AUTOPSIE
Méningés fortement injectées par du sang noir , et adhérentes entr’elles , pie mère gorgée de sang, circonvolutions cérébrales applaties. La substance grise est ramollie , la pie mère en entraîne des
parcelles (Quanti on la détache , sérosité dans les ventricules , ramollissement du septum lucldum qui est réduit à une pulpe filamenteuse , ramollissement des parois des ventricules latéraux qu’on peut dépouiller de la membrane lisse qui les tapisse , ce ramolissement est le plus tranché à la partie postérieure des couches optiques. Glande pinéale détaché de ses péduncules et ramollie, tubercules quadrijumeaux ramollis, affaissés, adhérentes à la pie mère , etc, etc. Pointillé rouge de la substance cérébrale , ramollissement du cervelet, pseudo membrane à la base du cerveau.
Je passerai sous silence les lésions organiques présentées par les poumons , le cœur , l’estomac et le foie, pour m’occuper immédiatement des altérations trouvées dans la prostate , la vessie et le canal qui ont plus de rapport avec le sujet dont nous nous occupons.
La vessie contenait un demi litre d’urine lactescente, sa membrane muqueuse était d’une couleur chocolat , parcourue par des arborisations plus foncées , cette injeetionqui diminuait d’intensité dans les uretères , finissait par devenir rouge , et enfin d’un rouge plus clair dans le bassinet et les calices qui étaient dilatés ; les reins paraissaient sains.
La portion membraneuse de l’urethre était ecchymoséc , ramollie , surtout au point de sa jonction avec la partie prostatique , où se trouvait une
laussc rouie qui conduisail dans l’épaisseur de lai proslale; celle-ci contenait à peu près une once de matière purulente renfermée dans une cavité tapissée par une pseudo membrane jaunâtre , réfcente;
11 est évident que là maladie principale, la cause'
de la niortde B , fut l’encéphalo méningite'
signalée par les symptômes , et confiraîée par l’autopsieâ
Avant le cathétérisme , rien de palholdgiqué n’existàit dans J’appaèeil génito urinaire; ce n’était pas un obstacle physique qui empêchait le^ urines de s’écouler au dehors , la cause de la rélënlioh était dans lé cerveau du malade qui né percevant jDàs les impressions produites par leS iirines sur la muqueuse vésicale, ne commandait pas lés contractions des muscles annexés à leur excrétion.
Le canal n’étant nullement rétréci , il est plus' commode et surtout bien moins dangereux dans ies cas de cette nature de pratiquer le cathétérisme avec de grosses sondés. Elles affaissént les rideS dé la menibrarié muqueuse liretrale ét pénétrent jalus facilement dans la vessie. Avec un cathéter dé petit calibre au contraire, surtout si la main qui ié dirige n’est pas habile , on s’expose à tra^else^ ijuélque replis iriuqueux ducanal, à pénétrer dahS
les tissus voisins <le rurèlre et la inanifeslalion dè douleur le patient puisse signaler la direction vicieuse de l’instrument.
Lorsqu’une fausse foute a été ainsi pratiquée ; il arrive souvent que la prostate s’enflam'me, se tumifie , alors le défaut d’écoulement des urines n’a’ plus pour cause unique l’inaction de la vessie ; uii ôsl'tacle physique se trouve aussi au méat urethro vésical , et les cathétérismes subséquens sont d’autant plus difficiles fpi’on peut pénétrer facilement dans la fausse route , aggraver les désordres alorÿ hiême qu’on a recours à de grosses algalies.
Chez B.. , les symptômes cérébraux
s’aggravèrent jusqu’à la mort, aussi, la prostatite
ne fiU-ellepas aperçue. L’autopsie seule donna une
idée de ce qu’il serait survenu du côté des organes?
genito-uninaires , si la maladie cerëbralè se fut
heureusement terminée,;
Dans l’observation qui va suivre , lions verront au contraire, les symptômes cérébraux se dissiper , et la phlegmasle de la prostate signalèr a ine- 'àure son existence;
^ Apoplexie, hémiplégie dn côté gauche, saignée, dérivatifs , distentron de la vessiç , tentatives infructueuse^ de cathétérisme avec une sonde luélalliqiié cfe petit càlihre , rétablissement des facultés cérébrales, impossibilité d urinor, s)'mptômes de la prostatite, suppuration de' prostate, fistules uréthrales, rectales , guérison.
M. cultivateur des Cevennes fut frappée
cela, sans que pâf
en 1823 d’une attaque d’apoplexie avec hémiplégie du coté gauche , coma , perte de connaissance, elc. Dès ce moment l’émission des urines n’eut plus lieu que par regorgement , le ventre se lumifia , une tumeur circonscrite, volumineuse et réniltente se développa au dessus des pubis.
Le troisième jour, son médecin crut avec raison qu’il était urgent de vider la vessie, dans l'espoir de franchir plus facilement l’obstacle auquel il attribuait la rétention , il tenta le cathétérisme avec une sonde en argent de petit calibre. Il ne put pénétrer dans la cavité vésicale , et l’émission des urines devint encore plus difficile.
Des émissions sanguines répétées , des vésicatoires, des purgatifs , produisirent une amélioration notable dans les symptômes cérébraux. Le malade reprit connaissance , éprouva le besoin d’uriner , mais malgré ses efforts il ne put vider complètement sa vessie. Il se plaignait de pesanteurs continuelles et incommodes dans le rectum et au périnée. De nouvelles tentatives de cathétérisme faites huit jours après les premières lurent aussi infructueuses que les précédentes , mais la dernière procura l’évacuation par le canal d’une énorme quantité de pus.
A dater de ce moment l’émission des urines reprit son cours ordinaire , seulement elle était accompagnée d’une douleur cuisante au col de la vessie. Cinq ou six jours après, le malade allant
ù ia selle roiulil une grande quantilé de matière purulente, et récoulemenl de pus qui avait lieu par îe canal se supprima pour reparaître peu de tems après.
Au bout de quatre ou cinq jours, nouvelle é\acuatioii de pus par le rectum , nouvelle suppression de l’écoulement uréthral. Les mêmes phénomènes se reproduisirent encore la semaine suivante, puis chaque douze ou quinze jours , enhn après un mois d’intervalle ; chaque fois l’évacuation purulente du rectum et du canal diminua notablement de quantité et de durée ; au bout de six mois elle cessa complètement.
Il est remarquable que ce pus rendu par le rectum a toujours eu l’aspect phelgmoneux , et n’a. jamais été mêlé avec les matières fécales^ il les précédait et les enveloppait , mais ne les dissolvait pas , elles conservaient au milieu de la matière purulente une grande consistance et n’en étaient pas pénétrées , ce qui n’a jamais lieu quand le pus provient d’ulcérations des intestins.
Ce malade a parfaitement guéri.
B était atteint d’encéphalite (oh. 1),
M. N. seulement d’apoplexie, mais dans les deux cas il y eut diminution de sensibilité telle que le besoin d uriner n’elait pas senti. Chez ces deux malades les sondes aiguës de petit calibre avaient
p:*0(iuit des désordres de même nalure dans
prostale. Chez B..... la maladie du cerveaii
devine toujours plus grave , elle fixait uniquement l’attention des praticiens ; les symptômes prosllatiqoes restèrent masqués , ne furent pas même soupçonnés. Mais chez M. N. le traitement dissipala fluxion cérébrale, les fonctions encéphaliques s.e rétablirent , les besoins d’ijriner se firent sentir et ne purent point être satisfaits, les symptômes de la prostatite se caractérisèrent h mesure que ceux de l’apoplexie perdirent de leur intensité , et emfin arriva un moment où le gonflement de laprosr late fut la seule cause de rétention.
La prostatite poursuivit sa marche , du pus se réunit en foyer , de nouvelles tentatives de cathétérisme provoquèrent l’évacuation de l’abces par le canal, et dès ce moment rien ne s’opposa plus à l’évacuation de la vessie. Mais le foyer purulent s’était étendu du côté du rectum , ses parois étaient ramollies et l’abces s ouvrit aussi dans ,cet organe,
Pendant long-tems du pus se ramassa dans la çavité du foyer , lorsque les parois de l’abces étaient assez distendues pour que les premières ouvertures se rouvrissent , la matière purulente s’écoulait au dehors par le canal et le rectum. Peu-à-peii la suppuration diminua, les parois^ du foyer se rapprochèrent et la cicatrisation s e/r
fectua.
L’inlégrilé cUi tissu de la prosiaLeavant lecalhé.iÆrisme , el le raainlien de la phlegmasie à l’état aiffu , furent les causes de cette heureuse termison de la prostatite , les circonstances ne sont pas toujours aussi favorables.
J’aurais pu citer un plus grand nombre de faits Recette nature, mais ceux la suffisent pour faire connaître le phelgmon de la prostate dans son plus grand état de simplicité et la manière dont il peut se faire jour dans le rectum et la voie d’excrétion des urines.
Dans ces deux observations les abcès de la prostate ont été des maladies secondaires et les seuls effets du cathétérisme , dans celle qui va suivre la prostatite est primitive, l’iutroduçtioq ides sondes ne fait que l’exaspérer.
Masturbation , prostatite , rétention d’urine , cathéter risme , fausse route. Ponction de la vessie , fistule hypogastrique. Suppuration de la prostate , abcès vidé dans le canal etle rectum, fistule urethrale et rectale. Sondes à demeurer dans le canal , abcès au périnée , fistule périnéale. Sondes de tems à autre dans la vessie , guérison complète et successive de ces quatre fistules.
Parvenu à l’àgede puberté un Auvergnat nommé V se livra à la masturbation. Cordon-
nier ambulant il vint travailler sur le littoral de la Méditerannée , contracta une fièvre intermittente avec douleur à l’hypogastre dont les
(iü)
sangsues, les bains cl les purgailfs le guérirent.
V vivait le plus souvent d’alimens salés ,
épicés , de fromage fermenté , il ne se livrait pas à la boisson ni aux femmes , mais il se masturbait avec excès. Depuis sept ou huit ans il menait ce genre de vie , lorsque moulant dans son pays pendant riilver, il fut contraint de marcher pendant plusieurs jours sur la neige. 11 endura du froid aux pieds , s’aperçut bientôt qu’il était obligé pour uriner de faire des efforts qui ne lui étaient pas ordinaires , et que le jet urinaire n’était plus aussi gros ni lancé aussi loin. Quelques soins et du repos au lit dissipèrent ces préludes de maladie.
Aux approches du printems de la meme année
( 1831 ) , V... devint sujet à des érections et
des pollutions nocturnes fréquentes , durant lesquelles il ressentait dans la région prostatique une sensation de gonflement , de pesanteur qui ne se dissipait que long-tems après la cessation de l’érection. Dès lors le jet d’urine n’arriva plus que postérieurement a l’excrétion d une matière blanche, glaireuse, qui déterminait dans toute l’étendue de l’urèthre une ardeur incommode.
Pendant les mois de mai, juin , juillet 1831 , le malade prenant pour des besoins vénériens les érections dont il était tourmenté, s’adonna de plus fort à son habitude solitaire et de jour en jour le jet d’urine devint plus court.
En seplcmbre,à la suiie des memes manœuvres l’émission des urines devint impossible, le
besoin d’uriner n’étant pas pressant , V
négligea de le satisfaire et se mit à !)oiie de la décoction de persil. Dans la journée l’urine distendit la vessie, des douleurs intolérables se firent sentir à l’hypogaslre. La rétention étant complète , on appella un médecin qui fit une saignée, prescrivit un bain, pratiqua le cathétérisme avec une grosse sonde en gomme élastique , vida la vessie , et trouva en explorant le rectum que la prostate avait acquis un volume exagéré.
La nuit suivante nouvelle rétention d’urine , on réclama le secours d’un autre médecin qui voulant sonder avec un instrument de petit calibre fit horriblement souffrir le malade ; ne pouvant pas pénétrer dans la vessie, il prit le parti de faire la ponction au dessus des pubis où il laissa une sonde à demeure.
Dix jours après cette opération, aucune goutte d’urine n’ayant encore passé par l’tirèti’e un abcès de la prostate s’ouvrit clans le canal et le rectum , dès lors les urines , le pus s’écoulèrent par ces deux mies.
Pendant trois mois et demi on laissa constamment demeurer à l’bypogastre des sondes qu’on changeait lorscju’elles étaient obstruées par des mucosités vésicales ou des concrétions urinaires ,
ï.e 14 décembre 1831 JM. Delpech praliqiia facilement le calliélcrisme avec une sonde en argent d’assez gros calibie. Il la laissa à demeure pendant deux jours et la remplaça par des sondes en gomme élastique progressivement plus grosses. On cautérisa la fistule li3'pogaslrique qui marcha promptement vers la cicatrisation.
Le 18 janvier, je trouvai V...*... dans l’état -Suivant. Il n’avait pas d’appétit , la langue était belle , il était constipé. Le pouls était légèrement fébrile , la peau de température naturelle. Les urines s’écoulaient par l’anus et le canal , elles déposaient un culot puriforme et un sédiment mm queux et filant qui adhéi’ait aux parois du vase. Des douleurs vives se faisaient sentir au périnée depuis l’introduction des sondes pratiquée par M. Delpech.
Le lu janvier, M. Lallemand introduisit le doigt dans le rectum et reconnut que la prostate était plus petite que dans l’état ordinaire, et qu’au lieu de déterminer sur l’organe du loucher, l’impression d’un corps arrondi, uni,elleproduisait celle de deux mamelons indurés inégaux , et du volume de deux gros pois. Sonde en gomme élastique numéro G dans le canal , un peu en avant du col se trouve un obstacle tpii fait taire un saut à l’instrument, il pénèli'e néanmoins dans la cavité vésicale, on l’y laisse à demeure.
1 4* Douleur vive au périnée qui esl beaucoup lumifié, on relire la sonde, le malade esl très constipé ; durant les efforts qu’il Dit pour aller à la selle il rend d’abord du pus , ensuite de l’urine par le rectum. Lavemens , cataplasmes émolliens au périnée.
15. Douleurs au périnée beaucoup plus vives ; tumeur plus saillante mais beaucoup plus molle, lavemens , cataplasmes.
J 6. La tumeur commence à devenir fluctuante , ou l’incise, du pus crémeux s’en écoule , bain , les lavemens ne procurent aucune selle. Deu.x onces d’huile de ricin dans deu.x onces sirop de fleur de pocher , selles copieuses.
J 7. L’urine passe aussi par l’incision j)iali(juée hier au périnée. Il ne s’en écoule prcs(|ue plus par le méat urinaire.
Du 18 au 23 janvier, on met des sondes dans le canal , on les relire , quand l’iiritation qu’elles déterminent esl trop vive. La constipation est combattue avecriuiüe de ricin, du pus s’écoule de tems à autre par le rectum , l’urine y passe aussi , ainsi que par la fistule du péi’inée.
28. Dans la nuit les contractions spasmodiijues de la vessie ont refoulé le bout de la sonde dans le canal, l’urine ne pouvant pas s’écouler, le malade , fait de violens efforts qui l’ont fait passer avec force par les fistules rectales et hypogaslri{[ucs. Sonde numéro 10 à demeure.
29 janvier au 13 février , sondes à demeure dans le canal, pendant les sept ou huit premières heures de leur application elles livrent à l’urine un lihi’e passage , et rien ne s’écoule par les fistules. Ensuite elles donnent lieu à des douleurs qui deviennent très vives, à des contractions spasmodiques de la vessie qui font passer l’ui'irip à travers toutes les fistules. Quand les choses en arrivent à ce point , on retire les sondes.
13 février, on renonce à introduire des sondes. M, Lallemand recommande au malade qui est excessivement maigre , de faire un peu d’exercice , afin d’activer son appétit , de lui faire prendre de l’embonpoint.
Du 14 au 28 février, les stations de bout et assise , occasionent des douleurs au périnée. Le malade est atteint d’une bronchite , la toux fait sortir l’urine par les fistules. Julep , vésicatoire camphré sur le thorax. La toux se calme.
Du 28 février au 20 mars , des sondes volumineuses sont introduites de teins à autre dans le canal , dès qu’elles irritent la vessie on les retire. Plusieurs cautérisations sont pratiquées sur les fistules périnéale et hypogastrique. La première se resserre beaucoup , l’autre s’oblitère.
Du 20 mars au 30 avril , V ^
petit, reprend de l’embonpoint, des loi ces. Les fistules se resserrent , et ne laissent échapper qu’en fort petite quantité l’urine, qui n’esi plus
excrétée fjLic toutes les cjuQtre heures et sans douleur. Les sécrétions morbides qu’elle entraîne se réduisent à peu de chose dans ce même laps de tems.
22 Ami, le malade quitta l’hôpital. Arrivé chez
lui , V eut bientôt acquis du tissu adipeux
et la fistule recto uretrale s’oblitéra complètement; les forces génitales se ranimèrent , des excès de coït et de masturbation furent commis et souvent répétés quoique le sperme s’inlroduiisant dans la fistule du périnée pendant l’éjaculation y déterminât des douleurs vives. Chacun de ces excès était suivi pendant quelques heures d’une diminution de volume du jet urinaire , et un peu d’urine passait par cette fistule , si durant cette excitation le malade voulait vider sa vessie.
Le 15 mai 1833 , V gras , frais et vigou-
reux , vint encore réclamer des soins à l’hôpital Saint-Eloi pour celte fistule périnéale. Le 14 , M. Lallemand mit dans le canal une sonde . f N® 10 ) elle entra facilement, son séjour n’occasiona aucun symptôme notable d’irritation. Le 15 , une sonde ( ]\° II) fut substituée à la première. Le 16 , le N" 12 fut introduit. Les jours suivans le malade fut laissé tranquille. Le 30, la fistule fut guérie , le 15 juin V quitta rhôpital.
RÉFLEXIOKS.
Dans cette observation nous voyons un régime trop excitant et surtout la masturbation après
avoir long-lems agi comme causes prédisposâmes déterminer enfin une phelgmasie de la prostate accompagnje de rétention d’urine complète. Avec une sonde en gomme élastique , on pratique facilement un premier cathétérisme , qui donne lieu à l’évacuation d’une grande quantité d’urine. L’opérateur fit bien d’avoir recours à un cathéter de gros calibre , mais il aurait du aussi après la saignée générale avoir recours à des évacuations sanguines locales qui, peut-être, auraient fait avorter la prostatite, et épargné plus tard beaucoup de soulTrances à Y.. ..
L’inflammation poursuivit sa marche, et le calhél'isme devint encore indispensable. Un autre médecin eut l’imprudence de le tenter avec un cathéter de petit calibre. Il manœuvra long-tems , tortura le malade, et se fourvoya dans la prostate. Ne pouvant pas pénétrer dans la vessie , il ponctionna ce viscère au dessus des pubis , mit là une sonde à demeure , et abandonna la maladie de la prostate aux seuls efforts de la nature; ne devait-il pas chercher à rétablir la liberté des voies normales de l’excrétion des urines afin de pouvoir retirer la sonde de l’hypogastre le plus tôt possible.
L’inflammation de la prostate augmentée parles piqûres delà sonde , produisit bientôt la suppuration. L’abcès qui se forma s’ouvrit spontanément dans le canal et le rectum , de là une fistule rectale i
et urelrale, laissant un libre passage au pus et aux urines ; celles-ci cessèrent de passer par l’iiypogastre. Cependant on persista à tenir des sondes à demeure en ce point pendant trois mois. Quel était donc le but de ce praticien? pourquoi voulait-il conserver au malade celte lislule sus pubienne ?
Des sondes sont mises à demeure dans le canal , leur présence détermine en avant de la prostate à la hauteur du bulbe de l’urètre un phelgmon. IM.. Lallemand l’incise , de peur que l’inflammation ne ramollisse la muqueuse du canal. Mais celle-ci était déjà profondément altérée, et peu à apres l’opération une quatrième fistule urinaire fut formée au point incisé.
Si celte incision ne remplit pas le but désiré , elle eut toujours cela d’utile qu’elle empêcha l’urine de s’infiltrer dans le tissu cellulaire, ce qui n’aurait pas manque d’arriver si celle-ci n’eut
trouvé un moyen de s’écouler au dehors. V
était donc atteint de quatre fistules urinaires, l’une , l’autre uretrale , une troisième rectale , et enfin la dernière urelro périnéaici
Pour obtenir la guérison des fistule î urinaires accompagnées de rétrécissemens , il suffit de rétablir la liberté du canal, le rétrécissement détruit les fistules s’oblitèrent. Mais du moment qu’aucun obstacle ne s’oppose au libre cours des urines., il faut cesser de laisser des sondes à demeure dan»
le canal , ces corps étrangers pourraient produire l’inflammation, de nouvelles fistules, comme cela
eut lieu chez V Chez ce malade il n’existait
pas de rétrécissemens , il paraîtrait donc qu’on n’aurait pas du lui mettre des sondes à demeure; mais il faut prendre garde qu’une fistule existait au sommet de la vessie , et qu’il était de toute rigueur de prévenir la distention de ce viscère. L’urine en s’y accumulant se serait introduite dans le trajet fîstuleux , aurait empêché la cicatrice de se former, ou bien l’aurait déchirée. Pour prévenir cet inconvénient, il fallait tenir le réservoir urinaire évacué ; mais du moment que les sondes réveillaient des accidens , elles étaient retirées. Par ce procédé la fistule hypogastrique guérit , et les autres se ressérèrenl autant qu’on pouvait l’espérer de l’état de maigreur du malade. Persuadé que l’embonpoint amènerait une complète oblitération, M. Lallemand conseilla au malade de faire de l’ex-
cercice pour activer ses forces digestives. V
quitta l’hôpital , s’engraissa, et la fistule uretrale et rectale s’oblitéra complètement. Il en eut été de même de celle du périnée, si des excès du coït et de masturbation trop tôt et trop fréquemment commis n’eussent donné lieu à l’introduction du sperme et de l’urine dans des voies qui tendaient à s’oblitérer. La continence, que V
observa à son second séjour à Saint-Eloi amena bientôt une complète guérison.
Chez V la fausse roule fut pratiquée peu à
près le début de la prostatite, et cette blessuie fut un motif d’exacerbation des symptômes. Dans l’observation qui va suivre, nous verrons ou contraire le cathétérisme procurer un soulagement immédiat , et cela , parce que le bec de la sonde , en ponctionnant l’enveloppe fibreuse de la prostate donne jour à une énorme quantité de pus qui se trouve réuni en foyer dans cet organe.
Blennorliagie , irritation de la prostate , traitement incomplet, persistance des symptômes à l’état chronique, excès , prostatite aiguë , rétention complète d’urine , suppuration de la prostate, ponction de l’abcès , guérison.
A l’âge de 23 ans , C forgeron , contracta
une blennorhagie ; quelques jours après l’apparition de cet écoulement , les symptômes suivans se manifestèrent. Pesanteurs et chaleur vive vers la prostate , grande fréquence, du besoin d’uriner , diminution notable du jet urinaire presque toujours précédé de l’émission de quelques gouttes d’une liqueur que le malade compare à du sperme.
Tisanes émollientes pendant un mois , léger amandement de tous les symptômes , alors baume de copahu , réduction de l’écoulement à un suintement limpide, mais persistance du tenesme vésical et de l’excrétion de la matière d’apparence sper-
maliqiie qui piécéUail Péinission urinaire.
C en rcsla là sous le rapporl des remèdes ,
quoique sous l’influence des moindres excès de coïl et de boisson, l’éeoulemenl uretral devint plus abondant, quoique la gêne de l’émission des urines persistât , fut continue. Peu à peu le jeune homme devint faible , paresseux, dormeur insouciant , triste et susceptible.
Un an s’était déjà écoulé , depuis le commence- | ment de la maladie , lorsque le 11 février 1832 , i après quel({ues excès de femme et de l>oisson , la ^ maladie prit une forme aiguë. Des pesanteurs plus incommodes, un embarras plus étendu, se firent sen- j tir à la région prostatique , au périnée , la station j debout ne |)ut plus être soutenue. Le malade passa | la journée du 12 à boire et à jouer aux cartes. Le ; désir d’uriner se fil sentir et ne put être satisfait .* dans la nuit, les besoins devinrent impérieux , les douleurs Intolérables , la vessie était fortement distendue. Cathétérisme avec une sonde élasiinue,
pissement de sang , douleurs vives à la prostate j pendant et après l’opération. Sangsues au périnée, bain , boissons acidulés , léger soulagement ; mais pendant huit jours l’émission des urines ne sc fit qu’au moyen des algalies.
Le 21 février 1832, C... vint réclamer des soins à riiôpilal St-Eloi , il était d’une belle taille , avait la peau blanche, épaisse, les cheveux , les yeux châtains, les membres gros , arrondis , mais sans i
saillies musculaires. Fievre , soif , agilülîon , insomnie , émission urinaire impossible sans le secours des sondes , douleurs vives à la proslale , surtoul pendant la défécalion, selles excessivement dures depuis l’époque où la maladie s’élait manifeslée. M. Lallemand pénétra dans la vessie avec une sonde de gros calibre , explora le rcclum , et trouva la proslale du volume d’un œuf de poule , assez dui’e. Saignée au bras , sangsues au périnée, bain, lisane d’oi'ge , émulsion camphrée.
A midi, l’élève de garde voulut pratiquer le calliélerisme , il rencontra un obstacle qui se laissa perforer, malgré les ménagemens qu’il mil dans ses manœuvres. Une énorme quantité de pus sanguinolant , s’écoula par le canal , la pesanteur du périnée se dissipa, les urines s’écoulèrent librement, le malade n’éprouva plus que de la cuisson. Bain , à une heure après midi au retour du bain, froid intense d’une heure de durée , ensuite cinq heures de chaleur forte, céphalalgie violente, soif ardente, grande agitation; ces symptômes se calmèrent un peu dans la soirée mais ils se prolongèrent dans la nuit , au jour naissant le calme se rétablit.
22. Pas de fièvre notable , du pus sanguinolant s’écoule en abondance du canal avant l’émission des urines qui a lieu avec facilité. Accès à la même heure que hier , mais plus court et moins fort , nuit moins agitée que la précédente.
25. Mieux notable , pas d’aecès dans la jounicc, nuit calme , sommeil bon , réparateur.
24. Suppuration moindre , cuisson en urinant encore vive , émission aisée, les urines déposent une matière filante mêlée de pus.
25, 2G , 27. Suppuration réduite à très peu de chose, les dépôts urinaires diminuent, cuisson moins vive en urinant.
28. Les selles sont redevenues faciles, les matières fécales de consistance naturelle, l’appétit se ranime.
Le I®*' mars le malade va bien , il est guéri et sort de l’hôpital.
Les symptômes qui accompagnèrent la blennorhagie, lui survécurent, indiquent d’une manière évidente la participation du col vésical , des vésicules séminales et du tissu cellulaire de la prostate à l’irritation de la portion prostatique du canal.
Lorsque C... eut atténué les symptômes les plus saillans de sa maladie , les douleurs , l’écoulement ! uretral, il cessa tout remède, espérant que le teins i remédierait au reste : erreur grave, trop souvent ; commise , et toujours funeste. Un état chronique | persista dans la prostate et fut un molifde prédisposition à la prostatite aiguë , qui se développa , se termina par suppuration et guérit sans qu’il (ut ,|
i nécessaire de lenir dans le canal des sondes àde-
i meure pour empêcher l’urine de s’inli oduire dans la cavité du foyer , il n'’exislail pas de rélrécisseinens.
La tristesse , l’assoupissement , la nonchalance, la faiblesse, qui dominaient C... étaient tout autant I de signes des pertes séminales observées par le ; malade , qui s’effectuaient avant l’émission uri- ^ naire , quand les ui ines arrivant dans la portion prostatique de l’urètre provoquaient les contrac- ! tiens spamodiques des réservoirs séminaux dont I la susceptibilité était augmentée , exbaltée. Ces I pertes avaient rendu C... très impressionnable, on a vu qu’un bain, un refroidissement avait suffi chez lui pour produire des accès de fièvre intermittens. On se garda bien de combattre ces phénomènes périodiques par le quinquina. Le malade ne fut plus exposé à l’action de la cause qui les avait déterminés , ils se dissipèrent spontanément.
Une opiniâtre constipation régna chez ce malade tant que ses organes génito urinaires furent dans un état de souffrance, elle se dissipa à mesure qu’ils rentrèrent dans l’état normal. La cessation de ce trouble de la défécation , est un exemple de la liaison intime qui unit les organes urinaires et spermatiques avec les viscères digestifs.
Dans l’observation qui vient d’ètre exposée, c est une irritation chronique qui prédispose à la
pl'oslalite aiguë. Le fait suivant est plus complexe , une blennorliagie occasione un rétrécisseinenl , et celui-ci Ir phelgmon de la prostate.
Deux blennorhagies , rétrécissement , excès d’escrime eide boissons, inilammalion de la prostate , cal’uéterisine , rupture de la sonde dans le canal, ponction de l’abcès , sortie spontanée du fragment du cathéter , dilatation lapide du rétrécissement , guérison complète de la prostatite.
M. L...., doué d’une constitution robuste , fortifié par le service militaire et l’excercice habituel de l’escrime, eut à 25 ans une bleiinorbagie compliquée de chancres vénériens. Un traitement convenable le guérit en peu de teins.
Dix ans plus tard , il contracta un nouvel écoulement ; vers le milieu du canal rinflammalion s’étendit à toute l’éjiaisseiir du tissu spongieux de l'urètre , et suivant les expressions du malade , Vàchaade pisse devint cordée. Il appliqua des sangsues au périnée , prit des bains, mais d’une manière fort irrégulière et sans cesser de donner des leçons d’escrime. Enfin l’usage du copahu réduisit l’écoulement à un suintement incolore que lesalcocliques exaspéraient. En 1833, L — fit un vo^'age à Marseille, cl se livra à des excès de tout genre et à un exercice immodéré des armes. 11 éprouva dès lors une pesanteur obtuse dans la région nros*
talîcjiie et des cuissons à la lüsse n:iviculaîre petl* dant l’émission des urines , cjui devint déplus en plus embarrassée. De gros furoncles appai ui eut au périnée , aux pourtour de l’anus. Pourmeüre un terme au suinlement uretral qui s’éialt repoduit, M. L prit une forte dose de po-
tion de chopart , l’écoulement en elfet s’arrêta brusquement. Mais la dysurie fit place a une rétention d’urine complète. La pesanteur éprouvée du côté de la prostate devint gravatlve incommode et douloureuse, l’expulsion des maiièrcs fécales fut impossible, la pression du périnée surtout a gauche, provoquait de vives douleurs. C’est dans cet état que M. Lallemand trouva le malade.
A quatre pouces e. viron du méat urinaire , il rencontra un rétrécissement dont l’oiaTice était excessivement étroit, ce qui le força à avoir recours à une sonde de platine du j)lus petit calibre ; comme l’obstacle avait son siège dans la pai’tie droite du canal , il fut obligé de redresser beaucoup la courbure de celte sonde. A peine fut-elle arrivée vers la prostate qu’il s’écoula une grande cjuantité de pus entre elle et le méat urinaire.
Ne pouvant pénétrer dans la vessie il introduisit le doigt indicateur de la main gauche dans le rectum ahn de relever le bec de la sonde. Sentant qu elle j)liait , il chercha à augmenter sa courbure afin de Iranchir plus facilement le col de la vessie^ mais au moment ou il achevait ce mouvement, elle
SC cassa à trois pouces environ des yeux. La sonde fut retirée , mais la partie rompue resta en arrière du rétrécissement.
L’accident fut caché au malade. M. Lallemand ne s’en affecta pas. Des cas de ce genre lui avaient appris qu’il n’en résulterait pas de suites fâcheuses.
Le bec de la sonde arrivant à la prostate , avait provoqué la rupture de l’abcès formé dans cet organe , l’écoulement abondant du pus qui eut lieu lout-à-coup entre la sonde et le canal, en fut la preuve. ^
Le deuxième jour, il put passer une sonde N° 12 qui fut laissée en place le reste de la journée. Dès ce moment l’émission des urines se fit à plein jet , l’écoulement purulent diminua rapidement. On ne passa plus de sondes que pendant quelques heures tous les huit jours. Enfin, au bout de deux mois, l’écoulement persistant à l’état muqueux, une cautérisation légère fut pratiquée à la surface de la prostate , et dans la portion du canal située entre cette glande et le rétrécissement. Cette cautérisation suffit pour faire disparaître l’altération profonde que la membrane muqueuse avait subie sous l’influence du rétrécissement , et l’écoulement quoique bien ancien ne reparut plus.
Le rétablissement de M... a été aussi rapide que complet , jamais sa santé n’a été meilleure , il ne conserve aucune incommodité de celte grave maladie, depuis 4 ans, j’ai eu de fréquentes oc-
casîon de le voir , cliacjue fois il tn’a assuré qu’il n’éprouve pas le moindre derangemcnl dans ses organes génilo urinaires.
Les cas complexes tels que celui que je viens de rapporler, sont ceux qui font du cathétérisme
une opération difficile. Chez M il fallut fran-
, chir un rétrécissement étroit qui existait à 4 pouces dans la portion droite du canal, une sonde de petit calibre et sans courbure eut été l’ins- 1 trument le plus propre à faire atteindre ce but. Mais il fallait aussi dépasser la prostate qui formait une tumeur inflammatoire au col vésical , et un cathéter de gros volume et de courbure I exagérée eut été très propre pour compléter l’oj pération. L’évacuation de la vessie était urgente , j il fallait prendre un parti : 31. Lallemand essaya infructueusement d'introduire une sonde de grosseur moyenne ; il eut recours à une autre de I petite dimension , et n’eut pas plus de succès.
/ Ne pouvant mieux faire, il se servit d’un cathéter i en platine du plus petit calibre.
Pour franchir le rétrécissement qui existait à 4 pouces dans la partie droite du canal , il effaça la courbure de la sonde, et eut bientôt dépassé 1 obstacle. Ai rivé en présence de la prostate, il dut, pour compléter le cathétérisme, rc—
domiei' a la sonde la courbure qu’il lui avaii fait perdre , agir comme il l’avait fait avec succès dans d’autres circonstances, dans des cas semblables et avec le même instrument ; il introduisit le doigt dans le rectum afin d’appuyer à travers ses parois sur l’extrémité de la sonde , pour lui rendre sa courbure. Pendant les manœuvres la sonde se rompit à 3 pouces de scs yeux. M. Lallemand laissa ignorer au malade ce qui s’était passé, et ne s’en arlama pas lui-même, des événemens analogues lui ayant appris qu’en pareil cas il ne faut que de la patience. Jamais il n’a vu survenir d’accidens ; s’il en survenait , on serait à tems à employer les moyens chirurgicaux ; mais tant que le corps étranger ne provoque rien de fâcheux , pourquoi se presserait-on de pratiquer des opérations ?
Le rétrécissement dilaté , le libre cours rendu aux urines , le phlegmon de la prostate guérit promptement. Cela arrive presque toujours ainsi quand l’inflammation est aiguë, phlegmoneuse , c’est-à-dire lorsque les parois du foyer sont dans des conditions favorables à l’adhésion.
Les cas de prostatite aiguë qui viennent d’être exposés étant suffisans pour donner une idée des phlegmons de la prostate, je vais maintenant rapporter quelques cas curieux de maladie chro* nique de cet organe.
Excès de colt et de boissons. — Diarrhée. — Suppression de la diarrhée. — Irritation de la prostate. — Ecoulement blennorhagiqve. — Engorgement de la prostate. — Irritation du col de la vessie. — Jntiphlogisliques. — Amendement des symptômes qui persistent pendant six mois à l’étal chronique, résistent au traitement antiphlogisiique , et cèdent ci la cautérisation de la portion prostatkiue de l’urclre.
Pendant son enfance, P. D.... jouit d’une santé parfaite. Devenu pubère , il ne fit pas d’excès de masturbation. Arrivé à sa vingt-lroisième année il se maria , et pendant les sept années suivantes il se livra sans réserve au coït et au vin.
En janvier 1833, à peine guéri d’une forte diarrhée qui avait duré huit jours , D s’aperçut
d’un écoulement urétral dont l’intensité augmenta progressivement. Une cuisson vive se fit sentir dans Ig canal pendant l’émission urinaire , et les urines déposèrent une matière visqueuse, transparente incolore.
Bientôt la gaine érectile du canal participa à l’inflammation , et la verge r<^sta courbée pendant les érections qui étaient douloureuses et fréquentes. L’émission des urines et l’éjaculation occasionèrenl une douleur ardente et vive dans la portion prostatique del’urèlre. Le malade éprouva aussi au périnée un sentiment de pesanteur que
les Cl ce lions, lu sliilion clcboul , rendaient en-* coi e plus incommode. On fil des applicaliuns de sangsues au périnée, des injeclions émollientes dans la vessie , les symplômes s’umandèrent , prirent une forme chronique.
Le malade soiiirrait depuis six mois , lorsque, le 20 juin 1^33., il entra à l’IIôlel-Dieu Sl-Éloi. 11 était âgé de 30 ans, d’une taille moyenne , d un tempérament un peu lymphatique ; sa peau était blanche , ses cheveux châtains et scs yeux bleus. Il présentait les symptômes suivans : be-* soins impérieux d’uriner tous les quarts d’heure, cuisson dans la région prostatique du canal et à la fosse navijulaire pendant l’écoulement urinaire ; le jet était court, et l’émission souvent accompagnée de quelques gouttes de sang. Les urines déposaient une grande quantité de glaires filantes ; un mucus transparent , peu coloré, s’écoulait continuellement du canal ; la légion prostatique était , toutes les nuits , le siège d’une démangeaison excessivement incommode; la prostate était plus volumineuse que dans l’état ordinaire ; le malade ressentait , vers cet organe , une douleur sourde , gravalive ; les désirs vénériens étaient assez fréquens , impérieux , le coït prompt.
M. Lallemand pénétra facilement dans la vessie avec une sonde en argent assez volumineuse, t^ne hémorragie légère accompagna celte explo-
ration : sangsues au périnée , laveiirens , bains de siège , émulsion camphrée. Celle médication lut mise en usage pendant huit jours sans produii'e le moindre soulagement.
Le 2 juillet, cautérisation sur la portion prostatique de rurclre. Toute la journée, le besoin d’uriner se fait sentir sans relâche; l’iirinc est sanglante et la cuisson 1res ■\i\e. Les jouis suivans, un amandement notable Q lieu.
Le 5 juillet, le besoin d’uriner ne se fait plus sentir que toutes les heures; le malade y résiste sans éprouver ces douleurs énervantes qu’il ressentait dans la môme circonstance avant la cautérisation ; le jet est jilus fort ; lancé plus loin , le malade est satisfait. Emulsion camphrée,^ demi quart. Soupe.
G , 7 , amélioration toujours croissante ; les urines ne déposent plus ; elles ne sont évacuées, terme moyen , que toutes les deux heures , sans douleur ; le prurit qui, tous les soirs, se fesait sentir vers la prostate, ne se manifeste plus. Du 8 au 10 , progrès rapides vers la guérison.
12 , la prostate est revenue à son volume normal; les urines sont belles; leur émission a lieu toutes les quatre heures. Les jours suivans le malade va de mieux en mieux , et quille l’hà-* pilai.
La femme de D. — n’était atteinte d’aucun.
écoiilenienl blcnnorliagi((ue , pas niemc de fleurs blanches. Le coït n’avait point été pratiqué pendant le cours des règles , et le malade n’avait eu aucun rapport avec d’autres femmes que la sienne. On ne peut donc attribuer la blennorhagie urétrale cordée qui se manifesta chez lui, qu’aux excès de coït et de boissons alcooliques auxquels il se livrait journellement , qu’à la suppression brusque de la diarrhée dont il a été question.
L’irritation n’intéressa pas seulement la membrane muqueuse de l’urètre, elle s’e'tendit à la trame celluleuse de la prostate ; il s’en suivit l’engorgement de cette glande, et par conséquent , la gêne de l’émission des urines.
Les antiphlogistiques employés en premier lieu atténuèrent les symptômes les plus tranchés; plus tard ils furent sans effet. Le tempérament lymphatique du malade ne fut-il pas une cause de la persistance de la phlegmasie à l’état chronique.^ La maladie durait déjà depuis six mois, lorsque M. Lallemand pratiqua la cautérisation de lamembrane muqueuse de la région prostatique de l’urètre. Gomme cela arrive toujours, celte opération exaspéra momentanément les symptômes ; l’irritation prit une forme aiguë dont la résolution amena la guérison.
Le symptôme dont le malade sc félicitait le plus d’être débarrassé , était ce prurit exaspérant qui, toutes les nuits > se fesait sentir vers la pros-
taie. A peu près à la meme époq:ue où je suiv'ais
celle observation , un nommé B , soldat des
mineurs , se trouvait dans la salle des militaires blessés (Sl-Éloi), Il se plaignait également d’un prurit insupportable dans le canal de rurèlre. Celle démangeaison se manifestait dès que le malade se réchauffait dans son lit , et se dissipait dès qu’il était levé. Ce militaire souffrait le martyr ; la cautérisation le guérit. Depuis lors , j’ai rencontré dans ma pratique une jeune femme qui était quelquefois dans le jour, mais surtout la nuit, au lit, prise de symptômes semblables ; elle se soulageait en se tirant avec violence les poils du pubis. Les sondes à demeure calmaient ses douleurs. Une injection avec une légère solution de nitrate d’argent la guérit.
Chez D ,1a cessation bruscjue de la diarrhée
contribua probablement au développement de la prostatite. Le fait suivant va nous démontrer que la suppression des hémorroïdes peut produire un effet semblable.
Siippre.'ision d' hénorrulcles anciennes. — Développement exagéré de la prostate. ~ Allongement du canal. — Plusieurs cautérisations. — Résolution de l’engorgement.
Diminution de la longueur du canal.
En janvier 1827 , un homme âgé de 61 ans, qui avait clé sujet autrefois à des hémorroïdes
fluenlcs, se présenta à M. D , docteur de
Pai'is,pour être traité de la gravelle , d’une irrilalion au col de la vessie et d’une difficulté à uriner qui allait toujours croissant depuis 1821, époque où les hémorroïdes cessèrent de fluer.
M. D tenta le cathétérisme ; ne pouvant
pénétrer dans la vessie qu’au moyen de sondes très longues , il constata que le canal avait 9 pouces 9 lignes de longueur. L’exploration du rectum lui fit aussi reconnaître que la prostate, devenue molle comme spongieuse, avait acquis le volume d’un gros œuf de poule.
M. D avait lu plusieurs observations qu’a-
vait publiées M. Lallemand , et qui rendent évidente l’efficacité de la cautérisation dans le traitement des affections chroniques de la prostate. H s’empressa de mettre à profit celle occasion pour en juger par lui-même.
Le 11 janvier, ce médecin praticjua une caulérisatlon, et laissa pendant deux minutes le caustique en contact avec la face inférieure du col de la vessie. Le malade, nous est-il dit, ne manifesta aucun signe de douleur. Le soir, vers les 9 heures, il y eut une excrétion spontanée de 4 cuillerées d’urine , ce qui n’était pas arrivé depuis G ans.
12 , dévoiement.
14 , l’cscarre se détache , quelques goultes de sang s’écoulent , le dévoiement cesse ; des don-
leurs vives se font senlir au Lcsticuje gauche qui se luméfie. Sangsues , cataplasme, tisane de chiendent.
Le 15 et les juurs suivans , la tuméfaction du j testicule et tous les autres symptômes d’irritation, diminuent d’une manière notable.
18, cautérisation au côté droit du col delà vessie; le devoiement se renouvelle avec un sentiment de douleur à la partie du rectum qui touche à la prostate.
22 , cautérisation à la partie supérieure du col de la vessie.
25 , cautérisation au côté gauche de la meme partie.
28 , des escarres se détachent , une once de sang a peu près s’écoule du canal ; le col de la vessie est excessivement sensible.
29 janvier et 1«‘‘ février , cautérisation à la partie inférieure du col vésical.
^ remarquer que , toutes les fois
i qu’une cautérisation était pratiquée , le dévoie- I ment augmentait. Cependant, la sécrétion mu- I queuse de l intestin n’était pas considérablement augmentée; c était plutôt une espèce de lencsmo.
I Lien n annonçait que l’irritation s’étendit au-delà du rectum.
J)eux heures après la cautérisation du L>- féle malade^ sans cause connue, énrouva une défaillance de peu de durée. Le lendemain,
PI
le même [)Iiénomène sc rcprotluisil à la suite d’une selle copieuse.
M. D.... . explora la prostate à travers le rectum, et trouva qu’elle avait beaucoup diminué de volume , qu’elle était presque revenue à sa grosseur naturelle.
« Avant la cautérisation, dit encore M. D...., je ne pouvais arriver dans la vessie qu’avec des sondes élastiques de 12 pouces de longueur ; celle du canal était de 9 pouces 9 lignes. Depuis les cautérisations, elle n’est plus que de 8 pouces 10 lignes. Les sondes n°® (0 et 1 1 parcourent plus facilement l’urètre que celles de petit calibre ; aucun obstacle ne s’oppose à leur introduction , si ce n’est quelquefois les contractions spasmodiques du col de la vessie. Ce qu’il y a de particulier , c’est que les urines s’échappent avant que les yeux de la sonde soient parvenus dans la vessie , ce qui porterait à croire que c’est la luette vésicale qui forme l’obstacle , et que 1 urine s’écoule du moment que la sonde l’a déprimée. »
Encouragé par ce succès, M. D praticjua
encore deux autres cautérisations , 1 une le 26 , l’autre le 28 février ; elles déterminèrent de l’irritation des contractions spasmodiques du col vésical. On suspendit ce moyen.
L’engorgement de la prostate était complètement résoiu , et le malade ^ homme intelligent.
instruit, qui s’observait avec soin, disait que , lorsque le besoin d’uriner se manifestait, il éprouvait des sensations semblables à celles qu’il ‘ressentait avant d’avoir celte maladie, cest-à-diie des sensations normales , et non cette cuisson , ces douleurs AÛves qui le tourmentaient depuis si long-tems sans relâche. Il lui semblait aussi que , lorsqu’il restait peu d’urine dans la vessie, celleci se contractait pour s’en débarrasser , mais en même teins il survenait une contraction spasmodique du col , qui eût certainement arreté 1 é— coulement urinaire si la sonde ne 1 eut lacilité. Celte contraction du col était telle , qu on ii eut pas pu retirer la sonde sans employer une force qui , sans aucun doute , eût été désastreuse.
Les spasmes du col , qui devenaient très fréquens , la douleur éprouvée dans celte partie, firent renoncer l’opérateur à de nouvelles cautérisations. Il eut recours aux lavemens émoUlens et narcotiques , aux frictions camphrées à la partie interne des cuisses, et au périnée. Du calme s’en suivit ; on en continua l’usage.
Le 7 mars , 11 jours après la dernière cautérisation, le malade rendit une longue eskare et 3 ou 4 onces de sang.
Ici se terminent les détails que nous a fournis
M. D Quoique incomplète, celte observation
mérite d’clre rapportée à cause des réflexions auxquelles elle peut donner lieu.
KÉFLEXIO.\S.
La suppression d’héniorroïdcs üucnles , suivie i do l’engorgement de la prostate, et la mandes- i|i talion d’une diari'liée reciale chaque fois que la i prostate fut cautérisée , sont autant de signes de u la liaison intime qui unit la muqueuse du rectum I et celle des voies génito urinaires. Dans son I Traild (les maladies de Ü appareil séminal , f
Lallemand traitera plus longuement de ce phénomène de physiologie pathologique.
Cette observation démontre clairement l’effîca- i cité de la cautérisation dans la cure des engor- j gemens chroniques de la prostate. Quoique cette opération eut été pratiquée d’une manière peu convenable , sa puissance fut rendue évidente par la diminution de volume de la prostate, constatée à travers le rectum , et si bien confirmée par le raccourcissement survenu dans la longueur du canal.
On pourrait objecter que , pour obtenir cette réduction dans le volume de la prostate , on a exposé le malade à une hémorragie grave , que des douleurs vives au col de la vessie , des contractions spasmodiques de Turèlre furent l’effet de la mise à découvert de quelque filet nerveux ; enfin , qu’un rétrécissement aurait pu résulter de la cicatrice de cette ulcération. Tout cela est juste, mais il ne faut pas l’ejeter sur le procédé ce qui est la faute de l’opérateur.
( /IS f
Pourquoi serait -on plus rigoureux envers la caulérisalion que pour une foule cl’auli'es moyens? <)uel est le médicament , tant soit peu énergique qui , administré à de trop fortes doses, ne produit pas des efî’ets plus ou moins désastreux ? M.
D tout occupé de prévenir la pénétration du
nitrate dans la vessie , accident tant redouté et si peu à craindre , cautérisa tantôt en haut, tantôt en bas, un jour à droite, le lendemain à gauche. Chaque fois il laissa , pendant deux ou trois minutes, le caustique en contact avec un même point du canal ; il produisit ainsi des escarres bornées en surface , mais assez profondes pour intéresser des vaisseaux capables de fournir du sang en abondance lors de la séjiaration des parties mortifiées. Une pareille manière de faire doit nécessairement procurer des rétrécissemens consécutifs. Des praticiens habiles ont provoqué de pareils accidens. Je ne saurais trop ! répéter combien cette manière de cautériser est vicieuse, afin qu’on ne rejette pas , mal à propos, un procédé dont on peut retirer les plus beaux
■ résultats.
Au lieu d’en agir comme eux , il faut promeucr le caustique à la surface des parties que • l’on croît malades, comme on le fait gcnéraletneni a la surface des bourgeons charnus des
■ plaies , il faut chercher à modifier l’inflammalion , et non a détruire l’organe Avec cette pré-
caulion , on ne provoque aucune hémorragie digne d’alLenlion. Tout ce que j’ai remarqué à ce sujet , c’est que, pendant les premiers jours qui suivent la cautérisation, les urines sont un peu sangLiinolantes , et que quelques gouttes de sang sont excrétées après leur émission.
L’observation que je viens de rapporter , et celle qui la précède, prouvent que la puissance résolutrice de la cautérisation ne borne pas ses elTets aux parties touchées par le nitrate , que la secousse instantanée qu’elle détermine retentit assez vivement dans toute l’épaisseur de la pros- i late , pour procurer la résolution de certains en- i gorgernens dont elle peut être le siège.
Nous allons voir maintenant que les bains hy--ij drosulfurés , aussi bien que la cautérisation, peu- i vent , dans certains cas, produire les effets eu- | ratifs les plus avantageux. ^
Encjorgemenl chronique de la prostate. — Déreloppemenl I exagéré de la partie intérieure de cet organe , swiu- i lant un rétrécissement. — Catarrhe uretro vésical , pro^ i hablement perles séminales. — Jltération profonde é la santé. — Bains de Baréges. — Guérison.
En 1827 , il vint à l’hôpital St-Éloi un capi [< taine d’infanterie , âgé de 44 ans environ , pou a un rétrécissement qu’il disait avoir depuis phi q sieurs années, et dont les effets , allant sans cess s
Î-! en augmenlanl , avaient été jusqu^à produire plu»sieurs rétentions urinaires complètes. Ses urines étaient épaisses , glaireuses , rendues très souvent en petite quantité chaque fois , avec beaucoup d’eflbrt et un sentiment de brûlure ; elles se décomposaient avec grande rapidité , et , répandaient une odeur infecte de chairs pourries;
dès qu’elles étaient refroidies elles laissaient i déposer une énorme quantité de matière filante qui adhérait au fond du vase , et quand on le renversait , elles s’allongeaient d’environ deux pieds avant de se détacher. La verge était excès* sivement petite et comme perdue dans les poils et les plis de la peau ; la constitution était affaiblie et profondément détériorée.
]\1. Lallemand introduisit dans le canal un porte-empreinte; il s’arrêta à 5 pouces et demi, et rapporta une lige centrale mince et allongée. Il crut alors avoir à faire à un rétrécissement ordinaire , et essaya long-tems de le franchir. Au moment où il se crut au col de la vessie , il introduisit le doigt dans le rectum pour diriger le bec de la sonde ; mais il s’aperçut bientôt que 1 obstacle au passage des urines était dû a un énorme développement de la prostate; elle avait environ 3 pouces de diamètre.
La sonde très fine dont se servit M. Lallemand , avait pénétré le tissu molasse de la prostate , et n’était plus dans le canal. Il se hâta de la re-
ïii'Ci', el cessa loiile lenlalive de cailiétérisme. Oueiques applications de sangsues , des laveinens ô])iacés calmèrent les accidens , mais n’améliorèrent pas la triste position du malade.
L’époque des eaux étant arrivée , ce malade fut envoyé à Baréges , quoique M. Lallemand n’en espérât pas grand chose , tant la maladie était avancée.
Quelques mois après , M. Lallemand ayant été visiter les Pyrénées , rencontra à Baréges ce capitaine qu’il n’aurait pas reconnu s’il n’eût pris l’initiative.
Pendant les quinze premiers jours de l’usage des eaux, l’état de ce malade s’était progressivement aggravé, il avait éprouvé une Fièvre intense et continue , ses douleurs s’étaient accrues, sui tout pendant l’émission des urines qui étaient devenues bourbeuses et sanguinolantes, A dater de cette éqoque , les accidens avaient progressivement diminué , l’appétit , le sommeil étaient devenus meilleurs , les forces plus grandes et les urines moins troubles.
En revenant à Montpellier , M. Lallemand rencontra encore le capitaine à Carcassonne ; il avait toutes les apparences de la santé, el assura qu’il était guéri. M. Lallemand témoigna le désir d’explorer la prostate , et constata , à son giand étonnement , qu’elle avait à peu près repris ses di
mentions naturelles ; les urines étaient presque transparentes.
Deux ans plus tard , ce capitaine étant venu à Montpellier , fit une visite à M. Lallemand pour lui apprendre qu’à la suite d’un second voyage à Bai’éges , la guérison s’était définitivement consolidée.
Chez le sujet de l’observation précédente , la partie postérieure de la prostate s’étant tuméfiée , refoulait en arrière le bas - fond et le col de la vessie de manière à occasicner une longueur exagérée du canal. Chez le capitaine dont il vient d’ètre question, le porte-empreinte était arreté à 5 pouces et demi ; ce n’était pas un rétrécissement qui formait l’obstacle, mais bien une énorme prostate dont la partie antérieure s était développée au point de se rapprocher de la symphyse des pubis. D’un autre côté, la vei’ge était très courte ; tout semblait s’etre combiné pour faciliicr l’eri'eur Les cas de cette nature doivent cti'e excessivement l’ai'cs; malgré cela , il est bon de les sigt^'yer aux praticiens pour les mettre en garde contie de paieilles illusions.
Ce cas est encore très curieux sous le iMpport de 1 influence salutaire que produisirent les eaux sulfureuses sur rengorgement de la prostate. Il démonti’e clairement combien ce moveu est puis-
( oO )
saiil contre les phlegmasics chroniques des organes genito urinaires. Il prouve aussi que les malades ne doivent pas se décourager, alors même que les premiers effets de ces eaux ne répondent pas à leur attente.
Au bout d’un certain teins d’usage des bains thermaux , ce capitaine éprouva vivement la secousse fébrile que produisent le plus souvent les eaux minérales , et qui est le signal d’une crise | dont les résultats sont avantageux dans le plus j grand nombre de cas.
La cautérisation seule , ou les bains sulfureux employés isolément n’ont pas toujours des résultats aussi heureux. La combinaison de ces deux moyens est souvent nécessaire. Les observations suivantes vont nous le démontrer.
Blennorhacjie ancienne , douleurs vives , symptômes ner^ veux dans l’urètre , atrophie des organes génitaux , huit légères cautérisations sans résultats , vésicatoires au périnée , bains hydrosulfurés , sudorifiques , recrudescence des accidens. — Quatre autres cautérisations , irritation très vive de l’urètre , bains simples , sangsues au rectum , tisane de goudron , pilules de Sédillot ; les symptômes se calment. — Bains d’Jrles, de Baréges , guérison.
En 1816 , le capitaine G....... fut atteint
d’une blennorhagie dont un traitement ordinaire i|
i diminua l’intensité , mais qui , pendant cinq 3 ou 6 ans , s’exaspéra de tems à autre , et dispai| rut enfin quand se manifesta la nouvelle série ^ de symptômes que nous allons exposer.
En 1822 à peu près , M. C.... ressentit pour I: la première fois dans le canal de l’urelre , de la ) douleur , des picottemens vifs et une chaleur incommode allemant avec des frissons ; symptômes que les variations atmosphériques , les mauvaises digestions rendaient plus intenses et fesaient prolonger jusque dans le rectum qui , depuis 3 ans , était le siège d’hémorroïdes non fluentes» Lorsque ces sensations insolites acquéraient leur summum d’intensité , la verge se raccourcissait d’une manière spasmodique , et semblait vouloir rentrer dans le bassin.
M. G.... voyant de jour en jour ses organes génitaux tomber dans un état de faiblesse grave , consulta plusieurs praticiens de la capitale ; l’un vit une névralgie , un autre un rétrécissement La dilatation et huit cautérisations qui portèrent en avant du col furent pratiquées ; aucun effet avantageux ni défavorable ne résulta de ce traitement. Un troisième praticien crut à une affection rhumatismale.
M. Delpech partagea cette dernière opinion } 3 vésicatoires volans au périnée , bains hydrosulfurés tousles deux jours, pilules d’extrait de salsepareille. Bientôt des douleurs vives se firent sentir
clans la vessie et au col vésical ; les urines prirent une teinte noirâtre , et au bout de cjuelques jours , elles furent sanguinolanles. Il crut alors à une maladie de la prostate ; 4 cautérisations au col de la vessie en peu de jours , bains simples.
Le surcroît d’irritation produit par le c<Kislii[ue ne se calma pas; on substitua des bains hydro- . sulfurés aux bains simples ; la sensibilité de l’urè- Ire s’exhalta au point cjue les plus petites sondes ne t purent, plus cire tolérées. L’émission des urines i était assez aisée , mais elles déposaient un sé- r diment sabloneux , des globules rougeâtres et une t matière floconneuse. Eau de goudron ; potion de Choppait. I
4 décembre, M. Lallemand prit le service , ex- ! plora la prostate à travers le rectum , et la trouva } j)lus grosse que dans l’état normal , et surtout 1 très douloureuse ; il s’aperçut que les leslicules ^ du malade étaient réduits au volume d'un haricot. | 20 sangsues à l’anus ; soulagement. !
6, 10 sangsues à la partie antérieure du rectum, au moyen d’un spéculum convenablement disposé, l’icoulemenl de sang abondant ; tisane de goudron j avec magnésie. Les jours suivons , amélioration ! notable.
27 , la prostate est revenue à peu près à soni) volume normal ; les douleurs persistent au col dcîl la vessie; on soupçonne la sy{)hilis ; une pilule de Sédillot matin et soir. '
1 I janvier 1832 , M. C esl en proie à une
g. grande irislesse; il se livre au plus affreux désesq: poir,el cependant il souffre moins. ( Il esl le seul d héritier d’une famille riche , et désire de la pos- J té ri té).
r !«*■ février , toujours même état ; séton au péi rinée. Les quelques premiers jours qui suivent i cette application , les douleurs diminuent un peu ; le malade ne se plaint pas moins. En mars , il se rend aux eaux d’Arles.
Quelque tems après , M. Lallemand apprit d’une personne à qui il avait recommandé M.C...,
I que les eaux minérales avaient beaucoup calmé les douleurs du col de la vessie, du périnée, etc., qu’un changement des plus avantageux s’était opéré chez lui.
L’année suivante , un élève en médecine , qui avait rencontré le malade à Baréges , rapporta que les eaux sulfureuses avaient presqu’enlièremenl dissipé les douleurs dont les organes génito urinaires avaient été si long-tems le siège. Plus lard , des parens de M. C. . . . racontèrent à M. Lallemand que le malade était revenu à la santé , qu’il avait repris de l’embonpoint et s’était de nouveau mis à la tête de sa compagnie, quoiqu’il restât chez lui un fond de tristesse dont il leur était impossible de concevoir le sujet. La cause de cette mélancolie , la source de ces symptômes
moraux, étaient dans l’impuissance où une altrophie des testicules avait jeté ce capitaine.
Si les praticiens qui s’obstinent à ne pas vouloir admettre la cautérisation dans leur pratique, voulaient bien réfléchir sans prévention sur la série de circonstances qui constituent l’observation que nous venons de rapporter , ils se convaincraient que l’introduction du nitrate d’argent dans les voies urinaires est loin d’être aussi téméraire qu’ils le pensent ; ils verraient qu’ils emploient familièrement une foule de moyens plus aptes que la cautérisation à produire des effets i fâcheux.
Huit cautérisations furent pratiquées par un , médecin de Paris ; elles ne procurèrent, il est vrai, , aucun soulagement ; cela tint à ce qu’elles ne por- i tèrent pas sur la prostate; elles furent faites sur la portion membraneuse du canal , et si aucun accident ne résulta de leur trop grand nombre, , c’est qu’elles furent légères , de peu de durée , ,
comme l’a très bien remarqué le malade.
Les vésicatoires ne furent pas seulement inutiles comme les cautérisations ; ils déterminèrent de graves symptômes d’irritation vésicale. Les accidens provoqués par ce traitement démontrent l’inoportunilé de l’emploi des cantharides quand il existe des irritations des organes genito uri- '
naires. Ils fonl voir aussi que les bains sullurcs ne peuvent point, sans danger, etre mis en usage durant toutes les phases des phlegmasies. Autant ils furent nuisibles quand l’irritation était encore aiguë , autant ils furent efficaces pour la faire disparaître et régulariser la sensibilité du canal cpjand les évacuations sanguines eurent produit l’état chronique.
Sachant comment M. Delpech cautérisait, je suis loin de m’étonner que les quatre cautérisations qu’il pratiqua aient pu exaspérer la sensibilité du canal ; il tirait sa montre pour calcul<^r le tems qu’il jugeait nécessaire au caustique pour produire son effet. Une pareille manière de faire expose à des destructions profondes des parois du canal, à des hémorhagies, à des rétrécissemens consécutifs.
Je ne passerai pas sous silence l’influence exercée sur lestesticules par l’irritation et les douleurs dont l’iirètre fut si long-lems le siège chez ce malade, la transmission directe de cet état pathologique aux glandes séminales, enraya leur action oi’ganique , détermina leur atrophie. Les exemples analogues à celui-là ne sont pas rares. Un officier traînait depuis long-lems un léger suintement, reste d’une blennorhagie. Un hydrocèle volumineux se développa. Ce militaire vint à l’hôpital St-Éloi réclamer des soins. M. Lallemand I opéra de l’hydrocèle par l’injection. L’inflam-
maiion produite par le vin cliaud sur la lunitpie vaginale et le testicule s’étendit au canal et produisit un écoulement urétral assez abondant. Api'cs avoir marché avec rapidité pendant rpielque tems , l’absorbtion de répmchemenl sero-purulent de la tunique vaginale s’arrêta. Les choses étaient ainsi stationnaires depuis une (juinzaine de jours , quand cet officier demanda à êtrecautérisé pour ce reste d’écoulement blennorrhagique qui ne se dissipait pas. La cautérisation fut pratiquée ; au bout du tems ordinaire , il ne resta plus de traces de la blennorhagie , et à dater du moment où le caustique fut porté sur la muqueuse «rétro prostatique , l’absorbtion ptil une activité étonnante , et, en un tems fort court, le sac séreux du testicule fut complètement débarrassé.
Blennorhagie. — Inflammation chronique du col vésical, gonflement de la prostate pris pour des tubercules , catarrhe vésiccd , irritation des vésicules séininales. — Cinq cautérisations; la cinquième suivie d’hémorrhagie grave. — Bains de Bagnères de Ludion , eau de goudron, lavemens narcotiques, Guérison.
En 1(320, M. de P contracta une blen-
norrhagie qui, pendant six mois , fut très intense et accomjiagnée de douleurs vives à la prostate. Au bout de ce tems, l’écoulement devint limpide , niant, se réduisit à peu de chose; mais une dit-
ficullé cl’urlner, que le malade éprouvait de lerns à autre depuis la manifestation de l’uretrite, persislait et semblait même augmenter. Celte irrilalion chronique fut complètement négligée pendant
quatre ans. Durant ce laps de lems , M. de P.... se maria, et, peu apres celte dernière circonstance, une gêne plus grande , presque continue, survint dans l’excrétion des urines , qui déposaient un sédiment floconneux comme la neige, et jaune , tandis qu’une couche onctueuse suinageait à leur surface.
M. de P vint à Montpellier consulter M.
Delpech, qui le sonda , explora le rectum et reconnut un engorgement de la prostate. Des sangsues au périnés , des vésicatoires aux cuisses furent appliques , des bains d’eau de mauve , des lavemens émolliens et narcotiques mis en usage; un régime adoucissant fut scrupuleusement observé pendant trois mois et demi. La position du malade s’étant beaucoup aggravée sous l’influence de ce traitement , on l’envova dans les Cevennes, où il resta jusqu’au mois d’octobre.
M. de P ne quitta les montagnes que pour
revenir à Montpellier se livrer encore aux soins du même praticien, qui, celle fois , rapporta les dépôts urineux à la fonte de tubercules scrophuleux qu’il disait se développer dans la prostate > et dont les détritus se vidaient dans le canal. Le malalle de fer, la décoction de gentiane furent
infruclucusemenl employés pendant trois mois.
Enfin , on en vint à la cautérisation de la vessie. Peu de jours après que cette cautérisation eut été pratiquée , le malade se trouva mieux. Une deuxième , une troisième opération suivirent de près les précédentes ; elles portèrent sur la portion membraneuse de Purètre , et ne procurèrent que de la douleur. Une quatrième fut faite au col ; elle donna lieu aux mêmes effets que les premières. Une cinquième fut pratiquée au même point ; elle fut longue et vigoureuse , d’après la remarque du malade.
Deux jours après cette cinquième cautérisation, les urines furent fortement colorées par le sang ; la rétention complète d’urine arriva. M. Delpech en vint au cathétérisme, et les urines ne coulèrent pas ; des caillots de sang s’étaient formés dans la vessie. On pratiqua , dans ce viscère , des injections qui facilitèrent l’issue de beaucoup de sang caillé. On eut recours à la saignée , aux bains prolongés. Pendant quatre jours, on en fut réduit à ces expédiens. Au bout de ce tems , le malade ne put plus supporter la présence de la sonde ; elle fut retirée. Après vingt-deux jours de
souffrance , M. de P quitta le lit, conservant
de cette cautérisation trop prolongée une douleur excessivement vive , accompagnée de spasme du col de la vessie d’autant plus forts , plus ener-
giques, que les urines élaienl plus chargées , plus bourbeuses.
M. de P.... fut renvoyé chez lui par M. Delpech , qui lui assura que cet état de spasme disparaîtrait avec le tems, pourvu qu’un régime adoucissant, sévère , fût observé.
Le malade s’abstint de coït ; il observa scrupuleusement les lois qu'on lui avait imposées , et cependant il ne guérit pas; il dit pourtant que, de tems à autre , il éprouvait des améliorations.
Au mois de juillet 1825, M. de P vint
consulter M. Lallemand. Il présentait les symptômes que nous allons exposer :
Le coït ne pouvait être pratiqué qu’à de longs intervalles , et l’éjaculation était prompte ; l’érection occasionait des douleurs vers la prostate qui était dure, engorgée; le besoin d’uriner était fréquent; l’excrétion urinaire un peu gênée , et légèrement douloureuse quand les urines élaienl claires , elle était plus difficile et occasionait la sensation de charbons ardens dans tout le canal quand elles étaient bourbeuses; le méat urinaire était toujours humide ; il s’en écoulait une matière filante et limpide dont la quantité augmentait a mesure que le malade souffrait davantage. Dans ce dernier cas , le bout du gland, le prépuce s excoriaient. Cette irritation guérissait avec la meme facilité qu’elle se reproduisait.
Le malade avait remarqué que , toutes les fois
qu’une inilalion se manifeslail sur un point de son économie autre que la membrane muqueuse génilo urinaire, il éprouvait un soulagement notable. M. de P était excessivement impres-
sionnable.
M. Lallemand envoya M. de P .... aux eaux de Ludion, qui firent disparaître le catarrhe vésical. De retour chez lui , le malade écrivit b son nouveau médecin : «Le catarrhe de la vessie a disparu ; mes urines ne déposent plus ; je ne ressens maintenant (ju une légère résistance au col quand rémission urinaire commence. » M. Lallemand conseilla l’usage de l’eau de goudron , des lavemens narcotiques. Quelque tems après, M. de P... raconta à M. Lallemand que ces derniers moyens avaient complété la cure , que le coït était bien moins prompt et plus souvent répété.
La blennorrhagie , qui fut la source de tous les
autres symptômes observés chez M. de P ,
dut être bien intense , puisqu’elle s’étendit à la trame celluleuse de la prostate. Comme tant d autres malades , M. de P.... comViattit avec ardeur la maladie tant qu’elle fut aiguë ; mais une fois qu’elle eut pris la forme chronique , il ne jugea pas devoir s’en occuper d’avantage. Insensiblement la prostate augmenta de volume ; la gene d uriner devint plus grande ; un catarrhe vésical sunint.
et l’irritation s’étendit enfin aux organes excréteurs de la nrialière séminale. Il est extrêmement rare que ces diverses afiéctions restent long-lems isolées , surtout après les blennorrhagies. Ces or« ganes sont trop voisins et ont des rapports trop intimes pour qu’il puisse en être autrement. Il peut bien y avoir prédominance des symptômes urinaires ou spermatiques, mais rarement il y a isolement parfait de l’un ou de l’autre.
On a vu dans celte observation une médication anliplilcgi^tique , continuée pendant trois mois , aggraver notablement l’état pathologique des organes genilo urinaires. Des toniques auxquels on eut recours ne produisirent aucune amélioration. Dans les cas de celte nature , il faut un agent énergique qui agisse d’une manière directe sur les parties malades , et modifie brusquement leur vitalité. M. Delpech le sentit bien ; il pratiqua la cautérisation , mais il laissa trop long-lems le caustique en rapport avec un même point du can d. De celle manière de faire résulta une escarre bornee en surface , mais profonde , cl, par suite, une hémer hagie inquiétante survint. Il n’en eut pas ete ainsi si 1 on n eut fait que promener le nitrate a la surface des parties.
M. de P ressenlaii. vivement la douleur brû-
lante que les mucosités vesico prostatiques déicnninaienl au col de la vessie quand l’émission ui Inairc louchait à sa fin. Chez ce malade, deux
causes puissantes tendaient à produire ce résultat : d’abord l’irritation vive où se trouvait le point cautérisé après la chute de l’escarre , et en second lieu , les qualités irritantes dont jouissaient les sécrétions de la prostate, de la vessie , et la matière qui constituait le suintement urétral. Comme certaines fleurs blanches dartreuses , ces matières excoriaient la peau.
M. Lallemand , bien convaincu que la cautérisation la mieux pratiquée peut devenir nuisible quand elle porte sur des parties déjà trop souvent et trop vigoureusement cautérisées, se garda bien d’y avoir recours ,* il conseilla l’usage des bains sulfureux , et on a vu qu’ils avaient très avantageusement modifié les sécrétions de la muqueuse genito urinaire , et qu’ils ne laissèrent que très peu à faire à l’eau de goudron et aux lavemens caïmans , pour compléter la guérison.