et aca-
riâtre, et sa raison s'ailéra an bout de quelques jours, au point qu'on fut obligé de la transporter à la Salpêtrière, d'oij elle sortit complétemenl rétablie, après y être restée quinze jours.
Observation VI.
(Max Simon, Journal de connaissances médico-chirurgicales, 1844.)
Agitation maniaque.
Il y a deux ans, un enfant de 9 ou 10 ans fut pris de délire maniaque dans les premiers jours de la convalescence d'une fièvre typhoïde irès-grave, à laquelle il faillit succomber. La fièvre avait complètement cessé; il vociférait, criait, jurait à chaque instant du.|i)ur; on le bai^yna plusieirs Ibis, on lui épon^jea la lêle avec de l'eau froide, on le nourrit, et au bout de quinze jours il recou^ vr.i sa raison.
Observation VII.
Mais de tous les phénomènes nerveux, dit M. Trousseau, qui réclament, dans la convalescence de la fièvre putride, l'intervention du médecin, celui que nous rencontrons le plus communément, c'est le délire, accident qui, lorsqu'on n'est pas prévenu de sa possibilité, et qu'on ne remonte pas à la cause dont il relève, peut faire croire à une affection g^^ave. Un malade couché au n" 16 de notre salle Sainte-Ag^iès, nous en a offert un remarquable exemple.
Agitation maniaque.
Ce jeune homme, arrivé an vin[i;'t-neuvième ou trentièmf^ jour d'une fièvre putride, dans le cours de laquelle, vers la fin du deuxième septénaire, était survenue une hémorrhaf^ie intestinale abondante, entrait en convalescence, lorsque tout à coup il fut pris d'un délire plus continu et plus violent qu'il ne l'avait jamais été au plus fort de sa maladie. Cependant tous les autres accidents
(1) Clinique de VHôtel-Dieu (1861), p. 189.
Cliéron. v»
étaient depuis longtemps calmes; à la diarrhée avaient succédé des garde-robes régulières; le catarrhe pulmonaire n-exislait plus, la fièvre était nulle, le pouls battait seulement 04 et la peau conservait une chaleur naturelle. ]l lut guéri en quelques jours sous l'inlluence de la médication tonique.
Observation VIII.
(Thore, Ann. méd.-psych., 1850.) Stupeur.
Un jeune homme, âgé de 47 ans, présentait un état de stupidité presque complet pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde; il avait de temps en temps un peu d'agitalion et quelques lialluci n-ations. Sous l'influence du régime tonique, il revint promptcment à la santé.
Observation IX.
(Thore, Ann. med.-jisych.^ 1850.) Stupeur.
Un jeune enfant de 12 ans, a la suile d'une fièvre typhoïde, tomba dans un état de stupidité com[ilète. Alors qu'on pouvait le considérer comme parfaitement guéri, il resta pendant plusieurs jours couché sur le dos, les bras pendants, la bouche largement béante, avalant tout ce qu'on lui donnait, sans paraître éprouver de sensation pénible ou agréable, ne prononçant pas un seul mot. La face ne présentait aucune altération, le pouls était lent et régulier, la peau fraîche, la langue rosée et humide. Au bout de quel(|ues jours, après avoir été sounrs aux préparations toniques et à une alimentation fortifiante, il r.'prit l'usage de la parole et des facultés inlellectuelles. Sa convalescence fut assez rapide, et depuis lors sa santé a été excellente.
Observation X.
Louis rapporte le fait suivant, comme la plus g-rave altération intellecLuelle qu'il ait observée à la suite de la fièvre typhoïde.
Stupeur.
C'était, dit-il, un sujet de peu de capacité, (|ui resta, pendant les six semaines que dura sa convalescence, dans une sorte d'idiotisme dont il ne sortit que lentement, complètement toutefois. De manière qu'aucune proposition ne doit paraître mieux établie que celle-ci, ajoule-l-il, à savoir : que le délire de l'alTection typhoïde ne peut être expliqué par une lésion appréciable du cerveau.
Observation XI.
Stupidité.
M. Marcé {Traité des maladies mentales, p. 137) rapporte le fait d'une jeune fille de 13 ans, pleine d'intelli{ïcnce, qui, à la suite d'une fièvre typhoïde {^rave, était devenue comme idiote. Elle avait la parole traînante et niaise, adressait à tout le monde en larmoyant des interpellations enfantines, avait oublié les noms de ceux qui l'entouraient, élait devenue [gâteuse, se barbouillait à plaivsir de matières fécales et cherchait à en manger. Un traitement tonique a suffi pour amener la guérison.
Observation XII.
(Delasiauve, Journal de médecine mentale, 1864.^ Stupeur.
Ce fait est relatif à un jeune garçon de 13'ans. Lors dj son entrée, il y a trois mois, la fièvre typhoïde avait disparu, mais il restait am:\igri, pâle, obtus et faible. Audition obscure. Station difficile, souvent inconscience des évacuations. Des idées craintives traversaient son horizon sombre. Il craignait qifon le fît mourir ou qu'on Tempoisonncàt, de là des révoltes incohérentes machinales et des refus de nourriture. Un exutoire au bras, des boissons et une alimentation toniques, des frictions stimulantes, des lavements de quinine, et, finalement, l'air libre et l'exercice, ont contribué à ce qu'on pourrait appeler la résurrection physique et morale de ce pauvre malade.
Observation XIII.
(Max Simon, Journal des connaissances méd.-chirurg.. août 1844.) Conception ambitieuse.
Le comte de X..., dans la convalescence d'une fièvre typhoïde,
nu pris d'une véritable monomanie qui consislail à vanler à loul propos la magnificence de son écurie. A l'enlendre, c'élailun véritable haras dans lequel des chevaux arabes pur-sanp, laissaient indécis le jug^emenl du sportman le plus éclairé. MalheuruuseineiU, celte iina[5ination était bien loin de la réalité. Dans ce cas, l'aliénation mentale disparut à mesure que Talimentation rendit à la constitution épuisée les forces nécessaires au jeu de la vie normale.
Observation XIV.
(Morel, Traité d'aliénation mentale^ page 169.) Conception ambitieuse.
Le jeune malade était en pleine convalescence d'une fièvre typhoïde. Il se levait soudainement de table en disant (|ue sa voiture ù quatre chevaux l'attendait dans la rue : il demandait son manteau royal doublé a'Iienniiie, et prétendait avoir reçu des invitations pour aller aux soirées des personnes les plus importantes de la ville. Le délire céda à un régime tonique et à la bonne influence de l'air de la campagne, où l'on envoya cet enfant, que les parents se disposaient à isoler précipitamment dans une maison de santé.
Observation XV.
(Communiquée par M. Bailiarger.) — Dr Muguier. Conception ambitieuse.
D. C..., Agée de 84 ans, est entrée à l'hospice de la Salpêtrière pour une démence sénile. Cette femme, en 1830, eut une fièvre typhoïde qui dura six semaines. Dans son délire, elle s'imaginait qu'un monsieur lui avait donné 300 fr., une voiture et un cheval. Cette idée survécut au délire et guérit; elle demanda longtemps encore sa voiture et son cheval. Son père était adonné à l'ivrognerie.
Observation XVI.
(Leudet, Annales médico-psychologiques, 1850.) Conception ambitieuse.
Thérèse R..., âgée de 23 ans, couturière, est entrée le 19 septembre IS'iQ à l'Hôtel-Dieu.
D'une taille élevée, d'un tempérament lympathico-nerveux , fouissant habituellement d'une bonne santé, R.... ne se rappelle p..o avoir été atteinte d'aucune maladie grave. Mariée, paraissant
vivre heureusement avec son mari, n'ayant éprouvé aucune contrariété morale vive. Elle entre à l'hôpital pour une fièvre tylihoïde à symptômes peu intenses ; {gravité peu marquée des accidents cérébraux; céphalée peu vive, pas de délire, bourdonnement d'oreille et surdité peu prononcés, — Au quinzième jour de la maladie, alors que les principaux symptômes de la fièvr^i typhoïde diminuaient de {ijravité, survient une monomanie ambitieuse, sans changement autre de l'intelli^yence, dans un état complètement apyrétique.
Pendant dix-sept jours, la malade se croit constamment la fille adoptive du présidant de la république. A la fin du i"»" mars, la convalescence de la fièvre typhoïde commençait déjà, et douze jours après, la monomanie disparaissait pour ne plus revenir.
Nous avons insisté, dans notre ohsermtion^ ajoute M. Leudet, sur l'examen des causes qui auraient pu occasionner cette folie momentanée; nous n'en avons trouvé aucune, et nous croyons pouvoir attribuer la monomanie à la fièvre typhoïde.
Observation XVII.
Hallucinations.
Abercrombie (1) cite le cas d'un de ses amis qui, convalescent d'une fièvre typhoïde, s'imagina que son corps avait 10 pieds de haut. Son lit lui semblait à 6 ou 7 pieds du sol, de sorte qu'il éprouvait une très-vive frayeur pour en sortir.
L'ouverture de la cheminée était aussi grande que l'arche d'un pont. Par une bizarrerie assez singulière, les personnes qui Tentouraient avaient leur grandeur naturelle.
Observation XVIII, (Tliore, Annales méd -psychologiques, 1846.) Hallucinations.
L..., jeune fille âgée de 7 ans, est atteinte, vers le milieu iPoclobre 1844, d'une fièvre typhoïde de moyenne gravité, dont la
(t) Abercrombie, Maladies de l'encéphale, traduction frannaiso par M. Gendrin.
— démarche fut assez régulière et qui n'exi{îea que l'emploi de légers pur[jalifs ; ladurée ne dépassa pasquinze jours, et la convalescence l'ulrapidc. On remarqua seulement qu'à mesure que la malade reprenaitdes forces et de l'appétit, lesommen,quidt;;)iiisquelques jours était calme et paisible, devenait asjité et court; enfin, il y eut une insomnie complète, accompaj^née d'hallucinations et d'illusions des sens; elle voit les figures les plus étranges lui apparaître, elle prêle aux objets qui l'entourent les formes les plus bizarres, elle' entend des bruits qu'elle ne peut définir. Il n'y a point d'incohérence dans les idées; elle joue et mange bien; elle est fort gaié tout le jour, et chaque nuit amène les mêmes symptômes; les hallucinations ont une intensité telle, que les parents sont fort effrayés et passent la nuit auprès d'elle. On prescrit une potion légèrement opiacée et un bain prolongé qui doit être donné le soir. Au bout de deux jours, il y a une amélioration notable et en peu de temps les hallucinations ont complètement cessé. L'insomnie fut un peu plus longue àdisparaître ; mais, vers le commencement de février, le sommeil était redevenu calme et prolongé. Au milieu du même mois, elle était rendue à son étal normal.
Observation XIX.
(Max Simon, Annales médico-psychologiques. 1844.)
Fièvre typhoïde légère traitée énergiquement par la saignée ; guérison rapide; pendant la convalescence, délire hypochondriaqae de courte durée.
Henri P..., âgé de 18 ans, est atteint d'une fièvre typhoïde légère, à laquelle M. Récamier oppose successivement des saignées, des sangsues, des bains frais et des boissons froides abondantes. Sous l'influence de cette médication énergique, les forces sont rapidement déprimées; Vimpetus sanguin, qui chez ce jeune homme fort, robuste, menace le cerveau, avorte: puis bientôt la fièvre cesse ; le malade est envoyé à la campagne.
Là une fièvre intermittente quotidienne, à caractères bien tranchés se déclare; elle est cjmbattue par le sulfate de quinine. Bien (Hie le maliKle mangeât, digérât bien, sentît ses forces renaître, i restait sombre, ne revenait pointa la vie morale. Il était évident qu'il était préoccupé d'idées qu'il n'exprimait pas. Presse de quesl^ions, il finit par dire qu'on le contraignait à manger, et que ces excès le rendraient malade. 11 ne prenait -iiic quelques potages et il était convaincu que tous les jours il mangeait des pigeons, des
poulets entiers. Gomme ces noces imaginaires ne le restauraient guère, et que le besoin se faisait énergiqueraent sentir, il n'en continua pas moins démanger en réalité.
Bientôt, il fut en état de se promener ; et ce délire singulier se dissipa sans qu'on s'en fût occupé autrement que si c'eût clé une simple excentricité de caractère.
Observation XX.
(Max Simon, Journal des connaissances médico -chirurgicales,
année 1844).
Fièvre typhoïde grave avec hémorrhagie, etc., etc. ; à la suite, affaiblissement intellectuel considérable; délire peu tranché; traitement et régime Ionique ; guérison.
M™" G..., âgée de 30 ans, est prise, dans le courant de l'automne 1843, d'une lièvre typhoïde, excessivement grave, qui dura plus de cinquante jours, et dans laquelle nous observons successivement une diarrhée dysentérique légère (la dysentérie régnait alors épidcmiquement), des vomissements, un ballonnement considérable du ventre, des taches lenticulaires nombreuses, une éruption très-abondante de sudamina, des ondées de râles' sibilants et muqueux dans la poitrine, du délire, desselles involontaires, une hémorrhagie intestinale considérable, des plaies gangréneuses à la région sacrée, la surdité, un pouls constamment fréquent et dicrote, etc., etc.
M"" G..., mère de deux petites filles, fut souvent préoccupée d'elles dans son délire; tantôt elle les voyait souffrantes, tantôt s'occupait de leur toilette, les paraît de leurs plus beaux habits.
A mesure que les autres symptômes s'effacèrent, le délire luimême diminua. La fièvre avait complètement cessé, le sommeil était bon^ la malade commençait à prendre de légers aliments qu elle digérait bien. L'intelligence, cependant, ne recouvrait pomtsa lucidité ordinaire; le caractère surtout ne reprenait point son entrain joyeux. La malade semblait en proie à de sonibres préoccupations ; ses yeux un peu hagards se posaient sur les p.r-
habiiueh " ^^"^ ''^'^
alleits' c'étLt IWl'.ili"' '''f'' intellectuelles demeuraient diieiecs c était la d ai leurs le seul symptôme grave ou'on observât Le pois avait perdu sa fréquence ; la peau sa . luleur fébri ■ les al.menis passaient parfaitement ; en un mot, G s e
rapport fie la vie plastique, était en pleine convalescence. Le nonveaii délire roulait dans le même cercle d'idées lausses (juele délire symptomatique (|ue nous avions d'ahord observé; la malade était toujours préoccupée de ses enfants ; elle les voyait {jrêles, cacochymes à côté d'autres enfants auxquels elle les comparait. Une autre fois, elle les appelait pour les habiller, afin d'assister à une fête ima^^inaire; puis elle se plaip,nait amèrement iju'on leur eût volé leurs robes blanches ; elle était d'ailleurs extrêmement acariâtre et irritable.
Après une maladie aussi f^rave que celle à laquelle M"'^ G... venait heureusement d'échapper, nous criâmes que l'indication fondamentale était de réparer les forces d'une constitution si profondément affaiblie. Nous assimilâm.'s le désordre de l'intelligence à la faiblesse générale, ou plutôt nous vîmes dans ce désordre une expression insolite de l'épuisement par une maladie extrêmement grave de l'ensemble des forces de l'organisme vivant, et dans celte vue nous nous appliijuâmes uniquement à remonter celles-ci à leur son normal par le moyen d'un régime analeptique sagement ména^yé. En suivant celle voie, et sans nous êire occupé du délire dont tout le monde autour de nous ne s'inquiétait autrement qu'en recommandant aux personnes qui assistaient la malade de ne point essayer de la faire revenir de ses idées fausses, nous vîmes peu à peu ces accidents diminuer, puis disparaître complètement.
Longtemps encore. M"" G... resta faible, ne pouvait faire que quelques pas dans sa chambre, (\ue déjà le caractère était redevenu ce qu'il est liabiluellement, et l'intelligence avait repris toute sa lucidité.
Dans cette observation, comme dans celle de M. Trousseau , l'hémorrhag-ie intestinale doit avoir agn comme cause immédiate du délire chronique survenu. Le rég-ime analeptique ayantpromptement ramené l'intellig-ence à son état normal, avant même que le malade eût recouvré des forces suffisantes pour sortir de sa chambre ; la seule et véritable cause est bien l'anémie consécutive à l'hémorrhagne considérable dont parle l'auteur. Il est évident que l'anémie a d'autant plus de prise sur
l'inLellig^ence que la fièvre typhoïde amène l'épuisement nerveux, et que l'altération physico-chimique rlu sang' modifie la nutrition de l'encéphale.
Observation XXI.
(Recueillie dans le service de M. Baillarger.}— D>- Mugnier.
Fièvre typhoïde; k la suite, hallucinations; affaiblissement des facultés; signes de paralysie générale; la malade sort à peu près guérie.
Q...., âgée de 41 ans, modiste, mariée, entre le 3 novembre 1864 à la S:ilpêtrière, dans le service de M. Baillar^ïer.
Nous apprenons qu'il y a trois mois elle était très-bien portante; à cette époque on s'aperçut qu'elle avait quelques absences.
Il y a environ cinq semaines, elle fut prise d'une fièvre typhoïde qui la retint 21 jours au lit. Parfaitement rétablie de cette maladie, elle était en pleine convalescence, lorsqu'elle eut quelques hallucinations de la wiq; ainsi elle voyait la nuit une femme qui venait la visiter. Sa mémoire s'étei[îTiit complètement ; elle était calme du reste, ne se livrant à aucun acte extrava[yant. Ses antécédents nous apprennent qu'elle est sujette aux migraines, qu'elle a un caractère très-impressionnable, mais qu'elle n'a jamais eu d'attaques de nerfs. Elle ne s'est livrée à aucun exc"'s, soit de travail, soit d'autre genre, et n'a point éprouvé de contrariété. Elle a d'ailleurs été toujours bien réglée ; cependant elle n'a pas vu reparaître l'écoulement périodique depuis sa fièvre typhoïde, et il avait eu lieu huit jours avant. Nous ne trouvons rien du côté de l'hérédité; une de ses sœurs est morte phthisiqne.
A son entrée dans le service, M. Baillarger constata la faiblesse de sa mémoire, un légsr tremblement des membres et une parole un peu lente. Elle donnait, lorsqu'on l'inl.errogeait, des réponses contradictoires, entre antres celle-ci : «Je ne puis pas vous dire depuis quand je suis mariée, puisque je n'ai pas d'enfants. » (Elle en a trois.)
A la suite d'une visite que lui firent son mari et ses enfants, elle se mit dans une grande colère et devint très-agitée.
Cette malade fut soumise au traitement tonique: on lui donna du fer et du ([uinquina. Vers la fin de décembre, ses facultés paraissaient revenues à ])eu près à l'étal mu-mal. Depuis ((uelque
temps diijà, elle demundail avec iiislaiiccsa sorlie, qui lui fui accordée dans les premiers jours de janvier.
Aujourd'liui, 15 février, on ne l'a pas encore revue à l'Iiôpilal et tout porte cà croire que la {^uérison s'est maintenue.
Il y a dans cette observation un fait qui doit nous frapper. Six semaines avant l'apparition de la fièvre typhoïde, on s aperçut que cette femme avait quelques absences.
Mais il me semble qu'il y a là une prédisposition d'autant plus remarquable que les sig-nes d'aliénation qui se développent après la fièvre typhoïde sont rapportés, par l'auteur, à la paralysie g-énérale. Or, l'affaiblissement de la mémoire est, dans le plus g-rand nombre des cas, l'un des premiers phénomènes observés dans la période prodromique de cette affection.
Observation XXII.
(Inédite, communiquée par M. le D"" Bazin.)
Constitution affaiblie par cinq grossesses malheureuses. — Lypémanie avec hallucinations. Guérison après quarante jours de traiiement.
Jeanne L...., journalière, 30 ans, petite taille, consiiiution chélive, tempérament nerveux, a un oncle aliéné qui a passé trois ans dans l'asile des aliénés de Pau. Elle a été élevée à la campafîne, habituée aux travaux des champs, et n'a reçu aucune instruction. Elle a été réglée pour la première fois <à l'cage de 14 ans, ses rè[yles ont été rés^ulières, mais peu abondantes. Elle a eu cinq {grossesses qui ont été toujou;s mal leureuses ; ses cinq enfants sont mort-nés. Les deux premiers sont nés à termes, les trois derniers à sept mois. Depuis sa dernière {grossesse qui remonte à trois ans, elle n'a plus été réfjléc. Depuis lors elle a été presque toujours souffrante. Elle s'est plainte de la poitrine, elle a eu des perles blanches.
Il y a un an, elle eut une fièvre typhoïde avec délire; après celle
affection les facultés intellectuelles ne sont jamais complélemen revenues à l'état normal. Enfin, il y a dix-huit jours, sa tète a déména{jé tout à fait sans autre cause déterminante connue. Après avoir éprouvé de la céphalalgie et des névralgies générales, elle eut des hallucinations d.i la vue et de l'ouïe, vit Dieu, le diable, des serpents, et fut tourmentée par la crainte de mourir. Elle refusait parfois les aliments, battait de la tête contre les murs, et voulait s'élancer par les croisées. Le délire était continuel, aucun traitement n'a été tenté. A son arrivée à l'asile, nous vîmes une petite femme triste, affaissée, ayant les traits Aitigués, le teint jaune, la langue sale mais humide, parlant et marchant avec lenteur, ayant l'imagination nourrie d'idées Irisles, et se plaignant entre autre chose de ce que son enfant n'avait pu être baptisé avant sa mort. Elle fut envoyée à l'infirmerie et ou lui prescrivit un purgatif.
22 mai. Le purgatif produit un excellent effet, la malade est mieux, plus calme., moins triste, sa figure est plus reposée, elle a dormi la nuit. Elle est tourmeniée du désir d'allei' chez elle faire une visite dans son ménage. Elle en demande la permission, s'engageant à revenir.
29. L'amélioration a progressé; la malade est considérée comme en convalescence, elle travaille à l'atelier de couture, seulement elle insiste chaque jour pour obtenir sa sortie.
7 juin. La circonstance connue de la suspension de la menstruation et de l'existence antérieure des pertes blanches, inspire à M. Bazin la pensée de faire un examen direct des organes génitaux, et nous trouvons le col de la matrice ;ibaissé, les lèvres petites, wi peu béantes, sans ulcération ni anomalie aucune.
La santé de cette femme continue de s'améliorer, sa raison en même temps est revenue complète et entière. Elle sort guérie le 28 juin.
OBSERVA.TION XXIIL
(Sauvet, Annales médico- psychologiques, 1845.)
Fièvre typhoïde ; rechute ; amaigrissement considérable; abolition presque complète des facultés intellectuelles ; traitement tonique. Guérison.
M..., âgée de 12 ans, appartient à une pauvre famille des environs de liar; elle s'est toujours distinguée des enfants de son â"e par la supériorité de son intelligence, la sagesse de sa conduilë, aussi bien que par les affections et par les pensées plus élevées
qu'elles ne sont commiiiiémeiiL ;i cet âî;c. Son père nous raconle qu'une première Ibis déjà elle a été atteinte d'une fièvre typhoïde qui a duré vingt jours, sans que le délire se nianiCestât; bientôt la convalescence s'établit et suivit une marche régulière, lorsque tout à coup et sans cause ap[)réciable, une rechute arriva et les mêmes symptômes se manifestèrent, mais cette fois avec plus de gravité. C'est alors que le délire éclate, et huit jours après on l'amène à l'asile de Fains; pas d'autres causes appréciables.
Dans les deux cas, le traitement antiphlogistique a été employé et les évacuations sanguines ont consisté seulement dans l'application de six sangsues.
A son entrée, le 12 septembre, la jeune M... se présente dans l'état suivant: amaigrissement considérable; la souffrance et la stupeur sont empreintes sur sa figure; la tête est penchée en arrière, et les muscles du cou, fortement tendus, font saillie à travers la peau.
Abolition des facultés intellecluellcs; absence de la mémoire et des perceptions; confusion des objels et des personnes; quelques indices des facultés affectives; la malade prend chaque personne pour son père ou sa mère, et les appelle à grands cris. Elle 3st tranquille pendant le jour, mais le soir la fièvre arrive et un peu d'agitation se manifeste.
M. Renaudin, médecin en chef, n'hésite point à employer les toniques et surtout le sulfate de quinine en potion pour prévenir les accès du soir. L'alimentation prescrite est en rapport avec l'état du malade.
Vers le 21, un peu d'amélioration se fait sentir, la fièvre et avec elle l'agitation ont disparu ; l'alimentalion devient plus nutritive et les facultés intellectuelles reparaissent à mesure que la malade recouvre ses forces. — Enfin vers le commencement d'octobre, le moral et le physique semblent entièrement rentrés dans leur étal normal. Nous conservons toutefois encore la malade jusqu'au 20 du même mois, afin de ne plus avoir la moindre crainte sur une rechute, que nous redouterions, si l'enfant était trop exposé à la nourriture et aux travaux que des parents pauvres ne peuvent s'empêcher d'imposer à leurs enfants.
Nous avons cru devoir reproduire ici les considérations présentées par l'auteur, sur l'observation ' qui précède.
Pour celte malade, le. mode d'aclion de la fièvre est en quelque sorte double; en elfet le traitement, et surtout la diète prolong^ée (ju'avait nécessitée la maladie, avaient jeté la pauvre enfant dans un état d'amaipjTissement complet, et la convalescence s'établissait lentement et difficilement; pendant longtemps les organes, nonseulement n'avaient plus fonctionné comme dans l'état normal, mais presque tous avaient été le siège de lésions plus ou moins graves, de telle sorte que le sang, considérablement appauvri, ne pouvait donner au système musculaire la nutrition dont il avait besoin. Il résultait de cet ensemble de faiblesse générale que la débilité de chaque système et de chaque organe entretenait celle des autres, et opposait ainsi un obstacle au prompt rétablissement de l'état normal; mais cette convalescence, déjà si difficile dans des fièvres de longue durée, l'était encore davantage dans le cas qui nous occupe, puisqu'il y avait eu rechute, et par conséquent prolongement de la souffrance, et gravité plus considérable des lésions dont les organes étaient le siège. Et tout le monde sait combien dans un tel état le système nerveux est facilement impressionnable. Aussi peut-on considérer cet état comme une prédisposition de plus à la folie, et pouvons-nous appliquer au cas actuel ce que M. Baillarger disait des fièvres intermittentes: « qu'elles prédisposent à la folie de deux manières, d'abord en agissant comme toutes les affections nerveuses, mais bien plus encore peut-être en produisant l'anémie et la prédominance du système nerveux sur le système circulatoire » (note sur la folie consécutive aux fièvres intermittentes, Annales médico-psychologiques, t. II, p. 377). A plus forte raison le dirons-nous de la fièvre typhoïde dans laquelle les lésions du système nerveux sont plus fréquentes et bien autremcni graves. La forme de démence que la lolie a revêtue vient encore corroborer notre assertion, et en effet n'est-ce pas sous cette forme d'affaiblissement de toutes les facultes mtellectuelles, qu'il était je dirai presque naturel de voir éclater une folie causée par un si grand affaiblissement de toutes es facultés physiques, nouvelle preuve, s'il en était besoin, de 1 influence du physique sur le moral. La folie a persisté tout le temps qu'a dure l'anémie générale, et s'amendant à mesure qu'une ahmentation réparatrice faisait renaître les forces, elle a fini par disparaître des que celles-ci eurent repris leur équilibre normal
La guerison de la jeune malade est un bien assuré pour l'avenir'
t.KnM.?'.V'-^'''''' malheureuse ne deviendra plus folle?
Aous n I.L"s,ien„ns pas a l'assurer, s'il s'agissait d'un enfant ordi-
nairc, dont rinlfilli,crcnce ne fût pas développée au delà de ce qu'elle esl ordinairement, à cet Aj^e. Mais, malheureusement pour elle, il se trouve comme une sorte de prédisposition fatale à la folie dans ces mêmes qualités qui l'élèvent au-dessus des autres enfanlsetqui font le bonheur de ses parents, et puis par la nature de son sexe, elle a par-devant elle lani d'époques difficiles à traverser, qu'il paraît presque impossible que dans une cTconstauce ou dans une autr." un nouvel accès ne vienne pas à éclater, alors surtout que, si jeune, elle a débute dans la voie de la folie, ce qui établit de plus pour elle une fâcheuse prédisposition.
Observation XXIV.
(Thore, Annales médico-psychologiques, 1830.)
Fièvre typhoïde grave chez un jeune homme de 17 ans. — Pendant la convalescence, abcès multiples, délire avec hallucinations de la vue et de l'ouïe, d'abord calme et de plus en plus violent. Alternative d'agitation et de stupidité; la séquestration devient nécessaire. Guérison.
D..., s;;»rçon, âgé de 47 ans, brun, a déjà eu plusieurs maladies graves pour lesquelles je lui ai donné des soins. Il était occupé chez un de ses parents comme garçon meunier, lorsqu'il tomba malade le 24 juillet 1848; il est ramené chez son père, où je le vois pour la première fois le 29. Je ne puis recueillir sur ses antécédents rien de particulier, si ce n'est qu'il a été très-vivement impressionné des événements politiques de juin. Son caractère est fort doux, il est très-timide, et l'on conçoit en effet qu'il ait été fortement ému de quelques scènes qui ont eu lieu devant lui.
Dès le début, fièvre intense, 420 pulsations, sécheresse et rougeur de la langue, dents fuligineuses, taches lenticulaires, gargouillement de la fosse iliaque droite; météorisme, stupeur portée au plus haut degré, délire calme, mais incessant, avec loquacité; diarrhée très-tenace et très-abondante, selles verdàtres et li(|uides, leur excrétion, ainsi que celle des urines, est involontaire.
Cet état se prolonge sans changement bien notable jusqu'au 10 août, époque à laquelle il a une épistaxis très-considérable. Depuis ce moment, les symptômes prennent encore plus de gravité; état adynamiqne. On a recours aux préparations de quinquina et à l'application de nombreux vésicatoires.
Du 19 août à la fin du mois, formation d'abcès nombreux, incision, la fièvre cesse, il a repris toute son intelligence, il com-
mence à avoir un peu fl'appélit, il se lève pendant quelques instants. On peut le considérer comme convalescent.
Au commencement de septembre, formation de nouveaux abcès, asïitation pendant la nuit; son cerveau, qui était en fort bon état, semble se troubler de nouveau ; il se livre à des actes fort bizarres ; il marche à quatre pattes, et va pendant la nuit réveiller ses parents sans motifs. I! prétend qu'il est entouré d'insurg^és, etc., etc.
Il a encore au front plusieurs abcès qu'on incise; il a toujours des hallucinations de la vue et de l'ouïe; son délire est tranquille, sans agitation ni violence.
Il a une grande disposition pour le vol. Le 22, il mange une grande quantité de raisins volés, aussi est-il repris de diarrhée et de fièvre pendant quelques jours.
Il continue à voler; son appétit est exagéré, toute la journée il reste sur une chaise dans un état de stupidité. Il a de temps en temps des excrétions involontaires. Il reprend de l'embonpoinl.
Le 10, il a une conversation avec un jeune homme qui a des opinions politiques très-exaltées, le délire et l'agitation reviennent, ainsi que les hallucinations de la vue et de l'ouïe. Il refuse les aliments et ne répond rien aux questions qu'on lui adresse.
Le 12. Son état s'est beaucoup aggravé depuis quelques jours; il pleure, chante et crie le jour comme la nuit; il répète pendant des heures entières les mêmes mots; il embrasse et frappe tout à la fois les personnes qui sont auprès de lui; il urine et satisfait tous ses besoins au milieu de la chambre. La face est altérée, son pouls très-faible; la peau est fraîche; il refuse toujours de manger.
Le 13, Aujourd'hui il est dans un état de stupidité complète, au lieu d'être agi lé comme la veille; il ne répond pas aux questions et ne dit mot. Il est toujours malpropre; ses parents se trouvant dans l'impossibilité de le garder et de le soigner, il est transféré à l'hospice de Bicêtre et y reste pendant quelque temps dans un état d'agitation considérable. Vers la fin de décembre^ il est devenu fort calme. Depuis cette époque, il a été conservé dans rétablissement; il y rendait quelques services. On l'aimait à cause de son caractère tranquille et doux. Il n'a plus. donné de signes de folie. Il a succombé à im^i attaque de choléra pendant le mois de juillet 1849.
Observation XXV.
fSauvet, Annales médico-psychologiques, année 18-45.)
Fièvre typhoïde chez une jeune Glle; guérison ; intégrité des fortctions ; monomanie des grandeurs.
Anna X , fille de pauvres viguérons, se fit remarquer dès
son enfance par un désir des richesses peu ordinaire parmi les filles de sa condition. Devenue plus grande, elle écoutait avec plaisir les avantages attachés à la condition de domestique, que plusieurs de ses amies lui disaient avoir rencontrés à Paris. Un jour elle se rend dans cette ville afin de parvenir plus vite à la richesse. Mais là les désillusions arrivenl, les besoins se font sentir, et Anna tombe malade d'une fièvre typhoïde.
On la transporte à la Pitié. Vers le déclin de la maladie, le délire se manifeste et Anna est envoyée à la Salpètrière, le 25 mai 1844. ÎN'ous ne savons dans quel service elle fut placée, mais elle y resta jusqu'au commencement de septembre, époque à laquelle l'ordre de sa translation dans son département la fit emmener à l'asile de Fains, où elle arriva le 4 septembre. Voici quel est son état lors de son entrée : démarche fîère et arrogante, expression indicible de mépris répandue sur sa physionomie. Si elle parle, c'est, comme on dit vulgairement, du bout des lèvres. Sa santé physique est bonne, et si l'on n'était prévenu par les apparences que nous venons de signaler, on la croirait raisonnable en tous points; mais qu'on lui parle de sa position, de sa naissance, aussitôt elle dit que ses parents sont fort riches, qu'elle a de puissantes protections à la cour. Aussi nous prend-elle, M. Renaudin et moi, pour des princes russes ou tout a:i moins pour des médecins envoyés tout exprès parle roi pour venir la soigner. Du reste, Anna est intelligente et laborieuse.
M. Renaudin, médecin directeur de l'asile, prévit, dès le début, que tous nos moyens échoueraient contre cette maladie. 11 vit que si l'on pouvait obtenir quelque amélioration, c'était par le traitement moral. Mais il n'a fait que maintenir au dedans les idées de p-randeur, et nous ne sommes pas sfir pour cela qu'elles n'existent plus. Un moment nous l'avions espéré, lorsque l'arrivée de son père et de sa mère, qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps, vint nous détromper. En effet, en arrivant auprès d'eux, les sentiments affectifs, éteints jusqu'alors, parurent se ranimer, et elle se précipita dans leurs bras en versant des larmes. Mais ce moment fut
de bien courte durée, car peu après elle se mit à reprocher à son père de la laisser dans un hospice, lui qui était si riche. En un mot, ses idées furent de nouveau exprimées, et cette fois avec tant de hauteur et de mépris pouc ses parents, qu'il fallut la faire rentrer dans son quartier.
Si aujourd'hui, Anna ne parle plus de ses richesses ni de ses haiilL's protections, c'est la crainte, nous le répétons, qui en est cause, et pour nous, malgré les apparences, la malade n'est rien moins qu2 guérie.
Comme pour l'observation XXIII, il nous a semblé important de reproduire les considérations de M. Sauvet.
Pour notre seconde malade, nous pouvons lui appliquer de ce qui précède les conditions physiques par lesquelles la folie a dû opérer son mode d'action. Mais quant à la forme qu'elle a revêtue, c'est dans les conditions morales qui précédèrent l'invasion de la maladie qu'il faut en rechercher les causes. Nous avons vu en effet que dès sa jeunesse, elle se faisait remarquer par le désir des richesses, tandis que rien autour d'elle ne pouvait lui suggérer de telles idées, puisqu'elle vivait retirée dans sa pauvre famille; mais enfin elle désirait vraiment ces richesses; elle y songeait bien plus qu'une fille de sa condition et de son âge n'y songe habituellement, et c'est déjà là non pas un commencement de folie, mais une tension de l'esprit trop fixé, trop concentré sur un but. Plus tard, quelques unes de ses compagnes qui s'étaient bien trouvées de leurs services à Paris, l'engagèrent à aller dans cette ville; elles lui représentèrent les nombreux avantages attachés à cette condition, et l'esprit de notre malade recueillait avec avidité ce qu'on lui disait; elle ne se lassait pas d'entendre répéter ce qui se conciliait si bien avec ses désirs, de telle sorte que ceux-ci, au lieu d'être réprimés par la raison, n'en étaient que plus ardents à se reproduire. Cette prédisposition ou pour mieux dire cette tension de l'esprit vers un but fixe, si remarquable dans son enfance, est donc devenue plus grande et s'est accrue avec l'âge. Dans un tel état, la moindre secousse capable d'ébranler le système nerveux devait presque à coup sûr amener la folie, et cette folie devait reproduire les idées qui toute sa vie avaient fixé son attention. Avec l'exagération qui lui est propre, la folie a reproduit ce désir des richesses qui est ainsi devenu une monomanie ambitieuse.
1866. - Ghéron. q
Oue si dans ce cas, la folie n'a point disparu à mesure que les forces physiques se sont rétablies, ainsi que cela est arrivé chez la malade précédente, cela tient à la forme que la folie a revêtue, car il est dans la nature des idées fixes de grandeur et d'ambition d'être tenaces, et d'autant plus difficiles à être expulsées qu'elles datent de plus loin. 'Aussi, sommes-nous peu convaincu de la guérison actuelle de la malade, et peu rassuré sur son avenir, bien que jusqu'à ce jour aucune complication fâcheuse ne soit venue aggraver son état.
Observation XXVI.
(Communiquée par M. Baillarger.) Dr Munier.
Alcoolisme héréditaire; fièvre typhoïde; abolition complète des facultés affectives; affaiblissement de l'intelligence; débauches; ivrognerie.
C. .. S.... âgée de 46 ans, est entrée à la Salpétrière, dans le service de M. Baillarger, le 20 septembre 1861.
Celte femme menait une conduite assez régulière, buvant cependant quelquefois, mais en cachette, et ne s'enivrant que Irèsrarement, lorsqu'en 1858 elle eut une fièvre typhoïde bien caractérisée et qui dura deux mois.
A la suite de celte maladie, elle se mit à boire à outrance, s'enivrant tous les jours, cherchant querelle à ses voisins et à son mari, vendant, pour se procurer de l'argent, ses vêtements et ses meubles. Ce qu'il y eut surtout de remarquable à cette époque, ce fut le changement de l'intelligence.
Avant sa fièvre, elle s'acquittait parfaitement des soins du ménage; depuis lors elle était devenue complètement incapable de s'occuper de quoi que ce soit. Bientôt elle tomba dans les excès les plus déplorables, allant jusqu'à amener des hommes au domicile conjugal, etc., etc.
Du reste, pas de délire spécial, mais affaiblissement de l'intelligence et absence complète des facultés affectives.
Du côté de l'hérédité, son père et un de ses frères étaient continuellement ivres, et ils sont morts, paraît-il, comme ils avaient vécu. Elle a une cousine germaine aliénée.
Cette femme est sortie de l'hospice de la Salpêtriere à peu près dans le même état, et on n'en a plus de nouvelles.
Observation XXVII.
(Thore, Annales médico-psychologiques, 1846.) flianie; hallucinations.
Rosa G , âg:ée de 18 ans, tombe malade le 27 juillet 18M.
Elle a une céphalalgie violente, de la constipation; sa langue est chargée d'un enduit jaunâtre. A la suite d'un vomitif, ces symptômes s'amendent; mais une fièvre intense persiste, et le 3 août elle présente tous les symptômes d'une fièvre typhoïde bien caractérisée. Pouls à 120, stupeur, gargouillement dans la. fosse iliaque droite, langue sèche, diarrhée peu abondante, taches lenticulaires. Vers le milieu du deuxième septénaire, apparition d'une diphtérite des plus intenses qui s'étend jusqu'à l'isthme du gosier, et donne lieu à la formation de larges plaques pseudo-membraneuses. Cet état persiste et s'aggrave jusq.u'au milieu du mois d'août. La stupeur est portée au jjIus haut degré; la déglutition est difficile; les ' selles et les urines sont involontaires. On la traite par les purgatifs. Quelques accès assez prononcés d'exacerbation réclament l'emploi du sulfate de quinine qui les fait disparaître.
Vers la fin du mois se manifesta une notable amélioration. La langue est plus humide et plus rosée, les selles sont naturelles et volontaires, le sommeil est paisible, la stupeur a disparu. On remarque que vers cette époque le caractère ordinairement assez difficile de cette jeune fille s'aigrit beaucoup. Elle refuse les soins qu'on lui donne avec beaucoup d'empressement, elle adresse des injures à tous ses parents, à tous ceux qui l'entourent, elle a des accès de délire et des hallucinations de la vue. Son frère entre dans sa chambre avec un paquet de linge, et elle croit qu'il a un enfant sur le dos, et elle lui demande pourquoi il veut le pendre au plancher Elle croit voir et entendre des personnes qui ne se trouvent pas dans sa chambre, sentir de mauvaises odeur. Elle ne veut plus boire et devient d'une indocilité telle, que toutes les personnes qu lui donnaient des soins s'en éloignent les unes après les autres Maigre tout cela, l'état général s'améliorait rapidement; la malade D a plus de fièvre, elle commence à se lever, à prendre de la force et elle mange d'un très-bon appétit.
Au commencement de septembre, alors que, sauf l'état mental on la considérait comme guérie, et que je ne la voyait plus S
h^n . 1 . ^^^^«"i^ brusquement d'un roupe
brun; elle se dessèche; les dents s'encroûtent; le ventre se mé teonse ; une fièvre intense reparaît ; 12i pulsalions Cet état In
{^rave cesse à la suite de l'emploi de quelques purgatifs, mais cependant, pendant tout le mois elle reste languissante, conservant un poul fréquents. Sa langue redevient rose et humide, le ventre souple; la constipation persiste; quelques vomissements bilieux, assez fréquents, apparaissent, qui résistent aux boissons froides, à la glace, mais qui cèdent enfin à un vésicatoire appliqué sur l'épigastre. Le caractère de la jeune malade devient de plus en plus difficile et inégal. Elle a un appétit vorace. A mesure que la fièvre diminue de nouveau et que les symptômes propres à la fièvre typhoïde s'éteignent, elle est prise comme à l'époque de la première convalescence, d'accès de délire très-prononcés ; elle s'emporte injurie tous ceux qui l'entourent, et l'on remarque qu'à mesure que son état s'améliore sous tous les autres rapports, le caractère devient de plus en plus difficile.
Les hallucinations reparaissent avec plus d'intensité que jamais, ainsi que les illusions de la vue. Elle croit toujours qu'on parle d'elle pour s'en moquer. L'ouïe, qui était très-obtuse pendant toute la maladie et presque complètement abolie pendant une quinzaine de jours, a acquis une finesse extrême; elle entend le moindre chuchotement d'une pièce dans l'autre; elle reste des jours entiers sans proférer une parole et refuse toute nourriture et toute boisson.
Le 23 septembre, les hallucinations persistent; elle dort bien, ne vomit plus, la peau est fraîche, le ventre souple et la constipation persiste. Toujours du délire; elle est paisible, parle peu, mais ses idées sont incohérentes; elle ne reconnaît point une personne qui l'a gardée depuis le commencement de sa maladie; elle adresse toujours la parole à sa mère, morte depuis quatre ou cinq ans. Elle recommence à manger.
Le 28. Peau fraîche, apyrexie, toujours du délire et des hallucinations de la vue et de l'ouie. Un abcès s'est formé à l'aisselle gauche et est incisé ; toujours de la constipation.
1" octobre. L'état de l'intelligence est toujours le même. Elle pleure, et c'est sans motif. Les hallucinations de la vue sont les mêmes; elle voit au pied de son lit une grosse bête qui veut la dévorer et elle en a grand'peur. Pendant la nuit le sommeil est calme.
Le 10. Les hallucinations diminuent; elle a de l'appétit. Depuis quelque temps et quoiqu'elle se lève presque constamment, il s'est formé une escharre au sacrum. Depuis cette époque la malade ne présente plus aucun trouble de l'intelligence et des sens, mais l'appétit se perd, l'affaissement et l'émaciation deviennent ex-
trêraes. Elle succombe le 18 octobre après quatre-vin^yt-quatre jours de maladie.
Observation XXVIII.
(Thore, Annales médico-psychologiques, 1846.) Manie.
M. H..., âfyé de 31 ans, est d'un tempérament peu robuste, d'une intellig^ence assez développée, mais d'ailleurs facile à émouvoir, et il a, comme il le dit lui-même, la tête faible. II n'est pas bien certain qu'il ait fait des excès de boisson, cependant son commerce et les relations qu'il entraîne le forcent de temps en temps à boire plus qu'il ne voudrait. Il n'y a point eu d'aliénés dans sa famille et lui-même n'a jamais donné le moindre signe de folie. Il a eu, en février 1844, une fièvre typhoïde assez grave qui a débuté par un accès de délire des plus violents. La maladie a duré un moisetelle aété traitée par des évacuants fréquemment répétés. La guérison fut rapide et parfaite. L'intelligence resta saine, et pendant quelque temps, il n'yeutaucune menace d'aliénation d'esprit.
Mais bientôt on s'aperçoit que chaque fois qu'il va à Paris pour ses affaires, il revient chez lui en se livrant à des actes déraisonnables. On était déjà disposi à attribuer cet état à l'abus des alcooliques, maison put se convaincre plus tard qu'il n'en était rien.
II devient d'une excessive irritabilité. Souvent, au milieu d'une conversation, il délirait, se livrait à des actes singuliers, à des violences même, et il était difficile de le contenir. Dans les intervalles, il cause avec beaucoup de raison et s'occupe avec intelligence de ses affaires.
Cet état persiste jusqu'au commencement de 1845. Depuis cette époque nous avons perdu de vue le malade.
JObservation XXIX.
(Inédite, recueillie par l'auteur.) Délire spécial ; hallucinations.
M. X..., garçon, âgé de 26 ans, tempérament nerveux, une tante aliénée, fut pris d'une fièvre typhoïde au mois d'avril 1857. La maladie présenta à un certain moment la forme adynamique. Le malade entra en convalescence un mois après l'envahissement, et c est alors qu'apparut le délire qui persiste encore (1863).
Le malade est toujours en prières ; il passe son temps à genoux • s 11 sort, c'est pour se rendre dans une église. Mais bientôt il se
livre à des extravajifances telles que sa famille est obligée de le conduire dans une maison d 'aliénés. Pendant plusieurs mois la l'orme de ce délire reste la même; on le conduit à la messe, il se lève tout à coup et veut adresser la parole au prêtre. 11 est halluciné.
Plus tard, le délire semble atténué, le malade parle peu, insiste moins pour réclamer la liberté, il ne fait plus de tentatives d'évasion. Deux mois se passent et l'agitation reparaît, le délire a changé de forme. Aujourd'hui toutes les femmes sont éprises de lui, il lui faut sa liberté, on le réclame, on l'appelle, il va se marier.
Un jour il parvient à s'évader; au lieu de gagner les champs, ainsi que le font habituellement les aliénés qui s'évadent, il court vers l'habitation du directeur, il entre dans son cabinet, tombe aux pieds d'une dame qui s'y trouve, en s'écriant : Elle m'aime, mariez-nous I
Quelques tentatives furent faites dans le but d'obtenir une amélioration par le traitement moral, mais elles n'eurent aucun résultat.
Abandonné à l'isolement, l'intelligence de notre malade qui semblait, malgré l'excitation, légèrement affaiblie, s'affaiblit encore davantage ; on peut le conduire au dehors pour le faire travailler.
Après deux années de ce calme relatif," sa famille a pu le rendre à la vie commune.
L'intelligence est affaiblie, le délire ne se montre qu'à de rares intervalles ; il semble que le malade fasse des efforts pour le dissimuler.
Observation XXX.
(Inédite, communiquée par le Dr Bazin.)
Agitation maniaque; hallucinaiions ; délire mystique ; pas de
guérisoti.
Marle-Constantine femme D..., vermicellière, était à l'époque de son entrée h l'asile âgée de 50 ans, d'une taille moyenne, un peu élanc 'e, à la figure allongée, régulière, au teint brun et un peu basané. Tous les détails de sa figure et de son ensemble témoignent d'un tempérament nerveux prononcé. Il n'existait pas dans sa famille d'antécédents héréditaires d'aliénation menlale.Ses précédents maladifs avaient consisté en une rougeole contractée en 1847, en une fluxion de poitrine en 1856, en deux accès de fièvre en 1859 et en une fièvre typhoïde en 1861 . Elle avait déplus
éprouvé, depuis environ treize ans, des céphalalgies fréquentes et persistantes.
Elle avait eu deux lyrossesses heureuses à sept ans d'intervalle. La menstruation avait toujours été ré^julière ; elle se trouvait seulement suspendue depuis deux mois, à l'époque de son entrée.
Lors de sa dernière grossesse, la sécrétion lactée avait persisté pendant près de trois ans, à en croire la malade.
A l'aide de ces précédents et de la connaissance de la prédominance chez cette femme de tempérament, nerveux, on peut conjecturer dès à présent un affaiblissement graduel de la constitution qui en diminuant le pouvoir modérateur du système sanguin, a dû surexciter le système nerveux et le^ conduire peu à peu au désordre qu'il a présenté par la suite.
La fièvre typhoïde avait eu une durée de quatre mois et demi, c'est à la suite de cette affection que le délire avait éclaté, le lendemain de la Pentecôte, par des chants et une grande exaltation mentale, après avoir été précédé par une violente céphalalgie.
Des hallucinations diverses s'étaient fait jour au milieu de son délire; la vue, l'ouïe, le toucher, s'étaient trouvés intéressés, mais toutes ces hallucinations convergeaient vers le même but, les sujets religieux. L'aberration de son esprit ne faisait que suivre une pente tracée dès longtemps à l'avance ; la malade avait montré de tout temps, en effet, des sentiments religieux profonds et cédé quelquefois à des entraînements de foi superstitieux. Les céphalalgies qui avaient précédé l'explosion du délire avaient persisté, la malade les comparait parfois à une sensation de bouillonnement dans la tête. Les hallucinations éprouvées par la malade étaient des plus réelles; elles étaient de nature à engendrer dans un esprit faible, crédule et superstitieux, des conceptions étranges etd'y faire même naître des idées de prédestination, de mission toute spéciale, comme nous allons le voir dans le récit suivant, fait par la malade elle-même : « Je vois très-souvent, disait-elle, Dieu et les anges ; au moment où je vous parle, je vois Jésus-Christ comme je vous vois, sous la forme d'un homme. J'ai des visions de jour et de nuit; j'en suis très-heureuse. Je ne dors jamais; mes yeux fermés veillent toujours et me font voir des choses merveilleuses, etc. »
Le 22 décembre 1861 apparut une époque menstruelle après une suppression de trois ou quatre mois. Les jours qui précédèrent cette évolution menstruelle, il y eut un état de surexcitation offrant (|uelques particularités que nous allons rapporter. Le 16 décembre, au moment de dîner, H heures du matin, elle eut mm
hallucination, une vision, comme elle rlisail elle-même. Elle étendait les bras comme pour s'envoler. La reli^yieiise voulut la conduire au réfectoire et l'y entraîner malgré sa résistance. Il s'établit une lutte, on lui mit la camisole, et, comme elle criait et qu'elle s'ag^itait, on l'enferma dans une cellule; là elle battait les murs avec sa tête; force fut de la mettre au bain. Depuis ce moment sa figure demeura animée pendant cinq ou six jours; elle perdit son expression habituelle de douceur; il y eut quelque chose de résolu dans son ton, dans ses {jestes, ses manières. Elle se plaij^n^it amèrement du traitement qu'on lui avait fait subir, des bains en particulier. Elle trouvait la nourriture mauvaise, les aliments de la maison n'allaient pas à son eçtomac; ils avaient une odeur d'huile, un Qoûl d'aimant; elle les mangeait parce qu'on la forçait à manger.
L'état de surexcitation, sous l'influence duquel la femme G
avait émis toutes ces idées délirantes, se calma lors de l'apparition d'une époque menstruelle, survenue le 22 décembre, comme nous l'avons dit déjà. Le délire de cette aliénée a constamment tourné dans le cercle d'idées analogues à celles que nous avons fait connaître, et loin de se restreindre, il s'est étendu. S3S hallucinations ont été aussi fréquentes et ont servi de base aux conceptions délirantes les plus étranges.
Toutefois, elle nous montrait moins d'assurance et de résolution dans les derniers temps de son séjour qu'à l'époque de son entrée ; c'est que son intelligence avait faibli et que peut-être les hallucinations étaient moins nettes. Elle s'occupait assez régulièrement, ce qu'elle n'avait pas consenti à faire dans les premiers temps. Ses pupilles étaient habituellement contractées. Cette malade avait pris beaucoup d'embonpoint. Au commencement du mois de mai, son mari, malade depuis plusieurs mois, pensa que sa femme pourrait lui donner quelques soins, et vint la réclamer. Elle lui fut rendue le 14 mai 1864.
Observation XXXI.
(Max -Simon, Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1844.)
Le nommé R , âgé de 22 ans, soldat dans un régiment d'infanterie, est atteint, étant en garnison à Paris, d'une fiè.re typhoïde, pour laquelle il entre à l'hôpital du Gros-Gaillou. Dans la convalescence, qui se présente d'une manière nette et tranchée, il est pris d'un délire apyrétique dont le caractère est bientôt re-
connu. Peu à peu ce délire disparaît, niais une atteinte difficilement effaçable paraît avoir été portée au système nerveux. Le malade a recouvré toutes ses forces et jouit de la plénitude de la santé, mais la mémoire a singulièrement faibli, les sens se sont émoussés; ainsi R n'entend plus aussi distinctement; il ne voit plus comme il voyait; par exemple il lui est irapossible d'enfiler une aiguille. L'appareil musculaire lui-même se ressent évidemment de l'atteinte que les centres nerveux ont subie; la voix est saccadée, jusque-là elle était nette et sans embarras. Le malade ne peut mcâcher que lentement, il n'a jamais fini en même temps que ses camarades, et il attribue ce résultat à la lenteur forcée du mouvement des organes de préhension et de mastication. Il éprouve aussi quelque difficulté à marcher; il sent que ses jambes sont faibles et seraient complètement inaptes à fournir de longues étapes. Cet état dure depuis plus de quatre mois; des révulsifs énergiques à la nuque, des purgatifs répétés, une nourriture substantielle n'ont pu jusqu'ici triompher de ces nombreux et graves accidents.
Observation XXXII.
(Inédite, communiquée par M. le D' Delmas.) Paralysie générale.
X est fortement constitué, 55 ans, vie toujours très-laborieuse, a eu il y a trois ans une fièvre typhoïde qui offrit des phénomènes cérébraux très-graves.
A la convalescence, sa mémoire est très-affaiblie; il a oublié à peu près tous les faits antérieurs à cette maladie.
Pendant un mois, il eut la monomanie suivante : chaque soir, il obligeait sa famille à visiter la maison qu'il habitait de peur du feu. Cette première aberration de l'intelligence fait place à une autre. Jusqu'alors son caractère était très-gai; il devient sombre et taciturne. Aussitôt qu'il est seul il pleure, puis il s'empresse de cacher ses larmes dès qu'il voit quelqu'un. Il est atteint de monoraanie. M. Mabit, son médecin, ne pouvant employer l'isolement à cause de sa famille qui sy refuse obstinément, l'envoie à l'étabhssement hydrothérapique. L'hydrothérapie n'amène aucun bon résultat, la monomanie se caractérise encore davantage avec des symptômes de paralysie générale.
Observation XXXIII.
(Morel, Traité des maladies mentales, p. 169.) Dans une famille composée de 8 enfants, et chez lesquels il est
vrai de dire qu'il existait des prédispositions héréditaires, la fièvre typiioïde atteignit successivement cliacun de ces enfants. 4 d'entre eux sont restés complètement sourds avec un grand affaiblissement intellectuel. Chez les 4 autres il y eut des délires consécutifs bizarres, avec alternative de stupidité et d'excitation.
Il résulte des observations que nous venons de rapporter que le trouble intellectuel qui se déclare quelquefois dans la convalescence de la fièvre typhoïde, peut revêtir des formes variées.
Dans un certain nombre de cas, le malade possède une idée fixe, souvent c'est un état de stupidité; d'autres fois, il existe une véritable agitation maniaque, l'hallucination sensorielle ou l'hallucination des sensations internes est encore quelquefois le seul phénomène de trouble mental.
Ce phénomène morbide disparaît en peu de jours, lorsque les org-anes affaibUs ou dépravés par la maladie ont pu reprendre leur fonctionnement normal sous l'influence des analeptiques.
J'ai insisté plus haut sur l'opinion d'Esquirol, qui ne considère pas comme un état d'aliénation mentale ce délire de peu de durée que je viens de sig'naler, et qu'on observe quelquefois dans la convalescence des fièvres g-raves II est certain que ce délire, seul symptôme de la folie dans quelques circonstances, ne s'accompagnant pas du cortég-e de symptômes qu'on est habitué à voir dans l'aliénation, justifie jusqu'à un certain point l'opinion d'Esquirol. Ce g-rand aliéniste ne connaissait évidemment que des cas analogues à ceux rapportes par Louis et par M. Trélat.
Ce sont ces cas surtout, c'est ce g*enre de délire qu'il convient de classer dans une forme particulière de folie, dans celle que l'on a déjà nommée folie consécutive aux maladies aig-uës.
Mais dans bon nombre de circonstances, ainsi qu'on peut s'en assurer en étudiant les observations qui précèdent, on voit survenir consécutivement à la fièvre typhoïde la manie, la monomanie, la lypémanie, la démence, en un mot toutes les variétés de folie qui constituent l'aliénation mentale et ses différents états.
La rémittence, la substitution d'un état à un autre, l'absence des formes précitées, sont autant de caractères qui doivent faire rechercher avec soin l'existence d'une cause prédisposante d'une haute valeur dans la production de ce délire chronique, telles que la dépression morale, les excès vénériens, l'alcool et surtout cette cause qui tient une place si importante dans l'étiolog-ie des affections mentales, l'hérédité.
Il est nécessaire, il me semble, de faire la distinction que j'indique, et de rechercher les cas de folie dans lesquels la fièvre typhoïde n'a été que la cause déterminante de la folie. En effet, tous les éléments nécessaires pour constituer une forme morbide sont différents dans les deux g-roupes dont je viens de parler.
Dans le premier, où la fièvre typhoïde produit à elle seule le délire chronique, nous observons une cause bien déterminée, une marche rapide et con-
tinue, une durée courte, une terminaison heureuse.
Dans les faits du deuxième g-roupe, dans lesquels la fièvre typhoïde n'est que la cause occasionnelle, ^w3s les éléments, cause, marche, durée, terminaison diffèrent de ce que noiis venons de voir, et l'affection aig"ûe étant le caractère saillant qui, le premier, attire l'attention de l'observateur, il s'ensuit qu'elle seule est accusée d'avoir produit ce qu'une autre circonstance a long-uement préparé.
C'est donc au point de vue du pronostic qu'une semblable distinction est utile; et si on peut s'aider non-seulement de l'absence de causes prédisposantes, mais encore de la variété du délire pour classer le cas dans l'un ou l'autre des deux g-roupes, on comprend de suite l'importance du fait que nous avançons.
Nous n'avons pu rapporter ici qu'un très-petit nombre d'observations analog-ues à celles de Louis et de M. Trélat; la raison en est que les praticiens qui pourraient renseig-ner la science à ce sujet considèrent ce déhre comme une complication de peu d'importance, et dèslors on comprend qu'on ne possède à peu près que des cas de folie consécutive, ayant nécessité un traitement spécial dans l'asile auquel sont attachés les aliénistes observateurs.
Occupons-nous maintenant de savoir, si c'est possible, à quelle altération sont dus les troubles intellectuels dont nous venons de parler. Mais, avant tout, il est bon de mettre en un tableau les variétés de délire observées dans les 33 cas que nous avons rapportés.