IVI
la prostate, rend l’introduction du cathéter moins difficile , et prévient le surcroît d’inflammation que ne peut manquer de produire la sonde en parcourant la portion prostatique du canal.
Lorsque l’étroitesse du méat-urinaire ne permet pas qu’on ait recours à une algalie d’un gros volume, il faut agrandir cette ouverture; ia souffrance passagère qu’occasione une incision n’est rien relativement aux accidens fâcheux qui peuvent résulter des fausses routes.
Des cas , où le cathétérisme est impossible et l’évacuation des urines urgente , peuvent se présenter (1) : l’indication étant bien évidente^ plutôt €]ue de pénétrer de force dans le réservoir urinaire , à travers le rectum , le périnée ou la prostate, il faut le ponctionner au dessous du pubis , mettre par Couverture artificielle une sonde dans la vessie , et s’occuper avec ardeur du rétablissement de la liberté du canal, afin d’obtenir le plus lot possible la cicatrisation de la plaie fistuleuse qu’on a été contraint de pratiquer.
Il est important de calmer les érections doulou-
(1) M. Lallemand ne s’est jamais trouvé dans la néces-. sité d’en venir à la ponction sus-pubienne ; en sondant avec lenteur et méthode, il est toujours parvenu dans la vessie , alors même que des retrécisseinens augmentaient la difficulté du cathétérisme,
relises et prolongées qui, dans beaucoup de cas de prostatite, tourmentent le malade , effets de la phlegmasîe, elles augmentent la phlogose; il est ' donc indispensable de les apaiser ; on y parvient au moyen des émulsions camphrées, des bains de siège, des sangsues.
Les malades atteints de prostatite, éprouvant un besoin continuel et pressant d'aller à la selle, font de violens efforts qui refoulent avec force les excré-’ mens dans le rectum. Si la constipation complique les accidens prostatiques, il faut se hâter de donner un purgatif pour faciliter la défécation et éviter que des tampons stercoraux, durs, excrétés avec peine, exercent sur la prostate enflammée une compression qui exaspérerait les douleurs, aggraverait le mal.
Le choix de ce purgatif n’est pas une chose in~ • différente ; on doit le prendre parmi ceux qui aflectent toute la muqueuse intestinale, parce qu’en irritant une grande surface , ils peuvent diminuer la fluxion dont la prostate est déjà le siège.
Autant cette purgation générale peut être utile , autant une purgation partielle dirigée sur le gros intestin, au moyen des aloetiques ou des lavemens 5 purgatifs , produirait de fâcheux résultats ÿ au • lieu d eloigner la fluxion de l’organe phlogosé , elle l’appellerait dans des tissus en rapport immé- < diat avec lui.
Quand la proslalile a été dclermînée ou est eutrelenue par des vers intestinaux , l’huile de ricin, le mercure doux produisent de bons effets ; ils purgent et sont anlhelraintjques ; ils remplissent par conséquent deux indications excessivement importantes pour la guérison.
Les lavemens sont utiles en ce qu’ils favorisent l’excrétion des matières fécales. Le séjour dans le ; rectum d’un liquide frais et calmant peut aussi beaucoup atténuer les accidens ; mais certains malades ont la prostate tellement sensible, qu’il leur est impossible de retenir le liquide injecté ; irrésistiblement obligés de le rejeter, ils ne retirent aucun résultat avantageux de ses effets topiques , et éprouvent tout le mal qu’il peut produire physiquement ; chez ces individus , il faut s’abstenir de prescrire de tels moyens.
Les sujets atteints de prostatite doivent être couchés sur des lits durs ; les duvets doivent en être soigneusement éloignés. Il est d’un grand intérêt, pour le succès du traitement, que le bassin ne s’enfonce point dans des couches chaudes et molles : l’excitation qu’elles produisent sur les organes génitaux pourrait elle seule empecher la résolution du mal.
On voit souvent des accès de fièvre compliquer, | avec une intermittence régulière , les maladies des t organes génito-urinaires. Il faut bien se garder de recourir aux préparations de quinquina pour ,
mettre un terme aces épiphénomènes ; elles augmenteraient leur intensité , l’excitation générais , la phlegmasie. On doit plutôt appliquer des sangsues au périnée , à l’anus , une heure avant la manifestation des accidens péridioques , et , pendant cette opération , éviter avec grand soin que le malade se refroidisse.
Quoique la phlegmasie se soit résolue sous l’influence du traitement, il est bon de recommander au convalescent d^éviter les courses à cheval , en voilure , le coït , la fatigue , la station assise prolongée, l’usage de la bière, du café, des liqueurs, etc. , le froid humide et surtout les transitions brusques de température. Ces causes , cjui ont la puissance de déterminer la maladie quand elle n’existe pas, pourraient bien favoriser une rechute ou le passage de la prostatite à l’état chronique. Ces récidives ne sont rien moins que rares.
Souvent, malgré l’énergie et l’à-propos du traitement antiphlogistique , la prostate suppure , des foyers de pus se forment dans le tissu de cet organe ; dès lors , des indications nouvelles se présentent : je vais les exposer.
Quelquefois la phlegmasie de la prostate chemine vers le périnée qui s’empâte d’une manière diffuse, se tuméfie; cette circonstance doit engager le praticien à plonger profondément la lancette ou le bistouri dans la tumeur.
Quel que soit le degré où se trouve la phleg-
niasie, celle ponction est loujours utile. Si le pus n’est pas encore formé ou n’est pas encore réuni en foyers , elle donne lieu à une hémorrhagie en j nappe locale , qui dégorge les tissus phlogosés , , préserve souvent les parois de l’urètre des atteintes ■ de l’inflammation , évite des fistules urinaires. , Quand les choses en sont au point que l’instrument tranchant pénètre dans le foyer de suppura-^ tion, l’évacuation de la matière purulente s’ensuit, les douleurs cessent, et le canal recouvre sa liberté.
Dans tous les cas , après la ponction , il faut i s’opposer au recollement des lèvres de la plaie, pour éviter la reproduction des accidens que la ponction a supprimés ou diminués. Une languette de toile doit être tenue à demeure dans l’ouverture de la plaie ; des bains de siège seront souvent prescrits , et des cataplasmes maintenus au. périnée, jusqu’à ce que la suppuration ait beau- | coup diminué de c|uanlité et acquis ces caractères plastiques qui annoncent une cicatrisation prochaine.
Si on a lieu de penser que des foyers de suppuration existent dans la prostate , si le cathetérisme est impossible , et la distension de la vessie telle qu’on ait à redouter de graves accidens, il faut bien se garder de ponctionner ce viscère au dessus des pubis. Ce moyen entraînerait une incommodité de plus , et n’empêcherait pas l’ouverture spontanée de l’abces. Dans ces cas, il faut ‘I
I pratiquer la ponelion de la prostate à travers le rectum, (1) L’évacuation de Pabcès effectuée, la vessie se vide , et l’on n’a qu’à s’occuper de la cure des trajets fistuleux.
Nous avons vu les phlegmons prostatiques donj ner lieu à des fistules borgnes ou complètes , examinons maintenant quelles sont les indications réclamées par ces altérations.
Toutes les fois que des rétrécissemens coïncident avec les abcès de la prostate , que ceux-ci s’ouvrent dans la vessie ou le canal , la première indication est de rétablir la liberté de l’urètre. Si l’on n’a pas cette précaution, l’urine , gcnée dans sou cours, pénètre dans la cavité purulente , augmente les désordres, s’oppose à la cicatrisation.
Alors même qu’aucun rétrécissement n’accompagne l’abcès prostatique , si celui-ci s’ouvre dans la vessie , il faut tenir dans ce viscère des sondes à demeure pour éviter que l’urine y séjourne et pénètre dans le foyer purulent.
Dans les cas où un obstacle à l’émission des urines coïncide avec l’abcès de la prostate ouvert dans la vessie, les sondes sont doublement utiles ; elles dilatent la portion rétrécie du canal, et tiennent évacué le réservoir urinaire : l’une ou
(l) Pour pratiquer celte opération, M. Lallemand a imaginé un bistouri recourbé extrêmement commode.
( ISO )
l’aulre de cés conditions étant négligée , la guéri* i son ne serait pas possible.
Les sondes en gomme élastique sont celles qui j! conviennent le mieux au traitement de ces abcès vésicaux ; mais il faut éviter avec soin qu’elles se coudent brusquement dans la vessie , qu’elles soient étranglées par le rétrécissement , ou s’obstruent. Chacune de ces circonstances aurait pour résultat l’interruption du courant de l’urine qu’il I est indispensable d’entretenir.
On empêche que les sondes se coudent en les U employant aussi grosses que possible, à parois | épaisses, en n’en introduisant pas une trop grande I longueur dans la vessie; et , enfin , si l’on se sert des sondes ouvertes à leur extrémité et non sur, leur côtés. Quand les yeux sont latéraux, ils affaiblissent l’instrument, qui se replie avec facilité dans le point où ils sont pratiqués.
Les sondes ont d’autant moins de chances d’être étranglées par les retrécissemens, qu’elles sont plus volumineuses , ont des parois plus épaisses , et sont plus souvent renouvelées ; c’est-à-dire , si on emploie la dilatation progressive et prompte , si on change ces agens dilatateurs plusieurs fois dans les vingt-quatre heures , de manière à introduire en peu de jours les calibres les plus gros.
On prévient l’obstruction des sondes en les changeant d’autant plus souvent qu’elles ont un plus
(ISO
petit calibre , en adaptant à leur pavillon un siplion à courant continu.
Quand le séjour des algalies dans le canal détermine des accidens spasmodiques , il faut les retirer et en suspendre l’emploi jus([u’à ce que la sensibilité de l’urètre , les symptômes nerveux soient apaisés. Le calme obtenu , on doit reprendre leur usage.
On renonce à l’emploi des sondes lorsque la suppuration a beaucoup diminué de quaiililé » quand aucune douleur ne se fait plus senlir à l’iiypogastre , au périnée, etc. ; enfin , on l’abandonne d’autant plus tôt , que les individus sont plus sains , plus vigoureux , que la réparation des parties détruites s’opère plus rapidement.
Lorsque l’abcès s’est ouvert dans l’urètre, c’est à la cautérisation qu’il faut, avoir recours pour détruire le rétrécissement. Ce moyen est plus prompt, et ne présente pas d’ailleurs l’inconvénient de laisser à demeure , dans un canal déjà partiellement phlogosé , des corps étrangers capables de déterminer de nouvelles plilegmasies , et par conséquent d’autres fistules. Si la nature du rétrécissement n’était pas compatible avec la cautérisation , il faudrait de rigueur employer la dilatation progressive et prompte ; mais du moment que l’obstacle serait supprimé , il faudrait aussi renoncer à l’usage des sondes , et ne pas craindre l’inU’oduclion des urines dans la cavité de l’abcès ;
elles ont plus de tendance à suivre leur direction naturelle cju’à se fourvoyer hors du canal. C’est à cause de cela qu’on doit livrer à eux-mcmes les abcès qui s’ouvrent dans l’urètre , et qui ne sont pas accompagnés de rétrécissemens; ils guérissent spontanément.
Les abcès borgnes ouverts dans le rectum , réclament , pour tout traitement , une alimentation qui fournisse peu de matières fécales , et quelques laxatifs pour faciliter l’excrétion de celles-ci dans le cas où le malade est constipé.
La prostatite aiguë ne se termine pas toujours d’une manièrefranche, c’est-à-dire par résolution, suppuration et cicatrisation promptes. Un état de souffrance persiste souvent dans la prostate sous différentes formes.
C’est ici le cas d’examiner si la continuation du mal sous forme chronique ne lient pas à une aflèction syphilitique, rhumatismale , herpétique ou scrophuleuse ; s’il n’existe pas dans le rectum, le canal , etc. , quelque agent capable d’entretenir l’irritation; enün, si le traitement n’a pas supprimé quelque habitude ancienne cpn réclame rétablissement.
Les préparations d’or, de mercure , les sudorifiques , une alimentation lactée et végétale peu abondante , sont indispensables si une afîeclion syphililic[ue ancienne ou récente s’oppose à la résolution de la maladie; sans leurs secours , on
n’oblicndra jamais la suppression complète des symptômes.
Chez les rhumalisans et les dartreiix, il est d’un haut intérêt pour le succès du traitement, d’entretenir, d’activer même la transpiration cutanée : c’est là le cas déconseiller l’usage des bains hydrosulfurés artificiels et surtout naturels, les vêtemens de flanelle , les sudorifiques.
Assez souvent le mal reste stationnaire , parce que le sujet est lymphatique, que les tissus n’ont pas le ton nécessaire pour se débarrasser des fluides qui les engouent. Cet état de l’économie et de l’organe malade réclame les préparations d’or, d’iode, les sucs amers, les bains aromatiques, les bains hydrosulfurés, dont les elfets sont encore plus puissaus.
Si l’afl’ection de la prostate a été précédée d’hémorroïdes , si les symptômes qui la signalent s’exaspèrent quand celles-ci s’engorgent ou s’irritent , les évacuations sanguines pratiquées au pourtour de l’anus pourront produire quelque soulagement.
SI des ascarides , par leur présence dans le rectum , entretiennent dans ce point une irritation nuisible à la résolution , on les expulsera au moyen des purgatifs, des lavemens froids aromatiques. Dans les cas où un obstacle existe dans le canal, il faut le détruire; enfin, si le malade habitué à beaucoup boire , à beaucoup manger,
( lo/< )
est soumis à un régime relativement trop sévère , il convient de rétablir progressivement et en partie l’habitude qui a été supprimée.
Pour en finir avec les restes tenaces d’une maladie fort incommode, une foule de moyens ont été employés ; on a eu recours aux gommo -résineux , soit comme modificateurs des sécrétions génito-urinaires, soit comme toniques de ces mêmes appareils. De nombreux insuccès ont accompagné | leur emploi j des accidens en ont quelquefois été la suite. Souvent, chez des sujets irritables, on a vu j l’eau de goudron , le baume de copahu réveiller | des douleurs calmées , exaspérer celles qui existaient, rendre plus grande la difficulté d’uriner et les urines plus ardentesi
L’inefficacité de ces agens médicamenteux pour déterminer la résolution des altérations profondes i de la prostate, ne doit point étonner quand on les voit souvent impuissans pour mettre un terme] à 1 des maladies plus superficielles, la blennorrhagie et le catarrhe vésical chroniques.
Je n’entends pas dire qu’on doive les rejeter du nombre des moyens propres à guérir les maladies dont nous nous occupons, ils remplissent un rôle trop important ; mais cela n’a lieu que lorsque la cautérisation et les bains hydrosulfurés ont ramené-les tissus à ce degré d’irritation qui cède si bien aux gommo-résineux, aux aslringens , a la térébenthine, au poivre cubèbe, au copahu.
Les vésicaloires au périnée ont élé souvent la ressource des praticiens. On ne pourrait avec juste raison employer les yésicaux dont les cantharides forment la base au traitement des affections des organes génito-urinaires. Quand la phelgmasie est aiguë, ils l’exaspèrent, soit par leur action spéciale, soit parce qu’ils n’agissent pas assez profondément pour déplacer le mal; si la phlegmasie décline vers l’état chronique , ils peuvent reproduire l’acuité; et quand la chronicité est bien caractérisée, ce n’est pas une dérivation superficielle qui peut ramener les capillaires engorgés à leur état physiologique ; il faut un agent qui exerce sur eux une action médicatrice directe , puissante , qui leur rende immédiatement le ton qu’ils ont insensiblement perdu, {la cautérisation)
Lemoxa, le cautère, le séton n’ont pas non plus été négligés. Ces moyens ont bien une puissance plus profonde, plus durable que le vésicatoire ; mais, comme lui, ils doivent cire employés quand l’état aigu devient chronique, pendant cette période de l’inflammation où les tissus, siège de la congestion, peuvent revenir à l’état normal, si une dérivation énergique est opérée dans leur voisinage. Au-delà de ce terme, quelle que soit leur puissance , ils restent sans effet.
Le séjour dans le canal de sondes progressivement plus grosses est recommandé par les praticiens qui se sont le plus spécialement occupés
(l.'iG)
des maladies de la prostate, (^e traitement long , douloureux, est rarement suivi de succès ; il produit souvent des inllammations vives de l’urètre, la suppuration, des fistules. Beaucoup de malades dont le canal est très susceptible ne peuvent pas y être soumis sans éprouver de violens accidens spasmodiques. Enfin , indépendamment de cette circonstance , chez d’autres individus , il existe une telle sympathie entre les organes génito-urinaires et le foie, qu’il est impossible de laisser des sondes à demeure dans le canal , sans qu’il survienne d’hépatite.
Je ne dirai rien d’une autre foule de moyens qui ont été successivement en vogue dans la pratique des empiristes : je les laisserai dans l’oubli où ils sont justement tombés , pour m’occuper plutôt du mode de traitement que M. Lallemand met en pratique, et qui compte fort peu d’insuccès.
L’agent principal de ce procédé thérapeutique chirurgico-médical est encore la cautérisation de la portion prostatique de l’urètre et de la vessie , quand l’irritation s’est propagée jusqu’à elle ; viennent ensuite les bains hydrosulfurés , et enfin les balsamiques.
Seule, la cautérisation peut produire la résolution des engorgemens anciens de la prostate , et faire cesser la sécrétion de ces glaires prostatiques filantes qu’on retrouve en si grande quantité dans les urines.
Toujours la puissance curative de celle opération n’alleint pas ce degré de perfection : quand il en est ainsi , c’est qu’il existe , chez le malade , quelque disposition particulière qui réclame une indication spéciale. Mais dans ces même cas , la cautérisation a encore pour effet de disposer les tissus affectés à subir l’influence des agens thérapeutiques , qui jusqu’alors n’avaient produit sur eux que des résultats négatifs.
Quoique les effets chimiques de la cautérisation soient superficiels, il ne faut pas croire que , physiologiquement , ils soient aussi bornés, La destruction prompte , immédiate de la partie la plus superficielle du tissu muqueux par le caustique, donne lieu à une commotion vive , éminemment résolutrice , qui ne se propage pas seulement dans toute l’épaisseur de la prostate, mais retentit aussi aux reins , dans le rectum , modifie la sécrétion des urines , fait cesser la constipation , éprouver au malade un sentiment de ton , d’énergie toute particulière dans l’intestin , produit le flux hémorroïdaire, la diarrhée. Si les organes voisins éprouvent des influences aussi marquées , que ne doit pas ressentir le tissu même de la prostate ?
Pour pratiquer la cautérisation de la muqueuse prostatique , il faut avoir recours à un portecaustique courbe et de gros volume , abaisser forte ment son pavillon du moment que le bec de l’instrument est en présence de la prostate, afin
de le faire nionlcr dans la portion prostatique de Turèlre et pénétrer dans la vessie préalablement débarrassée de l’urine. Le porte-caustique parvenu dans ce viscère , il faut mettre à découvert le nitrate et le passer légèrement sur toute la muqueuse vésicale, si des dépôts urineux , etc., indiquent qu’elle est ajBfectée. Cela fait, la cuvette doit être ramenée dans la portion prostatique du canal, qu’on cautérise superficiellement et partout, après quoi le nitrate doit être renfermé dans la sonde qu’on retire d,u canal.
Beaucoup de praticiens regardent comme témé-r raire l’action de porter le nitrate d’argent dans la vessie et le canal. S’ils réfléchissent sur les observations cjui font la base de ce travail, leur répugnance sera certainement bien modifiée : ils ver-? -ront que le vésicatoire (cantharide), les balsa-^ miques, etc., sont plus propres que la cautérisation à produire de fâcheux accidens. Je le sais bien , cette opération a produit des hématuries inquiétantes; des relrécissemens très graves ont été les effets de l’introduction du nitrate dans les organes génito-urinaires ; mais c’est à tort qu’on attribue ces inconvéniens à la cautérisation : il faùt les, rapporter à leur véritable source , à la mauvaise manière dont l’opération a été pratiquée. Les pra-? ticiens à qui ces accidens arrivent , laissent trop, long-tems le caustique en contact avec un meme point du canal. 11 en est qui attendent, la montre ,
en main, que l’efï’eL chimique soit produit. Gelte ; manière vicieuse de procéder donne lieu à la formation d^escarres bornées en surface, mais assez étendues en profondeur pour intéresser des vais- ' seaux d’un calibre capable de produire des hémor-, rhagies, déterminer des ulcérations donlla cicatri-> sation est inévitablement suivie d’une diminiilion de capacité du canal,
11 ne faut donc pas attribuer au remède les erreurs de celui qui l’emploie, et exiger de la cautérisation ce qu’on trouve naturel de ne pas rencontrer dans une foule d’autres, moyens. En effet, rejette-t-on de la pratique de la rnédecine le quinquina , l’ipécacuanha , l’émétique , parce que des accidens ont résulté , dans beaucoup de cas, de leur administration ? Faut-il , parce que la compression a produit quelque fois la gangrène, la rayer du nombre des agens curatifs chirurgicaux.^ Quand M. Lallemand cautérise., il promène le nitrate à la surface des parties malades , comme on le fait généralement à la surface des bourgeons, charnus. Il cherche à modifier l’inflammation,,' et non à détruire l’organe qui en est le. siège. Aussi , malgré les nombreuses cautérisations qu’il a pratiquées en ma présence, n’ai-je jamais vu survenir aucune hémorrhagie inquiétante : tout ce que j’ai remarqué à cet égard, c’est que, pendant les trois ou quatre premiers jours qui suivent la cautérisation , les urines sont légèrement san-
guinolentes; jamais non plus les malades n’ont éprouvé des accidens inflammaloii-es conséculiCs , qui aient réclamé une médicaiion antiphlogistique puissante ; le plus souvent les bains de siège , quelque lavemens caïmans ont suffi pour dissiper l’irritation déterminée par le caustique. Quelquefois une application de sangsues a été utile pour calmer cette douleur ardente qui survient dans le canal chez des individus doués d’une excessive irritabilité. Mais rarement il a été nécessaire d’en venir à la saignée. Je le répète , les praticiens qui s’obstinent à rejeter la cautérisation ont tort;, ils se privent ainsi d’un moyen on ne peut plus puissant pour guérir les inflanimations chroniques des organes génito-urinaires , d’un agent qui jusqu’à présent ne pourrait être remplacé par aucun autre moyen dans une foule de circonstances.
Lorsqu’un obstacle ne permet pas qu’on ait recours à une sonde à caustique de gros volume , on doit le détruire par la cautérisation. Toutes les fois cependant que ce moyen est incompatible avec la nature du rétrécissement, il est convenable d’en agir ainsi , parce que souvent , en arrière du point rétréci de l’urètre , il existe des ulcérations de la membrane muqueuse, tellement sensibles, que les malades ne peuvent pas supporter la présence d’un corps étranger dans le canal. Dans ces cas, la dilatation produit les accidens spasmodiques les plus graves, des accès de fièvre effrayans, des douleurs j
atroces, des retentions d’urine; tandis que, du moment où le caustique a passé sur le point ulcéré, le mode de sensibilité y est entièrement changé , les spasmes cessent , l’iirine coule plus facilement et sans douleur.
Lorsque la première cautérisation ne guérit pas, on en pratique une seconde; on peut multiplier ces opérations, si l’on s’aperçoit qu’après chacune d’elles il survient une amélioration ; mais si , après qu’on en a pratiqué plusieurs , on reconnaît que les choses en restent au même point , ou que le mal cesse de diminuer, il faut y renoncer, et recourir aux bains hydrosulfureux , aux gommes, résines.
Dans l’espoir d’obtenir la guérison au moyen des balsamiques, etc., il ne faudrait pas laisser passer la saison des eaux thermales sans y envoyer les malades : elles ont une supériorité thérapeutique trop 'grande pour qu’on puisse leur préférer tout autre moyen. D’un autre coté , le praticien doit se rappeler que les préparations pharmaceutiques sont à sa disposition toute l’année, tandis que la saison qui permet les bains naturels ne dure, en quelque sorte qu’un instant.
Seules, aussi bien que la cautérisation , les eaux thermales sulfureuses , les bains de Barrèges artificiels , produisent des effets thérapeutiques surpi enans. Les eaux de Barrèges, de Bagnères-de- Luchon déterminèrent la résolution d’un engor^
gement énorme de la prostate , chez un oiricier de ligne que M. Lallemand osait à peine entreprendre de traiter. Dans beaucoup d’autres cas , ces eaux minérales ont combattu avantageusement les inflammations chroniques des organes génitourinaires , qui leur résistent bien plus rarement encore quand la cautérisation a précédé leur emploi.
Malgré cette association heureuse de moyens un suintement urétral, limpide, filant, semble assez souvent vouloir survivre aux autres symptômes. L’expérience a prouvé à M. Lallemand qu’alors l’eau de goudron , le baume, de copahu sont on ne peut plus efficaces pour compléter la guérison.
Quand on ne peut mieux faire , on prescrit les bains gélatino-sulfureux artificiels ; mais si les circonstances le permettent , on doit envoyer les malades à Barrèges, à Bagnères-de-Luchon , a, Gauterets. Les eaux thermales les plusKydrosulfiireuses sont celles qui sont les plus salutaires dans fes cas dont nous nous occupons. Tandis que celles qui sont salines, comme celles de Bigorre, produisent dans les organes génito-urinaires, une excitation on ne peut plus défavorable à la guérison,
Dans les cas où la susceptibilité des malades, fait craindre un effet trop immédiat , trop énergique , on doit faire commencer le traitement par les eaux les moins rnédicamentçuses j les moins chaudes , par celles de Saint— Sauveur , par exen^ple ; on les ordonne en bains , boissons , injeçtionsx
I ayant soin de recommander au malade de n’user d’abord que des doses les plus faibles , de les aug- I menter progressivement. Si, au bout d’une quinzaine de jours , il n’en éprouve aucun effet , il faut l’engagera se transporter n Barrèges ou à Bagnèresj de-Luchon , à user de ces eaux avec les mêmes précautions que pour celles de Saint-Sauveur , et d’en diminuer ou suspendre l’usage si des symptômes d’une irritation vive se manifestent dans les organes génito-urinaires ou partout ailleurs.
Pour éviter tous ces déplacemens aux malades ,
I M. Lallemand les envoie à Cauterets, où toutes [ les nuances de température et de force médicatrice des eaux des Pvrénées se trouvent réunies. Là , sans se déranger , le baigneur peut faire le choix de la source la plus favorable à sa constitution et à la guérison de sa maladie.
De ce que les eaux d’une ou plusieurs sources n’auraient pas amélioré la position d’un malade , il ne faudrait pas conclure que les eaux thermales ne sauraient lui être avantageuses. Toutes les sources n’ont pas la même composition chimique , et les tempéramens, les idiosyncrasies, les degrés de la maladie sont excessivement variables. C’est ce qui fait qu’on ne peut dire à priori que telle eau convient plus à tel individu que telle autre ; çe n esl qu en tâtonnant, et quelquefois après avoir essayé beaucoup de lieux dilférens , qu’on
arrive à celle iniporlanle cUslinclion, que chaque individu trouve la source qui lui convient.
Après un certain lerns d’usage des bains sulfureux , terme moyen du dixième au vingtième jour du traitement , l’appétit s’avive et toute l’économie semble reprendre du ton , de la vigueur ; un peu plus tard des inquiétudes se font sentir dans les membres, il survient de la diarrhée ou de la constipation, de l’insomnie ; enfin un appareil fébrile plus ou moins intense &e déclare.
Toutes les fois que cette surexcitation générale ne présente pas un haut degré d’intensité , il faut la laisser suivre naturellement toutes ses périodes, parce qu’elle est presque toujours une crise utile à la résolution d\i mal. Tous ceux qui ont observé les effets des bains thermaux , ont remarqué que cette fièvre est généralement suivie de bons effets ; il faut surveiller attentivement cet état inflammatoire; suivant son intensité, diminuer l’usage des eaux ou le suspendre complètement ; prescrire une alimentation légère , la diete , et enfin recourir à des antiphlogistiques plus puissans , si une phlegmasie aiguë menaçait de compromettre quelque organe important. Le calme rétabli , le malade doit reprendre son traitement thermal , à moins que la fièvre n’ait donné lieu de reconnaître quelque lésion organique incompatible avec ce mode de médication.
X^eudanl la durée de leur traitement, les ma
lades doivent fuir les bals , les salons de jeu , se prémunir avec soin contre les viscissitudes atmosphériques , résister à l’appélit provoqué par les eaux, aux entraînemens des courses longues, pénibles ; ils doivent garder le repos et éviter toute perturbation.
Le régime doit être lacté , végétal : plusieurs des malades que M. Lallemand a eus à traiter lui ont assuré qu’ils s’étaient parfaitement trouvés de l’usage des fruits rouges ; l’un d’entr’eux surtout , homme enthousiaste , bouillant , écrivait à cet habile praticien : Si vous ne vous lidiez de publier mon observation J je vais le faire moi-même ; il est de mon devoir de signaler à l’ humanité un moyen qui nd a rendu les services les plus grands ,etc. D’après cela , on pourrait considérer les fraises , les cerises comme des alimens auxquels doivent avoir recours les sujets dont les organes génitourinaires sont le siège d’inflammations chroniques.
Les eaux sulfureuses artificielles, et surtout naturelles , commencent par augmenter la surexcitation dont les organes génito-urinaires sont le siège; les urines deviennent rouges, épaisses, plus ardentes et d’une émission plus difficile : ces accidens s’aggravent insensiblement; la fièvre critique arrive ; les malades s’effraient et se promettent bien de ne plus prendre de bains , etc. Mais l’état fébrile se calme, les accidens se dissipent, les urines deviennent plus claires , moins colorées ,
( ‘fifi )
elles sont excrétées sans peine , sans douleur , moins souvent , et le malade se trouve dans une position incomparablement meilleure qu’avant l’usage des eaux. Dès lors il continue son traitement; il sent que la sensibilité pervertie des parties malades, redevient normale, que les douleurs cessent; il voit que les urines sont de moins en moins chargées de cette vase muqueuse qui les troublait.
En général, les malades n’éprouvent pas, pendant leur séjour aux bains, tout le bien qui doit leur revenir de l’emploi des eaux thermales. Rentrés chez eux , ils se sentent mieux de jour en jour, et leur mal se dissipe ou diminue d’une manière insensible. Moins heureusement disposés, ou pour mieux dire plus malades, d’autres individus ne sont débarrassés de leurs infirmités qu’après un plus grand nombre de voyages aux bains. Il en est, enfin, chez lesquels quelques dépôts continuent à être charriés par les urines , et qui ne voient pas se dissiper ce suintement urétral qui a précédé les autres symptômes ou s’est manifesté arec eux. Quand il en est ainsi , il faut prescrire les gommo-résineux. A celte période de la maladie, les préparations balsamiques , et surtout l’eau de goudron , jouissent de la propriété de modifier avantageusement les organes génito-urinaires. Elles tendent à ramener au type normal la sécrétion des reins. Ces médicamens ne bornent pas là leur effet : transportés dans la vessie , parcourant le canal
avec les urines, les molécules balsamiques exercent. une impression immédiate , un effet topique sur la muqueuse urinaire, en modifient les sécrétions , ainsi que la susceptibilité dont elle peut encore être le siège. De tout cela résultent des urines plus onctueuses , plus limpides et d une émission plus facile , et la cessation des suinlemens urétraux et des douleurs.
Ce n’est pas seulement dans les cas d’engorgement chronique de la prostate que le traitement que je viens d’exposer est avantageux ; il produit aussi les plus beaux résultats quand une suppuration chronique existe dans le parenchyme prostatique, et lorsqu’il est traversé par des trajets fis-
tuleux anciens.
Si du pus s’écoule de la prostate par une ou plusieurs ouvertures , d’une manière continue ou par intervalles , si cette suppuration date de quelque lems , existe indépendamment de symptômes inflammatoires généraux, la cautérisation, les bains, sulfureux artificiels, les eaux thermales en bains, douches, injections et boissons, produiront tous les bons effets qu’on pourra désirer. Ces moyens commenceront par rendre aiguë la phlegmasie , activeront la formation du pus, feront acquérir à
celui-ci des caractères plastiques , et la cicatrisation s’opérera.
En produisant ainsi une inflammation, les agens thérapeutiques, dont il vient d’être question peu-
vent provoquer la résorption des tubercules , leur suppuration, leur évacuation au dehors , et enfin , la cicatrisation des parois qui les contiennent. Sous l’influence de l’excitation locale ou générale qui résulte de la médication, l’ouverture de ces abcès, qui ne se serait opérée qu’à la longue, s’effectue en un tems plus court ; des souffrances , des ennuis sont épargnés au malade et les altérations du tissu de la prostate sont plus bornées.
Autant sont utiles la cautérisation, les bains hydrosulfurés elles gommo-résineux dans la cure du phlogistisme chronique des voies génito-urinaires, tant, c{ue les tissus ont conservé leur analogie de structure, autant ils seraient pernicieux quand ces organes ont revêtu une forme squirrheuse. Dans ce dernier cas , leur emploi activerait la dégérescence , hâterait l’ulcération. Aussi , quand on a quelque motif de penser que la prostate est cancéreuse , faut-il bien se garder de porter le caustique dans les voies génito-urinaires, et de prescrire les autres moyens que j’ai dit seconder si bien les effets de la cautérisation. Il faut , au contraire, recourir aux sédatifs, aux éNacuatlons sanguines, aux émolliens, pour calmer et éteindre, s’il est possible, l’irritation, et retarder les progrès de la maladie.
La cautérisation, les eaux hydrosulfureuses, seraient encore nuisibles quand le tissu prostatique est devenu fibreux; causes d’irritation , elles acti-
Vdraienl renduicissemenl; elles rie sauraient clone convenir en pareil cas : rien ne m’a prouvé cpiC ces moyens pussent etrC utiles ou fussent nuisibles clans le traitement des engorgemens varic|ueux ; aucun cas ne m’a démontré non plus cpi’on prit en retirer des résultats avantageux dans les cas d’engorgement du moyen lobe.
Lorscju’on a à traiter des trajets fistuleux prostatic|ues anciens et revêtus de cicatrices muc|Lieuses, le premier moyen à mettre en pi’atique c’est encoi’e de dilater les rétrécissemens s’il en existe. Ce premier pas fait, les urines s’écoulent par le canal , ne passent plus par le trajet fistuleux ; le tissu mucjueux de nouvelle formation c|ui le tapisse prend des caractères celluleux, et finit par contracter des adhérences. Si ce dernier phénomène n’a pas lieu , une cautérisation du canal , des injections sulfureuses clans l’urètre, des douches de meme nature clans la vessie et le rectum , mancpient rarement de produire le résultat désii’é.
En nous occupant des moyens thérapeuticjues des inflammations chronicjues de la prostate, nous avons trouvé des agens propres à combattre la 'majeure partie des symptcjuies oflerts par ces affections; mais les clérangemens des fonctions génitales, sensitives , intellectuelles , l’état insolite de toute l’économie cju’on remarejue chez beaucoup de ces malades, cjuelle en est la cause? Les perles séminales , involontaires , inaperçues. Quoicpie
ces phcuumèues pathologiques soient voisins de noire sujet , nous les passerons sous silence. Leur liante importance mérite une étude à part , un examen approfondi. Le professeur Lallemand com^ blera, d’une manière digne de lui , cette immense lacune.