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seul caractère du trouble mental. Dans cette circonstance, en nous appuyant sur le travail de M. Boureau (1), nous verrons que, àl'altération sensorielle se mêlent souvent des troubles dans la constitution physico-chimique du sang". D'ailleurs , laissons parler l'auteur :
a C'est par l'observation et g-râce à l'autorité des faits que j'ai été amené à conclure que le sang* est toujours un puissant modificateur du système nerveux : Sanguis frenat nervos^ disait Hippocrate. Le délire sensorial peut tenir d'abord à la composition anormale du liquide sang*uin, ou bien à des modifications apportées à son cours, en même temps qu'à ses conditions physiolog-iques. Au premier de ces deux états se rattachent la chlorose, l'anémie, la chloro-anémie, la pléthore, et toutes les affections où on trouve une aug-mentation ou une diminution des g-lobules du sang", etc. »
Cette citation nous dispense évidemment de tout commentaire, et vient à l'appui de notre opinion.
Les autres variétés de délire que présente le tableau ci-dessus rentrent plus ou moins facilement dans les deux types dont nous venons de parler; mais il ne faut point perdre de vue que, dans plusieurs cas, il existe une cause prédisposante dont on ne saurait méconnaître la valeur, cause qui a pu imprimer au délire une empreinte spéciale. Dans d'autres circonstances, où aucune cause n'a
{^)Jn{lnmce des altérations du sang et des modifications de la circulation sur le système nerveux. Ann. med. psychologiques, t V
été sig^nalée, il est fort possible que, malgré son existence, elle n'ait pas été communiquée à l'observateur, ou, ce qui arrive assez souvent, qu'elle lui ait été soig-neusement cachée.
En m'appuyant sur les faits, II m'est impossible de partag-er l'avis de MM. Morel, Marcé et Mug-nier au sujet des idées ambitieuses qu'on observe dans l'état de folie consécutive qui nous occupe.
Ces observateurs attachent une g'rande importance à cette sing'uhère manie qui porte le malade à délirer dans le sens des idées ambitieuses, el M. Mug'nier cherche à rapprocher la conception délirante de celle qu'on observe dans la paralysie g'énérale , afin d'invoquer la cong-estion comme cause immédiate de leur production.
S'il faut considérer, ainsi que le dit Bayle, les cong-estions des méning-es et du cerveau comme des conditions physiques des idées ambitieuses, il faut remarquer aussi que le délire ambitieux de la paralysie g'énérale présente un caractère bien tranché et ne ressemble en rien à celui auquel nous avons affaire , qui se rapproche beaucoup de celui des még-alomaniaques. Pour faire apprécier cette différence, je ne puis mieux faire que de reproduire le tableau qu'en donne M. Marcé dans son Traité d'aliénation mentale : « Les még-alomaniaques org-ueilleux, qui se disent prophètes, fils de roi, g^énéraux, ministres, qui s'attribuent une grande fortune, une g'rande puissance, sont bien souvent des hallucinés qui, malg-ré leurs idées délirantes, conservent
de la vig^ueur et de la log'ique dans leurs concep lions. Leurs allures, leur tenue, leurs paroles, sont rig-oureusement conformes à leurs prétentions ; ils se montrent fiers, dédaig-neux, susceptibles, exig'ent qu'on leur rende des honneurs et forg*ent , à propos de leur naissance, de leur position sociale, des histoires qui, malg-ré leur invraisemblance, s'enchaînent avec assez de suite et ne sortent pas de l'ordre des choses possibles; de plus ils sont conséquents avec eux-mêmes, et les titres qu'ils s'attribuent ne présentent entre eux rien de contradictoire. Rien de semblable n'existe chez les paralytiques, dont les idées sont essentiellement mobiles et absurdes; ils sont à la fois pape et empereur; tout en parlant de leurs richesses et de leurs millions, ils avouent leurs professions, quelque humble qu'elle puisse être, et racontent qu'ils g'ag'nent quarante sous par jour. »
M. Mug-nier a tenté encore le même rapprochement pour le délire hypocondriaque et la démence, mais sa manière de voir ne me semble pas mieux fondée. Sur 33 cas, le délire ambitieux a été observé 5 fois; le déhre hypochondriaque une seule fois, encore n'est-ce pas avec le caractère indiqué par les aliénistes, qui le considèrent comme symptomatique de la paralysie g'énérale; la démence, une seule fois aussi, encore existait-il une cause d'une haute importance, l'abus des alcools.
En résumé, nous pensons que l'état de folie consécutive à la fièvre typhoïde se dissipe promptemenl
Ghéron. 4
lorsque la fièvre en est la seule cause, ce qu'il importe de rechercher avec soin, et que ce délire est hé à l'altération physico-chimique du sang-, qui détermine plutôt certains états que tels autres, en vertu du mécanisme que nous avons indiqué.