Observations médicales et questions physiologico-pathologiques présentées à M. le professeur Broussais
Chez I’Auteur » rue St.- Victor , n°. 1^9 , jusqu’au i5 octobre prochain j après ce temps , rue des Bernardins , n°. 22.
Brechet , Libraire, place de l’Ecole de Médecine^ n°, 4* ’ Et au Cabinet littéraire , rue Su- Victor , 110. 1^9.
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Preuves patentes du retard que les sj sfé/na* tiques outrés j surtout en Médecine , ou les hommes trop bien prévenus en leur faveur, apportent dans la perfection des sciences , et les malheurs qu ils causent à Ihumanité i tout en croyant leur rendt't de grands services.
Pour atteindre le but de nos questions > noos les diviserons en deux sections principales , nous placerons dans la première, celles qui ne sont qu'une répétition des idées du professeur Broussais j dans la seconde , celles qui sont opposées à ces premières, quoiqu'elles n’en soient réel-* lement qu'une conséquence.
Notre cher maître n’ayant répondu qu’aux premières , en donnant un très-mauvais prétexe pour éluder les secondes, nous met dans la nécessité de donner une réponse d’autant plus pénible que nous avons à contester l'opinion d’un homme justement marquant dans j art médical , par son érudition et les grands services
qu'il a rendus à la société? enfin parce que nous n’avons point l'habitude de ces discussions ; nous trouvons heureusement dans la nature de notre travail de quoi conforter notre courage et espérer de l’indulgence parmi ceux qui daigneront lire notre faible production ; d'ailleurs nous ne cherchons qu’à prouver que le professeur Broussais s’est trompé dans la solution qu’il nous a donnée, et nous croyons pouvoir le faire en rapportant exactement ce qu’il a répondu à chacune de nos questions , et en y faisant toutes les objections que nous jugerons propres à jus^ tifier ce que uous venons d’avancer; au reste, nous nous en référons à nos chers collègues présens à l’examen qu’en fit notre professeur, parce qu’eux seuls peuvent certifier si nous sommes véridique dans le récit que nous allons faire sur tout ce qui s y est passé.
Leur témoignage nous sera d’autant plus important, que leur impartialité est généralement bien connue, par l’empressement qu’ils mettent à defendre la vérité , toutes les fois qu’on cherche à l’éteindre , et dont ils sont si dignes par
leur caractère intè re et l étendue de leurs con~
naissances ; aussi , le plus grand nombre est-il justement capable de soutenir glorieusement l’art qu’il embrasse et d’honorer les grands hommes chargés de faire des médecins.
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La nouvelle marche qu’on a cherche à donner â la médecine , se trouvant en contradiction manifeste avec celle qu’elle a suivie avec un plein succès, depuis un grand nombre d’années, ne pouvait manquer d’amener un trouble général , une grande division dans les hommes de l’art, et surtout répandre promptement le nom de l’innovatur, nou seulement dans la science, mais encore dans toutes les sociétés ; c’est effectivement ce qui est arrivé: car à peine ce système était né , qu’on proclamait par tout son auteur comme un homme destiné à changer les faces de la médecine , à soutenir victorieusement sa nouvelle théorie contre tous ceux qui ne voudraient point faire abnégation de connaissances» acquises par la voie routinière de leurs prédécesseurs, pour embrasser un système fondé sur des faits recueillis par une médecine physiologique et par l’expérience et l’observation ; s’il en était réellement ainsi , il serait bien difficile de ne pas se ranger de son avis. Malheureusement on n’a jamais dit plus à propos qu’on avançait souvent beaucoup de choses et qu’on en prouvait bien peu : ( la suite le prouvera ),
Un tel brandon jeté dans l’art médical , devait nécessairement diviser les artistes en deux
partis ; mettre dans Van tous ceux qui ont ma r-
che avec succès dans cette carrière en suivant J a marche philosophique que lui ont donne les célébrés médecins de notre siècle#; dans l'autre ces hommes automates qui n'avancent qu’en suivant les traces de quelques systématiques; les premiers pourvus de connaissances nécessaires à leurs fonctions , travaillent par eux-mêmes , en cherchant les matériaux propres à construire l’édifice qu’il porte au perfectionnement sans secours d’autrui; les seconds au contraire dépourvus de connaissances et réduits à l’ineptie^ sont forcés de rechercher la science toute faite par un homme sous légide duquel ils puissent se garent ir des victimes qu’ils font journellement dans la société par leur médecine automatique.
Voila bien certainement la ^au^e et la nature • des deux sectes médicales d’aujourd'hui ; cette division était tellement générale qu’il était impossible de rester passif dans un tel conflit scientifique ; il a donc fallu se jeter dans l’arène pour embrasser l’un des partis et le soutenir de toutes scs forces ; réduit à une telle nécessité , nous crûmes devoir suspendre notre choix, jusqu'à ce que nous eussions acquis les données propres à nous faire juger si cette nouvelle théorie était un manteau pour affubler la routine , ou si elle était réellement un moyen
de perfectionner l'art de guérir: pour ne point sortir inconsidérément du vrai chemin que nous croyons avoir suivi depuis que nous avons l'honneur d’exercer la médecine, nous jugeâmes à propos de profiter de notre proximité du sanctuaire de cette méthode , pour voir par nousmèmece dont-il s’agissait ; nous allâmes donc au cours du professeur Broussais et nous assistâmes aux leçons données sur la gastro-entérite , que nous avions choisie comme la plus propre à nous mettre au courant des idées de notre nouveau maître qui la considère comme la mère de la nosologie, en ce qu’elle cause ou constitue les trois quarts au moins de toutes les maladies.
Nous nous trouvâmes bien déchu, lorsqu’après quelques leçons, nous nous sentîmes aiguillonné par l’envie de présenter quelques questions à notre cher professeur, pour le prier de nous dire s’il pensait comme il parlait , sur certaines affections du canal intestinal : cette envie s’au<r-
menta tellement par les leçons subséquentes qu’elle nous subjugua si étroitement qu’elle nous força de céder et d’abandonner la juste crainte que nous inspirait la réponse d’un hom^e aussi élevé audessus de nous, pour lui présenter
les treize questions suivantes, avant d’entrer dans 1 examen de nos questions , nous croyons
devoir exposer les motifs allègues par le professeur Broussais , pour se dispenser de répondre aux questions opposées à son système.
Nous nous contenterons de dire ici ce qu’il a répondu sur la généralité de nos questions, nous reservant de faire connaître ce qu’il a dit sur chacune, lorsque nous les traiterons en particulier. j,
Monsieur le professeur Broussais nous motiva son silence sur l’impossibilité de lire nos questions ; ce motif nous eût paru très-bon s’il eût existé pour toutes ; niais nous le trouvons très-mauvais , parce-qu'il ne porta que sur les questions opposées à son système , et nullement sur celles qui y sont conformes, car il les résolut avec tous les détails qu'exigeait leur nature.
Ce molil sera inadmissible quand on saura que toutes nos questions avaient été écrites par nous, sur le meme papier, avec la même plume et la même encre ; enfin celles qu’il a résolues avec beaucoup d’exactitude, ne se trouvent point à la suite les unes des autres ; toutes ces raisons nous prouvèrent que tout dépendait de sa mauvaise volonté, et qu’il serait tout-àfait inutile de les lui représenter une seconde fois ; ces allégations sont si concluantes que
#ious nous di|penpero^ d y ajouter beaucoup d 'accessoires* capables d’entraîner conviction. Nous allons exposer nos questions dans l’ordre que nous les avons prsentées à notre professeur, et les résoudre chacune au fur et mesure quelles vont se présenter ; par là nous éviterons des répétitions longues et ennuieuses. Nous observerons également que tout ce que nous dirons sera basé sur les réponses faites, et sur les opinions que ce professeur nous a fait connaître pendant les leçons que nous avons eu U’hSnneur de suivre.
Nous dirons aussi que nous avons retardé, jusqu’à ce jour, de faire paraître notre travail, parce que nous voulions avant de nous y déterminer, assister de nouveau à ses leçons, pour savoir si nous bavions bien compris la première fois ; ces secondes études , nous ayant confirmé dans nos premières idées , nous nous sommes efforcé de repondre à l’injustice qui nous avait été faite.
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