Observations grammaticales sur des chartes françaises d'Aire en Artois
Les observations que je soumets à rAcadémie portent sur des actes originaux publiés dans le tome XXXI de la Bibliothèque de l'Ecole des chartes. En remerciant M. François Morand, qui avait bien voulu me les communiquer, j'annonçais mon intention d'en tirer, pour la langue delà Picardie, des observations analogues à celles que les chartes de Joinville m'avaient fournies pour la langue de la Champagne. Si j'ai le désir de voir ce nouveau travail admis dans le recueil des Mémoires de l'Académie, c'est dans l'espoir d'obtenir ainsi un encouragement à poursuivre les mêmes études sur des chartes originales appartenant à d'autres régions de la France.
Je persiste à croire, en effet, que des textes ayant une origine certaine de temps et de lieu fourniront les meilleurs éléments d'une grammaire de notre ancienne langue. Hâter la publication exacte de ces textes, c'est déjà rendre service à la science ; et un recueil qui en réunirait un choix suffisant pour tous les dialectes de langues à'oil susciterait tant de travaux utiles qu'il ne serait peut-être pas indigne de l'Académie de l'entreprendre elle-même. Mais je me contente de hasarder cette pensée, sans y insister davantage, et j'aborde l'examen spécial qui fait l'unique objet de ce mémoire.
L'article singulier masculin est toujours li pour le sujet, « li capitles » (A 3), le pour le régime direct, « faire le service » (A 15). On employait aussi le pour du, « les drois le prestre » (A 13). L'élision de li devant une voyelle était facultative, « li uns » (A 11), .« Stevenes l'Escans » (B 3) ^ L'élision de le se faisait comme dans la langue moderne , et quand cette élision avait lieu, les prépositions de et à restaient comme aujourd'hui distinctes de l'article. Quand le mot suivant commençait par une consonne de le et à le se contractaient en du et en au. On trouve aussi del pour du ; la forme del se présente plus fréquemment que du dans les huit premières chartes (neuf fois contre six) ; elle paraît deux fois ^ contre douze dans la neuvième, et ne se retrouve plus dans les huit dernières, qui offrent plus de quarante exemples de la contractio-n du.
Je n'ai pas noté une seule fois al pour à le ; c'est la forme au qui se présente exclusivement ; et la première charte en contient jusqu'à six exemples. Au contraire, j'ai trouvé cinq fois seulement ou pour en le (J 61, 61 et 62 ; S 85 et 102), et une fois u (L 8), tandis que el se présente plus de quarante fois depuis la première charte jusqu'à la dernière.
L'article pluriel masculin se comporte comme dans la langue de Joiuville ; je dois faire observer seulement que à les se contracte habituellement en as.
Un des caractères distinctifs de la langue des chartes d'Aire, c'est que l'article féminin singulier fait au sujet li comme le masculin. Dans les chartes de JoinviUe on trouve quelques rares exemples de Uom lieu de la ; dans les chartes d'Aire, la ne paraît pas, même à titre d'exception, et li s'y présente trente-trois fois; un copiste y a substitué trois fois, par erreur, la forme le (S 71, 72 et 97), ce qui donne en tout trente-six passages où l'article féminin singuher est employé au sujet sans que la forme la se produise une seule fois. EUe ne se rencontre pas davantage au