‹ Observations médicales et questions physiologico-pathologiques présentées à M. le professeur BroussaisChapitre 6 sur 8 · XI P QUESTION · texte numérisé non relu

XI P QUESTION

Enfin est-il possible qu'une partie aussi sensible que la muqueuse intestinale soit asse% irritée pour causer des inflammations de sympathies d’irritations , sans présenter une douleur assez forte pour être perçue par le malade et reconnue par le médecin ?

Monsieur le professeur Broussais nous dédomagea de la peine que son silence sur les autres questions nous avait causé, en résolvant celle-ci avec un air de grande satisfaction : nous avouons que nous partageâmes volontiers son plaisir ; car nous croyons avoir autant, de raison que lui d’être satisfait de la nature de notre question. Pour savoir si sa jovialité était bien fondée et lequel devra rire le dernier, il faut voir si ce

qu’il a dit à cet égard peut lui permettre de tant se rejouir au détriment de ses adversaires: il nous a dit que c était celte douleur locale qui constituait la cause de toute la discorde existante entre lui et les anciens médecins ; parce que ces derniers ne veulent pas croire quune gastro-entérite peut exister sans causer une douleur locale sensible , au moins , pour le malade ; la chose est pourtant bien évidente et bien facile à reconnaître par les dérangements survenus dans l état et les fonctions des parties exposées à nos sens , et particulièrement par T autopsie de ceux qui succombent à ces espèces de maladies .

Nous rejetons tout à fait l’existence des symptômes qu’on dit susceptibles d’être recueillis par nos sens; parce que nous avons prouvé dans un autreendroit que non-seulement on ne les trouvait point, mais qu'à leurs places on en voyait qui leur étaient entièrement opposés.

Quant aux symptômes observés après la mort , ils nous paraissent d’une bien faible importance , lorsqu’aucun indice extérieur ne nous en décèle l'existence.

L’absence absolue des symptômes extérieurs énoncés par nos adversaires , pour conaître toutes les maladies qu’ils regardent comme des

gastro-entérites, nous confirme qu’il ne peut y avoir d’inflammation intestinale sans douleurs locales sensibles pour le malade; que nos confrères se sont totalement mépris sur la nature de l’affection, et qu’enfin les altérations qu’ils trouvent dans le canal intestinal, nous semblent être le résultat de l’emploi des médicamens intempestifs qui ont concentré l’action de la cause morbide sur cette partie , et ont constitué une affection locale d’une nature toute opposée à ce qu’elle était dans le premier moment.

Nous ne pouvons terminer cette question sans répondre aux expressions suivantes du docteur Broussais : cest cependant cette malheureuse douleur locale , dit-il , cjui trouble le cerveau de tous les médecins acharnés contre notre système. Pour démontrer la fausseté d’une telle opinion , il nous suffira de rappeler que nous n’avons point réfuté ses idées par l’absence de la douleur locale seulement, mais bien pareeque nous ne trouvons aucuns des symptômes qu’il nous donne pour reconnaître certaines fièvres essentielles qu il fait dépendre d’une gastro-entérite , de sorte que nous avons l’honneur de lui dire qu’il nous présente (les choses vraies au lieu de fausses ; nous tâcherons de lui prouver que nos cerveaux , sans être aussi bons que le sien ,

savent discerner le juste de Fin juste ; au reste , laissons de cote 1 injure que nous détestons , pour soumettre au jugement des hommes véridiques le soin de prononcer de quel coté se trouve Fanomalie intellectuelle.

Xril6. QUESTION.

Quels sont les changemens qui arrivent à la

sécrétion séreuse pendant les vingt-quatre

premières heures de la péritonite ?

Monsieur le professeur Broussais ayant résolu ^ en grande partie, ces deux dernières questions en notre absence , nous réduit à discuter son opinion d'après ce qui nous a été rapporté par notre cher confrère M. le Masurier, qui était présent à cette discussion.

Notre cher maître répondit (d après notre ami , qu’on trouvait une bonne solution de notre question dans la physiologie du célèbre professeur Richerand ; nous accueillons très-volontiers cette réponse , parce que nous sommes certains que ce grand physiologiste connaît trop bien le mode d’action de chacue de nos parties ,

pour donner une mauvaise explication des changemens que l'inflammation y de'termine ; nous en sommes si persuadés que nous renverrions nos lecteurs à son savant ouvrage , sans l’envie que nous avons de ne point déroger a nôtre but , consistant à examiner par nous-mêmes chacune de nos questions, dans l’intention seulement de faire connaître notre opinion personnelle et non dans la folle prétention d’égaler ceux que nous regardons avec un sensible plaisir comme nos maîtres , nos guides et les vrais foyers de la science ; nous ajouterons que]nous sommes encore porté à cette conduite par le désir que nous avons d’étudier minutieusement la nature malade, comme nous l’avons fait dans son état de santé.

Pour accomplir notre dessein , nous examinerons ce qui se passe dans une pleurésie, maladie si connue de nos jours, que l’élève d’un an d’étude la distingue facilement de toutes les autres maladies \ il ne s’agit donc pour résoudre cette question , que de voir les effets de l’inflammation pleurétique.

Pour arriver clairement à ce terme, nous croyons devoir diviser ses effets en trois classes différentes : dans la première nous plaçons l inflamation, tellement vive, que la sécrétion habituelle se trouve suprimée et les plèvres mises

dans un contact si immédiat qu’elles s’adhèrent dans une étendue plus ou moins grande ; dans la seconde , se trouve l’inflammation d’un caractère moins intense qui n’emporte qu’une diminution plus ou moins grande dans la sécrétion * une altération plus ou moins marquée dans l liumeur sécrétée ; enfin , une absorption moins abondante , de manière que la sérosité ne perdant ( par l’absorption ) que ses parties les plus liquides , s’épaissit et éprouve des changemens probablement avantageux pour lui permettre de former ces flocons et ces membranes albumineux qu’on rencontre si souvent dans les autopsies cadavériques , et qui s’organisent quelquefois assez bien pour constituer ces substances ligamenteuses qui font adhérer les deux plèvres plus ou moins immédiatement; d’autres fois, au contraire , ces substances contre nature dégénèrent en matière purulente assez abondante pour constituer l’empyème.

Dans la troisième classe } l’on doit placer l’inflammation qui trouble l’harmonie de la sécrétion et de l’absorption, de manière que cette dernière prenant moins que la première en lournit j il en résulte un amas de sérosité qui constitue l’bydrotborax.

L’on voit que tous ces états sont la suite de

rhythme naturel de la sécrétion et de 1 absorption de cette partie.

XIVe QUESTION.

Le sang que les sangsues tirent dans la péritonite , est-il la seule cause du bon effet qui suit leur application dans cette mala -

die ?

Nous fûmes assez heureux d'arriver à temps pour entendre dire au professeur Broussais que nous lui demandions encore une confession de foi ; c’est-à-dire A s’il pensait comme il parlait : eh bien , nous confessons 3 dit-il , que nous le pensons et le soutiendrons toujours , parce que c'est entièrement conforme à la physiologie et aux faits que nous observons tous les jours dans notre pratique ; cette solution satisfit tout- à fait notre intention qui n’avait d’autre but que d’obtenir de notre maître une réponse capable de fixer l’attention de tous nos camarades , afin que tous se rappelant ces faits ê

nous disent s’ils pourront les admettre , lorsque nous leur aurons prouve que les sangsues ne produisent pas leurs bons effets par l’évacuation sanguine seulement , mais bien encore en eausant une douleur d’autant plus forte qu’elles sont plus nombreuses et appliquées sur une partie plus sensible

Cette douleur locale causée par les sangsues, nous paraît mériter un examen d’autant plus sérieux que le père de ces vers aquatiques n’en tient nullement compte, et que nous ne sachions pas que tous ceux qui ont écrit sur cette matière en aient donné la plus petite explication ; c’est pour cette raison que nous l’exposerons de notre mieux , après avoir examiné ce que nous dit le professeur Broussais, sur la manière d’agir des sangsues : il nous dit que les sangsues dégorgent directement la partie enflammée ; si cette chose paraît possible pour certains cas, il est évident qu’elle est impossible pour beaucoup d’autres : pour le prouver clairement , nous allons examiner ce qui se passe quand on combat avec les sangsues une péritonite et une gastroentérite : dans le premier cas il serait peut être possible d’admettre que les sangsues tirent direc'tement le sang de la partie malade, au moyen des nombreuses communications existantes entre

les vaisseaux de cette partie et ceux de la partie où sont appliquées les sangsues ; mais il serait hors de raison de penser que les mêmes effets peuvent avoir lieu dans le second cas : car il n’y a aucun vaisseau qui communique directement des intestins à la surface cutanée abdominale où se fait l’application des sangsues : or, s’il est constant que la chose ne puisse se laire ainsi qu’on le suppose et que l'application des sangsues soit toujours suivie d’une amélioration trèsmarquée dans l’intensité du mal , il faudra nécessairement convenir qu’on ignore absolument comment les sangsues dégorgent les vaisseaux de la partie aff ctée et apportent un soulagement bien marqué dans les souffrances du malade. Après avoir prouvé que toutes les explications de nos adversaires sont incapables de faire comprendre leurs idées, nous allons tâcher de les rendre intelligibles , en expliquant de notre mieux , comment nous croyons que les choses se passent dans les cas ci-dessus, pour produire les heureux eharigemens qui les suivent dans la plus grande partie de ces maladies : pour accomplir notre dessein , nous croyons devoir résoudre les quatre subdivisions ci-après , savoir : i°. Les sangsues notent-elles que du sang? 20, Ne l’otent-elles que de la partie malade seulement ou de la

masse generale ? 3°, Comment l’otent -elles 4°» Quels effets cette évacuation doit produire dans rorganisation animale et particulièrement dans la.partie malade? Nous faisons la première question à dessein d appeler l’attention de nos grands observateurs sur Fidèe qu’émettent beaucoup de médecins de nos jours, qu'il serait possible qu’il y eût des substances gazeuses qui se mêlassent au sang et se trouvassent portées sur certaines parties, qu’elles irriteraient assez fortement pour y déterminer 1 inflammation : en admettant cette idée , il est certain que les sangsues , par leur mode d’action et leurs multitudes d’ouvertures fourniraient un moyen trèspropre à enlever la cause du mal ; sans rejeter cette donnée, nous dirons quelle ne nous paraît point la principale cause du bon résultat des sangsues , qui se trouve suffisamment expliqué par les faits suivants.

Lorsque nous demandons si les sangsues n otent le sang que de la partie malade, l’on conçoit certainement bien que nous voulons savoir si le dégorgement qu’on suppose ne se fait que dans la partie engorgée et non dans toute l’organisation. Ceci mérite une attention toute particulière , attendu que si le dégorgement se faisait par-tout, il en résulterait une

diminution égalé dans toutes les parties du corps : de sorte que la partie enfla mmee étant plus engorgée avant Faction des sangsues , le serait encore après ; d’où il devrait s’en suivre que la douleur de la partie malade n’éprouverait qu’ une très-légère amélioration , le contraire s’effectuant par l’application des sangues; c’està dire , que la douleur locale se trouvant beaucoup diminuée, nous porte à croire que le dégorgement se fait plus dans la partie malade que dans toute autre.

Le difficile de tout , c’est de savoir comment cela peut se faire ? Pour atteindre ce but , il faut remarquer que les vaisseaux de la partie enflammée , se trouvant plus engorgés que ceux des autres parties , ont une plus grande tendance à revenir sur eux mêmes., en chassant le sang contenu en si grande quantité dans leur intérieur , qu’il en distend les parois d’une manière douloureuse ; mais ces vaisseaux ne peuvent exercer leur faculté élastique qu’autant que le sang trouvera une issue plus libre que celle qu’il a pendant l’existence de la maladie , et que l’irritation ( cause première de l’afjfection ) ne sera pas détournée par une cause quelconque.

Tout ce que nous venons de dire nous démontre qu’il ne s’agit que de trouver un moyen

qui puisse enlever en même temps une portion du sang accumule dans les vaisseaux de la partie malade et l’irritation qui y est fixée, de ma* nière à permettre à la partie de rétablir peu à peu ses fonctions antérieures ; ce moyen avantageux nous paraît exister dans les sangsues qui ont la faculté d’ôter du sang et de causer une irritation proportionnée à leur nombre et à la sensibilité de la partie; nous ne nous occuperons ici que du premier , et nous renvoyons pour le second à l’endroit où nous traiterons de la douleur causée par les sangsues. Nous venons d'admettre pour premier effet , que les sangsues enlevant une partie du sang accumulé dans la partie enflammée , permettaient aux vaisseaux de revenir vers leur état naturel ; l’on conçoit facilement la cause de la diminution que les sangsues apportent dans la congestion sanguine de la partie enflammée ; mais il n’est pas facile de concevoir comment l’action des sangsues se porte plutôt sur la partie malade que sur les autres , lorsqu’il n’y a aucune communication directe de cette partie avec celle où agissent les sangsues ; sans doute que cette explication est bien difficile , puisque que tous ceux qui ont écrit sur cette action n’ont rien dit de vrai-semblable et se sont tous trouvés en contradiction les uns

des autres : maigre l’obcurite que la nature conserve dans cette operation , nous croyons pouvoir aborder la question sans employer le tatras de raisonnemens de nos prédécesseurs; mais les connaissances anatomiques qui nous apprennent que la plus grande quantité des artères qui se portent à l’intestin malade et à la peau divisée par les sangsues , partent de l’aorte ventrale ; or, si dans un tel état de chose quelques-unes de ses branches se trouvent ouvertes dans un endroit qui permette au sang de s’écouler au dehors , il est certain que cet écoulement sera d’autant plus grand que l’issue sera plus considérable ; n’est-ce pas ce qui se passe quand on combat une entérite avec 4° Sangsues appliquées sur les parois abdominales ?

L’affirmative est la seule réponse qu on puisse donner , si l’on fait attention que ces ouvertures sont faites sur une grande quantité de ramifications des branches de l’artère ci-dessus ; mais si la mère-artère trouve dans celte voie artificielle un moyen facile de se débarrasser d’une grande quantité de sang , il s’en suivra qu’elle en chassera moins par les artères qui vont se distribuer dans la partie malade, et cela pour deux raisons bien sensibles : la première, se trouve dans les ouvertures exposées plus haut ; la seconde , con-

sisfe dans l’obstacle apporte à la circulation dans la partie affectée par raccumulation du sang dans ses vaisseaux qui s’en trouvent tellement distendus que leur élasticité s’en trouve forcée et réagit si fortement sur le sang contenu dans leur intérieur , qu’elle forme , pour ainsi dire, une obstruction qui persévérera dans la partie enflammée , tant que l’arrivée du sang ne sera pas diminuée ou que son issue ne sera pas augmentée ; de sorte que l’élasticité des parois puisse agir assez efficacement pour ramener ces vaisseaux à leur calibre naturel.

Nous venons d’expliquer comme peut se faire le dégorgement de l’intestin enflammé, lorsqu’on applique des sangsues sur l’abdomen : malheureusement tout cela ne peut s’effectuer qu’autant que l’irritation qui a causé l’entérite sera détournée de la partie malade par une cause capable de l’appeler sur un autre point de l’organisation ; parce que, tant que cette irritation restera à son lieu primitif, elle y appelera suffisamment le sang pour produire l’inflammation et tous ses effets ; il ne nous manque donc plus pour compléter notre entreprise que de trouver un moyen artificiel capable de produire une irritation assez forte pour détourner l’irritation accidentelle, qui a causé la maladie qu’on veut

combattre ; ce moyen nous semble constituer la seconde propriété' que nous avons accordée aux sangsues , en commençant l’examen de leur manière d’agir; nous y avons dit, en effet , que les sangsues causaient une irritation bien marquée par la douleur qu’en ressentait celui qui en supportait ^application ; nous l’avons avancé et nous soutenons que quarante ou soixante sangsues ap’ pliquees sur une partie de notre corps , causent une irritation assez forte pour détourner celle qui cause l’entérite : en effet, quelle personne ne sait pas que cette irritation sangsuriale est si réelle et si bien comptée (sans qu’on y pense ) , que, toutes les fois qu’on n’obtient point le soulagement désiré de leur première application , on la réitère , en observant , avec raison , qu’il faut en augmenter le nombre , et cela bien certainement pour obtenir le résultat que nous avons émis ci-dessus ; c’est-à-dire une plus grande évacuation sanguine et surtout une plus forte irritation'.

Voilà précisément en quoi consiste l’action dessangsues pour obtenirleurs heureux effets dans l’entérite : elles établissent une issue libre au sang pour s’écouler au dehors ; elles ôtent Firr ritation du 1 ieu malade pour l’appeler sur un lieu plus convenable : enfin , elles permettent

par-ià à Telasticite des vaisseaux affectes de revenir à leur état anterieur et de rétablir les fonctions de la partie malade dans leur état naturel.

Nous n’avions d'abord l’intention de ne parler du second effet des sangsues qu’après avoir résolu nos quatre questions subséquentes ; mais nous trouvons qu’il vaut mieux exposer de suite les eflets obtenus par les sangsues ; par ce moyen Ton conserve à la mémoire la facilite de voir en même temps tout ce qui se rattache au même sujet.

Après avoir donne cette obser vation pour justifier la suspension que nous avons faite des questions que nous étions entrain de résoudre , nous revenons à ce qui concerne la seconde action des sangsues , et nous disons qu’il est bien étonnant qu’on n’ait fait aucune attention à cette douleur depuis le laps de temps qu’on s’évertue pour nous exliquer le mode d’action des sangsues : il était pourtant bien facile de se convaincre qu’elle ne pouvait être neutre dans leur action ; car il ne s’agissait que d’avoir ressenti la douleur qu’elles causent et de se rappeler ce principe bien prouvé : que de deux parties irritées en même temps , celle qui l’est le plus et compromet davantage la vie , reçoit l’influence

du principe vital charge de lui apporter tous les secours necessaires pour combattre l’agresseur et rétablir son état naturel : c’est ce qui arrive toutes les lois que la cause morbide n’est pas d’un caractère assez délétère pour rendre nulîes toutes les forces employées par la nature.

Résumons maintenant ce qui se passe quand on applique /±® sangsues sur le ventre pour combattre une entérite; il en résulte , i° une évacuation sanguine proportionnée à leur nombre et à la nature de la partie qui reçoit cette application ; 2° une douleur dont la force est relative à leur nombre et à la sensibilité de la partie, mais qui doit toujours être plus forte que celle qui cause le mal, sans quoi l’on n’obtient qu’un soulagement léger et înomantané.

Ceci se trouve parfaitement mis en pratique par les Brousseniens (sans qu’ils sachent pourquoi ils le font, ou s’ils le savent, ils en font un mystère) qui ont un grand soin de foire appliquer un grand nombre de sangues , toutes les fois qu’ils combattent une inflammation ; nous disons même, en l’honneur du chef du nouveau système , que nous lui avons entendu dire qu’il valait mieux mettre plus que moins de sangsues ; parce que toutes les fois qu’on n’en mettait point assez on augmentait plutôt le mal

que de l’améliorer ; observez bien , je vous prie t que ce mot point assez , veut probablement dire une quantité suffisante pour produire un effet qu'on ignore sans doute , et que nous plaçons dans le degré d’irritation nécessaire pour la porter au de là de celle produite par la cause quia causé la maladie qu’on veut détruire; voilà sans doute le motif qui a tant causé de divagation sur le vrai mode d’action des sangsues»

Le bon effet que les sangsues produisent par l’irritation qu’elles causent, se trouvant suffisamment démontré par tout ce que nous venons d’en dire , nous allons reprendre notre troisième subdivision dont !e but consiste à nous faire connaître comment le sang se trouve ôté de l’économie par les sangsues.

La solution de cette question va nous fournir le complément de la preuve que nous avons donnée , sur l’existence de l’irritation causée par les sangsues et sur l’évacuation sanguine qui se fait d’une manière très-convenable pour permettre à la nature de rétablir toutes les parties affectées dans leur état naturel; de sorte que nous trouvons une parfaite harmonie entre la manière d’agir des sangsues et les besoins qu’a la nature pour reprendre ses fonctions ordinaires.

Tout ceci se comprendra facilement en observant que les sangsues tirent le sang d’une manière lente et uniforme pendant toute leur action qui va toujours en diminuant de plus en plus la masse du suig contenu dans toute l’organisa^ tion , surtout celui qui se trouve contenu dans les vaisseaux de la partie malade , et cela parce que nous avons prouve ci dessus que les sangsues dégorgent, beaucoup plus la partie enflammée que toutes les autres : ainsi nous pouvons dire que cette évacuation permet aux vaisseaux de revenir insensiblement sur eux mêmes, jusqu’à ce qu’ils aient repris leur état naturel ou à peu près; en effet, le sang s’évacuant tout doucement de la partie affectée , permet à la làcullé élastique des parois sanguines de ramener graduellement ces vaisseaux à leur état antérieur, sans éprouver de ces grandes contractions instantanées , toujours préjudiciables au retour naturel des parties trop distendues : toutes les observations tirées des évacuations instantanées des grandes accumulations d’humeurs, nous démontrent la réalité de ce que nous venons d’avancer. La solution de notre troisième subdivison , nous ayant mis dans la nécessité de parler de notre quatrième subdivision d’une manière assez étendue pour nous dispenser de rentrer dans un

nouvel examen de cette quatrième , nous ajouterons cependant à tout ce que nous avons dit concernant l'action des sangsues , qu elles nous semblent beaucoup plus propres à combattre 1 inflammation que tous les autres moyens fournis par la thérapeutique , parce que leur mode d’action coïncide parfaitement bien avec le besoin qu’ont les parties malades pour revenir à leur e'tat naturel ; que leur emploi est toujours facile; qu elles effrayent moins les malades que la plupart des autres révulsifs ; nous dirons également pour ceux qui pourraient nous objecter que l’irritation causée par les sangsues n’est point assez forte pour d’étourner celle de la partie enflammée , que la chose est si évidente qu’on augmente leur nombre toutes les fois que la première application n’a point produit l'effet désiré; cette augmentation de sangsues n’est point faite dans l’intention d’obtenir une plus grande évacuation sanguine seulement , mais bien pour déterminer une plus forte douleur, et cela est si vrai que, cette seconde application des sangsues ne produisant pas ce qu’on en désire, l’on recourt à des moyens plus irritans ; n’est-ce pas pour ce motif que nous faisons succéder à l’action des sangsues des révulsifs gradués dans leur action irritante ; ainsi nous passons de ces vers

aquatiques aux larges vésicatoires , aux moxas et aux setous , dont l’avantage sur les sangsues ne dépend pas seulement de leur irritation, mais encore de ce qu’ils maintiennent plus long temps leur irration; d’où il s’en suit qu’ils déplacent et maintiennent l’irritation primitive assezlongtemps dans la partie où porte leur action, pour permettre à la première affectée de rétablir ses fonctions dans leur état naturel : c’est sans doute pour cette raison que ces moyens conviennent parfaitement pour combattre les inflammations chroniques: au surplus tout cela nous semble positivement démontré par la pratique journalière ainsi que par les principes physiologiques qui nous prouvent que sur deux parties irritées en même temps , il n’y en a qu’une qui reçoit convenablement les secours de la nature et qu’elle ne les cède à la seconde qu’après avoir récouvre ses fonctions naturelles. Une nouvelle preuve que les sangsues agissent beaucoup au moyen de l’irritation qu’elles déterminent , c’est qu’on n’obtiendrait point le même résultat si Fou employait des moyens propres à faire sortir autant de sang par huit ou dix morçures, que celui qu’on obtient en appliquant trente ou quarante sangsues ; ce qui devrait pourtant avoir lien, si le bon effet dépendait de la quantité de sang évacué de la masse générale.

Nous concluons de tout ce que nous avons dit sur la manière d’agir des sangsues, qu’elles produisent une évacuation sanguine proportionnée à leur nombre et à îa nature de la partie où on les applique; une irritation d’autant plus forte qu’elles sont plus nombreuses et la partie plus sensible ; enfin que l’irritation artificielle déplace celle qui a causé l'inflammation et permet ainsi aux parties affectées de revenir à leur état naturel avec une grande facilité; parce qu’en même temps que l’irritation se trouve enlevée de la partie malade , le sang s’en trouve également soustrait d’une manière tout- à- fait propre au retour des vaisseaux dans leur état antérieur.

Nous pourrionsdonner une multitude d’autres preuves à l’appui de ce que nous avons dit sur l’action des sangsues ; mais nous entrerions dans des détails beaucoup trop étendus pour la nature de notre travail et en quelque sorte inutiles à notre but ; car nous croyons avoir suffisamment démontré quetoutce que nous avons avancé est un strict résultat de ce que nous présentent continuellement les connaissances physiologiques, l’expérience et l’observation. Nous terminons toutes les observations que nous avions à faire au sujet de nos questions présentées au profes-*

seur Broussais, par le récit d’un exemple choisi parmi des centaines ; parce qu’il s'est offert précisément au moment ou nous sollicitions l’opinion broussenienne.

Il s'agit d'un ouvrier menuisier , â ;é de trentequatre ans, demeurant rue de la Licorne, ïi°. ï3, près le Parvis Notre-Dame de Paris; ce malheureux fut atteint d’un dévoiement considérai) le vers les premiers jours de novembre î 820 ; n’ayant pu le faire passer avec plusieurs remèdes qu’il employa lui-même à son domicile pendant plusieurs jours , il entra à 1 Hôtel Dieu où il resta deux mois consécutifs, sans retirer quJ une très légère amélioration de tous les médica mens ad m i n istrés par notre cher confrère chargé du service ; de sorte que cet homme se sentant faiblir de jour en jour, se dégoûta de [ hospice et demanda sa sortie pour rentrer a son ancienne habitation , où il lut, et se soigna trois jours en* core avec des médicamens de sa fantaisie , qui augmentèrent tellement ses souffrances qu’il fût obligé d’appeler un médecin pour apporter de l’amélioration dans sa triste situation qui ne pouvait guère augmenter sans l’entraîner au tombeau ; c’est alois que nous y lûmes et le trouvâmes dans un état presque désespérant , comme il sera facile de se le persuader en ob«

servant la description que nous allons faire de l’état cù se trouvaient tou'es les parties de son organisation, qui était si altérée <[ u7i 1 ne présentait plus que le spectre de l'homme réduit au marasme absolu : ainsi la peau était sèche, rude et farineuse ; le faciès était entiè rement cadavérique ; les forces étaient dans une inertie absolue; les facultés intellectuelles s’étaient passablement conservées, les fonctions relatives étaient bien dérangées; les fonctions nutritives se trouvaient a peu près milles et présentaient les organes chargés de cet exercice dans l'état suivant : la muqueuse buccale était rouge , sèche dans toute son étendue et couverte cl une pellicule sèche et fendillée sur sa portion linguale ; ce dernier organe était pins mince, plus serré, plus dur et sur tout plus pointu ; le reste de cette menbrane ne décelait son altération que par une douleur sensible au toucher et rapportée aux régions épygastri que et omb licale , de manière qu’on présumait facilement que la cause morbide agissait sur l'estomac et les intestins grèl: s ; la soif était tellement grande que les boissons appropriées ne l’appaisaient que momentanément; il y avait inapétence absolue, et s’.l arrivait d’introduire des alimens dans l'estomac, les douleurs s'exaspéraient de suite et augmentaient

le nombre des selles qui se faisaient cependant sans cela, quinze à vingt fois par jour, en four* nissant des matières liquides, de couleur brime, mêlées de jaune et remplies de petits grumeaux blanchâîres, le tout d’une odeur très fétide; les urines étaient en petite quantité et safranées ; enfin le pouls était petit, serré et fréquent; nous ne pousserons pas plus loin l’exposé de ces symptômes , en ce que ceux que nous venons de rapporter suffisent pour faire connaître à que! degré était parvenu l’altération de toute l'organisât on animale et que nous regardons comme le résultat d’une gastro entérite ; au moins c’est comme telle que nous la traitâmes avec tous les moyens propres â cette maladie , sans obtenir d’autres soulage mens qu’une légère diminution dans la fréquence des selles et dans l’intensité de la douleur, et cela , pendant deux jours seulement , car ce ne fut que le sixième après sa rentrée qu’il se trouva guéri comme par en* chantement, par le vomissement d un vers dmn volume et d’nne longueur excessifs, dont la présence constituait probablement toute la cause du mal survenu dans toute l’organisation ; cela semb e d’autant plus certain, qu’à dater de ce moment, 1 s évacuations alvines cessèrent leur trop grandes fréquences, pour reprendre leur

état ordinaire ainsi que toutes les autres fonctions qui revinrent si promptement à leur état de santé, que le malade pût reprendre ses travaux de menuisier au bout de vingt-cinq jours de convalescence, et lésa continues jusqu'au vingt-deux de mars 1822, où il jouissait d’une très bonne santé.

Ces faits nous semblèrent tellement opposés au système Broussénien que nous crûmes devoir les lui présenter, pour savoir comment il ferait coïncider ce dévoiement causé par un. vers contenu dans la portion du canal intestinal „ avec la constipation qu’il soutient exister toutes les fois que l'inflammation occupe cette partie?

Ce grand médecin physiologiste crut pouvoir tourner cet exemple à son avantage , en nous disant que le dévoiement avait existé pendant tout le temps que le vers était resté dans les gros intestins, et quil avait cessé aussitôt que ce vers était passé dans les intestins grêles ; ou peut-être encore , dit-il , que le vers étant mort et tombé dans un commencement de putréfaction , il avait cessé d'irriter la muqueuse et le dévoiement avait disparu ; malheureusement toutes les explications de notre cher maitre ne nous semblent pas assez vraies pour nous convaincre et nous donner la satisFac-

lion de nous ranger de son opinion ; d’ailleurs il est impossible d admettre ses idées quand on réfléchit à la terminaison de cette affection : en effet un examen attentif nous démontré que ce vers se trouvait dans la partie supérieure du canal intestinal pendant toute la duree de cette maladie , et qu’il faudrait pour concevoir le contraire admettre l impossible ; c’est-à dire qu’il faudrait coire que le vers aurait traverse' les intestins grêles et toute la partie supérieure dans un temps presqu’indivisible : ceci est une conséquence de l’opinion Brou^senienne , qui soutient que le dévoiement devait être passé dès l’instant que le vers serait parvenu dans les intestins grêles , et non au moment où il aurait été ex pulsé au-dehors ; nous avons déjà dit que le dévoiement avait persévéré jusqu’au moment où il fut vomi vivant ; d’après cela est il possible de faire croire que ce vers aura aussi parcouru prompment toute la longueur des intestins grêles et tout ce qui les précède? Certainement qu’aucune personne douée des plus petites connaissances anatomiques et physiologiques ne pourra se ranger de cet avis.

S il restait quelques doutes à cet égard, il seront entièrement détruits , si l’on examine combien de difficultés ce vers avait à vaincre pour ,

remonter toute la longueur du canal intestinal , tandisqu'il trouvait tant de facilité pour sortir par en bas où le cours continuel des matières liquides lui offrait un chemin très facile à parcourir ; une troisième raison très-forte pour nous maintenir dans notre opinion , se tire du marasme complet où se trouvait le malade., état qui n’aurait point dû exister s’il n’y avait eu que la fonction des gros intestins de dérangée : puisqu'il est bien prouvé que c’est cette partie qui est la moins nécessaire au but de la digestion et que toutes les paities chargées de la presque totalité de cette fonction auraient pu le faire comme à l’ordinaire, et fournir par conséquent des sucs nutritifs en quantité suffisante pour alimenter toute l’organisation et rendre le marasme impossible; il serait bien superflu d’ajouter d'autres preuves , celles que nous avons données sont de la plus grande évidence. Nous ne pouvons nous occuper de la seconde supposition autrement qu’en disant qu’elle ne mérite aucune attention, tandis qu’il était vivant au moment de son expulsion.

Tous les détails que nous venons de donner sur tous les accidens qui ont existes jusqu’au moment où la nature, aidée, peut-être, des secours de l’art, s’est débarrassée de ce vers.

nous donnent la conviction qu'il existait dans les intestins grêles , où il déterminait une irritation assez forte pour emflammer la muqueuse et l’empêcher de remplir ses fonctions; de sorte que toutes les substances qu’on y introduisait n y étant point digérées, passaient sous une forme indigeste , dans les gros intestins; ces derniers ne pouvant suppléer à l’action des premiers , se trouvaient assez fortement irrités par ces matières hétérogènes pour éprouver un état inflammatoire qui les empêchait de remplir leurs fonctions naturelles et les forçait de réjeter ces substances en dehors, sous une forme liquide , tout-à-fait semblable à celles qui sont évacuées , toutes les fois qu’il y a dévoiement causé par une entérite.

Ce seul exemple nous fournit des preuves

patentes de tout ce qui a rapport à toutes nos questions ; aussi espérons-nous que tous ceux qui nous honoreront de leur examen , reconnaîtront facilement la véracité de tout ce que nous avons Thonneur de leur offrir , avec la ferme persuasion qu’ils nous accorderont toute Findulgence que réclame notre intention et notre inexpérience en discussions de cette nature.

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