PNEUMONIE, PLEURÉSIE ET BRONCHITE
C'est pendant la convalescence de ces maladies que, pour mon compte, j'ai eu trois fois l'occasion d'observer un délire chronique. Et si en réunissant les cas de fièvre typhoïde qui ont présenté le même état d'aliénation, j'ai été frappé du peu de ressemblance qui existe dans l'évolution de ce délire et l'évolution de celui qui naît sous l'influence de causes qui semblent moins déterminées, en un mot, de ce qu'on désig-ne sous le nom de folie commune, je le fus bien davantag-e en recueillant les observations que je rapporterai plus loin.
M, Grisolle (1) sig-nale l'état maniaque comme pouvant se montrer après la pneumonie, en admettant une prédisposition chez les individus frappés.
Apres cette remarque du savant professeur, il est bon de dire que le délire compliqué de pneumonie n'est pas toujours un fait isolé, et qu'il y a encore une autre cause, comme chez les individus atteints d'intoxication alcoolique. Ce sont en g-énéral des ivrognies, chez lesquels le délire complique la pneumonie. C'est donc cette cause prédisposante qu'il faudra i^echercher avec soin. Car, ainsi que je l'ai dit déjà, il est rare que la maladie aig'uë ag"isse seule dans l'indépendance de son action. Cependant la recherche de cette cause aura moins d'importance au point de vue du pronostic que dans la
(1) Traità de la j)neumonie.
lièvre lyphoïde, par exemple, car le délire des ivrog-nes disparaît assez facilement de lui-même; il nécessite quelquefois une médication spéciale, mais c'est le cas le plus rare.
En 1841, MM. Aubanel et Thore, dans leurs recherches satistiques sur l'aliénation mentale, rapportent que^ sur 91 maniaques admis à Bicêtre en 1839, 5 étaient devenus fous à l'occasion de la pneumonie.
M. Thore a consig-né dans les Annales médicopsychologiques plusieurs observations que nous rapportons plus loin, en les faisant suivre d'une observation de M. le D"" Mug-nier et de celles que nous avons recueillies nous-même.
Observation XLIX.
(Recueillie dans le service de M. Baillarger; D'- Mugnier.)
Pneumonie chez une jeune fille de 20 ans; manie consécutive, suppression des règles; guérison au bout de cinq mois; trois . mois plus tard, l'écoulement menstruel n'a pas encore reparu.
B.... (Anne-Marie), âgée de 20 ans, est entrée le 30 juin 1864 à la Salpêtrière, dans le service de M. Baillarger.
Cette jeune fille, paraissant douée d'une forte constitution, petite, brune et grasse, a été réglée à 14 ans. A cette époque, son caractère a changé; de souple et paisible, il est devenu inérul et emporté. .
Il n'y a pas d'aliénés dans sa famille.
Le rr mars 1861, elle est prise d'une pneumonie, et, cette allection jîuerie, d'une rnaîtie aiguë, pour laquelle on la transporta à Charenton.
Elle y passe trois mois, durant lesquels elle est, sans résultat soumise au traitement le plus actif. '
Le 30 juin, on l'amène à la Salpêtrière; on constate un élat maniaque h^mM^vh^^ sans grande agitation. Il ne paraît pas y avoir de délire particulier ni d'hallucinations, un peu lérlm^^
Elle est presque toujours souriante, reconnaît irès-bien ses parents; mais il est impossible de fixer son attention.
Depuis le 6 avril, elle n'a plus eu ses règles.
Le traitement consiste en bains prolongés de cinq à six heures, presque tous les jours.
Au l"juillet, on remarque une amélioration notable; elle est plus calme, moins remuante, et commence à Iravailler par moments. Les bains sont continués.
Le 30 août, elle sort complètement guérie déjà depuis trois semaines.
Le 1" décembre, son père est venu prévenir M. Baillarger que les règles n'avaient pas encore reparu; M. Kaillarger a conseillé d'attendre et de ne rien faire.
Observation L.
(Recueillie sur les registres de M. Baillarger; D'' Mugnier.)
Pleurtfsie; hallucinations; puis mélancolie avec stupeur et refus d'aliments; guérison au bout d'un an seulement,
G..., 39 ans, est entrée le 19 mars 1862 dans le service de M. Baillarger.
Celte femme n'avait jamais donné de signes d'aliénation quand, il y a quatre mois, elle eut une pleurésie. Elle entrait en convalescence vers le soixante-dixième jour de l'affeclion, lorsque, à la suite d'un incendie déclaré dans la maison qu'elle habite, des signes de délire commencèrent à se manifester.
Elle eut des hallucinations de l'ouïe et de la vue, se mit à parler continuellement, à chanter la nuit, puis au bout de quinze jours, tomba dans le mutisme.
Sa pleurésie a été traitée par les sangsues, les purgatifs et une diète prolongée.
Sa mère est morte d'une atteinte d'apoplexie; rien de plus à signaler du côté de l'hérédité.
A son entrée (20 mars), cette malade a l'air hagard ; elle répond à peine et lentement; il faut la stimuler pour obtenir quelques monosyllabes; elle ne sait pas où elle est; du reste, on ne peut rien savoir d'elle touchant ses hallucinations.
Teint pâle, pupilles égales.
Depuis sa maladie (six mois) elle n'a pas eu ses règles Il faut ajouter que la femme G... est très-impressionnable et qu'elle prend des crises nerveuses au moindre événenienf.
3 avril. Les rèf»-les ont reparu peu abondantes ; les pupilles sont très-iné{]:ales, la droite est déformée.
Le 15. La malade est toujours soucieuse; on est oblig^é d'insister pour la faire manger.
1" juin. Elle est dans un état de stupeur complet, ne dit pas un mot et refuse de manger.
20 juillet. On est obligé delà nourrir à la sonde; cela dure quinze jours.
A partir du mois de septembre suivant, l'état s'améliore peu à peu ; elle sort l'année suivante complètement guérie. Revue le 8 janvier 1865; la guérison s'est maintenue complète.
Observation LI.
(Inédite, recueillie par l'auteur.)
Pneumonie double; agitation maniaque ; hallucinations; guërison.
Jacques F..., journalier, 38 ans, marié.
Ce malade fut pris de vomissement, cîphalalgie et douleurs lombaires, à la suite d'un travail fatigant et prolongé. La température était, à ce moment là, h 3 degrés au-dessous de zéro.
Ce malade se mit au lit et une fièvre assez forte ne tarda pas à s'en emparer. Aussitôt apparut une douleur au côté gauche de la poitrine. L'auscultation et la percussion permirent de reconnaître l'existence d'un engorgement pulmonaire, premier degré d'une inflammation de poumon.
Pendant sept jours, du 24 au 28 octobre, la maladie suivit son cours, avec une amélioration sensible, sous l'influence du traite ment usité en pareil cas.
Mais, pendant la nuit du 28 au 29 octobre le délire survint, le malade arracha un vésicatoire appliqué sur le côté malade; il'fut tres-difficile de le maintenir dans son lit.
Le 29 décembre, l'anhélation devint encore plus grande et auscultation, quoique difficile à pratiquer, fit reconnaître l'existence d une pneumonie double bronchophonie, souffle, matité etc
A ce moment là j'eus l'occasion de voir ce malade avec M lé D Sandilhon qui lui donnait des soins. La forme particulière du dehre avec hallucinations m'autorisa, en m'appuyant sur ce que S Jfn '''rf T f'-^vo'-^ble malgré les symp-
'^^r^^^'f '"''"^ q^^arante-huit heures, tolîs
les symptômes de pneumonie disparurent et le malade fut conduit
à Bicêlre huit jours après renvahissemeiit de la maladie.
Je me hasardai, vu hi forme gaie, cxpunsive de ce délire et son clat permanent, vu les condilioiis dans lesquels il élait né, je me hasardai, dis-je, à prédire la sortie prochaine de ce malade, guéri de son accès de manie. Un mois après son entrée à Bicêtre, il revint complètement à la raison et put rc-nlrer dans sa famille.
J'ai appris depuis lors, qu'à une autre époque de sa vie , ce malade a été atteint du même délire à la suite d'une pleurésie, et que son père a présenté le même trouble mental consécutivement à deux affections aig-uës de la poitrine. M. Thore a observé un cas à peu près analog'ue ; nous le rapprochons de celui-ci :
Observation LU.
(Thore. Annales médico-josychologiqties ; année 1850.)
Pneumonie droite en complète résolution au bout de quatre jours ; au moment de la convalescence, délire maniaque avec hallucination de la vue et de l'ouïe qui dure toujours ; un an plus tard, nouvelle pneumonie du même côté terminée au quatrième jour; accès de manie qui dure trois jours.
Un homme, âjjé de 48 ans, marié, employé comme charretier chez un maître paveur, a toujours eu une conduite très-régulière et ne se livre point à l'abus des liqueurs alcooliques. Il est pris, le 20 mai 1843, d'un frisson iniense avec fièvre, douleur du côtédroit de la poitrine, crachats rosés, sanguinolents, visiiueux, adhérents au vase. Il y a du souffle lubaire dans un point très-circonscrit du creux de l'aisselle à droite. Le pouls est à 108. La gêne de la respiration est assez forte.
A la suite d'une large saignée, qui est pratiquée le jour même, les symptômes s'amendent rapidement, de telle sorte que, le 24, la respiration a repris toute sa pureté, que le pouls est retourné à 68. Au milieu de cet état fort satisfaisant et sans cause connue, il se manifeste un délire vianiaque caractérisé par une grande loquacité; l'insomnie, l'incohérence complète des idées, les hallucinations de la vue et de l'ouïe. Cet état persiste trois jours sans se modifier beaucoup. Le traitement se borne à «luehiues cuillerées
d'une potion opiacée; le malade se rétablit promptement et reprit ses occupations habituelles.
Une année environ après cette pneumonie, il tomba de nouveau malade.
Le 9 août 1844, je suis appelé auprès de lui; il avait une diarrhée intense depuis quelques jours; les selles étaient liquides et glaireuses; il avait un peu de fièvre, un peu de stupeur, le ventre douloureux h la pression, surtout dans la fosse iliaque droite. Pas de toux; leS voies respiratoires normales. Je prescris des lavements amylacés, des cataplasmes sur le venire.
Le 10, au matin, même position. Le soir, il survient un violent frisson, bientôt suivi de l'expulsion de crachats visqueux et rosés.
Le 11. Dyspnée, pouls à 112. Touxassez fréquente, avec expectoration de crachats visqueux adhérents au vase, et d'un roug-e vif; d'autres présentent une teinte abricot; ils sont plus abondants. Douleur peu intense près du mamelon droit. Matité dans une étendue peu considérable du sommet de l'aisselle droite, avec souffle tubaire; bronchophonie, etc. La diarrhée a cessé. Saignée de 600 grammes.
Le 12. Crachats peu abondants, visqueux, jaunes; môme fréquence du pouls. L'état local est le même.
Le 13. Amélioration très-prononcée; pouls à 84. La matité a disparu, ainsi que les autres phénomènes stéthoscopiques. Le murmure respiratoire a repris sa pureté; crachats rares, encore un peu visqueux, sans coloration particulière.
Appétit. Deux bouillons.
Dans la soirée, il est prisd'mi violent délire ; il s'habille malgré les efforts qu'on fait pour le retenir; il descend dans la cour, tient les propos les plus incohérents, adresse des injures et des menaces à tous ceux qui l'entourent; il a des hallucinations delà vue et de l'ouïe, il voit des animaux tourner autour de lui, et prétend que des personnes qui ne sont pas près de lui en parlent; qu'un homme est couché dans la chambre voisine. On le contient avec la plus grande difficulté.
Le 14. Il est plus calme, sans fièvre; le pouls à 65. L'état de la poitrine est très-satisfaisant; il a de l'appétit. Cependant le délire continue. Incontinence complète; association singulière des mots les plus bizarres; propos obscènes, menaces; il se figure que ceux qui l'approchent viennent pour le narguer. Le délire est plus tranquille et gai; les hallucinations sont aussi intenses que l;i veille; les yeux fixes et brillants ssmblent chercher, sur les m-
rois de la chambre, une foule d'objets. La face est allérée. On lui accorde une alimentation modérée. Potion légèrement opiacée.
Le 15, le délire a pris plus de violence pendant la nuit; le malade veut s'habiller et sortir; il refuse de boire sa potion, parce qu'il croit que sa femme veut l'empoisonner, qu'elle veut le tourner en ridicule, etc., etc. Il n'a point eu un instant de sommeil, et il est impossible de fixer son attention. Le pouls esta 64, la peau est fraîche; il a peu mangé.
Le 16, il s'est levé. Il a encore de l'incohérence dans les idées ; les hallucinations ont disparu; il reconnaît qu'il a eu la tête un peu malade. L'appétit continue et le sommeil a reparu.
Le 17 et les jours suivants, l'incohérence disparaît d'une manière graduelle; au bout de quelques jours, il est parfaitement raisonnable et peut reprendre les travaux de sa profession.
Observation LUI.
(Thore. Annales médico-psychologiques ; année 1850.)
Pneumonie gauche en résolution au bout de trois jours ; tout à coup, délire maniaque violent, avec hallucination de la vue et de l'ouïe, qui dure trois jours ; retour de la pneumonie, qui disparaît définitivement sans être suivie de délire.
R , carrier. Agé de 43 ans, habitant Arcueil, sans faire un
continuel abus des alcooliques, s'enivre cependant assez souvent et avec une très-faible dose de boisson.
Déjà, en juin 1849, il a eu une cholérine, et pendant sa convalescence il a déliré quelques jours.
Le 21 mars 1860, après avoir travaillé assez longtemps dans un puits, où il était presque entièrement couvert d'eau, il est pris d'un violent frisson avec douleur au côté gauche de la poitrine.
Le 22, il réclame les soins de M. leD^Cayla, son médecin habituel, qui constate du côté gauche de la poitrine tous les signes d'une pneumonie. 11 pratique une large saignée, qm est bientôt suivie d'une épaisse couenne.
Le 23, les symptômes généraux et locaux éprouvent un notable
amendement.
Le 24. L'auscultation, la percussion donnent des résultats négatifs. Cependant la fièvre ayant reparu, on pratique une nouvelle
saignée. i • i
Pou de temps après, le délire éclate avec une grande violence, agitation extrême; plusieurs hommes suffisent a peine pour le
maintenir; hallucination, de la vue et de l'ouïe; loquacité. On prescrit un bain et l'opium à haute dose.
Le 25. L'agitation est aussi violente, et cependant la nuit elle arrive à un tel point, que l'usage de la camiKole devient nécessaire.
Le 26. Je suis appelé auprès du malade. avec M. Gayla, et je constate chez le malade une agitation excessive, avec loquacité, hallucinations, etc., etc. On continue d'administrer des opiacés. Dans la soirée, le malade com.mençe à être plus calme.
Le 27 au matin. Il est tout à fait raisonnable; il reconnaît toutes les personnes qui l'entourent et converse avec elles. Lçs hallucinations ont cessé; en même temps, le pouls a repris de la fréquence; il recommence à tousser et à rejeter des crachats visqueux et rosés; la matité, le souffle et la bronchophonie reparaissent. Un vésicatoire est appliqué sur le côté malade.
Le 28. Tous les symptômes de la pneumonie s'amendent' de nouveau, la fièvre diminue, les crachais deviennent muqueux; il tousse encore; il y a de l'étonnement et il n'a pas le souvenir de ce qui s'est passé.
Le 29. Le calme continue, il n'y a plus de délire; le poumon est revenu à l'état normal, les crachats sont bons, il n'y a plus de fièvre; il raisonne bien et semble avoir encore quelques hallucinations de la vue. Depuis lors, la convalescence marche rapidement, il n'y a plus trace de délire.
Observation LIV.
(Thore. Annales médico-psychologiques ; année 1850.)
i^I âgé de 27 ans, est atteint d'ime pleurésie depuis le 30
mars. Il avait éprouvé une douleur aiguë dans le côté gauche de la poitrine avec fièvre et dyspnée. Lorsque, à la suite d'un traitement, les symptômes les plus fâcheux furent dissipés, il se manifesta un délire maniaque avec agitation considérable et hallucination de la vue et de l'ouïe. Ce délire dure encore aujourd'hui, six semaines après le début de la maladie. Il n'a guère été amendé que par des opiacés, donnés à haute dose, mais il est loin d'avoir complètement cessé. L'épanchement pleurétique dure toujours aussi maigre l'application répétée de larges et nombreux vésicatoires. '
Observation LV.
(Thore. Annales médico-psychologiques ; année 1860.)
Pleuro-pneumonie gauche chez un enfant en pleine résolution au bout de quatre jours ; puis pneumonie droite du sommet qui se résout au bout de quatre jours encore ; au moment de la convalescence, hallucinations de la vue et de l'ouïe.
^ » garçon âgé de 5 ans, d'une constitulion délicate, a déjà
eu, il y a deux ans, une fièvre typhoïde grave.
Le 5 avril 1858 il tomba encore malade. Il a une fièvre intense, douleur aiguë au côté gauche de la poitrine, matilé du tiers inférieur de C£ côté, bronchophonie, souffle, etc. La pleuro-pneumonie est bien caractérisée. On applique quatre sangsues au siège; cataplasmes, sinapismes.
Le 6, état stationnaire ; la fièvre persiste ainsi que la dyspnée, la douleur est moindre, l'état local reste le même.
Le 7, persistance, sans aggravation, des accidents. Il y a toujours de la gêne dans la respiration ; la fièvre a un peu diminué. On applique un vésicatoire volant sur l'omoplate gauche.
Le 8, la résolution s'opère et le petit malade paraît entrer en convalescence. La fièvre a tout à fait cessé.
Le 9, retour de l'oppression et de la fièvre; agitation, matité au sommet du poumon droit, avec tous les symptômes déjà indiqués pour le côté gauche. L'enfant a été très-affaibli par l'émission sanguine, on ne juge pas à propos de la renouveler. On applique un vésicatoire volant sur l'omoplate du côté droit.
Le 10, les accidents paraissent promptement céder à cette application.
Le U, le mieux se continue.^
Le 13, l'enfant est sans fièvre; il est tout à fait bien. Dans la nuit on vient m'éveiller, attendu qu'il est, dit-on, au plus mal. Je le trouve en proie à de violentes hallucinations de la vue et de l'ouïe. Il est dans une extrême agitation. Il voit des rats, des chats qui entrent dans la chambre à travers les murs, le menacent et veulent l'emporter; il dit que le plafond s'entr'ouvre pour laisser passer des bras dans l'intervalle des solives. Il n'a point de fièvre; la peau est fraîche et le pouls sans fréquence.
L'examen de la poitrine ne révèle aucun trouble dans les fonctions du poumon. La double pneumonie n'a laissé aucune trace.
On applique quelques sinapismes, et une potion calmante avec ?» centigrammes d'extrait thébaïque est prescrite.
La journée a été fort paisible. Aucun accident, pas de fièvre; il
mang-e peu. Aux approches de la nuit il commence à s'agiter; il a encore quelques hallucinations, elles sont moins prononcées que celles de la veille et ne lui causent pas la même terreur. On donne encore quelques cuilleréesde la potion, et il s'endort assez facilement.
Le 16, état complètement satisfaisant; il manj^e avec appétit. Lesoir il est fort calme, s'endort de bonne heure et n'a point de vision.
Le 19, il est tout à fait rétabli.
Observation LVL [Inédite, recueillie par l'auteur.) Pleurésie; agitation maniaque; hallucinations; toniques; guérison.
M. X..., 42 ans, marié, employé comptable à l'administration du cliemin de fer. Il n'y a pas d'aliénés parmi ses ascendants, tempérament nerveux, irascible et emporté.
M. X..., prenant son emploi au sérieux, consacra pendant près de deux mois, une partie de la nuit à faire un travail arriéré. En peu de jours il maigrit considérablement, privé de sommeil, perdant l'appétit.
En revenant de son bureau, il se mit un soir au lit avec de l'oppression et une vive douleur au côté gauche de la poitrine. Le médecin appelé constata l'existence d'une plaur.-sie et celle d'unbruit de souffle au premier temps, se propageant dans les carotides.
La résolution obtenue en peu de jours, le malade fut pris d'excitation maniaque avec hallucinations aux premiers moments de sa convalescence, et conduit dans une maison de santé.
L'excitation du malade ne lui permet pas de rester en place, il est très-gai, il ne se livre à aucune insolence. Il mange beaucoup, sa Yoix est un peu éteinte. Il ne dort pas. Pendant huit jours l'état reste stationnaire, mais après ce temps-là, le calme revient, le délire disparaît, et en moins de trois semaines le malade peut rentrer dans sa famille complètement guéri.
Traité parle vin de quinquina et le fer, un bon régime et de l'exercice, le bruit de souffle avait disparu en même temps que revenait la santé.
Observation LVIL (Inédite, recueillie par l'auteur.) Agitation maniaque; hallucinations, puis manie congestive;
guérison.
M"« X..., 31 ans, tempérament nervoso-sanguin, pas d'aliénés parmi ses ascendants.
Une mauvaise nouvelle qui avait pour elle une haute importance, la laissa plusieurs jours abattue, sans appétit, plongée dans la tristesse. Une bronchite aiguë se déclara, la fièvre, assez intense, disparut le cinquième jour, et l'excitation maniaque avec hallucinaiions effrayantes apparut aussitôt.
La malade, conduite dans la Maison de santé, peut à peine parler, elle pleure. Pendant la nuit surtout elle tousse et l'auscultation fait reconnaître l'existence des râles caractéristiques de la bronchite.
Pendant deux années, la malade ne présente, au moral, aucune amélioration, elle consent à travailler, elle pleure souvent et ne parvient jamais à parler d'une façon distincte, sa voix est étranglée, elle ne peut exprimer ce qu'elle veut dire. De temps en temps surviennent des crises d'excitation pendant lesquelles la malade refuse de travailler. Elle a pris beaucoup d'embonpoint.
D'après le conseil du médecin directeur de l'établissement, M"^ X.. . fut ramenée dans sa famille pour essayer de l'impression que pourrait produire ce changement.
M"^ X... revint chez elle en manifestant une certaine joie, le lendemain de son arrivée, elle eut une crise d'excitation qui dura plusieurs heures, elle cassa plusieurs objets, déchira des étoffes, puis le calme survint, et le soir même la guérison complète.
J'eus l'occasion de voir M"^ X... quelque temps après ; la parole était revenue nette et distincte, et l'intégrité de l'intelligence ne laissait rien à désirer.
Pendant plusieurs années M"'' X... avait souffert d'une névralgie sciatique qui avait disparu pendant le cours de sa maladie mentale ; lorsque je revis celte demoiselle quelque temps après, elle me dit avoir souffert une fois de sa névralgie depuis son retour à la raison.
Ces divers états de folies que nous observons à l'a suite de la pneumonie, de la pleurésie et de la bronchite nous présentent tous un caractère bien tranché, sur lequel les observateurs ont particulièrement insisté : il s'ag-it des hallucinations.
C'est ici le cas de rappeler le travail de M. Boureau, dont j'ai déjà parlé, et de dire que l'état de
folie avec hallucinations est certainement lié à l'altération physico-chimique du sang", et que le trouble mental reconnaît pour cause l'anémie dont le mécanisme sur l'encéphale peut être variable. En effet, elle ag-it en soumettant les centres nerveux à des cong-estions passives alternatives, en privant ces mêmes centres de leur excitant naturel et encore en altérant. leur nutrition.
Tout comme dans la fièvre typhoïde, tout comme dans le choléra, l'altération physico-chimique du sang' me semble donc la cause efficiente de l'aliénation, et les hallucinations, qui sont ici le symptôme prédominant, donnent encore plus de valeur à cette manière de voir.
ÉRYSIPÉLE
M. Baillarg'er, qui depuis Bayle a le premier appelé l'attention sur l'influence que l'érysipèle peut exercer sur la production des troubles intellectuels, n'a rapporté que des cas de paralysie g-énérale liés à cette inflammation exan thématique.
« S'il est désormais un fait bien démontré dans l'histoire de la paralysie g>énérale, dit ce savant ahéniste, c'est assurément l'influence des cong-estions cérébrales sur la production de cette maladie. Aussi, en étudiant avec soin rétiolog-ie, s'aperçoiton que toutes les causes ont ag-i en provoquant des
cong^estions de l'encéphale; lels sont, au premier rang", les suppressions d'écoulements sang^uins, les excès de boisson, les excès vénériens, les commotions du cerveau chez des sujets d un tempérament pléthorique, l'épilepsie. »
M. Morel (1) raconte que, pour sa part, il a vu la paralysie g-énérale se produire chez un individu de 45 ans, d'une constitution pléthorique, d'une structure athlétique, qui après une long'ue course, s'étant reposé sur l'herbe, eut le visag-e exposé aux ardeurs du soleil. L'érysipèle s'étendit au cuir chevelu et détermina un délire presque instantané, qui sembla céder d'abord aux déplétions sang-uines et aux révulsifs. Mais pendant les six mois qui suivirent cet accident, cet individu fut soumis à des cong-estions sang-uines fréquentes, et lorsqu'il fut confié à ses soins, la paralysie g-énérale était un fait confirmé.
Il ne m'a pas été donné d'observer de cas de ce g-enre, mais j'ai pu voir un malade en pleine convalescence d'un érysipèle gTave de la face et du cuir chevelu, frappé d.'un accès de manie qui disparut en quelques jours par l'application d'un traitement tonique. Avec une observation de Bayle et une autre de M. BaiUarg-er, je rapporte ici celle que j'ai recueillie.
(1) Lococitato, p. Wl.
Observation LVIII.
(M. Baillaiger. Annales médico-psychologiques ; année 1849.)
Cinq érysipèles à la face en trois années, paralysie générale,
mort, autopsie.
La femme R.. ., âgée de 36 ans, a été conduite à la Salpêtrière le 20 février 18-47. Voici les renseignements que j'obtins de son mari :
Il y a près de dix ans qu'il s'est aperçu d'un changement dans le caractère de sa femme, qui devenait lente et apathique ; elle se plaignait que le sang la gênait et lui portait à la tête. Depuis trois ans elle a eu cinq érysipèles de la ftice à des intervalles irréguliers, et il y a quinze mois qu'on a constaté un afftiiblisseraent de la mémoire; en même temps on remarque chez elle une envie de briller, des goiâts de toilette qu'elle n'avait pas auparavant; puis elfe vole çà et là des objets de peu de valeur et fait cîes excès de .boisson ; enfin, il y a trois mois, on commença à remarquer de l'embarras dans la prononciation.
Au moment de l'entrée à la Salpêtrière, je notai les symptômes suivants :
R... est calme, un peu abattue; elle passe ses journées à la même place, dans une sorte d'inertie et d'engourdissement. Sa physionomie offre déjà l'empreinte de la démence; les réponses sont cotirtes, lentes, les idées, la mémoire très-affaiblies. R... ne peut indiquer ni les mois, ni même l'année ; elle se trompe sur les faits les plus simples ; elle ne paraît d'ailleurs pas avoir d'idées de grandeur. L'embarras de la parole est peu prononcé, mais il ne saurait être mis en doute ; la démarche est même assez ferme ; la sensibilité générale est très-affaiblie, et l'on peut pincer très-fortement sa peau sans que la malade manifeste aucune douleur; l'appétit est excellent, le sommeil est calme et prolongé.
Pendant huit mois nous n'eûmes à noter que peu de changements dans cet état. Cependant tous les symptômes s'aggravèrent, et on constata de nouveaux symptômes; les mains étaient tremblantes ainsi que la langue; la malade avait une sorte de mâchonnement continuel, le mouvement qu'elle faisait semblait tout à fait automatique et ressemblait à celui d'une personne qui déguste un liquide. On observa aussi que la paralysie se prononçait davantage sur le bras gauche. Au commencement du mois de novembre la faiblesse était égale des deux côtés ; les deux bras étaient souvent
le siège de petites secousses convulsives. U. .. allait et venait encore dans la division; elle aidait au ménage; son intelligence était affaiblie, mais il n'y avait pas de traces de délire ambitieux ; appétit assez bon, langue profondément gercée ; pas de diarrhée. La malade maigrit, elle se plaignait parfois d'éprouver de la céphalalgie.
Le 18 novembre, elle fut prise de pneumonie et succomba le 21.
Autopsie le 22. L'arachnoïde viscérale est épaisse et opaque sur beaucoup de points de la convexité du cerveau; la première trèsinfiltrée de sérosité. Le liquide dans plusieurs points a déprimé les circonvolutions et a formé de petites cavités sur les côtes de la grande scissure.
Adhérences très-nombreuses des membranes à la couche corticale, dont une partie s'enlève avec elles; substance grise molle et de couleur rosée; la substance médullaire a sa consistance normale; peud.e sérosité dans les ventricules, qui ne sont pas dilatés; (granulations très-nombreuses sur l'arachnoïde ventriculaire, et principalement dans le ventricule du cervelet, au-dessus du calamus scriptorius; la moelle est saine. Les viscères de la poitrine et de l'abdomen n'ont pu être examinés.
Observation LIX.
(Bayle. Traité des maladies du cerveau.)
Excè.s de boissons; insolation ; érysipèle ; à la suite, céphalalgie habituelle au bout d'un mois ; délire ambitieux ; démarche chancelante ; paralysie générale ; mort.
B... (Romain-Victor), épicier, âgé de 40 ans, d'une famille saine, d'un caractère gai et doux, avait commencé de très-bonne heure à se livrer d'une manière excessive à l'usage du vin et de Teau-de-vie. Dans le courant du mois de mai 1819, il dormit pendant longtemps exposé aux rayons d'un soleil très-ardent, et ne tarda pas à être atteint d'un érysipèle très-intense, qui s'étendit à toute la face et au cuir chevelu. Depuis cette époque, il conserva une céphalalgie habituelle, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses excès de boissons.
Le 20 juin 1849, il fit une orgie et tomba dans un état d ivresse qui fut immédiatement suivi d'une aliénation complète. Il était dominé par des idées ambitieuses : il était énormément riche et puissant: tout ce qu'il voyait lui appartenait, et il parlait continuellement et sans suite; il n'était pas violent et ne dormait point;
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s;i prononciation était très-embarrassée; il marcliait clifficilemcnt et en chancelant. Ces symptômes aiif^menlèrenf, loin de fliminiier. Deux ou trois jours après l'invasion, le malade ent des vomissements qui revinrent à plusieurs reprises.
Le 6 juillet, il fut conduit h la Maison royale de Charenton dans 'état suivant : agitation conlinnelle, cris, loquacité incohérente, démarche extrêmement chancelante, qui expose le malade à tomber à r!i;i lie pas.
Le 7. Face rouge et sans expression; point de réponse aux questions qu'on lui fait; agitation diminuée, regard incertain; pouls fréquent, langue rouge, signes de sensibilité lorsqu'on presse l'épigastre.
Fendant sept à huit jours, même état; puis les facultés s'allèrent davantage, il ne comprend aucune des questions qu'on lui fait.
Vers le lo, agitation et mouvements convulsifs des membres supérieurs; carphologie, soubresaut des tendons, spasme des muscles de la Aice, resserrement conlinuel des mâchoires par la contraction (élanique des masséters; face livide, 1; vres rouges; langue sèche, blanchâtre à sa surface et fèche sur ses bords; pouls petit et fréquent. — 20 sangsues au cou, lavement purgatif.
Le 48. Dants et lèvres noires et fuligineuses, langue sèche, face décomposée, respiration fréquente. — Trois verres de décoction de quinquina.
Même état jusqu'au 22.
Le 23, mort.
Ouverture du cadavre.
Élat extérieur. Cadavre maigre, chairs fermes et résistantes.
Crâne. Un peu de sérosité épanchée entre l'arachnoïde et la dure-mère; une quantité assez considérable h la base du crâne. La face interne de cette dernière membrane est rouge dans la région antérieure du crâne. L'arachnoïde, qui recouvre la partie antérieure des hémisphères et le lobe antérieur du cerveau, offj-e une vive roug lur qui diminue en arrière et disparaît auprès du cervelet, où l'on voit un réseau de capillaires injectés. Cette membrane est unie au feuillet arachnoïdien de la dure-mère, sur les apophyses d'Ingrassias, au bord supérieur du rocher, et en divers autres points de la face interne du crâne par des filaments celluleux assez faciles à rompre.
L'arachnoïde est très-épaisse, très-résistante et adhérente dans un grand nombre de points, à la substance grise, dont on emporte la couche la plus superficielle en détachant cette membrane. Chcîron. . ,.
Dans les endroils où rnracliiioïfle est roiifjc, c'cst-à dire vers la région antérieure de l'encéphale, la pie-mère a une couleur écarlale, cl ses vaisseaux sonl forLeinenl. injectés.
Les ventricules latéraux contiennent un peu de sérosité iéfyèrement sanjjuinolenle ; leur membrane séreuse est épaisse, ainsi que celle des autres ventricules, oi!i le doijjt laisse sou impression en touchant légèrement leur surface.
Thorax. Poumon f^auciie endurci dans sa partie postérieure et {jorjîé d'une sérosité san^ifuinoleute.
Abdomen. La membrane muqueuse de festomac présente dans sa portion cardiaque des points rou[]^es très-nombreux et très-arrondis, entre lesquels cette membrane est blanchâtre. Cette rouijeur n'existe point dans sa portion pylorique. La muqueuse d'une partie des intestins est couverte d'une bile jaunâtre et épaisse; elle est injectée d'une manière très-sensible. Les autres org^anes sains.
Observation LX.
(Inédite, recueillie par l'auteur.) Érysipèle ; agitation maniaque ; guérison.
R... (Louis), cordonnier de régiment, 24 ans, tempérament nervoso-sanguin, pas d'ascendants aliénés; il n'a pas d'habitudes d'ivrognerie.
Étant en garnison à Angouléme, pris d'un érysipèle delà face il entre à l'hôpital, où, en moins de trois semaines, il se trouve complètement guéri. Ayant obtenu son billet de sortie, il se disposait à rentrer à'ia caserne avec plusieurs de ses camarades, et rien jusque-là dans sa conduite n'avait attiré l'attention dj ces derniers, lorsque tout à coup il se mit à parler avec volubilité, vantant son habileté comme ouvrier et se faisant fort d'obtenir directement du général ua congé de deux ans.
En arrivant à la caserne, il embrassa plusieurs soldats qu'il rencontra dans la cour et qui le crurent pris de vin. Le tapage qu'il fit et les réponses peu convenables faites à ses supérieurs le conduisirent à la salle de police, où il ne resta pas un instant en repos
jusqu'au lendemain. , . . , , .,
Examiné par le médecin, il fut ramené â l'hopilal, ou il revint à la raison après dix jours d'excitation maniaque bien caractérisée.
Si on voit d'après les deux premières observa-
lions que 1 erysipèle de la face prédispose à la paralysie g'énérale, en déterminant une cong'estion encéphalique qui ag'it comme les excès alcooliques, les excès vénériens, etc. , il est incontestable, d'après la troisième, que la folie^ libre de tout état de paralysie, peut se montrer aussi à la suite des érysipèles g-raves de la face, et disparaître promptement.
Ce cas est le seul de ce g'enre qui ait été publié jusqu'ici. Les praticiens, plutôt que les aliénistes, pourraient aider la science dans la recherche de faits analog'ues, car peut-être voit-on survenir quelquefois consécutivement à cette affection des troubles intellectuels lég-ers qui ne nécessitent pas le placement du malade dans une maison spéciale de santé.
Nous avons tout lieu de supposer, d'après les observations de MM. Bayle, Baillarg-er et Morel, que chez les individus frappés de paralysie g-énérale à la suite d'un ou de plusieurs érysipèles de la face, le tempérament pléthorique a été une cause puissamment adjuvante dans la production des troubles matériels de la paralysie, produits par la cong'estion active de l'encéphale.
ANGINE ÏONSILLAIRE
Avec une observation de M. Thore nous rapportons une observation recueillie par nous. On doit
être assez surpris de voir, la plus bénigme, pouiainsi dire, de toutes les ang'ines, %urer parmi les affections aig"uës à la suite desquelles la folie a été observée ; surtout lorsqu'aucune des ang-ines g-raves n'a montré semblable complication.
C'est encore ici le lieu d'appeler l'attention sur les causes prédisposantes ; car il est difficile d'établir une relation de cause à efPet, entre l'ang-me tonsillaire et la folie. Ajoutons encore que dans les deux cas que nous possédons, la forme du délire ne présente aucun point de contact. Il faut donc attendre des observations nouvelles, accompag-nées de renseigniements très-précis sur les causes, pour qu'il soit permis d'affirmer que l'ang-ine tonsillaire peut quelquefois produire la folie, indépendamment de toute autre cause.
Observation LXl.
(Thore. Annales miidico-psychologiques \ année 1850.)
Angine avec abcès de l'amygdale droite ; au moment de la convalescence, délire avec hallucinations de courte durée.
G. G...., âçé de 44 ans, maître carrier, est sujet à des angines tonsiliaires assez graves, et qui se terminent le plus ordinairement par suppuration. Il est d'ailleurs fort sobre et ne fait aucun excès. Le 28 novembre 1843, je suis appelé auprès de lui pour une angine qui paraissait débuter d'une manière bénigne, et je me borne à conseiller l'emploi d'un gargarisme alumineux.
Le 1" décembre, je le trouve dans un état d'agitation, d'anxiété ; il se plaint de ne plus pouvoir respirer et d'être menacé d'aspliyxie; il ne peut avaler ime seule goutte de liquide. La fièvre est assez intense, la peau chaude. La déglutition est en effet d'une extrême difficulté, et la plus petite quantité de liquide ingérée semble provoquer la suffocation. A l'examen du fond de la bouche, il est facile de constater qu'il existe dans l'amygdale droite une collection purulente ; une incision est pratiquée immédialemenl; un
pus fétide s'en échappe; après cette opération, un mieux est trèsmarqué, et le reste de la journée se passe bien, malgré une fièvre encore très-inlense. La défriulitiou se fait avec facilité; la nuit est bonne et le sommeil parfaitement calme.
Le lendemain, % formation nouvelle de pus, nouvelle incision. La lièvre a cessé. 11 est d'ailleurs parfaitement calme, se nourrit bien depuis l'incision, et je le considère comme g^uéri.
Le 3, après une nuit assez paisible, il est pris tout à coup, vers le matin, de délire avec hallucinations; il croit voir autour de lui des personnes qui n'y sont point en efiét ; il leur adresse la parole et converse avec elles; il veut se lever et descend plusieurs fois de son lit, 011 Ton a quelque peine à le maintenir; il a constamment es yeux dirijiïés vers la fenêtre, de là il veut parler à ses ouvriers et ieur donner des ordres. Le ref^ard est fixe, toujours dirigé vers le même point. 11 reconnaît assez bien les personnes qui l'approchent; mais il y a beaucoup d'incohérence dans ses paroles.
Le pouls est parfaitement réjyulier et calme, il est à 64. La peau est fraîche. L'état du pharynx et des amyjydales est tout à fait satisfaisant. Je crois devoir rassurer les parenls du malade, qui sont fort effrayés de son étal; je me borne à prescrire une alimentation midérée et une potion léjjèrenient opiacée.
Le 4, la nuit a été fort affilée ; à plusieurs reprises il a voulu s'élancer de son lil, en disant qu'il fait jour et qu'il veut retourner à ses travaux. L'agitation diminue vers le matin ; mais les hallucinations persistent; il est plus calme, il y a moins d'incohérence dans les idées. Pouls, 64; appétit. Au bout de peu de jours la raison est complètement rétablie, et depuis lors il n'a pas éprouvé le moindre trouble de l'intelligence, bien i|u'il ait eu des amyf^dalites encore terminées par suppuration.
Observation LXIL (Inédite, recueillie par l'auteur.) Angine tonsillaire ; délire avec hallucinations; toniques ; guérison.
X..... fyarçonâgé de 15 ans, d'une bonne constitution, placé an colléjfe de X.... depuis plusieurs années, intellijïent et travaille ir. Pas d'ascendants d'aliénés.
Pendantl'hiver de 1861, il {grandit considérablement, sa sanlé se maintint jusqu'au printemps où il fut pris d'une angine tonsillaire. La fièvre survint et dura plus (|ue semblait I • comporter celle légère affection: après quinze jours de durée, la fièvre cl
l'anp,ine dispanirenl. La tristesse c.nvaliil bienlôt le jeune malade il refus a do [irendn; aucune nourriture, préleiidanl qu'on voulait l'empoisonner, et Ton dut appeler sa mère aujjrès de lu=.
Il revit ses parents sans manifester la joie liubiiuelle, et d'après le conseil du médecin, il fut ramené dans sa famill.;oij les soins (!t l'air natal devaient, espérait-on, prompiement le ramener à la santé.
Mais il n'en fut point ainsi; le jeune X.... refusa cà peu près toute nourriture et maigrit rapidement; sa famille, alors sérieusement inquiète, le conduisit à la Maison de santé, après l'avoir gardé huit jours auprès d'elle.
A son entrée, le malade est pâle, il semble marcher péniblement, et sa voix est éteinte; il se sépare de sa famille sans manifesler aucune inquiétude, aucun regret. Pendant les premiers jours il consent à manger, mais il reste toute la journée étendu sur un banc dans le promenoir.
Bienlôt il refusa de se rendre au r,>fectoire au moment des repas, et les alimenis (|u'on le contraignait à prendre furent rejetés à plusieurs reprises. L'emploi des bains tièdes amena un bon résultat, les aliments furent tolérés par l'estomac, mais il fallut encore contraindre le jeune malade à prendre ses repas.
L'amaigrissement déjà considérable semblait faire encore des progrès. L'auscultation du cœur fit découvrir un bruit de souffle au premier temps, symptomalique de l'anémie qu'indiquait encore la couleur bleuâtre des muqueuses palpébrales et labiales.
Le vin de quinquina alors employé ramena presque soudainement le désir de prendre des aliments, l'emploi du fer lui fut bientôt adjoint, et en moins de quinze jours, le malade prit une voix plus assurée, les couleurs de la santé revinrent et l'activité physique aussi bien que l'activité morale dont il manquait abso lument furent reconquises. Les quelques conceptions délirantes disparurent, dans ce retour à la santé, et le malade reprit la gaieté et les habitudes de mouvement qu'on observe chez un enfant de cet âge.
il sortit guéri de la Maison de santé après un séjour de moins de trois mois; je l'ai revu longtemps après, très-bien portani, il continuait avec succès ses études.
Dans cette dernière observation, c'est bien l'état anémique qui a déterminé l'état de folie que nous
avons rapporté. En effet, sous l'inflaence des toniques seulement, nous voyons le jeune malade revenir à la santé, avec une rapidité qui ne permet de conserver aucun doute sur la cause efficiente et l'opportunité du traitement.
Dans l'observation de M. Thore, il nous est impossible de voir aucun rapport entre la maladie et ^ le délire consécutif.
Nous n'avons pas cru devoir faire entrer dans ce travail des observations de délire aig^u, car celle affection n'est pas consécutive à la maladie, maelle la complique pendant une partie de sa durée, et se termine g^énéralement par la mort.
Depuis Boerhaave les auteurs qui ont écrit sur le rhumatisme ont sig'nalé les accidents cérébraux qui peuvent le compliquer.
Mais les faits rapportés par MM. Hervez de Ghég*oin, Gosset, Vig-la, etc., entrent .plutôt dans la question du délire aig-u concomitant que dans celle de la folie consécutive.
Dans le travail de M. Mug-nier, sur trois observations de folie consécutive au rhumatisme articulaire, deux seulement, l'une due à M. Délioux et l'autre à M. Mug'nier, rapportent des faits de déhre chronique survenu dans la- convalescence du rhu^ matisme. •
Dans ces deux cas, c'est la stupeur, la dépression morale qui représentent laforme du trouble mental. Nous avons exposé à propos de la fièvre lyphoïde
notre manière d'interpréter cet état, nous croyons inutile d'y revenir.