‹ Observations grammaticales sur des chartes françaises d'Aire en ArtoisChapitre 2 sur 14 · Escans est le sujet de notre mol échanson · texte numérisé non relu

Escans est le sujet de notre mol échanson

2. « Del dit hospital » (J 71 et 92); on peut y ajouter « del hospital » (J 15 et 34), si l'on admet avec M. Boucherie que la lettre h empêche l'élision dans l'ancienne langue vulgaire. Le même acte contient « de l'ospital » (J 35 et 55).

régime ; car on ne doit pas tenir compte d'une erreur commise dans un passage où la se trouve combiné avec le relatif qucle (L 24). Partout ailleurs le est la forme constante de l'article féminin singulier employé au régime : j'en ai noté deux cent quatrevingt-un exemples.

Quoique la forme le soit commune à l'article masculin et au féminin, il existe cependant entre l'un et l'autre deux différences; la première, c'est que le article féminin pouvait ne pas s'élider, la seconde, c'est qu'il ne se contracte pas avec les prépositions de, à ei en. Je citerai pour la non élision « de le incarnation » (F 42 et K 26); mais en avertissant que les cas d'élision sont beaucoup plus fréquents. Ceux de non contraction, comme «de le Haie^ de le » dime (A h, B 4), à le messe, à le capelerie (A 20 et 30), en le » besoigne, en le rente (A 17, C 17)» sont des plus nombreux. Il ne faut pas considérer comme une exception, mais comme une faute, l'article contracté ciel devant Viévile (D 5) ; en effet, le même acte contient deux fois l'article non contracté de le devant Fee^vile (D 1 et 3). Puisque l'article féminin le ne se contractait pas avec les prépositions de, à ^i en, on en peut conclure qu'il avait un son moins sourd que l'article masculin le, qui s'effaçait plus ou moins dans les formes contractes du, del, au, el et ou.

Au pluriel, l'article féminin faisait au sujet les, tandis que le masculin faisait H ; mais le régime les était commun aux deux genres, ainsi que les formes contractes des, as, et es pour en les.

La déclinaison des substantifs paraît soumise aux mêmes règles dans les chartes d'Aire que dans celles de Joinville. La lettre s est le signe du sujet singulier pour les substantifs masculins ; cette règle subissait quelquefois une exception pour les mots qui avaient au sujet, même sans 1'^ finale, une forme suffisamment distincte de celle du régime. On écrivait indifféremment au sujet sire (C, 1, 27 ; E, 17, 23), ou sires (F 1, 4 ; G 3 ; H 84), parce que ces deux formes du sujet ne pouvaient se confondre avec le régime signeur (A 31, 43) ^ On n'avait pas non plus besoin d'ajouter une s au sujet hoyn (N 7) pour le distinguer du régime homme (H 12) ; à plus forte raison pouvait-on s'en dispenser pour le ^u]eiSaire (Q 27, 43 et 51), nom propre dont

1. On aurait pu aussi écrire ber ou bers\ mais au lieu de ceUe forme bieu connue, je n'ai rencontré que le sujet barons (G 3).

le régime était Sarrain (R 5) . Néanmoins l'usage le plus ordinaire était d'écrire cette espèce de sujets avec une s ; c'est la seule orthographe sous laquelle se présentent les mots « maires, » (G 33), procureres (P 38, Q IG), Hues (M 70). » J'incline à croire que les mêmes règles s'appliquaient aux substantifs féminins qui ne se terminaient point par un e muet : le sujet sueur (B 3) serait donc régulier comme se distinguant suffisamment du vegime sereur ; au contraire, ce serait par erreur que le mot maison, au sujet, aurait été écrit deux fois sans 1'^ finale (S 18 et 17), tandis que l'orthographe régulière aurait été suivie pour les sujets « oirs (B 12), communités (G 34), doimisons (P 22, » Q 12). » Toutefois, il ne serait pas impossible que l'influence de l'étymologie autorisât la suppression de Vs dans les mots qui en latin ne se terminaient point par une s au sujet singulier; mais cette explication serait plus admissible pour les textes antérieurs à la seconde moitié du treizième siècle.

La déclinaison des substantifs au pluriel est la même que dans les chartes de Joinville; celle des adjectifs, tant au singuher qu'au pluriel, ne donne lieu non plus à aucune observation nouvelle.

J'ai noté dans les chartes d'Aire quatorze exemples du pronom personnelle, et quarante-cinq de la forme Jo2^, dont l'équivalent Jm se présente une seule fois dans les chartes de Joinville. En outre, il n'est pas rare, dans les chartes de Joinville, que Ve de Je s'élide devant une voyelle, tandis que dans les chartes d'Aire je n'ai point observé que cette élision se fît ; j'ai même remarqué que dans les cas où elle aurait pu se faire, la forme joii s'employait plutôt que l'autre. D'où l'on peut conclure que le son du pronom personnel y était plus sensible. Je crois encore, sans pouvoir l'affirmer, qu'on préférait la forme jou quand il y avait lieu d'appuyer davantage sur la prononciation. Ainsi Jou se rencontre dix-sept fois devant des noms de personnes qui sont parties principales dans les actes, « jou Jehans, jou Bauduins, » jou Beatris, » etc., tandis que Je n'est employé que quatre fois dans des cas analogues. J'ai rencontré une fois « je et mes » oirs (M 73), » ou, comme nous dirions aujourd'hui, « moi et » mon héritier ; » mais, à côté de cet exemple unique, j'ai noté seize fois Joii au lieu de Je dans des phrases où nous mettrions plutôt 7noi, afin d'attirer davantage l'attention sur le pronom (D2; J3, 13, 87, 89; K 9, 13 ; M 4, 20, 31, 86; N 35, 65, 71,

73, 75) ; c'est seulement lorsque le pronom est immédiatement réuni au verbe dont il est le sujet qu'on emploie indifféremment je ou jou dans les chartes d'Aire : « je viverai (J 13, 24, 75, » 87, 89) ; je wel (K 6) ; je pri (K 11) ; » ou bien : « wel jou » (J 94); jou tenoie (M 7, 11); jou pris (M 40); jou yendi (M 26); » jou oblege (K 14), » etc.

Au régime, le pronom de la première personne se présente sous deux formes, me et mi. Comme dans la langue actuelle, me est un régime tantôt direct, tantôt indirect, toujours placé avant le verbe : '< jou me tenisse (M 48) ; me furent preste (N 41). » J'ai noté seize fois 7m sans rencontrer une seule fois moi, tandis que moi se présente à l'exclusion de 7ni dans les chartes de Joinville. Mi est toujours précédé d'une préposition « à, de, par, » pour, devant, apriès ^ » Au pluriel, on trouve pour le sujet et pour le régime nous, qui n'est jamais remplacé par nos.

Toutes ces observations sur le pronom de la première personne s'appliquent au masculin comme au féminin ; il en serait probablement de même des différentes formes du pronom de la seconde personne, si les chartes d'Aire en fournissaient des exemples ; mais je n'y ai noté que le régime vous (J 3).

Pour la troisième personne, on trouve au singulier masculin le sujet il (C 26), le régime direct le (G 15), ou avec élision l' (H 60) et le régime indirect H, tantôt précédé d'une préposition (G 23), tantôt mis avant le verbe sans préposition (G 58, 60 ; J 29 ; P 21, 23 ; Q 11), et rarement remplacé par lui (Mil). Il faut J ajouter le pronom refléchi se (F 6), dont la forme soi ~ ne se présente pas dans les chartes d'Aire ; mais H pouvait avoir, comme dans la langue de Joinville, le sens réfléchi: « Et avons » en chouvent entirement, et cascuns par li, à warandir tout le » manoir devant dit (G 22). v>

Au pluriel on trouve le sujet il (A 12), le régime direct les (H 58), qui pouvait se placer après le verbe « tenir les (J 101) ; » deux régimes indirects, aus (E 8), et leur {k?>'S), rarement remplacé par /o?" (PI. 18), enfin le pronom refléchi se (S 55). Dans les chartes d'Aire, aus pluriel de li est toujours précédé

1. On doit supposer qu'on l'employait aussi sans préposition, après un impératif : « attend mi, parle mi >i.

2. Il est probable qu'on devait dire plutôt si par analogie avec mi, et que par la même raison ti se disait au lieu de toi.

d'une préposition « à au^ (H 73), d'.aus (H 74), par aus (F 26), » pour aus (0 7), entr'aus (J 73), par devant aus (E 8). » Comme li, ce pronom pouvait avoir le sens réfléchi : « Et doivent » li maistres et li frère jesir par aus en un lui, et les femes en » un autre (J 60). » Les mots par aus, qui signifient à, part, sont la traduction littérale de la locution 'pGr se, fort usitée dans le latin du temps comme dans l'ancienne latinité. Leur précède toujours le verbe sans être accompagné d'une préposition (A 33, E 27, G 11, 36, 38). Il est permis de supposer que leur pouvait aussi, comme dans les cliartes de Joinville, s'emploj'er avec une préposition et prendre le sens réfléchi, de même que aus pouvait suivre ou précéder un verbe comme régime direct ; mais aucun exemple ne confirme ces suppositions.

Au féminin singulier on trouve le sujet ele (J 30), le régime indirect li (S 111), qui se prenait au besoin dans le sens réfléchi, par li (S 8, 91, 135), le pronom réfléchi ordinaire se (S 104) et enfin le régime direct le (A 39), qui est comme l'article féminin le un caractère propre à la langue des chartes d'Aire. Au pluriel on trouve eles, soit comme sujet (S 43, 45), soit comme régime (Q 53, S 135), puis le régime direct les (C 19, 27, etc.)^ et le régime indirect leur (Q 55). Je n'ai pas relevé d'exemple du pronom réfléchi se au féminin pluriel ; mais on peut regarder comme certain qu'il s'employait sans distinction de genre et de nombre.

Pour les pronoms possessifs masculins, on trouve : V au sujet singulier, ones (K 9)*, ses (B 13), nos (F 4) et lor (H 11), dont l'équivalent leur devait certainement être usité au même cas ; 2° au régime, le mien (N 85), mon (B 6) et souvent meii (C 31), son (A 39) et souvent se7i (B 13), no (A 6) ou nostre (A 43), leur (A 26) ou lor (H 23). Les formes correspondantes du pluriel sont : r au sujet, mi (J 87), no (0 3), auxquelles on peut ajouter par analogie si ou sut, leur ou lor, li raien, li sien et probablement li nostre^; 2°aurégime, mes{C\'S), ses{k9), lessiens (H 46), nos (A 42) ou noz (D 5), leur (E 8), les leur (N 85),

1. Les, régime féminin, pouvait se placer après le verbe: « mètre les du tout hors de le maison » (J 78).

2. Au lieu de mes sire ou mes sires (H 10 et 31) on trouve quelquefois me sire (E2) ou me sires (F 4): c'est parce que le pronom est comme soudé au mot sire qu'il subit cette altération.

3. Cependant au singulier, nostre ne se rencontre qu'au régime et devant le mol Signeur.

lor (H 65). On trouve aussi avec 1'^ finale, mais contrairement à l'usage du temps, un exemple de leurs (J 41) et un autre de lors (M 21). Les chartes de Joiuville ne fournissent pas d'exemple des régimes singuliers men et sen ; on n'y trouve pas non plus le sujet singulier nos et le régime no ; mais ces deux formes s'y retrouvent au pluriel, savoir no pour le sujet et nos pour le régime.

Ce qui distingue plus nettement la langue des chartes d'Aire de celle des chartes de Joinville, c'est l'emploi constant dans près de soixante exemples, àe me et de se ' au lieu de ma et de sa, tant au sujet singulier, « se feme ki me sueur fu (B 3), » qu'au régime « me dame Bieteris se feme (E 7). » On trouve en outre au singulier, comme sujet, leur (N56) ou lor (M 76); comme régime, le sieiie (A 9), no (L 10); leur (N 14), lor (L 21); puis au pluriel, les régimes mes (N 16), noz (D4), leur (J 63), lor (M 33).

Le pronom démonstratif dérivant de hic ille se présente très souvent dans les chartes d'Aire; en voici les différentes formes : au sujet singulier masculin, cil (G 24); au régime, cel (A3), chcl (P 2), celi (G 38), cheli (S QQ), celui (H 12), chelui (N 94); au sujet pluriel masculin, cil (M 36), chil (Q 1); au régime, ceus (D 2, cheus (J 1), ciaus (El), chiaus (0 1), chaus (A 5) ; au sujet singulier féminin, celé (J 27); au régime, celé (B 12), celi (G 5); au régime pluriel féminin, cheles (S 100). Le pronom démonstratif dérivant de hic iste se rencontre sous les formes suivantes : au régime singulier masculin, cest (F 14), chest (Q 1) ; au régime singulier féminin, ceste (H 22), cheste (Q 25) ; au sujet pluriel féminin, ces (A 41), ches (P 13); au régime, ces (A 5), cha (G 1). Les formes où le c est remplacé par ch sont les seules qui ne se rencontrent pas dans les chartes de Joinville.

Les formes qui et que du pronom relatif deviennent ki et ke dans les chartes d'Aire, l'une pour le sujet, l'autre pour le régime des deux genres et des deux nombres. J'ai noté une seule fois gz« au sujet pluriel féminin (G 50). On trouve aussi «qui Dix assolle (K 5) ; » mais là qui répond à que, et représente la forme

1. L'e pouvait s'élider : « de s'ame » (P 5, Q 9). C'étail évidemment une seule el même loi qui avait réglé la forme de l'article féminin le, du pronom personnel féminin le, et des pronoms possessifs féminins me et 5e.

cui, dont les chartes d'Aire contiennent trois autres exemples

« de cui li devant dit tienent (E 17), à cui nous prestames

» (H 46), en cui signourie (M 67). » Au lieu de ke. on trouve aussi k' devant il (B 6 et 8), et c devant o« ^ (B 5, F 9).

L'article combiné avec le mot quel produit, dans les chartes d'Aire, les formes suivantes : au sujet singulier masculin, liqués (G 57, 60, 61); au régime delquel (F 6), duquel {S 79), auquel (J 12), lequel (H 52); au sujet pluriel masculin, liquel (D 10), desquels (S 91), desqiieus (F 35), lesquels (D 6), lesqués (C 10) ; au sujet singulier féminin, liquele (P 6, R 6) ; au régime, lequele (F 13), qui se présente huit fois contre une fois laquel (L 24) ; au sujet pluriel îèmmm,' lesqueles (D 14); au régime, asquelcs (F 22), et lesqueles (E 12), qui se présente cinq fois contre une fois lesquels (H 37), On voit que l'article combiné avec le mot quel conserve au singulier féminin, pour le sujet, la forme li, dont les chartes de Joinville fournissent un seul exemple; et pour le régime, sauf une exception isolée {laquel, L 24), la forme le, que les mêmes chartes n'emploient jamais.

On peut signaler pour ce pronom une autre différence entre les chartes de Joinville et celles de la ville d'Aire; c'est que la désinence du féminin, qui est rare dans les premières, se présente dans celles-ci dix-huit fois sur vingt.

Mais, pour les autres pronoms ou adjectife qui étaient des deux genres en latin, à cause de leur désinence en is ou en ens, ily a généralement accord entre les deux recueils de chartes, c'est-àdire que, sauf l'adjectif présentes, qui prend la désinence du féminin, \'e muet ne s'ajoute pas au féminin à la fin des mots « grant (C 7), grans (J 48), loial (A 32), seans (G 6), gisans (E » 11, F 8, H 7, L 8, M 8), autel (E 27), tel (B 16). » J'omets de citer huit autres passages où tel est employé au régime féminin ; on n'y voit pas tele ou telle, que les chartes de Joinville offrent par exception.

Aux mots que je viens de citer il faut 3iow.iQv paians , qui garde aussi la terminaison du mascuhn, quoiqu'il soit au féminin, dans la phrase suivante : « Li devant dite Beatris rendi et donna

1. ]1 doit être bien entendu qu'on ne trouve, ni dans les chartes ni dans les manuscrits, k'il et c'en, avec apostrophe; on n'y trouve pas non plus d'accents, et les mots n'y sont pas toujours séparés comme le sens l'exige : en pareil cas une reproduction matérielle des textes offrirait plus d'inconvénients que d'avantages.

» à cascune des persones desus nomées les teres si comme eles » sont desus dites yretavlement, parmi les rentes palans devant » dites cascun an (S 42). » Le sens oblige de traduire imians par devant être payées, et par conséquent je préfère y reconnaître un de ces participes à suffixe et à sens de gérondifs qui n'avaient que l'apparence des participes présents. Il semble que dès lors on les confondait avec ces derniers participes, puisqu'on s'abstenait de leur donner la désinence du féminin, comme on l'eût fait si l'on eût conservé la trace de leur dérivation du participe en dus, da, dum ^

La plupart des pronoms indéfinis dont les chartes de Joinville fournissent des exemples se retrouvent dans les chartes d'Aire, sous des formes à peu près identiques ; je me borne donc à avertir qu'au lieu du sujet pluriel tuit on y trouve toujours tout (H 9, L 12, Q 1, R 1, SI). Quant aux noms de nombre j'ai à signaler : 1° le régime deus (E 34) ou deux (M 16), qui n'alterne pas avec la forme dous, comme dans les chartes de Joinville ; 2° un exemple unique du sujet masculin doi dans la phrase suivante: « Li doi cent libre ^ devant dit seront tout à une fois rendu (H 28). »

La forme des verbes dans les chartes d'Aire est généralement la même que dans les chartes de Joinville. Au lieu de revenir sur un sujet qui ne donnerait lieu à aucune observation nouvelle, j'ai cru préférable de dresser la hste de ces verbes dans l'ordre de la conjugaison, afin qu'on puisse comparer facilement ce tableau avec celui qui est joint au Mémoire sur la lai.gue de Joinville.

On pourra voir que la terminaison iemes est plus ordinaire que la terminaison iens, à la première personne du pluriel des imparfaits et du conditionnel ; ce qui est l'inverse dans les

1. L'exemple que je cite ici doit être rapproché de ceux que j'ai discutés dans le Mémoire sur la langue de Joinville. Je ne crois pas qu'on puisse les expliquer par ces participes présents qui s'employaient dans la bonne latinité avec le sens en apparence rédéchi ou passif, comme equo vehens, pour equo vectus ou se vehens. J'aimerais mieux dans ce cas donner à vehens le sens neutre; mais en admettant qu'il faille expliquer cette locution, comme dans les dictionnaires, par le sens passif ou rétléchi, je n'y retrouverais pas le sens d'obligation à remplir qui existe dans nos anciens participes à suffixe et à sens de gérondif.

2. On trouve ailleurs (D 10) libre au sujet pluriel masculin; ce'qui empêche d'y voir un neutre, c'est que dans la même charte le môme mot est écrit quatre fois avec une s finale au régime pluriel (D 4, 7. 8, 9).

chartes de Joinville. Je puis signaler aussi quelques présents du subjonctif d'une forme particulière : « Lieveche, prenge, empor- » chent, lievechent. ^

J'ai compris dans ce tableau les participes, et l'on pourra se reporter ainsi aux passages où l'accord de ces participes a lieu, soit avec le régime direct, soit avec le sujet. J'avertis d'avance que l'accord avec le régime qui suit le verbe est fort rare ; je n'en ai trouvé qu'un seul exemple, dans la charte F (Kgnes 20 et 21). L'accord avec le régime qui précède le verbe est moins rare, sans être constant ; la plupart des exemples en sont fournis par la formule de l'apposition du sceau : « J'ai {ou nous avons) ces pre- » sentes letres seelées. »

J'ai constaté que, dans les chartes de Joinville, le participe d'un verbe réfléchi s'accordait avec son sujet, et qu'on disait : « Me suis apaisiés, » c'est-à-dire apacatus. J'ai montré que par une conséquence naturelle on faisait rapporter au sujet du verbe réfléchi des mots que nous considérons comme se rapportant au régime, par exemple : « Je me teinapaieiz,» apacatus. Mais en citant cette locution j'ajoutais qu'il ne faudrait pas lire : « Je mè » tein à paieiz, » parce que la préposition à ferait du participe un régime. M. Boucberie, qui a traité cette question dans un article inséré au Messager du Midi du 19 janvier 1869, y est revenu dans le tome second de la Revue des Langues romanes (p. 48), et il pense que par suite du rapport direct de l'attribut au sujet, les scribes des anciennes chartes écrivaient : « Je me tiens à bien » paiez, je me tiens por bien paiez. » Mais j'incline toujours à croire que les prépositions à et pour obligent de considérer le participe comme un régime, en sorte que les exemples cités par M. Boucherie, comme ceux qu'on pourrait rencontrer ailleurs, seraient des fautes contre la grammaire. Les chartes d'Aire renferment une de ces fautes : « Dont nous nous tenons à » bien paiié (G 6) ; » je suis d'avis que le participe est au régime •pluriel, et que le scribe aurait dû écrire p«ne5 ; tandis que M. Boucherie verrait un sujet pluriel dans ce participe, qui alors serait écrit correctement. ]Mais son opinion est contredite et la mienne confirmée par deux autres passages des mêmes chartes, où on lit : « Delquel pris il se tieunt bien à paie (F 6) ; et 11 dis » sire se tenist à paie de ses droitures (M 54). »

En lisant à paie, en deux mots, le participe devient pour moi un régime, et il est correctement écrit ; tandis que pour M. Bou-

chérie il reste de toute façon un sujet dont l'orthographe régulière serait paies. Comme l'ancienne langue employait les deux verhes paier et apaie7% il semble qu'il vaut mieux, au besoin, lire en un seul mot apaiez pour apacatus , plutôt que à paiez pour ad pacatus. On se réserve ainsi le droit de lire à paie pour ad pacatum, dans les passages où le participe est écrit au régime, contrairement à la théorie de M. Boucherie. Au reste, ce savant n'a parlé de cette question qu'incidemment ; son but principal était de prouver que dans la locution j'ai nom, le nom propre se mettait au sujet, conime dans la phrase latine : « Est » mihi nomen Csesar. » L'analogie tirée du latin, qu'il est tout à fait légitime d'invoquer ici, se joint à l'autorité des textes de la langue vulgaire pour justifier l'opinion de M. Boucherie.

L'existence du genre neutre, dans les chartes d'Aire, peut se prouver plus particulièrement, comme dans les chartes de Joinville, par l'orthographe de plusieurs participes passés qui sont écrits au sujet singulier sans 1'^ finale, parce qu'ils se sont formés sur des sujets neutres en um, et non sur des masculins en us. De là « chou fti fait (A 42), ensi k'il est dit devant (C 29), il » leur est otroiiê (E27), il est par devant dit et expressé (H 67), » c'est doné (H 93), sèlonc chou ke par devant est moti (M 77). » sehmcchou k'il est acoustumé (P 9), en le manière ke devant est » dit et devisé (P 19), si comil est contenu (Q 14), choufu fait et » conut (S 115). Le genre de ces participes étant constaté, on est sûr que les pronoms chou (A 42), il (C 29), c (H 93), ke (M 77) sont aussi des sujets neutres ^ ; on le prouve de même pour ce, ço et ki : « ce fa fait (B.22),ço fu fait (B 21), chou ki devant » est dit (G 61). » Le pronom ce étant évidemment neutre quand il est sujet d'un verbe, on reconnaîtra pour neutres des adjectifs qui se rapportent à ce pronom : « Pour ce ke ce soit et par- » maigne ferm et estavle (E 29), pour ce ke ce soit ferm et es- » ta vie (F 38) . Le genre neutre de fe/rm est indiqué d'ailleurs par l'absence de l'e final qui se mettait au féminin « ferme cose (P 39). » Cet adjectif est donc au neutre dans la phrase suivante : « Et avons ferm et estable tout chou que nos procureres devant » dis fera (P 37). » Il est naturel aussi de considérer comme neutres, indépendamment de tout indice tiré de l'orthographe.

1. Il eu est de même pour chou et ke dans ce passage : « et conurentles dites rentes sour les devant dites terres et sour chou ke sus esta. '<•>

des adjectife et des proi.oms où le sens ne permet pas de voir des masculins ou des féminins : « Au daerrain (M 57), kl de nouviel » sera créés (P 7), en gênerai et en especial (Q 54), ensi com il » siet du lonc et du lé (R 23), si avons nous en chouvent sour » nous et sour tout le no à warandir le dit manoir (G 29), par » quoi (F 28) , quankes nous i avieraes (G 11), quanques à faire » apartient (L23), cankes à faire apartenoit (N57). »

Parmi les mots où le sens ne permet de voir que des neutres, je dois citer l'adjectif «^^(?W5 dans le passage suivant : « Ses con- » saus a ordené pour le mieus (B 14), » Mais il importe de remarquer que ce mot, neutre par le sens, l'est aussi par la forme, puisqu'il dérive évidemment du neutre melius. Cependant, je n'en voudrais pas conclure que la forme raeillor ne pût appartenir au neutre, puisqu'elle peut dériver de Yohlaiiiîmeliore. Ce sont, en ejBfet, les neutres meliore eipejore que je crois retrouver sous la forme meillor et pejor dans cette phrase de Yille-Hardouin : « Il ne clialoit à cels qui l'ost voloient depecier de meillor » ne de pejor. » Au contraire, là où les prépositions latines deversus et ad auraient amené les accusatifs melius et pejus^ je trouve dans deux autres passages de Ville-Hardouin : « Si fait » que sages, qui se tient devers le mielx ; — il fist le message al pis » qu'il pot. » C'est aussi sur les accusatifs ojms et latus que se sont formés les substantifs oes (D 11) et lés (G 27), où la finale reste invariable.

Quand on examine l'orthographe des chartes d'Aire on reconnaît qu'elle s'éloigne de l'usage actuel, principalement par l'emploi plus ou moins fréquent de la lettre k dans des mots tels que ki, eskevin, aukun ; puis par la substitution du c dur à qii et à ch, comme dans coi et capelain ; enfin par la substitution des lettres ch au c doux, comme dans pieche. Ces procédés orthographiques méritent d'être étudiés, soit qu'ils consistent seulement dans une façon pai^ticulière de représenter une seule et même articulation, comme celle des mots ki, aukun, coi, soit qu'ils annoncent une différence de prononciation comme pour les mots eskevin, capelain ei pieche.

L'emploi du k est à peu près constant pour le sujet ki, pour le régime ke du pronom relatif et pour la conjonction ke, équi-

valents des formes latines qui, quœ, quera, quayn, quos, quas et quod. J'ai noté une seule ibis qui (G 50), qiCele (S 107), et deux fois c'on pour^w'on (B 5, F 9). Sur ces exceptions, si rares qu'elles confirment la règle, une seule observation est h faire, c'est que l'on trouve souvent K devant il ou ele (A 12, G 27 et 29), mais qu'on n'en rencontre pas d'exemple devant on. Gomme d'ailleurs on voit dans un grand nombre de mots le c dur précédant la voyelle o sans que jamais il soit remplacé par le k, on en peut conclure qu'il était au moins fort rare d'écrire ko au lieu de co. Ge qui confirme cette observation, c'est que dans un passage où le t de l'adverbe comme ou com,e se trouve transformé en k, le copiste a aussi changé Yo en e, de sorte que dans cet exemple unique corne est devenu keme (G 1).

Les combinaisons du k avec Y a et avec Yu devaient aussi être peu ordinaires puisque les chartes d'Aire en fournissent seulement quatre exemples : « kant (G 16), kaskun (k 7), aukun (k 16), aukune (k 13), » à côté desquels on rencontre beaucoup plus souvent quant, casciin, aucun et aucune. On y trouve en outre de nombreux exemples de la combinaison des lettres qua dans les mots « ciencquante, quanques, quarante, quaresme, » quarmiaus, quarterons, quartiers, quatorze, quatre. » Enfin le mot kaskun est le seul, parmi beaucoup d'autres, où les lettres ka aient été, par exception, substituées à co. dans cascun, forme la plus ordinaire de notre pronom chacun. 11 semble donc que le k se combinait de préférence avec les voyelles e et i, devant lesquelles le c devient une sifflante ^ .

Pour niontrer combien était fréquente la combinaison du k avec l'e, je rappellerai d'abord que notre que relatif et notre conjonction que sont toujours écrits ke dans les chartes d'Aire. J'ajouterai qu'on n'y trouve pas une seule fois que au lieu de ke dans les noms de lieux et de personnes, dont l'orthographe devait être réglée par l'usage dominant de la localité. Voici la hste de ces noms : « Gokelet (N 44, 0 21), Gokelés (Q 64), Grocmakere (S » 6), Doncker (S 2, 10), Estaimbieke (G 57), Foukeris (Q 58), » Haveskerke (E 3, F 4, K 1, 5), Jake, Jakes, Jakemon (G, h » L, N, 0, P, Q, R, S),Loke (R 31), Meteke (G S), Paske (B » 3), Redreskepes (K 8), Witeke (G 3). » La même orthographe

1. De là vient qu'écrivant corne ou keme, on et rivait aussi oncle (S 123) et onkele (K 4).

y est suivie pour les mots : « adonkes (S 116), cerkemanans (C » 13, 21), eveske (J 6, 80, 97), veskes (A 1), juskes (H 28), » merkedi (M 91, S 55). » Néanmoins il y aA'ait des exceptions à cette règle. A côté de fl^-oe^e^ (N 23, 49, 54,81, S 70, 103) ou avoeckes (S 93), j'ai noté avoeques (M 30, 46, 64, 75). On trouxe de même quanke s {G 11), cankes (N 57) et quanques (L 23, M 78) ; puis Paskes nom de la fête (B 23), et Pasques (G 24). Les lettres que, qui sont préférées pour la première syllaLe du mot quelconkes et remplacées par ke dans la dernière, sont seules employées dans aquerre (P 26, Q 16), requestè (B 21, E 19, H 44, 82), et dans les nombreux exemples du pronom relatif quel combiné avec l'article.

Le pronom qui fournit seul des exemples nombreux et concordants du remplacement des lettres qui par les lettres ki. Je n'ai rencontré la même orthograplie que dans les noms propres Boskillon (C \h) ei Markise (G 50). L'usage contraire a été suivi pour le nom propre Quincld (N 3) et pour les mots suivants : « aquis (G 20), » requis (A 22), requier (J 96, K 12), requist (G 57), requisist » (G 28), quinze (A, K, P, Q) quinsainne (J 40).

Quand la lettre k permutait avec les lettres qu et le c dur, l'orthographe seule était changée, mais la prononciation restait la même, autant du moins qu'il nous est permis d'en juger d'après ia valeur actuelle de ces lettres. Il semble donc assez naturel qu'on pût écrire kant ou quant, avoekes ou avoeques, ki ou qui, oukun ou aucun; mais il est plus difficile de s'expliquer que le mot eschori^is, répété dix fois dans la cliarte G, ait pu s'écrire eskevins dans les chartes 0, Q, R, S. Ce qui est le moins vraisemblable, c'est que, dans la même ville, la seconde syllabe de ce mot ait pu se prononcer de deux manières différentes. L'iiypothèse la plus probable est au contraire que l'orthographe eskevin peint exactement la seule prononciation qui fût en usage à Aire. Faut-il conclure de là que les lettres ch fussent habituellement l'équivalent du k ? L'ensemble des faits ne permet pas de le supposer, puisque dans un grand nombre de mots les lettres ch permutent avec notre c doux, et qu'il est impossible d'admettre, par exemple, qu'on prononçât servike un mot qui est écrit dans les chartes d'Aire service (A 15, 2Q, E 27) et serviche (N 62,- P 6, 8, 19). 11 est bien plus probable que le copiste de la charte G a écrit eschevin un mot qui se prononçait

eskevin, quand on voit qu'il a aussi écrit chouvent (G 29) et chouvenenches (G 37, 40, 46) des mots dont la syllabe initiale se prononçait certainement avec l'articulation du c dur ou du k.

A côté du mot eskevin, écrit quelquefois eschevin, il y en a d'autres où le k, employé à l'exclusion de nos lettres ch, devait à plus forte raison représenter Tarticulation qui lui est propre. Ce sont, outre les noms propres Planke (G 3) et Mikiel (G 56, S 120), les mots « eskevinages (P 32), frankement (H, N, 0, P, » Q), kemin (Q 22), kemisses (J 63), markié (H 14), toukeront » (J 70), toukier (J 70). » Il y a au contraire des mots analogues à ceux qui précèdent, où les lettres ch, n'étant pas remplacées par le k, pouvaient se prononcer comme aujourd'hui : « cheva- » liers (A, B, C, D, etc.), despeechier (L 16), enpeechié (F 29). » Il y en a même où ces lettres alternent avec le c doux : « chier » (J, K, 0), ciers (B 1), anchisseurs (A 9), anciseurs (G 17), » recliief (R 11), cief (J44), sachent (H, L, M, Q, R, S), saciés » (B 2). » Pour ces derniers mots surtout et pour bien des formes du pronom démonstratif, che, chou, ches, il paraît certain que les lettres ch ne devaient point avoir l'articulation du k.

Telle devait être au contraire l'articulation du c placé devant les consonnes ^ et r, ou devant l'une des voyelles a,o, u, comme dans les mots « oncle (S 123), crestienté (G 36), cascun (A 23), » comme (G 27), aucune (G 26). » L'assimilation du eau k dans la plupart des mots qui viennent d'être cités se prouve directement parles variantes « onkele (K 4), kaskun (K 7), keme (C 1), » aukune (K 13). » Les lettres ch employées par exception dans chcscun (D 9) et dans chascun (S 51), devaient donc perdre, comme dans eschevin, leur valeur ordinaire, puisque l'iiypothèse la moins vraiseml^lable est celle de deux prononciations différentes pour un même mot. Il devait en être de même dans le mot choses (H, J, L, M), qui est écrit coses dans le plus grand nombre de cas (G, G, K, N, 0, P, Q, S). L'articulation gutturale du c devant les voyelles a et o se prouverait encore au besoin par les variantes cankes (N 57) et quankes (G 11), coi (N 58) et quoi (F 28). Il est donc certain que cette articulation remplaçait celle de nos lettres ch dans les mots « acater (D 11), » acaterent (B 3), acatés (G 20), racat (M 53), racaté (M 14). » racater (H 36), racaterent (M 24), racatés (H 76), canoine (L, » M, N, 0), canone (G 20), concanoine (0, P), canter (A 23, » 33), canteur (N42), cape (A 18), capelain (A, P, Q), capelerie

» (A, B, C, D, 0, P. Q), capitle (A etc.), capons (G 8), caste- » lains (B, G), cateus (S 61), pourcachier (M 36), senescal (B » 6). » La persistance de la syllabe latine ca est donc un fait très ordinaire dans les chartes françaises d'Aire; mais on peut citer comme exception à cette règle les mots « chevaliers (A, etc.), » chartere (SI), chier (J, K, 0), cief (J 44), despeechier (L 16), » enpeechiê (F 29), diemenches (A 19). »

En même temps qu'on voit dans les chartes d'Aire l'articulation gutturale du c dur préférée souvent à celle de nos lettres ch, on y voit aussi l'articulation de ces mêmes lettres remplaçant dans un grand nombre de cas celle que nous représentons par le c doux avec ou sans cédille, ou même par 1'^. Pour le remplacement du c à cédille on peut citer « lichons (A 19), renonchons » (G 46), rechucli (M 40), rechut fC 19, M 45), rechurent (S 46). » Le c doux est remplacé par ch dans bien des mots, notamment dans <.< apartenanches (G, M, N), conissanche (H 11), chouve- » nenches (G 37, 40, 46), pourveanche (J 50), redevanche (H, » N), tenanche (L 5), tierche (S 27), fâche (J 99), fâchent (N » 63), renonche (S 106), renonchent (H 71), reclievoir (N, 0, » P, Q, S), fianchié (B 16), fianchiet (Q 50), fîanchierent (F 25), » renonchié (S 106), renonchiet (Q 54), pourcachier (M 36). » On trouve enfin ch au lieu d'5 dans « march (K 9, 28), s.juplich » (A 19), parroche (M, N, S), parrochial (A 24) » et à la fin des premières personnes « rechuch (M 40), mech (E 21), faich (C2)».

Il est probable que les lettres ch étaient muettes à la fin de la première personne des verbes ; car au lieu de faich, on écrivait aussi fais (D 1), et fai (E 1); et au lieu de mech on trouve met (M 84) ^. On peut supposer que ces mêmes lettres étaient aussi muettes dans march et soiqolich; mais dans les autres mots qui ont été cités plus haut on devait les articuler comme nous le faisons aujourd'Imi. Il en devait être ainsi dans les mots « anchis- » seurs (A 9), dechiès (A, P, Q), dechès (S 52), pieche (H, L, » Q, S), justiches (G 44, P 32), serviche (N, P), chier (J, K, » 0) , » quoique ces mêmes mots se trouvent aussi écrits « anci- » seurs (G 17), deciès (J 25, 38, 77, 89), pièces (E 11), justice » (K 15, S 111, 117), service (A 15, 26, E 27, F 35, H 25), » ciers (B 1). » En effet on ne pourrait pas s'expliquer pourquoi,

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