‹ Observations et réflexions sur le développment de líntelligence et du langage chez les enfantsChapitre 2 sur 8 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Ce Mémoire n'a pour objet que d'offrir à la psychologie un certain nombre d'observations faites avec un soin scrupuleux, rédigées avec une sincérité absolue, interprétées sans préoccupation d'aucun système préconçu, d'aucune théorie sur l'âme et ses facultés. L'auteur n'est pas un philosophe de profession, mais il est pèi'e, et, à plusieurs reprises, ayant observé chez ses propres enfants les progrès de rintelligence et du langage, il s'est plu à en prendre note. Un mémoire du médecin Th. Ticdemann', dont les observations,

* C« inénDÎrt. pen cnonii, dïl-on, mime en Allenugnc, ■ élé traduit en fnnçiii par M. Mïcliclani, tl publié daai lo Joaiiial giaéral d» riiulruetion puilijut on iiril lUU.

malheureusement, ne s'tcendent pas au-delà de la quatrième année de l'enfance, un Mémoire de M. Bouchitté', quelques pages d'un livre italien de Niccolo Tommaseo*, sont les seuls écrits qu'il ait lus avant de songer à écrire lui-même sur cette matière. Ses notes étaient presque toutes recueillies quand M. Albert Lemoine a publié son excellent livre sur La physionomie et la parole ', et il a été heureux desevoir d'accord surquelques points avec un observateur si attentif et si pénétrant.

Quelques autres remarq ues extraites d'ouvrages anciens on modernes trouveront, à l'occasion, leur place soit dans le texte, soit dans les notes du présent Mémoire. Quant aux vues du profond géomètre G. Lamé sur l'âge ou s'éveille et se développe l:i faculté du raisonnement mathématique*, si importantes et si ingénieuses qu'elles soient, on n'a pas eu à en profiter ici, parce qu'elles se rapportent à un âge où l'éducation régulière exerce une action considérable dans le développemi;nt de l'intelligence. Or, ce que l'on s'est surtout et presque uniquement proposé, c'est d'étudier l'esprit des enfants durant la période oij il se développe par l'eflet d'une force

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toute spontanée. Cette période paraissait la plus intéressante parce qu'elle avait été moins observée que les autres et parce qu'elle laisse mieux voir le jeu naturel des facultés appelées à prendre plus tard un rôle si important dans la vie de l'homme.

Si l'on a dépassé cette limite par quelques observations sur les sourds-muets, c'est que, chez les sourds-muets, surtout chez ceux qui le sont de naissance, le développement intellectuel et moral est, sauf de très rares exceptions, en retard de plusieurs années sur celui des autres enfants : la période de Tenfance que nous étudions se prolonge pour eux jusqu'à douze ou quatorze ans, n^oins encore par résistance ou faiblesse de la nature que par la fatalité d'une condition qui presque toujours laisse le sourd-muet dans l'isolement durant les six ou sept premières années.

Par!.,pip.B7É.

P.-S. — D'autres travaux m'ont longtemps détourné de publier ce Mémoire, Je m'y décide aujourd'hui en voyant combien le sujet que j'y traite semble de plus en plus à l'ordre du jour parmi les philosophes'. En relisant mon travail,

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je sens tout le premier qu'il laisse à désirer sur bien des points. J'aurais voulu pouvoir y consigner une série plus complète d'observations rangées par ordre de dates et de matières ; mais j'ai mieux aimé y laisser des lacunes que de les remplir soit par des emprunts aux livres des philosophes qui ont traité le même sujet, soit par des souvenirs trop vagues ou par des témoignages recueillis de la bouche de personnes peu habituées à ce genre d'observation délicate. Cette réserve me semble plus conforme aux lois d'une sévère méthode.

Quant aux interprétations que je me suis permises des phénomènes observés, j'aurais pu les développer plus longuement sans ajouter à leur autorité. Klles ont plutôt pour objet de poser des problèmes que de les résoudre. En général, je voulais surtout susciter des recherches nouvelles sur cette période de la vie humaine que les philosophes ont rarement décrite avec une précision vraiment scientifique, et montrer par quels points une telle étude se rattache aux plus intéressantes questions que soulèvent l'histoire littéraire et la philologie comparée (Novembre

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