CHAPITRE DEUXIÈME
Procédé pour mesurer les taches solaires.
Observations générales. *
Pour mesurer la grandeur des tacbes et de leur pénombre , je me sers d'un carton sur lequel est tracé un cercle d'environ un pied , dont le diamètre divisé en trois cent vingt par-? ties représente , pour claque division , l'espace de mille lieues vers le centre du disque solaire. J'éloigne ce carton de l'oculaire de ma lunette jusqu'à ce que l'image du soleil qu'elle projette se trouve de la grandeur du cercle Iracé suc ce carton. Je transporte alors l'image de la tache sur mou échelle de trois cent vingt divisions lorsquellc se trouve le plus près possible du milieu du disque solaire , et par ce moyeu j'en obtiens la grandeur puisque je sais que chaque division renferme l'espace de mille lieues. Ce procède me donne par approximation la mesure des tacbes et de leur pénombre.
On ne doit point s'étonner du mot par approximation , puisqu'avec les meilleurs instrumens il reste toujours une incertitude de plusieurs centaines de lieues. Le soleil étant éloigné d'environ trente-quatre millions de lieues, un espace de huit cents lieues est a peine visible à l'œil nu, sur son disque.
Les astronomes ont parlé de plusieurs taches remarquables et ont formé des conjectures relatives à l'origine et a ta nature de ces corps solides ou aériformes , opaques ou lumineux qui te montrent , augmentent , diminuent et disparaissent toujours accompagnés d'une pénombre (*) dont le demi diamètre qui approche de celui de la partie obscure de la tache est souvent un peu plus étroit , mais quelquefois beaucoup plus large qu'elle, surtout lorsque cette pénombre entoure plusieurs petites taches rapprochées formant une espèce d'archipel.
S'il faut en croire Herschell , les taches sont le corps même du soleil , corps solide et obscur dont quelques parties sont mises à découvert par
(°) Jf ne srrs du termr usité mail impropre de pénombre donné 1 cette espèce particulière d'auréole , bien tranchée sur tel bordi.
suite d'un retrait de l'atmosphère éclatante qui l'entoure. Lalande croît que des emmenées pareilles à nos montagnes s'élèvent au-dessus d'un océan lumineux , et offrent l'apparence de taches obscures , tandis qu'eu raison de leur déclivité le fluide est moins profond à Ventour » ce qui explique selon lui l'apparence de la pénombre. Laplace les regarde comme de vastes cavités d'où sortent par intervalles des torrens de lave.
Ces explications hypothétiques que je ne chercherai point à réfuter, d'ailleurs opposées entre elles , présentent des difficultés insolubles à un observateur impartial.
Herschell a vu ou cru voir à l'aide de son puissant télescope un applatissement sur le bord dudisquelorsque de grandes tacbess'y trouvaient situées. Mais ce phénomène que je crois plutôt apparent que réel ne s'explique-t-il pas par le moindre espace que semble occuper un corps moins éclairé qu'une autre portion de ce même corps fortement illuminé? N'est-ce pas par cette même raison que le croissant de la lune semble beaucoup plus grand que la partie de ce satellite plongée dans l'ombre ? Quant aux taches solaires,
il est probable que nous n'en connaîtrons jamais la nature et que nous en serons réduits à des doutes qu'on ne pourra peut-être diminuer qu'en étudiant avec soin les phénomènes divers que: ces tacites nous offrent sous le rapport de leur formation , de leur augment, de leur aspect , de leur anomalie , de leur durée , etc. , il est difficile dese défendre ici de quelques conjectures: mais ce n'est qu'avec la plus grande circonspection qu'on doit se les permettre.