DIMENSION
Du plus petit espace qui peut être vu distinctement dans la (une à l'aide de nos meilleures lunettes astronomiques. — Observation importante relative à la constitution géologique de ce satellite.
L'œil le plus subtil ne |>cul distinguer dans le ciel ou sur le disque de la lune un espee compris dans uu angle moindre d'une demi-minute. Comme il s'agit ici de la meilleure vue, nous pouvons iiver à une minuti: l'ouverture de l'angle en dech duquel les objets célestes deviea. nent invisibles par leur nctilcssc ou leur éloigceineut. (*).
(•) On peuth peir.e reconnaître un corde noir sur un fond Liane , lorsqu'il comprend un an«le moindre de deui ticrî Je minute ou re qui «Tient au même , longue la distante de l'oeil à l'objet surpasse 5i56 fois jon diamètre.
\/t diamètre moyen de laluneétant d'environ 30 minutes , une vue ordinaire peut distinguer aisément un espace d'un trentième de ce diamètre, taudis que des yeux très perçans en verraient peut-être un cinquantième. ■
On peut en général, en prètaut quelque attention, saisir un objet sons un angle d'une minute ; c'est d'après cette vue que je vais indiquer le plus petit espace qu'on peut apercevoir sur la lune à l'aide des télescopes et des lunettes astronomiques.
Le diamètre de notre satellite étant d'environ 800 lieues de 35 au degré, (**) on distingue sans le secours des verres un espace de 25 iieues ou un trente-deuxième de sou disque.
A l'aide d'un instrument qui amplifie cent luis , uu espace cent fois inoindre , c'est-à-dire, d'un quart de lieue ou de 570 toises ; avec un grossissement de 2511 qui est celui dont je me sers lorsque l'état île l'atmosphère me le permet, je puis apercevoir uu espace de 228 toises ou d'un dixième de iieuî; et comme avec les meilleures lunettes ou ne jeat employer, si l'on veut voir
(••) Lu Keucs astronomiques iuiH de 11S0 Ioimi.
les objets avec une suffisante netteté , un grossissement de plus de 400 , ou ne distinguerait pas un objet qui eut moins de 140 toises. Il faudrait doue un animal de cette dimension pour qu'il nous fut permis de l'apercevoir à l'aide de nos meilleurs télescopes.
Je reviens à mon ampliBcation de 250 fois le diamètre des objets , ou 62500 fois leurs surfaces. Elle me permet de distinguer un espace de 228 toises ou cent parties dans une lieue carrée, et de voir la lune comme si elle n'était qu'àla distancede 300 lieues. On peut donc préjuger qu'une ville de la grandeur d'Avignon qui a une lieue de tour ou plus exactement 2360 toises, sur un diamètrede 8 à900, a'écbapperait pas à la vue , ni même un intervalle pareil à celui qui sépare la parte St-Michel de celle de Limbert qui est de 266 toises. Il ne faut donc pas s'étonner qu'on puisse mesurer la hauteur des montagnes de la lune, la projection de leurs ombres, la largeur de leurs cbalnes et le diamètre des vastes bassins qu'elles entourent, dont; plusieurs m'ont offert très-nettement une enceinte d'uo double et quelquefois d'un triple rang de montagnes ea ampbitéatre coupées à pic , qui au
Keii de s'élever sur la surface de la lune , partait du fond de ses bassins et se terminait au niveau de leurs bords , où naissent les montagnes annulaires dont ils sont ordinairement entourés.
Ces ampbitéatres circulaires dont chaque gradin a 3 ou 400 toises d'élévation qui peuvent être aperçus à l'aide d'un grossissement de 140 fois, sont ce que j'ai observé de plus curieux dans l'examen du disque lunaire.
Les bassins vers le centre desquels s'élèvent souvent une ou plusieurs montagnes coniques , ont depuis deux ou trois mille toises jusqu'à 20 lieues de diamètre. Les immenses gradins qui les entourent , les vastes et profonds intervalles qui les séparent verticalement ; la cbalne annulaire qui s'élève sur leurs bords , sans exemple sur notre terre, offrent à l'imagination qui s'y transporte un des plus étranges comme des plus magnifiques tableaux.
Si les astronomes de Berlin dont je ne connais pas les cartes sélénograpbiques, ont fait les observations que je viens de rapporter , le grossissement et la netteté de ma lunette ne laissent aucun doute sur l'exactitude des miennes. Je ne di-
rai rien, ici, de la multiplicité de ces vastes bassins circulaires qui se touchent presque dan s la partie australe delà lune ,'si ce n'est qu'un ne peut établir aucune comparaison entre celte région de notre satellite et la surface de la terre. J'ajouterai seulement que si d'aiiièsquelquei modernes géologues , (i) nos montagnes ont pu s'élever par une force qui les a poussées de bas en haut , les bassins de la lune semblent au contraire avoir été formés par akfaisseme.it et avoir laissé à découvert d'immenses couches horizontales qu'on distingue sur le bord intérieur de plusieurs d'entr'eux situés en plus grand nombre dans la partie occidentale de la lune. Je cite cette observation qui m'a paru de quelque importance , en attendant que j'en fasse connaître plusieurs autres non moins curieuses, après m'ètre assuré de leur exactitude à la suite d'un nouvel examen,
(i) M- Elit deBeaumont qu'on peut mettre a leur tite. 1 renouvelé des Grecs l'antique système d'Empédocle d'Agrigente (Jm précipices , les moutag»*, , les énormes rochers , lui fait dire Flutarqiie , ont été soulevés et sont soutenus par le Jeu qui brûle dans l'intérieur dt la terre.) (PtuTABQua ,du froid primitif.)
passage remarquable de plutarque ,
Mis dans la bouche de Lucius , relatif à l'orbe décrit par la lune autour de la. terre.
La vitesse du m un veine ut du la lu De s'oppose il sa chute; il eu est de même d'uue pierre dans uue fronde qui tourne avec rapidité, L'impulsion la plus naturelle produit ce double effet, à moins que quelque obslacle étranger ne s'y oppose. Si la pesanteur semble n'avoir aueuue action sur cet astre , c'est qu'elle est détruite par la vitesse qui lui a été imprimée. Ce phénomène ne pourrait s'expliquer, si comme la terre, la lune élait toujours à la même place. Telle est la cause puissante
qui s'oppose à la chute de cet astre Ce passage
de Plutarque, joint à l'assertion de Cléaulbe de Samos, qui regardant les étoiles comme immobiles, assurait que la lerre dans sa rotation oblique sur son axe parcourait uu cercle autour du soleil, nous donne la véritable théorie de sa.révolution diurne et annuelle, ainsi que celle du mouvement de !a lune autour de la terre, expliquée à l'aide de la force centrifuge, modifiée par
l'attraction. Ce système est absolument celui adopte par Newton et les modernes, système auquel il ne manquait que les applications d'un ingénieux calcuL
OPINION DE PLUTÀRQUE Sur les habitons qu'il pourrait y avoir dans la lune.
La lune pourrait être remplie d'habitans , dont il nous est impossible d'avoir une idée, mais à coup sûr d'une organisation bien différente de la nôtre. Si , par exemple, le bord dû la mer nous était interdit , que nous ne la vissions que de loin , et qu'on nous assura que l'eau qu'elle renferme est amère, salée, impropre à la boisson et nourrit dans son sein une multitude de grands animaux et de monstres féroces, qu'ils y vivent et y respirent comme nous dans l'air, ne dirons-nous pas qu'on nous raconte des fables ou des prodiges auquels nous ne devons point ajouter foi? Telle serait notre manière de juger si nous pensions qu'il est impossible de vivre dans la lune. 11 est plus naturel de croire que les habita us de notre satellite seraient plus surpris d'apprendre que la
terre est habitée , que nous de savoir qu'ils existent , s'ils jetaient les veux sur un globe qui doit leur sembler la boue et t'e'gout de l'univers. Voyant h travers tant de vapeurs et de nuages un lieu obscur , profond et immobile, croiraient-ils qu'il pût nourrir des .animaux pleins Je chaleur et de vie?....
PnjT.tnQiiF. , delà figure qu'on volt dans la lune.