LIÈGE TYPOGRAPHIE DE FÉLIX OUDART
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Professeur de clinique chirurgicale et de médecine opératoire à L'Université do Ltcge.
La possibilité de souslraire des malades aux souffrances physiques et aux peines morales, que toute opération chirurgicale engendre, est sans contredit la réalisation d'une pensée sublime. Grâce à la précieuse découverte de MM. Jackson et Morton , la solution de ce problème ne saurait plus faire le sujet d'un doute.
Depuis plus de cinq mois que les inhalations élhérées ont été signalées sur le continent , elles n'ont cessé délie l'objet de l'attention toute particulière du public et du corps médical , dans presque loules les contrées de l'Europe.
Celte découverte, comme tant d'autres moins utiles, a subi l'épreuve d'une critique sévère et les attaques journalières auxquelles elle ne cesse d'être en butte sont si peu méritées, qu'elles ne sauraient être justifiées.
Comment, en présence de faits qui se multiplient à l'infini , se trouve-l-il encore des hommes qui refusent de se rendre à l'évidence? Comment oser nier les effets salutaires d'un moyen qui par-' tout est accueilli avec un véritable bonheur?
Celte mei veilleuse panacée qui fait taire les souffrances de l'âme et celles du corps a le grand défaut, il est très-vrai, de n'être pas infaillible. Mais est-ce à dire qu'on doive la répudier parce que son action n'est pas constante? Quelque restreintes, au contraire , que soient ses applications efficaces , elle n'en sera pas moins considérée comme un bienfait inappréciable pour la pauvre humanité.
Un autre reproche qui serait grave . s'il était fondé, est adressé à la découverte américaine. Il s'agirait d'accidents assez sérieux, pour a voir amené la mort. En Angleterre et en France, on a observé que des malades avaient succombé à la suite d'opérations chirurgicales pratiquées sous l'influence de 1 elhérisalion ; mais que prouvent de pareils faits ,
sinon que l'élhèr n'empêche pas de mourir el voilà loul. Avant que l'on songeât à supprimer la douleur, les opérations même les plus simples ne mettaient pas les malades à l'abri des accidents les plus redoutables. Qui ne sait que la mort arrive quelquefois instantanément, à la suite de l'introduction de l'air dans le cœur, par exemple; que d'autres fois , à des périodes plus éloignées de l'opération, elle peut survenir sans que l'on sache lui assigner une cause? Qui oserait affirmer après cela que les funestes résultais qui ont été signalés sont dus à l'élher plutôt qu'à l'opération ?
En admettant que la suppression delà douleur pendant une opération ail ses inconvénients, il est incontestable que la douleur elle-même nen est pas exempte non plus. Qui ne sait que la douleur a suffi pour donner la mort, et que l'opération la plus simple peut exalter le système nerveux au point de provoquer les plus sérieux accidents.
La douleur que les uns croient nécessaire el dont les autres ne tiennent aucun compte , est la cause la plus fréquente des insuccès des opérations. Elle est en outre le tourment incessant des malades el la source la plus féconde des afflictions des familles.
Les antagonistes de l'éthérisalion se plaisent à opposer les quelques cas très-douteux d'accidents, aux succès croissants qui sonl enregistrés chaque jour dans les annales de la science. S'il est viai que ces accidents sont dus réellement à une action
nuisible de réther, les exemples cités constituent des exceptions trop rares pour servir de règle. Est-il rationnel de faire abstraction de toute médication dont l'innocuité n'est point absolue? Le danger n'est-il pas le même pour toutes les substances toxiques? A-t-on jamais songea rayer du cadre de la thérapeutique les sels d'opium , de mercure, de baryte , d'arsenic , etc., par la raison qu'ils avaient quelquefois produit des accidents et même amené la mort?
Les premiers essais de I'élhérisation n'ont pas toujours été exécutés avec tout le soin voulu , il n'est donc pas étonnant que certains résultats aient laissé à désirer. Des insuccès, quelle qu'en soit la cause, ne sauraient légitimer la condamnation d'un moyen qui infailliblement rentrerait dans le domaine des remèdes familiers, s'il était répudié par les gens de l'art. Car, il est bon qu'on le sache, presque tous les malades ne consentent plus à subir une opération chirurgicale qu'à la condition qu'ils ne souffrent pas , et ils sont convaincus que les inhalations des vapeurs d'élher peuvent leur épargner les douleurs qu'ils redoutent avec raison.
Que les expériences incomplètes ou malheureuses servent à prémunira l'avenir les praticiens, rien de mieux; mais qu'il faille pour cela s'abstenir de recourir aux vapeurs éthérées , ce serait porter trop loin la prudence. Ainsi ni les conséquences funestes qui ont été signalées, ni l'inefficacité qui a été reconnue par plusieurs praticiens
ne sauraient constituer des motifs suffisants pour proscrire une médication par la seule raison qu'elle n'est pas infaillible. Ce qui est assez démontré maintenant, c'est que l'action de l'élher est ou nulle, ou complète, ou nuisible. II faut donc tout d'abord s'attacher à éviter le dernier de ces trois résultats et, pour y parvenir, il suffit de tracer des règles de conduite que l'on puisera dans la relation détaillée des faits qui ont été observés jusqu'à ce jour. Pour peu qu'il ail fait des essais d'élhérisalion , quel est l'homme de l'art qui poussera ses expériences assez loin , pour avoir à s'en repentir ? Pour ceux qui n'en ont pas fait usage encore , on peut leur donner des instructions qui découleront de la solution des questions suivantes :
1° Quels sont les sujets qui sont aptes à subir les expériences?
2" Quels sont les sujets qu'il serait dangereux de soumettre aux expériences?
3° Est-il possible de prévenir les effets d'intoxication , ou au moins de les faire cesser?
En établissant les indications et les contre indications toutes les fois qu'il sera possible de le faire et en usant d'instruments convenables, avec toutes les précautions prescrites, on finira par déterminer les circonstances dans lesquelles d sera permis de compter sur des réussites. Alors les résultats négatifs deviendront rares et les accidents pourront presque toujours être évites. Ces données utiles seront puisées dans les observations qui ont
été publiées el dans celles qui paraîtront ultérieurement: Uue remarque qui n'aura échappé à aucun de ceux qui ont pris connaissance des écrits , qui traitent des aspirations élhéréos, c'est que ceux-là seuls qui sont en position d'exécuter fréquemment des opérations chirurgicales , ont bien compris toute la valeur d'un moyen capable d'éviter la douleur. A quelques rares exceptions près , ceux qui ne se soucient pas des souffrances humaines , sont ou des hommes qui ne pratiquent pas , ou des hommes qui ne pratiquent plus. L'amourpropre de soutenir jusqu'au bout une opinion que l'on a cru voir triomphera la longue , la manie de combattre toutes les découvertes, parce qu'elles ne sont pas indigènes ou parce qu'elles appartiennent à autrui; l'indifférence, si pas autre chose, que l'on apporte dans l'observation el dans la relation des faits, te'.s sont les motifs qui guident la plupart des gens de l'art dans la voie d'opposition dans laquelle ils se sont engagés d'une manière irréfléchie. Mais le temps viendra où cetlelullefinira faute de matériaux pour la soutenir. Les expérimentateurs mieux éclairés seront plus sages ; ils ne compromettront plus, par un usage inconsidéré, une médication qui a pris rang parmi les agents les plus précieux de la thérapeutique. Pour mettre fin à une critique tenace el injuste, que chacun paye son tribut, en communiquant les faits qu'il a observés , alors la vérité se fera jour. C'est afin de contribuer, pour ma faible part , à atteindre ce
but louable , que je me suis décidé à faire connaître le résultat de mes observations.
Mes premières expériences d'inhalation de vapeurs d'éther, faites à l'amphithéâtre de la clinique chirurgicale de l'Université de Liège , remontent au commencement de janvier 1847. Je n'ai cessé, depuis lors, d'user de ce moyen qui ne m'a pas toujours réussi , mais auquel je ne saurais reprocher le plus léger inconvénient. D'après les résultais que j'ai obtenus , je classerai mes expériences eu deux séries, à savoir : Essais heureux et Essais infructueux.