PREMIÈRE QUESTION
Peut on remettre en question que les propriétés organiques tant sensibles qu'insensibles ne soient pas les memes dans toute V étendue de la muqueuse intestinale > sans y comprendre les différences qu elles présentent sous le rapport des fonctions chylifères ?
Monsieur le professeur Broussais ayant résolu cette question par l’affirmative , sans donner aucune explication , nous porte à croire qu’il
n'a point compris le sens que nous y attachons. Notre présomption devient presque certitude , lorsque nous le voyons soutenir dans la suite que l’identité de ces fonctions *est tellement parfaite dans toute retendue de ce conduit , que l’une d’elles ne remplissant pas ses fonctions , peut être suppleee par les autres.
Nous n’avons jamais eu la prétention de soutenir une telle idée , mais Lien celle de croire que ces propriétés sont telles que nous les ont fait connaître les grands physiologistes modernes, surtout l’immortel Bichat. Cette explication démontré clairement que notre opinion n’est nullement analogue à celle de notre cher professeur (s’il a l’ide'e qu’il nous a omise ); d'ailleurs il faudrait être bien inconsidéré, et avoir une connaissance Lien rétrécie des fonctions digestives , pour penser que les fonctions de l'estomac peuvent être suppléées par celles du duodénum , et surtout celles de ce dernier par celles des petits et des gros intestins. Il serait plus qu’inutile de donner aucun détail sur ces faits : attendu qu’il n’y a pas un élève d'un an d’étude médicale qui n'en soit parfaitement convaincu.
Nous dirons seulement que nous ne connaissons dans toute l’organisation que les organes
pairs qui puissent se suppléer; encore faut-il qu'ils soient dans leur état naturel , sans quoi la pratique nous prouve tous les jours que leurs fonctions sont le plus souvent troublées.
Nous espérons que ces explications suffiront pour faire connaître le vrai sens que nous attachons à notre question : au reste , la suite le développera assez;, pour le faire comprendre à ceux qni ne le concevraient point d’après ce que nous venons d en dire.
Est-il vrai que ly inflammation de la firtu •* qu euse des gros intestins, quelle que soit son intensité , cause le dévoiement , la diarrhée et même la dyssenterie ?
M. le professeur Broussais résolut cette question par l 'affirmative, en nous manifestant beaucoup de satisfaction, et nous disant que nous lui demandions une confession de foi ; c’est-àdire, s’il pensait comme il parlait. Cette réponse nous fit plaisir, parce qu’elle nous prouva qu'il avait parfaitement compris le sens de notre question, qui n’avait , au fond, d autre but que de lui faire avouer , devant tout son auditoire, s’il professait franchement son opinion : nous voulions par-là fixer l’attention de nos chers collègues d’une manière assez forte pour qu’ils s’en rappelassent , et vinssent interposer leurs
rapports dans les discussions qui pourraient s'élever entre nous et 110s adversaires, s'il arrivait que nos opinions ne fussent pas les mêmes.
Si nous avions le bonheur d’être d’accord avec notre cher maître sur toutes les questions suivantes, comme nous le sommes pour celle-ci .
laous aurions l’agrément non -seulement de ne point déranger nos amis pour celte approbation , mais encore celui de ne point entreprendre une tâche aussi 'pénible que celle qui nous est imposée par la matière de notre travail.
Malheureusement la plupart de nos questions pT esc nient des o p i n i o ns t o u t - à fait d i ffé ré nies;
de sorte que letemoignage ci-dessus nous sera d’un secours d’autant plus grand, que ceux que noirs appelions à nous le rendre, étaient pré-
sens à la discussion de nos questions.
Noire professeur n’ayant nullement dit pourquoi lés choses se passent ainsi qu’il Talfirme , toutes les fois que rinfïammatioii siège sur la muqueuse des gros intestins nous essaierons d’autant plus volontiers de le démontrer, que cela nous fournira l’occasion démettre notre
opinion sur l’essence de l’in 0a m mat ion , que nous croyons avoir été mal definie jusqu’ici par tous nos prédécesseurs. L’inflammation , suivant l’opinion la plus accréditée de nos jours , consiste dans une augmentation des propriétés vitales s celte définition est insuffisante , ne nous faisant point connaître si cette augmentation est égale ou inégale sur la contractilité et la sensibilité ; il en résulte qu’on ne peut nullement se rendre raison des symptômes de cette maladie : en effet, si cet(@
augmentation porte egalement sur ces deux facultés, il ne peut y avoir gonflement de la partie enflammée. Pour en persuader, supposons que la sensibilité augmentée comme deux, attire deux fois plus d’humeurs, n’est-il pas vrai que la contractilité qui sera également augmentée comme deux , en chassera deux fois plus et qu’il y aura compensation dans l'action de ces propriétés , et parconséquent aucune stagnation du liquide destiné à la formation des symptômes de l’inflammation ?
Si au lieu de cette première supposition inadmissible , l’on en met une seconde fondée sur l’augmentation anomale des propriétés vitales , il sera facile de s’expliquer les symptômes de l’inflammation. Rendons cette chose sensible par un exemple conforme à notre supposition ; ainsi supposons la sensibilité augmentée comme trois , la fluxion y sera trois fois plus forte ; mais la contractilité que nous supposons n’etre augmentée que comme deux , ne chassera les humeurs que dans cette proportion ; de sorte que les liquides s'accumuleront dans la partie comme un et y produiront très-facilement tous les symptômes qui font connaître l’inflammation. Cette donnée nous permet également de nous expliquer tous les changemens qui surviennent plus
ou moins promptement dans une partie enflammée; car il ne s'agit alors que d’admettre une différence, plus ou moins grande, entre la sensibilité et la contractilité'; à ces causes majeures il faut certainement ajouter comme causes accessoires la force de l’irritation , la texture de la partie malade , la nature de ses inflammations , et une infinité d’autres causes qui agissent plus ou moins fortement pour produire l’état morbide.
C’est probablement ces mêmes causes qui s’opposent en grande partie à ce que l’augmentation de volume de la partie enflammée n’aille pas audelà d’un certain degré , et qui concourent, en ce moment, à produire les diverses modes de terminaisons de l’inflammation qu’il nous est impossible d’examiner dans ce court travail ; nous observerons seulement en passant que l’anomalie que nous venons d’admettre dans les propriétés vitales , pour produire l’inflammation, est entièrement semblable à l’anomalie que nous observons dans les propriétés exhalantes et absorbantes des membranes séreuses , pour produire toutes les hydropisies.
Après avoir prouvé que l’inflammation est le résultat d’une irritation qui a changé le rythme des propriétés vitales en une anomalie plus ou
moins marquée , il nous reste deux mots à dire sur l’effet que l'inflammation produit sur les fonctions de la partie qu’elle atteint, et à faire l’application de cet effet sur la muqueuse intestinale enflammée.
Pour arriver à celte connaissance, nous di«» î’ons que le dérangement que nous venons de signaler dans les propriétés vitales, nous explique parfaitement bien que toute partie enflammée ne peut remplir ses fonctions que d’une manière irrégulière , et souvent entièrement opposée à celle qui lui est naturelle ; d’ailleurs il est impossible qu’il en soit autrement, dès l’instant que le désordre survenu dans ces propriétés les empêche de donner à chaque partie , la faculté de remplir ccs fonctions suivant les lois de la nature; car les causes n’étant pius les mêmes , il est bien dilficile que les effets soient parfaitement semblables.
En appliquant ce raisonnement à la muqueuse digestive enflammée, l’on verra que ses fonctions ne pourront se faire ; que les matières portées par la partie supérieure de ce conduit y éprouveront si peu de changement qu’elles seront rejetées au-dehors, dans un état à peu près semblable à celui qu’elles avaient à leur arrivée ; c’est-à-dire sous une forme toujours
liquide et parfaitement pareille à celle que présente le dévoiement qui en est une suite necessaire.
Nous concluons de tout ce que nous venons de dire, que notre cher maître a grandement raison de soutenir qu’il y a devoiement toutes les fois qu’il y a inflammation sur la muqueuse intestinale : nous allons même plus loin, en 4isaut qu’il non peut être autrement.
IIP QUESTION.
Est-il vrai que V inflammation rï occupant que la muqueuse placée au-dessus des gros intestins , il y a constipation au lieu de dévoiement et de dyssenlerie?
Monsieur le professeur ne pouvait repondre que par ralfirmative , cette question n’ëtant que l’expression de ses idées , il ne s’agit donc maintenant que de voir si l’on peut admettre cette solution : pour prouver que non , il suffit de rappeler que nous avons déjà démontré qu’aucune partie enflammëe ne pouvait remplir ses fonctions : or, si les parties renfermëes dans notre question ne peuvent exercer leurs fonctions lorsqu’elles sont atteintes d'inflammation , nous pouvons être certain qu’il n'y aura point de constipation ; car il faudrait supposer que les gros intestins pourraient les suppléer ; ce qui est impossible et opposé à toutes espèces de connaissances physiologiques.
Tout ce que nous pourrions dire pour appuyer cette vérité serait entièrement superflu , en ce que cela se trouve si évident qu’il y a conviction absolue ; au reste les questions suivantes se rapportant en grande partie à ce que nous y ajouterions , nous y renvoyons pour obtenir de nouveaux détails sur cette chose.
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