‹ Observations et recherches sur la folie consécutive aux maladies aiguësChapitre 9 sur 14 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Ce qu'il nous faudrait faire maintenant c'est le tableau complet de la folie consécutive aux diverses maladies aig-uës dont nous venons de parler. L'analyse des caractères communs à cette affection, quelle que soit la maladie qui l'a produite, devrait faire l'objet de notre première description, que nous ferions suivre des analyses se rapportant à chacune des maladies à la suite desquelles la folie a été observée.

Mais avec les observations que nous avons pu recueillir une semblable tâche ne saurait être bien remplie ; car, en outre que les observations ne sont point assez complètes et passent le plus ordinairemfcnt sous silence les causes qui peuvent avoir joué un rôle considérable dans la production de la folie^ elles ne sont point assez nombreuses pour permettre d'arriver avec plein succès au but que nous venons d'énoncer.

La première difficulté que nous rencontrons , c'est de ne pouvoir classer le trouble mental d'une façon claire et précise qui rapproche un cas d'un autre pour des raisons parfaitement déterminées, et en cela il nous est facile de voir combien est insuf-

fisante la classification de Pinel modifiée par Esquirol que beaucoup d'aliénistes suivent encore. Combien sont mal définies ces expressions diverses ! Bien souvent, dans le cours cle ce travail, j'ai éprouvé une véritable difficulté lorsque j'ai voulu rapprocher plusieurs cas sous une dénomination commune. Puisque Fétude des formes proposée en 1845 par M. P. Jousset n'a pas été g-énéralement adoptée, il eût été bien à désirer que les aliénistes eussent précisé d'une façon bien exacte les limites des expressions: délire, aliénation, folie, et eussent indiqué les variétés de cette dernière d'une façon aussi caractérisée que possible.

Quoi qu'il en soit, il nous a fallu tirer parti de notre travail, aussi allons-nous indiquer ce qui nous semble pouvoir en être déduit au point de vue du diag-nostic, du pronostic et du traitement.

Disting"uer le délire qui se présente au moment de la convalescence n'est point une difficulté, dans le plus g-rand nombre des cas, lorsque, surtout, le malade jouissant de l'intégTité de ses facultés intellectuelles entre brusquement dans une phase de délire. Ce qu'il importe, c'est que le praticien soit prévenu que, à la suite d'un certain nombre de malad ies (fièvre typhoïde, choléra, pneumonie, fièvre^; éruptives,érysipèle, ang-ine), on a observé des cas de folie ayant une tendance à revêtir plus particulièrement certains caractères à la suite de telle maladie plutôt qu'à la suite de telle autre. C'est ainsi qu'on pourra savoir que la folie consécutive à la fièvre typhoïde ne présente souvent qu'un seul ca-

ractère de trouble mental, que c'est ordinairement la stupeur et l'affaiblissement Lemporaire des facultés mentales ; que l'idée déliranle, ambitieuse ou autre, se montre assez souvent, que les hallucinations surviennent aussi quelquefois ainsi qu'un délire triste, et que la manie est un état qu'on observe très-rarement.

Pour le choléra, nous voyons aussi que les liallucinations et la conception délirante sont les troubles intellectuels les plus fréquents.

Dans la convalescence de la pneumonie^ c'est cet état maniaque, que nous avons vu apparaître si rarement après la fièvre typhoïde, qui se montre au contraire ici dans la majorité des cas, et le plus ordinairement accompagnié d'hallucinations. D'après les deux observations, rapportées l'une par Bayle, l'autre par M. Baillarg^er, et d'après M. Morel, on n'observerait à la suite de l'érysipèle de la face d'autres cas de folie que la paralysie g-énérale. Nous avons relaté dans ce travail une observation recueillie par nous , d'après laquelle l'ag'itation maniaque peut aussi se montrer pendant la convalescence de l'érysipèle de la face, et être promptement suivie de g*uérison.

Avec quatre observations de. folie consécutive aux fièvres éruptives, une rougeole, une varioloïde, deux varioles, il n'est point facile de déduire la forme de délire qui se montre le plus habituellement. 11 semble cependant que le caractère le plus habituel de ce délire doive le rapprocher de celui qui se montre consécutivement à la fièvre typhoïde.

Qu'il nous suffise de sig-naler que, dans deux cas seulement, un délire de peu de durée dans le premier, plus grave et plus prolong-édansle second, a été observé à la suite de l'ang'ine tonsillaire, et par M. Tliore et par nous-même.

En somme, il est important de savoir que, consécutivement à quelques maladies aig-uës, la folie peut se déclarer, et que la forme qu'elle prend alors la rapproche des états d'aliénation qui se dévelop peut sous d'autres influences. Lorsque la folie est produite par la maladie aig-uë seule, elle présente en général un petit nombre des caractères des genres de folie qu'on observe le plus communément, et les formes diverses de délire n'ont pas de tendance à se remplacer les unes les autres. C'est, en général, la même qui persiste jusqu'à g'uérison complète.

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